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L'opposition citoyenne au projet Cigéo

De
188 pages
La filière nucléaire projette d'enfouir ses déchets à Bure, en périphérie française. Des citoyen-ne-s, considérés ici comme sachants et dépositaires de la légitimité de décider ce qui doit se faire ou non en termes d'aménagement, argumentent contre ce projet. Cette démarche hétérodoxe de géographie appliquée et impliquée interroge la relation de l'universitaire au Système de Davos qui fait de Cigéo un produit et un symbole de la mutation plausible de nos démocraties en totalitarisme d'un genre nouveau.
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La filière nucléaire française est confrontée au devenir des
déchets radioactifs qu’elle produit. Leur enfouissement à
La filière nucléaire française est confrontée au devenir desBure (55) est la solution envisagée par un État, sourd aux adioactifs qu'elle produit. Leur enfouissement àinterrogations d’une partie croissante de la population.
Burvisagée par un État, sourd auxUne douzaine de citoyen-ne-s qualifiés dans le champ des
interrogations d’une partie croissante de la population. UneSciences sociales, des Sciences de la vie et de la terre et
douzaine de citoyen-ne-s qualifiés dans le champ desdu Droit s’expriment ici. Leur parole se construit autour de
cScienconstats et d’hypothèses adressés à l’État nucléair err ee et du, élément
d’un sDroit s'e ystème global que nous nommons Seur parole se consytruit autstème de Da our de vos.
Cconse livr tats et d'he constitue l’espace de ressés à l’État nucléairencontre inédit de deux e, élément
logiques ord'un systdinairement distinctes : celle de l’univyst ersitairvos. e
et cCe livrelle de cite constitue oyens, non pas cl'espace de onsidérrencontr és ici ce inédit omme objets de deux
d’logiques étude et ignorordinairants, mais cement distinct omme sachants et dépositaires : celle de l'universitaire etes
de la légitimitcelle de citoyé ultime de décider considér e qui doit se fés ici comme objetsaire ou non
en td'étude et ignorermes d’aménagement. Notre réflexion interroge aus es si
le rôle que devraient jouer les universitaires, de plus en plus aire ou non
cen tontr ermes d'aménagement. Notraints par la logique totalisant e réflee du Sxion int ysterrème de Daoge aussi levos ;
Elle rest motiv vrée par notre souci d’une ersitair sciences, de plus en pluse en conscience
et par le rcontrôle fondamental que l’Univotalisante du S ersit ysé doit rt evendiquer vos ;
et consolider, spécialement dans le champ des Humanités, Elle est motivée par notre souci d'une science en conscience
celui de former des citoyen-e-s capables d’analyser et de ôle fondamental que l'Université doit revendiquer
comprendre les dynamiques géopolitiques à l’œuvre et de et consoliderés,
peser le cas échéant sur elles et sur le cadre décisionnel celui de foyen-e-s capables d'analyser et de
qui les a formulées. Car le clivage entre citoyen-ne-s et comprendre les dynamiques géopolitiques à l’œuvre et de
expert-e-s gagne à être entretenu par un système qui tire e décisionnel qui
profit d’une telle instrumentalisation pour perpétuer son les a formulées. Car le clivage entre citoyen-ne-s et
expertemprise et sa survie. Car au-delà de la question du devenir e-s gagne à être entretenu par un système qui tire profit
des déchets nucléaires, la question posée par Cigéo est celle d'une telle instrumentalisation pour perpétuer son emprise
de la capacité de nos prétendues démocraties à le devenir et sa survietion du devenir des
réellement, ou à achever leur métamorphose en totalitarisme déchets nucléaires, la question posée par Cigéo est celle de
d’un genre nouveau, insidieux, global, incoercible.la capacitétaties à le devenir L'opposition citoyenne
réellement, ou à achever leur métamorphose en totalitarisme
d'un genre nouvoercible. au projet Cigéo
Pierre Ginet est géographe, Professeur à l’Université de Lorraine. Issu de la
première formation française en Environnement & Aménagement (ENVAR),
il a étPierre Ginet é diresect t eur de l’géographeéquipe de r, Professeur à echerl’Univche GEOPOL, adminisersité de Lorraine. Issu de tralateur Cadrage géographique et enjeux
d’un master d’aménagement et président de la commission nationale première formation frvironnement & Aménagement (ENVAR), géopolitiques locaux et globauxde Géographie appliquée. Ses travaux traitent des jeux de pouvoir dans il a été directeur de l’équipe de recherche GEOPOL, administrateur d’un
l’masAménagement. Il ester d’aménagement et président de la ct le coordinateur scientifique du prommission naésent ouvrtionale de age.
