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Saddam Hussein le crime et la potence

De
231 pages
C'est l'histoire vraie d'un avocat plongé au coeur d'un procès historique : celui de Saddam Hussein. Pendant deux ans, entre Paris, Amman et Tripoli, il a tenté de défendre l'indéfendable, avec ses collègues venus du monde entier. Il raconte de l'intérieur l'histoire tumultueuse du comité de défense du Raïs, les coups bas, l'incompétence, et le rôle de chaque intervenant : la famille, les avocats, les Américains et le Tribunal.
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SADDAM HUSSEIN: LE CRIME ET LA POTENCE

Points de vue Collection dirigée par Denis Pryen
Déjà parus Jean-Claude MAYIMA-MBEMBA, La Violence politique au Congo-Brazzaville. Devoir de mémoire contre l'impunité, 2008. Banianga MUNONGO, démocratie, 2008. Jean BRUNATI, nazis,2008. Congo-Kinshasa: le chemin de la

De l'esclavage

des Noirs à celui des camps

Jean-Roger ZIKA, Réflexions sur la question noire. Réponse à Gaston Kelman, 2008. Jean-Pierre AKUMBU M'OLU1\1A, Libres réformes juridiques au Gabon, 2008. propos sur les

Gaspard MUSABYIMANA, Rwanda: le mythe des mots. Recherche sur le concept « akazu » et ses corollaires, 2008. Pierre MANTOT, Le projet de société des Matsouanistes, Juste Joris TINDY-POATY, Claver Akendengué, 2008. À propos de l'œuvre 2008. de Pierre

Jean-Alexis MFOUTOU, La langue française au Congo-Brazzaville, 2008.

et le fait divers 2008. éducatives

Edna DIOM, Côte d'Ivoire. Un héritage empoisonné, Askandari ALLAOUI, Mise en place de politiques locales dans la postcolonie de Mayotte, 2007. Pierre 2007. MANTOT, Les Matsouanistes L'Affaire

et le développement,

Jean-Loup VNIER,

Gasparin, 2007. Le Zimbabwe. Aux sources

Véronique Michèle METANGMO, du Zambèze, 2007.

Ghislaine Nelly Huguette SATHOUD, Le Combat des femmes au Congo-Brazzaville, 2007. Maxime 2007. Anicet DJEHOURY, La guerre en Côte d'Ivoire,

Louis Naud PIERRE, Haïti, les recherches en sciences sociales et les mutations sociopolitiques et économiques, 2007.

André CHAMY
Avocat Propos recueillis par Lionel FEUERSTEIN Journaliste

SADD AM HUSSEIN: LE CRIME ET LA POTENCE

L'HARMATTAN

@

L'HARMATTAN,2008 75005 Paris

5-7, rue de l'École-Polytechnique;

http://www.librairieharrnattan.com diffusion.harmattan(aJ,wanadoo. harmattan 1(aJ,wanadoo.fr

fr

ISBN: 978-2-296-05479-0 EAN: 9782296054790

PROLOGUE

A l'origine de ce livre, le Liban, ce pays que j'aime tant, et que je finis parfois par haïr, c'est le pays du soleil et des lumières, mais également, hélas, celui de l'obscurantisme et de l'ignorance. J'ai vu le jour au Liban, il y a quarante sur les hauteurs de la ville de Tripoli, que pauvres, car elle accueillait des gens de niveaux sociaux, chacun y trouvait sa place dans un bonheur total. sept ans dans un quartier l'on appelait la ville des toute origine et de tous et chacun pouvait y vivre

C'est à Tripoli que je vais découvrir les choses de la vie: le respect des autres, l'amitié, mes premiers amours et flirts, mais également une jeunesse perdue, une vie menacée, et le risque de mourir à tous les coins de rue. Je découvre la politique dans le sens noble du terme, par ma famille. Car notre appartement était le lieu où des rencontres au plus haut niveau pouvaient avoir lieu. J'avais cinq ans quand le premier Ministre Rachid Karame, (qui sera assassiné pendant la guerre), avec toute sa garde rapprochée, sera reçu chez nous avec des discours dignes d'un meeting politique.... Mon père était reçu par les plus grands hommes de ce pays, car il était respecté et apprécié tant pour ses qualités humaines, que pour son verbe et sa fidélité dans ses engagements... Cet homme je l'ai perdu il y a dix ans, et il continue de me manquer comme si je refusais de faire son deuil. C'est lui, sans le vouloir, qui m'a initié à la politique alors que je ne partageais pas ses idées. Tous les deux nous sommes atypiques Je découvrirai plus tard que nous avions ce point en commun.

