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La précarité quotidienne en Afrique de l'Ouest

De
156 pages
Cet ouvrage propose des tranches de vie prises sur le vif dans la population, plutôt urbaine, de Côte d'Ivoire, de Guinée et du Niger. A l'issue de 33 séjours riches de rencontres collectives et individuelles, l'auteur s'interroge : comment vivre au jour le jour dans le manque permanent, seulement soucieux de manger à sa faim, de sauvegarder une santé précaire, de confier ses enfants à des écoles surpeuplées, de vivre dans l'insécurité d'un pays où l'état de droit n'est qu'une illusion ?
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La précarité quotidienne Jules Ernoux
en Afrique de l’Ouest
Cet ouvrage propose des tranches de vie prises sur le vif dans la La précarité quotidienne
population, plutôt urbaine, de Côte d’Ivoire, de Guinée et du Niger.
À l’issue de trente-trois séjours riches de rencontres collectives et en Afrique de l’Ouestindividuelles, Jules Ernoux s’interroge : « Comment vivre au jour
le jour dans le manque permanent, seulement soucieux de manger
à sa faim, de sauvegarder une santé précaire, de confer ses enfants
Culture et développement
à des écoles surpeuplées, de vivre dans l’insécurité d’un pays où
l’État de droit n’est qu’une illusion ? ». Les réponses, en lien avec
la culture africaine, mettent en évidence qu’il faut, comme dit le
proverbe, « partir de la vieille corde pour tisser la nouvelle ». Il s’agit
de tenir compte des manières d’appréhender le temps, la famille, la
religion, le travail, le sens de la vie d’une population, autrement dit,
de sa culture, avant d’imaginer pouvoir l’aider à prendre son sort
en main.
Jules Ernoux, diplômé en sciences sociales de l’université de
Louvain, a travaillé vingt-cinq ans comme responsable syndical
à la Confédération belge des syndicats chrétiens (CSC). À
60 ans, il se met bénévolement au service de trois syndicats
d’Afrique de l’Ouest. Ni expert ni tuteur, il se veut « militant
accompagnateur ». Pas question de donner des leçons, d’avoir
des réponses toutes faites mais plutôt d’observer, d’écouter, de chercher à
comprendre avant de s’exprimer, de questionner, de suggérer et d’épauler dans
le respect de l’autre.
Préface de Michaël Singleton
Illustration de couverture : La pluie sur Cocody, Abidjan.
Photo Maxence Peniguet/RNW (CC).
Ecrire l’Afrique
ISBN : 978-2-343-05748-4
Ecrire l’Afrique15,50 euros
ECRIRE-L-AFRIQUE_ERNOUX_PRECARITE-QUOTIDIENNE-AFRIQUE-DE-L-OUEST.indd 1 20/03/15 00:05
Jules Ernoux
La précarité quotidienne en Afrique de l’Ouest








La précarité quotidienne
en Afrique de l’Ouest




Écrire l’Afrique
Collection dirigée par Denis Pryen

Romans, récits, témoignages littéraires et sociologiques,
cette collection reflète les multiples aspects du quotidien des
Africains.


Dernières parutions

Joseph Marie NOMO, L’envers de l’argent, 2015.
Françoise UGOCHUKWU, Bribes d’une vie nigériane.
Mémoires d’une transformation identitaire, 2015.
Athanase RWAMO, La rue, refuge et calvaire, 2015.
Judicaël-Ulrich BOUKANGA SERPENDE, Et si brillait le
soleil…, 2015.
Abdoulaye MAMANI, À l’ombre du manguier en pleurs, suivi
de Une faim sans fin, 2014.
Baba HAMA, Les amants de Lerbou, 2014.
Parfait DE THOM ILBOUDO, L’Amante religieuse, 2014.
Mamady KOULIBALY, Le miraculé des bords du fleuve
Mano : Souga, 2014.
Jean-Célestin EDJANGUÉ, La République des sans-souci,
2014.
Casimir Alain NDHONG MBA, Au dire de mes aïeux. Une
facette du passé des Fang du Gabon, 2014.
Darouiche CHAM et Jean EYOUM, Mon continent À Fric, Un
essai à deux voix sur l'attractivité du continent Africain et de sa
jeunesse, 2014.
Marie-Françoise MOULADY-IBOVI, Étonnant ! Kokamwa !, 2014.
Réjean CÔTÉ, Un sorcier africain à Saint-Pie-de-Guire, 2014.
Mamadou DIOP, Rahma, l’école d’une vie, 2014.
Simon DIASOLUA, Entre ciel et terre, Les confidences d’un
pilote de ligne congolais, 2014.
Kasoum HAMANI, Niamey cour commune, 2014.
Roger KAFFO FOKOU, Les cendres du temps, 2014.
Pierre FREHA, Chez les Sénégaulois, 2014.
Patrick BRETON, Cotonou, chien et loup, 2014.
Jules Ernoux