Géogr. Ses travaux traitoir dans
l’t le coordinateur scientifique du présent ouvrage. Sous la direction du Prof. Pierre Ginet,
Géographe
ISBN : 978-2-343-11881-9
22 e
L'opposition citoyenne au projet Cigéo Sous la direction de Pierre Ginet, Géographe
Sous la direction de Pierre Ginet, Géographe
L’opposition citoyenne au projet CigéoPUBLICATION GINET 184p 2.qxp 21/03/2017 19:10 Page1
L'opposition citoyenne
au projet CigéoPUBLICATION GINET 184p 2.qxp 21/03/2017 12:58 Page2
© L’Harmattan, 2017
5-7, rue de l’École-Polytechnique, 75005 Paris
http://www.editions-harmattan.fr
ISBN : 978-2-343-11881-9
EAN : 9782343118819PUBLICATION GINET 184p 2.qxp 21/03/2017 19:10 Page3
L'opposition citoyenne
au projet Cigéo
Cadrage géographique
et enjeux géopolitiques
locaux et globaux
Collectif d’auteur-es
Sous la direction du Prof. Pierre Ginet, GéographePUBLICATION GINET 184p 2.qxp 21/03/2017 19:10 Page4
A VERTISSEMENT POUR LE LECTEUR :
Les éléments développés dans cet ouvrage ne couvrent pas l'ensemble des problématiques liées
au stockage géologique et pour cause, les moyens, essentiellement bénévoles, qui ont permis ces
approfondissements ne constituent ni une approche globale, ni une critique exhaustive.
Le sujet est si vaste, couvre tant de domaines et est tant politique que cet efort de critique
nécessaire à l'objectivité n'a jamais reçu les moyens à la hauteur de son importance.
Cependant, les éléments développés dans le présent ouvrage sont établis, fouillés et référencés. Ils
plaident en faveur d'un approfondissement nécessaire sur un ensemble de points sensibles.
Si la faisabilité de Cigéo a été l'enjeu de démonstration des recherches de l'Andra depuis des
décennies, la thèse de l'infaisabilité n'a jamais eu l'écho qu'elle mérite. Ainsi, cet ouvrage constitue,
d’une certaine manière, un plaidoyer pour une antithèse. En efet, il y a désormais urgence pour que
la communauté scientifique se mobilise et s'empare, de manière indépendante et responsable, de
ces sujets. Une contradiction argumentée et éprouvée doit voir le jour, à armes égales avec le
consensus actuel sur la faisabilité de Cigéo, fruit des recherches unilatérales du maître d'ouvrage
du projet.
Parmi les axes de recherche qui mériteraient approfondissements critiques et expertises
indépendantes, on peut, à notre niveau, en lister certains qui nous ont semblé être potentiellement
en capacité d'apporter des éléments déterminants en faveur de l'infaisabilité du projet Cigéo.