Dans notre appartement nous avons appris à nous opposer au parti Baas, la branche issue de l'Irak, car mon père soutenait le Premier Ministre Karame contre lequel le parti Baas présentait le Docteur Abdelmajid Al Rafi, médecin très connu à Tripoli, issu d'une grande famille connue pour ses dignitaires religieux de grande valeur. Le Dr. Rafi était lui laïc mais pratiquant. Il avait des amitiés dans toutes les confessions mais il ne cachait pas ses convictions musulmanes; il était considéré comme un homme bon, car il aidait et soignait les gens modestes dans les différents dispensaires qu'il avait créés à Tripoli et dans d'autres villes du Nord du Liban. Il distribuait des médicaments et d'autres aides subventionnées par ses camarades Baassistes d'Irak. Je n'aurais jamais pensé que le destin allait nous réunir un jour, et encore moins imaginer que j'allais être chargé de la défense de Saddam Hussein. A cette époque il n'était pas encore Président de l'Irak, mais on entendait parler de lui comme «une étoile montante» du régime. Les années ont passé au cours desquelles j'ai connu, dès l'âge de quatorze ans, la guerre, l'exode, l'amertume, la haine, et la passion mais aussi l'amour et la véritable amitié. Amitié souvent mise à l'épreuve, mais j'ai appris à rester solidaire et à faire face à la difficulté. Les années du lycée passèrent très vite, entre «guerre et paix », toujours précaires...
Je pouvais devenir enfant soldat ou ingénieur, circonstances» ont voulu que je devienne avocat. mais «les

Ce terme « circonstances» est un fourre-tout chez les Libanais, où se confondaient les valeurs personnelles et les valeurs collectives, le financier avec le politique, la guerre avec les accalmies... Tout était une question de circonstances.... Après mon inscription au Barreau de Tripoli en octobre 1983, après une guerre sanglante aux alentours de cette ville entre les 8

différentes factions palestiniennes, et l'arrivée en force des Salafistes (Mouvement du Tawhid) qui faisaient régner un climat de terreur, j'ai dû partir en France pour préparer un doctorat en droit dans l'attente de jours meilleurs.

Je suis arrivé en France au mois de février 1985, avec mon ami et confrère Mohammed El Ayoubi surnommé «le Prince». (L'un des descendants de Saladin). Le Prince a quitté la France très probablement avec regret et le cœur brisé. Moi j'y suis resté et j'y vis encore, certainement pour le restant de mes jours. Mon intégration au Barreau Français ne s'est pas faite sans difficulté. Depuis j'exerce cette profession que j'ai appris à aimer, dans des conditions incomparables avec celles que j'avais connues au Liban. C'est à partir de Mulhouse que j'ai commencé à faire parler de mm. J'y ai installé mon cabinet pour servir particulièrement en droit social, et rapidement des syndicats m'ont fait confiance pour défendre les intérêts individuels et collectifs de leurs adhérents. Cette activité ne m'a pas rendu pour autant dépendant des syndicats car mon esprit libre, qui est constamment en ébullition, m'empêche de m'astreindre à« des tâches commandées ».... La recherche du nouveau et de l'innovation m'anime au quotidien. J'ai toujours eu la hargne d'aller jusqu'au bout de mes démarches, forçant le respect de certains de mes adversaires. Quelques-uns sont devenus très proches notamment en raison d'estime réciproque, et de notre capacité à tout relativiser, avocats, nous avons conscience qu'aucun de nous ne détient la Vérité mais qu'il s'efforce de défendre la vérité de son client.

