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Tout comprendre avec René Girard

De
220 pages
René Girard, à partir de la violence et de la religion, refait l'histoire de l'humanité, de la culture et nous ouvre les yeux sur notre passé, notre présent et notre devenir. Son explication est des plus accessibles puisqu'il balaye toute la philosophie, des présocratiques aux structuralistes, et met au placard toutes les sciences humaines. Fini le gaspillage de temps et d'intelligence pour aller à l'essentiel : trouver la vraie issue de secours pour éradiquer la violence !
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Paul DUBOUCHET
TOUT COMPRENDRE AVEC RENÉ GIRARD UELSDU MOI AUX GRANDS PROBLÈMES ACT Petit traité de la violence
ouverturephilosophique
Tout comprendre avec René Girard du moi aux grands problèmes actuels Petit traité de la violence
Ouverture philosophique Collection dirigée par Aline Caillet, Dominique Chateau, Jean-Marc Lachaud et Bruno Péquignot Une collection d’ouvrages qui se propose d’accueillir des travaux originaux sans exclusive d’écoles ou de thématiques. Il s’agit de favoriser la confrontation de recherches et des réflexions, qu’elles soient le fait de philosophes « professionnels » ou non. On n’y confondra donc pas la philosophie avec une discipline académique ; elle est réputée être le fait de tous ceux qu’habite la passion de penser, qu’ils soient professeurs de philosophie, spécialistes des sciences humaines, sociales ou naturelles, ou… polisseurs de verres de lunettes astronomiques. Dernières parutions Jean-Claude JUGON, L’âme japonaise. Essai de psychologie analytique transculturelle,2015.Michel FATTAL,Existence et fatalité.Logoset technêchez Plotin, 2015. Ivan NEYKOV,Le sens du Bien. Heidegger, interprète de Platon,2015.Jacqueline MARRE, Adorno et l’Antiquité. D’Ulysse à Médée, 2015.Arno MÜNSTER,Espérance, rêve, utopie dans la pensée d’Ernst Bloch (six conférences), 2015. Guy-François DELAPORTE,Seconds analytiques d’Aristote, Commentaire de Thomas d’Aquin,2015. Antoine MARCEL, Eveil bouddhique et corporéité,2015.Jean-Claude CHIROLLET,Penser la photographie numérique.La mutation digitale des images,2015.François URVOY,La racine de la liberté, 2014. Philippe BAYER,La critique radicale de l’argent et du capital chez le Dernier-Marx, 2014. Pascal BOUVIER,Court traité d’ontologie, 2014. Pascal GAUDET,Le problème kantien de l’éthique,2014. Gilles GUIGUES,Recueillement de Socrate. Sur l’âme, source et principe d’existence, 2014. Mylène DUFOUR, Aristote,La Physique, Livre VI. Tome 2 : Commentaire, 2014.
Paul DUBOUCHET
Tout comprendre avec René Girard du moi aux grands problèmes actuels Petit traité de la violence
Du même auteur Aux P. U. F., « Les voies du droit » Sémiotique juridique. Introduction à une science du droit, 1990. Chez L’Hermès Les normes de l’action : droit et morale. Introduction à la science normative, 1990. La philosophie du droit de Hegel. Essai de lecture des Principes, 1995. La pensée juridique avant et après le Code civil, 1998. Trois essais pour une théorie générale du droit, 1998. La pensée politique avant et après Hegel, 1999. Nouvelles méthodes des sciences sociales, 1999. Chez L’Harmattan De Montesquieu le moderne à Rousseau l’ancien, 2001. Le modèle juridique. Droit et herméneutique, 2001. Commons et Hayek, défenseurs de la théorie normative du droit, 2003. Philosophie et doctrine du droit chez Kant, Fichte et Hegel, 2005. Pour une sémiotique du droit international, 2007. Droit et épistémologie. L’Organondu droit, 2008. Droit et philosophie.Préface de François Dagognet,2009. Thomas d’Aquin : droit, morale et métaphysique, 2011. © L’Harmattan, 2015 5-7, rue de l’École-Polytechnique, 75005 Paris www. harmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr ISBN : 978-2-343-05426-1 EAN : 9782343054261