CES AXES PRINCIPAUX SONT :
- L'enfouissement de matières dangereuses dans le monde, état des lieux et retour d'expérience
- Les risques au dégagement d'hydrogène et à la radiolyse
- Les ouvrages d'alimentation en énergie et la nécessité de ventilation et de pompages permanents
sur une période au moins séculaire
- La perméabilité des milieux complexes et fracturés de l’Oxfordien et du Dogger et les risques
d’intrusion d’eau via les descenderies et les puits
- La nature non argileuse des terrains du Haut Callovo-Oxfordien et son impact en tant que
singularité, sur les prévisions de temps de migration des radionucléïdes
- La stabilité mécanique des argiles du Callovo Oxfordien
- Les zones endommagées par le creusement
- Les scellements
- Les risques liés à la concommitance des travaux et de l'exploitation sur une période au moins
séculaire
- La ressource géothermique et la mémoire du site
- La microbilogie dans le centre de stockage
- Le comportement des matériaux (béton, verre, fer, argile, bentonite...) en souterrain
et la problématique thermique
- Les risques et nuisances liés au transport
- Les impacts hydrologiques des exhaures
- Les installations en surface et les aspects fonciers
- L'impact du projet Cigéo sur l'image des produits du terroir (Champagne, Mirabelle de Lorraine,
Brie de Meaux…)
- La nature des actifs dédiés au provisionnement du projet Cigéo et leur valeur financière à
long terme
- Le principe d'actualisation des charges futures dans le cas du projet Cigéo
- La responsabilité et la pérennité des structures garantes du financement et de la sûreté sur
une période au moins séculaire
- Le stockage géologique direct des combustibles usés
- Le projet Cigéo au regard des diférents scénarios de politique énergétique
- La situation post accidentelle et Cigéo
- Les aspects sociétaux et démocratiquesPUBLICATION GINET 184p 2.qxp 21/03/2017 19:10 Page5
SOMMAIRE
CHAPITRE INTRODUCTIF
p. 6 Cigéo : projet contre projet
CONTEXTE HISTORIQUE
p. 11 Histoire d’enfouir les déchets nucléaires
1. Enjeux et risques technologiques
p. 21 Risques liés à l’infrastructure et à son exploitation
p. 37 Le haut du Callovo-Oxfordien n'est pas de l'argilite
mais du calcaire marneux
Conséquences scientifiques et politiques ?
p. 48 L'accident tragique du 26 janvier 2016 au laboratoire de Bure
révèle la problématique de la zone endommagée
par les creusements (EDZ)
p. 53 La ressource géothermique ou l’histoire d’une science dévoyée
p. 62 EST 433 : un forage catastrophique
2. Enjeux et risques socio-économiques
et territoriaux
p. 75 Déchets nucléaires, la quête de l’acceptabilité sociétale
p. 96 Débat public, un sésame pour Cigéo ?
p. 112 Cigéo, cheval de Troie de la nucléarisation à marche forcée
d’un territoire
p. 130 Transport atomique à haut risque, impact sanitaire et culture
du secret
p. 144 L’outil juridique, réelle neutralité ou dévolution au système ?
p. 156 L’illusoire financement du projet Cigéo
CHAPITRE CONCLUSIF
Cigéo, artefact d'une géographie de la domination, révélateur p. 169
d'une Géographie académique dominée ?
Contextualisation, enjeux démocratiques et perspectives
scientifiques
p. 184 BIOGRAPHIESPUBLICATION GINET 184p 2.qxp 21/03/2017 19:10 Page6
CHAPITRE INTRODUCTIF
Projet contre projet.
Pierre Ginet
Géographe, Professeur des universités
Université de Lorraine - Laboratoire LOTERR
Président de la Commission de Géographie appliquée du CNFG (2013-2016)
Coordinateur scientifique de l'ouvrage
Le secteur du nucléaire contribue au sement de déchets nucléaires de moyenne
positionnement de la France comme et haute activité est envisagé. Analyser et
grande puissance depuis plus d’un demi- comprendre les termes et les enjeux de ce
siècle. Il est censé lui conférer son indé- conflit d’aménagement impose un
chanpendance énergétique grâce à un parc de gement d’échelle à la fois spatial et
tem19 centrales (58 réacteurs) qui fournis- porel : - Spatial, car l’opposition visible à
sent 80% de l’électricité nationale à un Bure n’est pas spécifique au terrain
tarif encore exceptionnellement concur- meusien : Bure ne se réduit pas à « un
rentiel. Il est au cœur de la défense natio- trou où creuser un trou » (Ginet, 2007)
nale et concourt à l’affirmation d’une mais constitue un « fait social total »