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Le travail dans le droit social m'a appris à mieux connaître la vie des gens au quotidien, leur souffrance, leurs conditions de travail et de vie, voire leur santé. J'y aborde également leurs luttes individuelles et collectives, pour défendre leurs salaires et emplois, leurs «privilèges» pour une prime de quelques euros ou d'un jour de repos... Cette modeste participation à la vie sociale, forge en moi une quasi-obsession à militer pour la Justice, qui n'est ni celle des pauvres ni celle des riches, ni celle des forts ni celle des faibles. Mais celle qui tranche en appliquant nos principes légaux et universels, celle qui se respecte et fait tout pour être respectée non par la force et la violence mais par son humanité et par ses valeurs propres. C'est cette conception de la justice qui m'a fait soutenir les victimes de l'amiante et des accidents de travail, du harcèlement moral et sexuel, et des licenciements suite à des délocalisations et des externalisations. Rien ne me prédestinait à aller sur le devant de la scène, et encore moins pour une affaire de cette envergure, qui concerne « l'Histoire », alors que c'est la matière que j'affectionne depuis de longues années, et probablement depuis l'âge de neuf ou dix ans. J'ai toujours cru que pour envisager l'avenir, nous avons besoin de notre histoire. En ce qui me concerne, en entrant dans le procès de Saddam Hussein je ne faisais que poursuivre cette tâche. Peu importe ce que certains pensent de mon « Client ». Ce dernier avait droit à la justice et à l'équité, au doute qui bénéficie à tout accusé, à la présomption d'innocence qui prime sur la culpabilité présumée... André CHAMY

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AVANT PROPOS L'IRAK AVANT L'INVASION

D'abord, il y a eu l'affaire des « armes de destructions massives, des inspecteurs de l'ONU, puis l'on a compris que Georges Bush allait faire la guerre à l'Irak, envers et contre tout, même contre l'avis du Conseil de sécurité et de la France. Le Régime Irakien avait propagé beaucoup de désinformation, notamment grâce à son célèbre ministre de l'Information, Al Sahaf, lequel faisait le spectacle à lui tout seul. A Bagdad, la puissance militaire semblait miser avant tout sur les troupes d'élite, mais en même temps le régime prévoyait d'engager dans les batailles éventuelles des hommes embrigadés pour servir de chair à canon, et avait ainsi créé ce qu'on a appelé les troupes d'El Qods et des «Fedaïnes de Saddam », soit un total annoncé d'un million de volontaires. Le problème que le régime du Raïs semble avoir négligé « bêtement» est le fait que cette information, comme tant d'autres sur sa fausse force militaire, allait être utilisée contre lui. Cette force si inquiétante va permettre en effet à ses adversaires d'alléguer que Saddam Hussein représentait un danger pour la région voire pour le monde.. . Ces volontaires représentant les troupes d'El Qods, et les Fedaïnes de Saddam dirigés par le fils de Saddam Hussein, Qousaï, étaient en réalité composés de jeunes prétendument entraînés, qui devaient constituer le fond des troupes, au cas où la capitale irakienne serait attaquée.

Je reconnais qu'à un moment donné, j'ai cru, moi aussi, que Saddam Hussein allait entraîner les Américains dans une guerre de

rue, - du style guerre du Liban - lors de l'invasion israélienne de
Beyrouth en 1982, et plus récemment dans le sud (juillet 2006). Naïvement, je m'étais demandé s'il ne s'agissait pas de son seul « plan de bataille », en déduisant que Saddam Hussein avait retenu les leçons de la première guerre du Golfe de 1991. Cette dernière guerre avait justement démontré qu'il ne pourrait en aucun cas s'opposer à la puissance de frappe des Américains sur un front, mais qu'il fallait entraîner les alliés dans les villes et les villages où il pourrait, à défaut de les vaincre, les épuiser. Les déclarations tonitruantes de Mr Mohammad Saïd Al Sahaf le fameux ministre de l'Information semblaient aller dans ce sens. Il prétendait que Bagdad allait être le cimetière des Américains et qu'il leur réserverait des surprises. Ces allégations pouvaient paraître « crédibles» compte tenu du fait, que pendant plusieurs semaines, des poches de résistance continuaient de gêner les Anglais et les Américains à la frontière avec le Koweït à l'image d'Oum Qasr. Pendant ce temps les Américains étaient quasiment aux portes de Bagdad. C'était la débandade des troupes sur les autres fronts. Il s'est avéré que, mal commandées, mal entraînées, les troupes irakiennes ont été entraînées vers le désastre. On peut rappeler ici que Saddam Hussein, qui était le chef des armées, n'avait jamais reçu de formation militaire, et n'avait même pas été reçu à l'école militaire, ce contrairement au président Hassan Al Bakr, militaire de carrière, qu'il avait réussi à « évincer ». Saddam Hussein s'était entouré de plusieurs dignitaires, à qui il avait confié les plus hautes responsabilités. Ces personnes n'avaient pas plus que lui-même reçu d'instruction militaire. A titre d'exemple, son gendre Hussein Kamel qui a occupé les postes les plus importants jusqu'à être nommé Ministre de la défense, puis de l'industrie

