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Penser le mal aujourd'hui

De
204 pages
L'auteur rassemble une mise au point sur l'une des questions fondamentales de la philosophie, telle celle du Mal. Souvent courts, ces textes sont susceptibles d'en livrer l'essentiel à l'attention des étudiants ayant à faire face à la pluralité des disciplines ou des concours.

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PENTA éditions
©PENTAÉIDITONS, 2011 ISBN : 978-2-917714-04-1 EAN : 9782917714041
AVANT-PROPOS
Aprèles bouleversements historiques et idéologiques du sis ècle dernier, la complexité du problème du mal pouvait encourager la multiplication dapproches, même caractérisées comme relais anthropo-logique dune longue tradition théologiqueàlaquelle les pensées des philosophies du mal leibnizienne et schellingienne- sont restées attachées. Ainsi sest-on cru autoriséàrassembler des textes, même courts, élaborés entre 1995 et 2007, ayant donné lieuàdes articles, conférences, séminaires, tables rondes voire interviews. Celui ayant fourni le titre du recueil aura été dautant plus central quissu de deux conférences qui avaient été improvisées en commentant un schéma jugé depuis lors assez pertinent pour dispenser de tous les autres- il résulte dimportants ajouts ultérieurs. Un Glossaire et une Bibliographie miseàjour, joints aux textes majeurs etàleurs annexes, pourront aideràmieux situer cette contributionàune anthropologie du mal.
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L'HOMME ET LE MAL Argument
La notion de mal, qui a toujours été au cœur delexpériencedes hommes etreprésentéepar mythes, religions et morales métaphysiques, a suscité au cours de notre siècleàla fois un regain dactualité et des déstabilisations théoriques, qui appellent une reprise attentive et approfondie du problème. Le passage dun point de vue métaphysico-théologique traditionnelàun éclairage anthropologique se justifie dautant plus que les terribles épreuves auxquelles lhomme a été confronté ne sont pas pour rien dans la crise de la pensée et de la pratique religieuses - accompagnée par la résorption significative de la toute-puissancedivine dans un Dieusouffrant.Tandis que le tournant kantien en philosophie pratique, relayantlordredu Bien par laformedu Devoir, aura pu induire, aux antipodes de Platon et de la Bible, une certaine priorité du mal : du vouloir-vivre schopenhauerienà lathéologie de G. Bataille. Cependant, pour avancer unethéorisationdigne de ce nom, il importe, en résistantàtoute absolutisation du mal, den saisir la démultiplication(àtravers tant de registres de maux) etlunité conceptuelle, problématique mais irrécusable, par rapport aux surgissements négatifs mais originaux de la souffrance, de la mort et de la faute. Par-delàune phénoménologie trop purement descriptive, tenter de rendre compte des rapports entre lhomme et le mal ne saurait éluder ni lesstructuresquils impliquent, ni leur genèse.Aussi bien une anthropologie du mal devrait-elle déterminer des structurations et des destructurations sans préjudice dune dimensionaxiologique(détectant des valeurs négatives), elle-même autorisée par des procès desymbolisationdont le solsensiblenous signifie la priorité de la souffrance sur la faute -àlencontre dun dogme séculaire, relayé par mainte philosophie de la conscience. On remet ainsiàsa place uncorpsmortel, qui tendàvivre humainement en devenantSujet,avec les complexifications sociales et réflexives que cela comporte.
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Dès lors, on comprendra que la référenceàlespaceet autempssoit décisive. Lespace parce que lextérioritédu corps, du milieu social, dAutrui- nous tientàdistance des privilèges traditionnels conjugués de lintériorité et de lintuition. Le temps, inséparable de la symbolisation (comme le suggérait le du Chorus mysticusSecond Faust) nappelera donc pas par hasard les registres linguistiques de lavoix -passive du "souffrir" et active dufaire souffrir , seuil de la première partie de létude - et des schèmesverbo-temporels : clôturation dun passé,aliénant quand il nest pas tremplin, etouverture davenir,dont linterruption peut entraîner chute et destruction. Dans le premier cas, la description se prêteàune topologie (sinon une classification) età une mise en signe des maux ; dans le second, lexplication tendà opposermal ordinaireetmal radicalisé. Au terme dun siècle oùbien des nuages ont éclaté dans le ciel de lhumanité, jusquàmenacer la terre dexplosions terrifiantes et dévastatrices, la question du mal, loin dêtre la survivance ou lombre portée dune onto-théologic, est partie prenante pourpenserà nouveaux frais,àvif et sans leurre, les traits majeurs de la condition humaine et de son destin. Loin davoiràse borner, comme le voulait récemment F. Flahaut,àdégager les amorces de laméchancetédont la prégnance nous préserverait dêtre tributaire de représentations anachroniques, celle du mal demeure dautant plus actuelle et impérative quàlenvers des processus qui,àtout instant, scellent le devenir Sujet  de notre individualité corporelle, elle appelle une convergence lucidité pour conjurer des menaces dont la réalité continueàconfondre.
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MAJORA