recherche de renommée internationale. (Mauss, 1924) ; Cette contestation, qui
Pour accomplir l’ensemble de ces mis- se retrouve ailleurs, est en effet révélatrice
sions, la filière nucléaire rassemble des ac- d’un rapport d’ordre plus général entre
teurs publics et privés du plus haut des citoyens de plus en plus éclairés, et
niveau. Elle est engagée avec une déter- un système géopolitique qui exerce son
mination inébranlable et une redoutable emprise à tous les échelons
géograefficacité dans la promotion de son pro- phiques (cf. le chapitre conclusif de
jet, au point d’être parfois soupçonnée de l’ouvrage). - Temporel, car si aujourd’hui
chercher à servir avant tout ses propres tout semble montrer que la filière
intérêts et de demeurer sourde aux reven- nucléaire s’arc-boute sur ses points forts :
dications, contestations ou interrogations communication maîtrisée, intégration de
d’une partie croissante de la population, ses acteurs, budget monumental, acteurs
alors même que cette dernière est pour- publics acquis à sa cause, « meilleurs »
tant la seule habilitée à pouvoir valider chercheurs engagés dans ses projets
d’exl’orientation dudit projet. Le secteur du pansion, etc., cet engagement
jusqu’aunucléaire révèle ainsi, c’est notre hypo- boutiste durera encore quelques
thèse, un conflit opposant une aristocra- décennies, avant solde de tout compte de
tie technique, politique et financière qui la filière. Pour l’homme et la femme de
décide, communique et revendique sa la rue, ce laps de temps peut sembler
légitimité, à une population priée de se long, mais il ne représente que très peu
cantonner au rôle de consommateurs et au regard de l’héritage mortel que
l’hisd’électeurs invités à reconduire les mem- toire de l’éphémère industrie nucléaire
bres d’une classe politique qui leur laissera à toutes les générations humaines
adresse la maréchaussée lorsqu’ils se à venir. Avec encore cinquante années de
rassemblent pour la questionner, comme réserves d’uranium à exploiter, des
c’est le cas à Bure où un projet d’enfouis- dizaines de nouveaux réacteurs en
6PUBLICATION GINET 184p 2.qxp 21/03/2017 19:10 Page7
construction dans les pays émergents et cision de stockage souterrain en raison de
l’impossibilité d’assurer une maîtrise dud’anciennes centrales qui soulèvent déjà
la question de leur démantèlement, la risque à très long terme (cf. B. Thuillier,
question des déchets nucléaires conduit A. Godinot, R. Virrion), l’incapacité à
à des orientations d’importance majeure financer cette infrastructure sur les délais
prévus pour son « exploitation » (cf. R.au vu de la dangerosité infinie des
matéVirrion), ou encore le saccage irrémédia-riaux dont elle traite. Cette question-là a
ble causé à des ressources naturelles re-été soulevée pour la première fois en
nouvelables présentes localement (cf.France il y a près de trois décennies. La
E. Ambroselli, M. Frachisse, R. Virrion).réponse retenue par l’État est celle de
Or, dans le discours qui voit se confron-l’« évacuation en couches géologiques
ter promoteurs et citoyens dubitatifs ouprofondes » (Ocde, 2000). Depuis lors,
opposés, seule la voix de l’État nucléairel’espace proche du petit village de Bure,
porte vraiment. Celle des citoyens porteau cœur de la région Grand Est, où cette
peu, dès lors qu’ils s’engagent dans unperspective prend forme de façon
accélédiscours qui n’est pas celui d’une simplerée, oppose les promoteurs du projet à
adaptation du projet, mais serait suscep-des citoyens qui, à force de se voir fermer
tible de conduire à son abrogation. Or celes portes, d’obtenir des réponses
parqui n’est encore qu’un projet, transformetielles à leurs interrogations, de constater
déjà le paysage de la Meuse et de lales politiques d’intéressement utilisées par
Haute-Marne : la route de contourne-l’administration, d’assister à des
intervenment du site de Bure est aménagée, lestions brutales de la force publique, ont
projets de tracés ferroviaires qui doiventfini par douter et par s’interroger sur
l’actransformer des centaines d’hectares deceptabilité (cf. C. François) et la réalité
terres agricoles en plus grand terminaldémocratique du processus de
construcnucléaire au monde serpentent dans letion de ce grand équipement. Les
proterritoire, la forêt destinée à alimenter lemoteurs du projet rassemblent l’État et