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militaire avec en prime une promotion aux différents grades militaires sans le moindre respect des règles existantes dans l'armée. Autres exemples, celui d'Ali Abdelmajid dit «le Chimiste» ou « d'Ali Al Kimaoui» à qui il avait confié la conduite des troupes pendant la guerre contre le Koweït et celle contre les kurdes; il n'avait aucune formation militaire. Ou bien encore d'Izzat Ibrahim, ancien vendeur de glace devenu l'un des six plus hauts chefs militaires au ministère de la Défense, celui de Taha Yassine Ramadan simple adjudant, mais qui donnait instructions et directives aux officiers les plus gradés... Enfin son fils Qousai devenu le chef adjoint des forces armées alors que son cursus militaire est resté plutôt modeste, et qu'il n'avait aucune expérience dans la conduite des troupes..., A tel point que pendant l'invasion américaine, les déplacements hasardeux des régiments irakiens ont abouti à les mettre à découvert, pour finir sous les bombes américaines. Quand les soldats recevaient un ordre pour occuper une position, ils recevaient peu de temps après un contre-ordre pour l'abandonner et se déplacer vers une région non protégée à l'extérieur de Bagdad. Là ils devenaient une cible facile pour les forces américaines. L'exemple du régiment Hamourabi de la Garde Républicaine est l'un des plus flagrants. Il a été décimé en raison de ce type d'ordres, et de contrordres. Il va sans dire que la tâche des forces des alliés en a été considérablement facilitée pour occuper Bagdad. Au-delà de ce terrible problème d'incompétence, celui de la trahison de certains officiers n'est plus un secret, y compris parmi les proches de Saddam Hussein. Les rapports ont cité le nom de Maher Soufian Al Tekriti (le cousin de Saddam Hussein et adjoint de Qousai), qui se serait engagé auprès des Américains à ne pas mettre dans la bataille cent mille hommes.

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D'autres publications ont mentionné le nom d'Abdel Rachid Al Tekriti (de la famille de Saddam Hussein) qui donnait des informations aux Américains sur les mouvements des troupes et même sur ceux de Saddam Hussein. D'ailleurs, les informations sur le bombardement des lieux où Saddam Hussein devait passer provenaient de ces sources. Résultat: le Raïs a donné des fausses informations à certaines personnes de son entourage, ce qui lui a permis de connaître les lieux qui devaient être bombardés, et à partir de cette date, les Américains ont perdu sa trace. Il ressort de ces récits que des accords ont été conclus entre les Américains et certains officiers du Régime. La contrepartie pour avoir la vie sauve c'était de laisser les portes de Bagdad ouvertes aux Américains. Il était clair que les Américains arriveraient assez facilement à prendre Bagdad, car il s'agissait pour eux d'un intérêt quasi vital. Emmanuel Todd dans «Après l'Empire» (Essai sur la

décomposition du système américain - chez Gallimard 2002 page 32
*, l'explique au travers d'un cynisme d'Etat aujourd'hui clairement vérifiable: ({Nous assistons donc au développement d'un militarisme théâtral, comprenant trois éléments essentiels: Ne jamais résoudre définitivement un problème, pour justifier l'action militaire indéfinie de ({l'unique superpuissance» à l'échelle planétaire. » Ce qui explique quelque part le fait que les Américains n'aient jamais fait le nécessaire pour régler définitivement la question du Moyen-Orient et plus particulièrement la question israélopalestinienne. ({Se fixer sur des micro-puissances - Irak, Iran, Corée du Nord, Cuba, etc. La seule façon de rester politiquement au cœur du monde est d'({ affronter» des acteurs mineurs, valorisant pour la puissance américaine, afin d'empêcher, ou du moins de retarder la prise de conscience des puissances majeures appelées à partager avec les Etats-Unis le contrôle de la planète: l'Europe, le Japon et la Russie à moyen terme, la Chine à plus long terme. 14