INTRODUCTION Dans les années quarante, paradoxalement propices à la méditation et à la prise de conscience (« nous n’avons jamais été aussi libres que sous l’occupation allemande » a dit Sartre), le débat des idées était dominé, en France, par le marxisme, le freudisme, l’existentialisme éclipsé un peu plus tard par le structuralisme. C’est le climat qui régnait encore dans les années soixante, si on y ajoute la rénovation de l’épistémologie, de l’histoire et de la philosophie des sciences introduite par Bachelard qui avait fait école avec Canguilhem, Dagognet, Granger, Serres… - école à laquelle nous-mêmes fûmes formés. Sans doute à cause de la prévention remontant aux Lumières, pour tout ce qui touche à la religion, ces courants si différents présentaient pourtant un point commun : celui d’exclure le religieux quand on ne l’avait pas réfuté ou entièrement discrédité. Dans ce climat, l’apparition de l’œuvre de René Girard ne pouvait faire d’autre effet que celui d’un « pavé dans la mare » selon l’expression de Michel Treguer. Certes, on connaissait son livre de 1961,Mensonge romantique et vérité romanesque, notamment grâce à l’intérêt que lui avait porté Lucien Goldmann dans son effort de renouvellement de la critique littéraire par une sociologie marxiste éclairée. Le « pavé dans la mare », Girard l’a lancé en 1972 avecLa violence et le sacré qui, plaçant la religion au centre de son propos, en montrait le rôle générateur et directeur de la culture humaine, et peut-être encore plus en 1978 avecDes choses cachées depuis la fondation du mondeil établissait, le plus clairement, que ce où rôle revenait à la religion chrétienne, comme il devait le confirmer avecLe bouc émissairede 1982. A cette époque où régnaient encore en maître, sur la scène intellectuelle française, le marxisme, le freudisme, le post-structuralisme renforcé par le
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« cercle de Vienne », la philosophie analytique et herméneutique - tous courants unanimement athées, sinon anti-chrétiens -, Girard passait encore presque inaperçu - à nous, comme à beaucoup d’autres. Pourtant, combien aurait pu être salutaire le formidable coup de balai administré par Girard, si on en exclut évidemment notre Ecole issue de Bachelard (« faut pas toucher au grisbi… ») ? En 1961 donc, avecMensonge romantique et vérité romanesque, René Girard devait non seulement renouveler la critique littéraire mais également donner le signal de départ d’un renouveau de la psychologie, de la sociologie, de l’ethnologie et de toutes les sciences humaines. On ne peut ajouter « …et également de la philosophie » puisque, dans le vieux débat entre littérature et philosophie, c’est la littérature, et plus précisément le roman et le théâtre, qui, selon Girard, devait, bien plus qu’illustrer, véritablement incarner une vérité que vingt-cinq siècles de philosophie occidentale avaient été incapables d’approcher, même sous ses formes les plus récentes qui avaient alors le nom d’existentialisme, de structuralisme, de philosophie analytique, autant d’aimables récréations philosophiques dont Girard devait enfin siffler la fin (tout en montrant la part de vérité qu’elles contiennent). Pour la défense de la philosophie, remarquons toutefois que la « vérité romanesque », déjà présente dans la tragédie grecque, dans le théâtre de Shakespeare, dans leDon Quichottede Cervantès, le roman de Stendhal, Flaubert, Proust et Dostoïevski, cette vérité romanesque, Girard ne l’a pas mise à jour par un nouveau roman, certes pas non plus par un traité philosophique (le moyen peut-être le moins approprié à la manifestation de la vérité) mais par ce que l’on peut appeler - faute de mieux - un « essai » de critique littéraire dont les conséquences philosophiques devaient cependant être immenses. D’ailleurs toute philosophie n’est-elle pas d’abord une critique de la philosophie ?