projet Syndièse, usine de production deses administrations spécialisées, l’Andra
biocarburants qui dévorera les forêts du(Agence Nationale pour la Gestion des
Grand Est suit son cours, l’Andra multi-Déchets Radioactifs) en particulier, mais
plie le financement d’opérations deaussi un vaste ensemble d’administrations
sensibilisation à son discours dans les éta-publi-ques acquises à sa cause. On
blissements scolaires, et, dans un périmè-compte parmi ces dernières des
collectitre plus large que celui du projet Cigéo,vités territoriales qui exploitent le filon
les champs d’éoliennes constellent ladu « développement local », notion aux
Meuse malgré un potentiel éolien réduit,vertus lénitives démontrées qui permet
l’ensemble donnant, vu au travers dud’ailleurs souvent le maintien en place de
prisme des médias régionaux, l’aspectroitelets de campagne, voire même un
d’une dynamique de développementcertain développement... de leur clientèle
territorial globalement vertueuse. Orélectorale. Les opposants au projet
l’analyse des articles rassemblés dans cetrassemblent quant à eux des individus
ouvrage démontre qu’il n’en est rien.isolés, des associations, des collectifs, et
certains élus. Tous mettent en avant une
falsification du débat public (cf. R. Vir- L’origine de ce livre remonte à nos
rion, C. François, S. Delalande), la réflexions pionnières sur la notion de
mauvaise foi du lobby nucléaire (cf. « conflit » d’aménagement (Ginet, 2007)
C. François), l’inconséquence d’une dé- construites à partir de l’étude de l’espace
7PUBLICATION GINET 184p 2.qxp 21/03/2017 19:10 Page8
de marge formé par la Champagne sèche, nombre de recherches universitaires
file Perthois et le Vallage, qui accueillent nancées par l’Andra, -et donc forcément
des grands équipements que notre monde suspectes de collusions d’intérêts-, et
l’aben urbanisation accélérée réclame, mais sence de recherches articulées à des
mouque les villes ne désirent pas près d’elles vements citoyens c’est-à-dire
reconnaissant ces derniers comme des acteurs à(Lac du Der, Europort de Vatry,
Laborapart entière du champ scientifique et nontoire nucléaire de Bure). Nous avions
montré que ces équipements, en partie pas comme de simples objets d’étude,
liés à l’expression du processus de comme c’est le cas habituellement. Ce
vide est maintenant comblé. métropolisation parisien, en rupture avec
l’histoire longue de territoires devenus Cet ouvrage cherche en effet à rendre
des périphéries, bouleversent leurs pay- audible une parole citoyenne et à soulever
sages, leur économie et la vie locale. L’ana- les importants questionnements éludés
lyse de cette transition géographique et par l’Andra. Leur portée dépasse
l’engéopolitique, prenant la forme d’une fouissement des déchets nucléaires et
colonisation interne du territoire, ouvrait concerne l’idée même de démocratie. Le
alors des perspectives, analysées dans le prisme Cigéo fait en effet ressortir cette
présent livre sous l’angle d’une Géogra- notion, de plus en plus visiblement,
phie critique, encore très minoritaire -c’est notre hypothèse-, de par son
insparmi la communauté des géographes, trumentalisation, comme une vaste
perspectives que notre implication dans escroquerie en réunion, infiltrant tous les
la Commission de Géographie appliquée échelons géographiques et
comprometdu Cnfg (Comité National Français de tant toutes les sphères sociétales. La
Géographie) de 2013 à 2016, nous avait parole développée ici se veut cependant
permis de relancer (Ginet et al., 2014). dépassionnée et neutre, loin de tout
disUne intervention lors du colloque « Mé- cours militant, simplement construite
aumoire et identité » sur l’instrumentalisa- tour de constats et d’hypothèses de travail
tion de la mémoire par le politique, à scientifiquement fondés et prenant dans
Liège, en 2015, nous a servi de banc de sa globalité la forme d’un avertissement
test pour un premier échange autour lancé à la population et d’une requête
d’éléments de réflexions publiés depuis adressée à l’État nucléaire, colosse aux
(Ginet, 2016), sur la nécessité, toujours pieds d’argile mais élément d’un système
actuelle, de rendre la Géographie aux ci- plus vaste à la puissance encore écrasante
toyens et de l’extirper de « l’emprise des et aux capacités de nuisance gigantesques.