- Développer des armes nouvelles supposées mettre les EtatsUnis «loin devant », dans une course aux armements qui ne doit jamais cesser. Cette stratégie fait certes de l'Amérique un obstacle nouveau et inattendu à la paix du monde, ... »
Les Américains avaient été, en quelque sorte, «retenus », lors de la première guerre (1991) conduite par G. Bush père après l'invasion du Koweït par Saddam Hussein. Le Président américain ne voulait pas voir l'intérêt immédiat, alors que de son côté le Général Schwartzkopf, qui était à la tête des forces armées, disait clairement qu'il pouvait arriver jusqu'à Bagdad. G. Bush père l'avait arrêté avant. Pendant cette période, les Américains avaient réussi à piéger les Kurdes et les Chiites dans une guerre qui n'était pas forcément la leur, après les avoir entraînés à se révolter contre le Régime irakien. Les Kurdes et les Chiites se sont soulevés, ce qui a coûté à chacune des communautés quelques milliers de morts, et on peut noter que les Américains se sont abstenus de leur donner le moindre coup de main, en laissant les forces armées de Saddam Hussein mater leur révolte, et présenter les rebelles comme des traîtres à la nation ayant collaboré avec l'ennemi en temps de guerre.. . Tout cela était particulièrement choquant. Le pire est que les Américains après la deuxième guerre du Golfe vont se dépêcher de dénoncer cette sanglante répression qu'ils ont laissé faire par Saddam Hussein et l'armée Irakienne comme des «crimes de guerre» et des «crimes contre l'humanité» ! En réalité, conformément au principe rappelé par Emmanuel Todd, les Américains ont besoin de garder des terrains pour leurs gesticulations militaires. Ils ne peuvent les exercer qu'à l'encontre de petites puissances telles que celles précédemment visées; l'Irak en faisait partie. Mais les Américains gardent d'autres terrains «sous le coude» où ils pourraient tout à coup menacer d'intervenir comme en Syrie ou en Iran... Là-bas, ils aident les opposants et leur demandent de« rester prêts» au cas où ils auraient besoin d'eux.

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Pour accentuer la pression sur ces Régimes, les Etats-Unis attisent clairement des difficultés régionales avec leurs voisins en donnant un rôle clef à Israël. Cette méthode permet de focaliser l'opinion publique sur le déficit en démocratie de ces pays et sur le danger qu'ils pourraient représenter pour leurs voisins. De cette manière, les Etats-Unis entretiennent cette tension, et se présentent comme seul recours pour régler ces problèmes, alors que le règlement global du problème arabo-israélien aurait permis depuis de longues années de faire baisser les tensions dans cette région et lui amener paix et prospérité.... Le refus par les Américains de régler ce conflit leur permet d'entretenir leur interventionnisme, et surtout de rappeler leur rôle prépondérant et incontournable... Même le Président Chirac, qui avait réaffirmé dans son discours du 17 octobre 2002 devant les parlementaires libanais, «la centralité du conflit israélo-palestinien dans les autres crises de la région », liait la gestion de celles-ci à la résolution prioritaire du problème de la Palestine. Il a fini par céder devant cet interventionnisme, notamment après le Il septembre. Ce n'est pas «le nouveau Moyen Orient» tel qu'il est dessiné par l'Administration américaine, qui ramènera la paix dans cette région, et encore moins la contagion démocratique censée se généraliser à travers l'occupation de l'Irak, qui pourrait déboucher sur l'avènement de la démocratie de ce pays. .. Il s'agit là de la doctrine américaine telle qu'elle a été définie par Condoleezza Rice dans son allocution à l'Institut d'Etudes Politique de Paris où elle a cité cinq axes pour « la promotion de la démocratie », dont l'exportation de la démocratie y compris par les armes... ! On peut se demander pourquoi les Américains qui, en 1991, considéraient que le Régime de Saddam Hussein était une sorte de moindre mal, ont décidé d'occuper l'Irak et de renverser le Raïs. 16

Certes, mais il faut d'abord considérer que l'échelle des intérêts avait entre temps changé. Les prévisions concernant le pétrole étaient devenues différentes, l'attitude des Etats Unis vis-à-vis de l'Arabie Saoudite après le Il septembre n'était plus la même. Il fallait avoir un "pied à terre" fort, direct, et non plus par l'entremise des émirs et rois des pays du Golfe. Il me semble que stratégiquement les Américains voulaient redonner une seconde vie à ce qu'on a appelé dans les années cinquante «Le pacte de Bagdad ». Ce dernier est directement issu de la doctrine Truman. En effet, peu de temps avant la chute du Roi Farouk d'Egypte les Américains et les Britanniques avaient proposé à l'Egypte d'adhérer à un pacte de défense appelé Middle East Treaty Organisation (METO) très rapidement rebaptisé me tao (moi aussi). Cette idée va très vite être abandonnée vis-à-vis de l'Egypte, en raison de la réaction d'Abdel Jamal Nasser qui venait de chasser Farouk, qui n'estimait pas que l'Union Soviétique représentait un danger pour son pays, et donc que l'appartenance à un pacte pour contrer l'URSS ne lui paraissait pas justifiée. Cette idée de me tao sera reprise le 24 février 1955 date de signature d'un pacte entre l'Irak, le Pakistan, l'Iran et le Royaume Uni... ! Ce sera le Traité d'organisation centrale ou «Cento », une alliance qui devait contraindre les nations signataires aussi bien à la coopération mutuelle et la protection qu'à la non intervention dans les affaires des autres; avec pour but affiché de contenir l'Union Soviétique en ayant une ligne d'Etats forts sur sa frontière sud. Mais le Cento s'est dirigé dès les années 1960 vers une coopération économique entre ses membres... Il est important de souligner les contours qui avaient été dessinés pour ce Pacte.