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Ce renouveau de toutes les sciences humaines et d’abord de l’ethnologie annoncée parMensonge romantique et vérité romanesque, Girard devait le réaliser onze ans plus tard avecLa violence et le sacréde 1972 qui fit l’effet d’un coup de tonnerre dans un ciel serein, malgré tout l’effort de l’intelligentsia pour le passer sous silence, en minimiser la portée, en assourdir le vacarme dans la mesure où elle se sentait remise en cause avec les fondements de la société qu’elle avait si mal étayés. Que l’imitation conduise à la violence, et de là au sacrifice d’un bouc émissaire, source du sacré : tel est le « mécanisme victimaire » révélé par Girard, mais que la pensée d’alors, héritière de Rousseau et de la bonté naturelle de l’homme, ne pouvait admettre, alors qu’au contraire Girard lui apportait peut-être la véritable justification de ses valeurs, de ses espérances et de ses actions. Six ans plus tard, en 1978, avecDes choses cachées depuis la fondation du monde, Girard devait agacer encore plus la pensée du jour, fondamentalement anti-chrétienne, en montrant que seul le christianisme était capable de dévoiler le mécanisme victimaire, de donner les moyens efficaces et rationnels de lutte contre la violence, contre le sacrifice de victimes innocentes, et contre le sacré qui en procède : c’est ici tout l’apport de la religion chrétienne, confirmé de haute main dansLe bouc émissairede 1982. Dans unePremière partie, nous montrerons comment Girard, par une explication de la genèse de la violence centrée sur l’imitation et le désir, a détecté le « mécanisme victimaire », tout en renouvelant entièrement la psychologie et la psycho-sociologie (Première partie : « Le moi, les autres et la violence -Le mécanisme victimaire détecté »). Dans uneSeconde partie, nous verrons comment Girard a pu étendre cette investigation originale à l’ensemble de l’anthropologie qui, jusqu’ici, n’avait fait que méconnaître le mécanisme victimaire. Ce qui lui permet d’introduire un véritable bouleversement de la science juridique et politique
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ainsi que, par l’intercession de Clausewitz, de la science de la guerre. Nous arrivons ainsi au coeur de notre propos : la « violence du droit ». En effet, comme Girard plaçait au centre de sa réflexion le problème de la violence, il ne pouvait que déranger un monde devenu de plus en plus violent, et qui ne voulait surtout pas faire l’examen de conscience auquel il était expressément convié, et surtout pas le monde politique qui était le plus directement concerné. Et, comme le droit est, selon l’expression de Marcel Mauss, la « colonne vertébrale de la société », la conception de Girard ne manquait pas d’apporter une nouvelle réponse au vieux problème du fondement du droit, prenant à contre-pied tous les juristes, historiens et philosophes du droit, pour qui le problème de la « violence du droit » se ramenait toujours à celui du pouvoir coercitif de l’Etat, sans jamais en soupçonner l’origine sacrificielle. A cet égard toutes les théories de la souveraineté qui ont précédé Girard, font désormais figure de balbutiements, et il en va de même pour les théories de la guerre, même les plus pertinentes dont le point de départ est le traité de Clausewitz : c’est le cas de Raymond Aron, même si ce n’est pas vraiment le cas de Carl Schmitt « authentique penseur de la violence » selon Girard. Or toutes ces théories sont loin d’être les seules à avoir méconnu le mécanisme victimaire, puisqu’elles rencontrent ici la bonne compagnie de la philosophie et de toutes les sciences humaines auxquelles Girard ne manque pas également de régler leur compte (: « Deuxième partie L’origine et l’histoire de la culture - Le mécanisme victimaire méconnu »). Enfin, dans uneTroisième partie, nous rappellerons que seule la religion chrétienne est capable d’apporter une réponse au problème de la violence en révélant le mécanisme victimaire, même s’il réapparaît dans le domaine de la pensée avec l’humanisme athée et dans celui de la réalité politique, dont les aberrations, du totalitarisme au terrorisme, en passant par les excès des démocraties capitalistes, se révèlent toujours
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foncièrement anti-chrétiennes. Par là, Girard peut-il éclairer d’un jour entièrement nouveau la théologie chrétienne (Troisième partie: « La religion chrétienne, clé de la violence -Le mécanisme victimaire révélé puis retrouvé »). Ainsi, ce ne sont pas seulement les théories de la souveraineté, laborieusement édifiées, avant Girard, par la science juridique et politique, qui font figure de balbutiements, mais nombre de théories, savamment élaborées, de la psychologie à la théologie, en passant par l’anthropologie, la philosophie et l’ensemble des sciences humaines. En effet le droit n’a pas le monopole de la violence. Déjà, en 1982, Michel Aglietta et André Orléan, par leur lecture de Girard, avaient révéléLa violence de la monnaie: ce sont bien évidemment ces deux économistes qui ont ouvert la voie à une exploration de « la violence du droit », celle-ci, autant et plus que celle de la monnaie, confirme l’omniprésence de la violence dans toutes les manifestations de la culture, et surtout, la tentative de la camoufler - tentative entièrement réussie… jusqu’à l’arrivée de René Girard.Dans tous les domaines, il faudra désormais distinguer deux périodes : l’une avant, et l’autre après lui.
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