La précarité quotidienne
en Afrique de l’Ouest
Culture et développement


Préface de Michaël Singleton





























































































































































































































































© L’Harmattan, 2015
5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris

http://www.harmattan.fr
diffusion.harmattan@wanadoo.fr

ISBN : 978-2-343-05748-4
EAN : 9782343057484






À Thérèse, femme comme
nulle autre, épouse complice.
Aux femmes et aux hommes
de Côte d’Ivoire, de Guinée
et du Niger qui se
reconnaîtront sous les noms
d’emprunt : ils m’ont appris
l’Afrique.
Préface
« Ex Africa semper aliquid novi » – mais il n’est pas dit
que l’inédit offert par l’Afrique soit toujours gratifiant !
Anthropologue, formé dans les années 1950 et me
trouvant sur le terrain tanzanien à la fin de la décennie
suivante, j’ai connu une Afrique quelque peu surréelle :
pacifiée par le carcan colonial, elle profitait enfin des
quelques miettes tombant de la table de ses maîtres
impérialistes. Mais la beauté du Bon Sauvage était trop
factice pour rester durablement vraie ! En tant que
syndicaliste plus participant au struggle for life que
l’anthropologue programmé pour l’observer, mon ami
Jules Ernoux a, de toute façon, fréquenté une Afrique
contemporaine rentrée dans la normalité humaine.
Les intellectuels européens qui, à la sortie de la Seconde
Guerre, s’étaient engagés avec des militants indigènes
pour la libération des Damnés des Terres australes, ont dû
en partie déchanter, une fois des pays du Sud devenus
indépendants. À part l’une ou l’autre exception (tel un
Nyerere ou un Mandela), les Noirs n’étaient ni mieux ni
pires que les Blancs.
D’entrée en matière, Jules Ernoux annonce sa couleur : il
se (re)présente comme un témoin. Témoigner n’est pas
théoriser. À tort plutôt qu’à raison, le théoricien,
s’imaginant avoir découvert La Vérité et non pas sa vérité,
l’impose plutôt qu’il ne la propose. Le témoin, par contre,
dit tout simplement ce qu’il a cru vivre. Libres à ceux qui
recueillent son témoignage de l’accueillir ou pas. Il
importe néanmoins de bien comprendre la portée de ce qui
est rapporté. Le récit ethnographique (car les vignettes
esquissées par l’auteur relèvent de ce genre-là) ne va pas
sans épistémologie critique. Il serait si simple si (faire)
savoir était (faire) voir la signification substantielle des
choses telle qu’elle existe en et pour elle-même avant
9 toute approche subjective. Or (mal)heureusement, cela ne
se passe pas de manière aussi simpliste.
C’est pourquoi, le lecteur non Africain comme le lecteur
Africain risquent de se tromper : le premier en pensant
que les réflexions de Jules Ernoux sur ses rencontres
rejoignent la réalité même de l’Afrique et le second, en
prétextant qu’elles s’en éloignent. On ne peut être à côté
de la plaque que si plaque il y a !
Or, si l’Afrique donne à penser, une Afrique toute faite,
cela n’existe pas. Je connais des compatriotes belges qui
s’énervent quand des journalistes étrangers pontifient sur
ce que la Belgique est ou n’est pas. À l’université, j’ai eu
affaire à des Orientaux et des Africains exaspérés par les
élucubrations des orientalistes et des africanistes à leur
propos. Avec toute la sympathie qu’on peut éprouver pour
cette susceptibilité indigène à l’égard de l’emprise du
regard expatrié, pour éviter que la baignoire et non
seulement le bébé ne soit jetée avec l’eau du bain, il faut
résister à la tentation objectiviste tendue par la naïveté
d’une certaine extraversion empirique. Si la Belgique, si
l’Orient, si l’Afrique étaient déjà pleinement et
parfaitement présents dans toute leur splendeur
significative, alors oui, ceux qui se trouvaient
congénitalement auprès d’eux auraient le droit naturel de
faire un tri apodictique entre des points de vue
subjectivement erronés et objectivement exacts.
Or, de nouveau, ce n’est pas le cas. Si, expatrié ou
indigène, on peut être ou ne pas être d’accord avec le
témoignage de Jules Ernoux, ce n’est pas parce que,
comme « accompagnateur militant » lui ferait défaut la
prétendue sérénité de l’observateur neutre ou la
connaissance rapprochée de la réalité que possède
d’emblée et d’office le natif, ce n’est même pas parce que
l’Afrique est objectivement plus compliquée que ne le
10 laisserait comprendre une expérience limitée aux quelques
pays où l’auteur a séjourné, c’est tout simplement parce
que l’Afrique, « ça » n’existe pas ! En excluant, comme il
se doit, la mauvaise foi et l’erreur manifeste, mieux vaut
admettre qu’il y a autant d’Afriques que d’Africains et
d’Africanisants. Ce n’est qu’en admettant volontiers qu’en
définitive, le point de vue produit ce qui est vu, qu’on
pourrait profiter à fond et positivement de ce que les récits
que voici donnent à penser sympathiquement et à faire
solidairement.