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En effet, il devait rassembler également la Syrie, la Jordanie et le Liban dont la population s'est révoltée entre-temps contre les positions pro-Pacte de Bagdad du Président Chamoun. Ce pacte a échoué en raison de l'autorité morale du Président Nasser qui était respecté et craint par les Emirs du Golfe, et qui savait également galvaniser les opinions arabes. Actuellement, quelques noms ont changé, mais l'essence du pacte retrouve une nouvelle opportunité.
-

L'Egypte et la Jordanie font partie des alliés inconditionnels des

Etats-Unis.
Le Liban avec son gouvernement actuel dirigé par Mr Siniora, lequel a tenté de capitaliser l'assassinat de Rafiq Hariri - ancien

premier ministre, s'est jeté physiquement des Etats-Unis.

et moralement

dans les bras

Pour preuve, les embrassades de Condoleezza Rice avec les leaders de la coalition Libanaise anti-Syrienne, ce en pleine guerre Israélienne contre le Liban au cours de l'été 2006.
-

L'Irak est à la «botte» des américains, tandis que la Syrie a

remplacé l'Egypte concernant son opposition à ce Pacte, mais le Président Syrien n'a ni la personnalité de Nasser ni son autorité. Quant à l'Iran, il fait partie de «l'Axe du mal », défini par G.W. Bush. Cette situation a poussé la Syrie et l'Iran à signer un pacte stratégique, chacun des deux ayant besoin de l'autre, alors qu'au départ il ne s'agissait que de collaboration tactique pour servir des intérêts immédiats. Les dangers, selon les Américains, ne sont plus les mêmes qu'au temps du communisme: «il est aujourd'hui recommandé de lutter contre les islamistes et le terrorisme international ».1 Sans vouloir dire que c'est l'histoire qui se refait elle-même; aujourd'hui nous sommes devant une situation similaire à celle du pacte de Bagdad, ....
1 Gérald Butt analyste et spécialiste du Moyen Orient partage l'avis sur les similitudes avec * le Pacte de Bagdad, dans son intervention sur la BBC du 27.02.2003

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Parallèlement avec cette nécessité de resserrer les rangs de « leurs alliés» de force ou de circonstances, les Etats-Unis ont tenté de donner du crédit à une thèse consistant à dire que l'Arabie Saoudite n'était plus un allié fiable, et qu'il fallait prévoir son remplacement ou en tout cas trouver une autre alternative, qui soit dotée évidemment de bonne réserves pétrolières. En effet, en France des « experts» tels que Guillaume Dasquié et Jean Charles Brisar, (se présentant comme les spécialistes du MoyenOrient, notamment le second qui se disait même proche des services de renseignements Français et Américains), ont commercialisé une théorie affirmant que les attentats du Il septembre avaient été financés par les Saoudiens et que l'Arabie Saoudite financerait le terrorisme islamique. Les conservateurs américains tenaient ce même double langage sur ce point. En effet, le 10 juillet 2002, Laurent Murwiec, sur ordre de Richard Pearl (l'homme d'influence de l'Administration Bush) organisa une séance d'information au comité politique de défense. A l'ordre du jour: l'Arabie Saoudite... Laurent Murawiec y décrivit le Royaume Saoudien comme étant le principal partisan et le soutien financier du terrorisme antiaméricain -« le noyau du mal, le promoteur, l'adversaire le plus dangereux. Les Etats-Unis doivent maintenant regarder l'Arabie Saoudite comme un ennemi... »
Laurent Murawiec est allé plus loin dans son propos. Il a indiqué que si les Saoudiens refusaient de cesser de financer les cellules terroristes et toute propagande anti-israélienne et anti-américaine..., « les Etats- Unis devraient envahir et occuper leur pays, y compris les lieux saints de la Mecque et de Médine, et devraient saisir ses champs 2 de pétrole et confisquer ses actifs financiers. »

2 (Thomas E Ricks, Une réunion d'information dépeint les Saoudiens comme des ennemis, Washington Post 6 août 2002, p; A-I), http://www.washingtonpost.com/ac2/wpdyn/A47913-2002Aug5?language=printerEt Jack Shafer, la pile électrique qui fit tomber le Pentagone: La Rouchie- Le transfuge donne des conseils aux dirigeants sur l'Arabie Saoudite, Slate, 7 août 2002, http://slate.msn.com/l?id=20691 19 * 19

Comme prévu, le jour suivant ce briefing, l'Administration Bush désavoua le scénario de Murawiec en disant que tout cela n'avait rien à voir avec la politique étrangère américaine réelle et il déclara que l'Arabie Saoudite est une alliée loyale !, Henry Kissinger, lui-même s'est dit choqué par cette analyse.. .3 En langage diplomatique, on pourrait parler d'un message direct aux Saoudiens c'est la politique du bâton et de la carotte, «Nous EtatsUnis avons des informations, mais nous ne leur accordons pas pour le moment de crédit, c'est à vous de prouver que vous êtes nos amis... » C'est toujours la même démarche: laisser planer un doute qui pourra être amplifié et alimenté au fur et à mesure par de vraies et/ou fausses informations, et dès qu'il est «nécessaire» les Etats-Unis s'en serviront comme alibi pour leurs gesticulations. Dans ces conditions, que peut-on trouver de mieux que l'Irak: ? Ce pays dispose des plus grandes réserves de pétrole, après l'Arabie Saoudite, sachant que pendant ces vingt dernières années le pompage se faisait en sous-régime, contrairement aux autres pays, notamment, l'Arabie Saoudite où les pompes tournent à plein pour tenter de stabiliser les prix du marché... *** Un an avant l'intervention Américaine, le Régime irakien se croyait fort, mais ce n'était qu'une apparence, car Saddam Hussein ne voulait entendre que ce qu'il avait envie d'entendre, à tel point qu'il lui arrivait de faire des cadeaux somptueux à ses hauts officiers afin d'éviter que certains ne lui parlent des vrais problèmes. Il avait sa propre vision des choses. Le Général irakien Mohammad Taha El Jabouri indiquait que (4) «personne n'osait lui dire que son idée n'était pas valable»
3 (Thomas E Ricks, Une réunion d'information dépeint les Saoudiens comme des ennemis, Washington Post 6 août 2002, p; A-I), http://www.washingtonpost.comlac2/wpdyn/A47913-2002Aug5?language=printerEt Jack Shafer, la pile électrique qui fit tomber le Pentagone: La Rouchie- Le transfuge donne des conseils aux dirigeants sur l'Arabie Saoudite, Slate, 7 août 2002, http://slate.msn.com//?id=2069119 4 Ahmad MANSOUR livre préc. Page 85

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La population de son côté était aux abois, complètement anéantie, moralement, psychologiquement, politiquement. Il n'y avait plus rien, car plus rien ne fonctionnait. Tout était retourné à l'état rudimentaire alors que l'Irak était, jusqu'à la première guerre du Golfe très en avance sur beaucoup de pays arabes dans de nombreux domaines, santé, éducation, industrie... L'argent manquait cruellement à l'Etat et à sa population. La corruption et le système D avaient remplacé l'intervention des services publics. Le chacun pour soi a remplacé le pseudo collectivisme; seuls les privilégiés et les corrupteurs trouvaient de quoi vivre, les autres vivotaient au jour le jour, et vendaient au fur et à mesure tout ce qu'ils possédaient pour subvenir à leurs besoins.
Tout était à vendre: meubles, maisons, bijoux, livres...