Michaël Singleton
Professeur émérite d’anthropologie
Université Catholique de Louvain.

11
Pourquoi ce témoignage ?
Trente-trois fois depuis quinze ans, je suis parti en Afrique
de l’Ouest pour accompagner trois syndicats : Dignité en
Côte d’Ivoire, la Confédération nationale des travailleurs
de Guinée (CNTG) et la Confédération nigérienne du
travail (CNT).
Durée de mes séjours : trois à quatre semaines, un temps
relativement court par rapport à des coopérants européens
vivant plusieurs années en Afrique mais nettement plus
long que celui de syndicalistes qui assurent
occasionnellement des formations de quelques jours ou
ont de brefs contacts ne leur permettant pas souvent de
connaître ni les gens ni le terrain.
Faute de pouvoir loger chez l’habitant, j’ai choisi de loger
dans de petits hôtels, mes deux exigences étant d’avoir de
l’eau et un climatiseur plus ou moins en bon état de
marche. Solution peu coûteuse donnant l’avantage aussi de
rencontrer de très nombreuses personnes en dehors du
travail proprement dit : syndicalistes que j’invitais le soir,
personnes du voisinage, gens de passage et évidemment,
travailleurs de ces logements. Ultimes précisions et non
des moindres : dégagé de contraintes professionnelles et
familiales, j’ai du temps et une totale liberté d’agir puisque
j’ai la confiance de la Confédération des Syndicats
Chrétiens (CSC) pour laquelle je travaillais auparavant. Je
suis bénévole mais celle-ci prend en charge les trajets en
avion et les frais d’hébergement. Une fédération
(NamurDinant pour la Côte d’Ivoire, Charleroi pour la Guinée et
Waas en Dender pour le Niger) verse directement au
syndicat concerné une somme d’argent pour couvrir le
programme de formation prévu lors de mon séjour. Je n’ai
aucun argent à donner, ce qui facilite des relations
égalitaires. Autre atout : j’ai une santé de fer et je peux
13 supporter de fortes chaleurs et de très longs déplacements
sur des routes parfois très délabrées.
Avec ce témoignage, mon objectif premier est de raconter
ce qui m’a été dit lors de conversations spontanées et de
réunions de travail, ce que j’ai vu, ce que j’ai vécu avec
des personnes le plus souvent engagées dans le
syndicalisme mais aussi d’autres que j’ai écoutées, avec
lesquelles j’ai pu échanger sur leur vie, la situation de leur
pays, leur perception de l’Europe… Sans prétendre, en
aucune façon, rendre compte de manière exhaustive de la
vie des un-e-s et des autres, ces histoires donnent des
images de la population de ces trois pays de l’Afrique de
l’Ouest. J’essaye de relater les manières de vivre et de
vivre ensemble de leurs habitants, de se comporter dans
leur famille et leur société. Je tente de détecter ce qu’ils
pensent, ce qu’ils estiment important et encore de
constater comment ils font face à la précarité
multidimensionnelle. J’essaie de mieux connaître leur hier,
leur aujourd’hui et de deviner comment ils imaginent leur
demain.
Je me suis situé d’emblée comme un militant
accompagnateur, refusant les titres dont les syndicalistes
m’accablaient (expert, tuteur, conseiller…) avec la seule
prétention de mettre mes pas dans les leurs. Le contrat
était clair : « Je fais confiance, je dis ce que je comprends,
je questionne si je ne comprends pas, je suggère et
j’explicite un désaccord éventuel. Vous n’avez pas
d’obligation d’être d’accord avec moi puisque ce syndicat
est le vôtre. Je travaille avec le public que vous estimez
devoir être épaulé mais je ne serai pas l’otage de l’un ou
l’autre tout comme je n’accepterai pas d’être manipulé par
les uns et les autres qui chercheraient à se faire valoir
auprès de votre chef ou de moi-même. Je fais rapport écrit
des activités menées durant mon séjour à la CSC et au
responsable ultime de l’organisation accompagnée qui a
14