Les rapports des Nations Unies sur la situation de la population Irakienne sont édifiants, tant par le nombre de décès que par la proportion des enfants et des nouveaux nés décédés. Cette situation est la conséquence terrible de l'embargo imposé à l'Irak quelques mois avant la première guerre du Golfe en 1991, et jusqu'à la deuxième guerre en 2003. Les dix années, qui ont suivi l'instauration des sanctions sur l'Irak, ont vu croître de façon dramatique le nombre de maladies et le taux de mortalité au sein du peuple Irakien. Selon les sources de l'ONU, plus d'un demi-million d'enfants sont morts en conséquence directe des sanctions. (Quelques 200 enfants par jour et plus de 6.000 mouraient chaque mois) L'on n'aura pas oublié le fameux programme «pétrole contre nourriture» dont les scandales ont défrayé la chronique avec l'implication indigne des plus hauts responsables de l'organisation internationale de contrôle, sans qu'aucun ne soit inquiété. Un ancien expert de l'ONU m'a écrit à l'époque pour me faire part de son vécu dans le cadre du programme pétrole contre nourriture: « En ce qui concerne les documents dont je dispose, ceuxci sont en relation avec la mission que j'exerçais à l'époque au 21

sein du programme, en qualité d'expert dans le secteur de l'agriculture. Certains de ces documents apportent la preuve sinon une grande vraisemblance de corruption et de détournement de fonds et de matériels et biens divers, qui étaient normalement destinés à la population, et dont les fonds ont été recueillis par certains hauts responsables du programme. Certains autres documents laissent supposer des tractations bizarres, ainsi que des dépenses fantastiques au sein de certaines agences, sans aucun rapport avec le travail rendu sur le terrain. Il me semble que la presse et les médias ont déjà eu l'occasion d'évoquer de manière générale certes, ces écarts, et tout particulièrement le tout récent rapport de la commission américaine, qui fort adroitement écarte de ses accusations le Secrétaire Général de l'ONU, Koffi Annan mais pas son fils!! Pour le solde, bien évidemment, mes quasi deux années passées sur place m'ont permis de vérifier et de comprendre rapidement le caractère et la nature "mafieuse" de cette mission et de ce programme, qui de toute évidence est bien loin de ce qui avait pu être expliqué au commun des mortels. Il est évident qu'il s'agit d'une énorme "machination", dont le but à l'époque n'a pas du être compris par tout le monde. A ce stade, je peux simplement vous apporter mon témoignage, corroborant mon travail de terrain et mes rapports, fort curieusement disparus et brûlés par le directeur de cabinet du SG (Secrétaire Général de l'ONU) , au moment même où la fameuse commission américaine avait été mise sur pied! ! Concernant mon travail et ma mission dans ce programme, l'idée et le constat que je retire, rejoignent en grande partie ceux de mes collègues notamment français qui s y trouvaient au même moment. » Mon interlocuteur finit par conclure, après une description de la situation en Irak sous l'emprise du programme «pétrole contre nourriture» : «Il y aurait bien d'autres aspects de cette mission qu'il conviendrait de discuter et de préciser. Pour ma part, il m'est très vite apparu évident que cette mission n'était qu'une énorme 22

supercherie, dans le cadre de laquelle, certains états dont le premier d'entre eux les Etats Unis, entendaient tirer profit bien évidemment sur le plan politique, financier et pétrolier. De ces contrats pétroliers il conviendrait également d'en

parler, et nous retrouverions exactement les mêmes aspects que
ceux de la mission. » Devant ce constat, on peut se demander si un tel régime pouvait encore s'appuyer sur une population ayant subi un sort de cette nature? Certainement pas, même en faisant appel à son patriotisme ou à un sursaut national. D'autant que ce gouvernement n'était porteur d'aucune perspective. Dans le même temps, celui-ci croyait se renforcer grâce aux factions de militaires qui dépendaient de lui. Il en créait même de nouvelles pour se donner confiance, et ce à travers les différents services mis en place au bénéfice des fils et du clan de Saddam Hussein, ce qui ne faisait qu'accentuer la pression sinon l'oppression sur le pays.... La population se trouvait donc entre le marteau Américain et l'enclume de Saddam... Le Régime de Saddam Hussein était avant tout familial et clanique. . .. Le pouvoir politique, policier - militaire, et économique se trouvait, en effet, entre les mains de clans dépendant directement ou indirectement de Saddam Hussein, et ces clans appartenaient, contrairement aux idées reçues, à toutes les religions et confessions, chrétiennes, musulmans, sunnites ou chiites et même Kurdes... Ce sont des familles ou des tribus qui étaient considérées comme fidèles au régime sans considération particulière pour leurs confessions respectives. Il se trouve que, pour des raisons historiques qui datent d'avant même la création de l'Irak, les Chiites estimaient avoir vocation à gouverner le pays, ce très probablement depuis l'assassinat de l'Imam

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