professeurs et des états-majors » (Lacoste, Une parole nécessaire et urgente face à
1976), selon le constat porté il y a presque celle d’un appareil d’État et d’institutions
un demi-siècle, et dont elle n’est toujours disposant de personnels et d’un budget
pas sortie. Enfin, la construction du pos- hors de proportion avec celle de
populater scientifique présenté au Festival In- tions, locales et lointaines, toutes
concerternational de Géographie (Ginet, 2015) nées par ce projet. Pour atteindre ce but,
nous a conduit, dès janvier 2015, à nouer ce livre est devenu l’espace de rencontre
contact avec la coordination Burestop inédit de deux logiques ordinairement
(C. François) puis à engager ensemble la considérées comme antagonistes : Celle
construction de cet ouvrage associant de l’universitaire d’une part, porteur d’un
monde universitaire et citoyens interpellés projet scientifique nécessairement
rigoupar le projet Cigéo. Une démarche éga- reux, mais paradoxalement supposé faire
lement justifiée par le contraste entre le abstraction de sa position de citoyen et
8PUBLICATION GINET 184p 2.qxp 21/03/2017 19:10 Page9
de ses convictions, quand bien même la toyen, le premier donnant parfois
l’imcapacité à défendre une thèse constitue pression qu’il se referme sur un pré carré
le socle de sa carrière ; Et celle de citoyens qui n’existe plus en réalité, amené à cela
éclairés d’autre part, habitants, salariés, par des logiques politiques supérieures,
professionnels dans leur domaine, dispo- le second se voyant fermer les portes de
sant de convictions parfois revendiquées la connaissance ou accusé
d’incompédans le militantisme, mais considérés tence et d’illégitimité quand il en réclame
comme illégitimes lorsqu’il s’agit de s’en- l’ouverture et quand il formule des
hygager dans la construction d’argumen- pothèses considérées comme subversives
taires, et moins encore de contre-argu- par l’ordre établi. Dans une perspective
mentaires scientifiques. Or ce clivage de décloisonnement intellectuel, notre
historique entre citoyens et experts a projet a donc consisté à pousser jusqu’au
perdu de son acuité et s’avère même op- bout notre engagement secondaire, celui
posé, sauf à être entretenu par un système de scientifique pour les citoyens auteurs
qui tire profit d’une telle sclérose, face des articles qui constituent l’essentiel du
aux évolutions démocratiques nécessaires contenu de ce livre, et celui de citoyen
à nos sociétés bousculées par la globali- pour le scientifique responsable de sa
sation néolibérale. La reconnaissance puis coordination que nous sommes, tout en
l’explicitation de l’influence qu’exerce le affirmant également notre engagement
champ social sur la pratique du scienti- primaire, respectivement de citoyen ou
fique permettrait d’évacuer le mythe de de scientifique. Il convient enfin de noter
sa prétendue neutralité qui, au final, sert qu’aucun financement n’a été sollicité
son instrumentalisation par le système, pour la réalisation de cet ouvrage, ce qui
puisque cette neutralité est impossible ne nous a pas empêché de développer
dans le champ des sciences sociales. une posture suffisamment étayée pour
Inversement, encourager les citoyens de ouvrir le chantier de réflexions
approfonplus en plus documentés, diplômés, com- dies, rigoureuses, transparentes et
collépétents, intéressés par et engagés dans les giales sur le traitement souhaitable des
affaires de la cité et du monde, à se mêler déchets nucléaires et, au-delà, sur le sens
de science en recourant au crowdsourcing et la mise en œuvre de la notion même
constituerait une avancée inédite et dé- de démocratie.
cisive sur le plan démocratique. L’idéal
étant bien sûr d’aboutir à la réconciliation
de ces deux mondes, académique et ci- Article achevé de rédiger en décembre 2016
Bibliographie
Ginet (Pierre), "La mémoire au prisme de l’aménagement. Une perspective géographique pour lire le monde", in Mémoires
déclinées : représentations, actions, projections, Stavelot, Luc Pire, coll. « Voix de la mémoire », 2016, pp183-200.
Ginet (Pierre), "Bure 2150 : Une fiction géographique ? L’enfouissement des déchets nucléaires, du forcing institutionnel
èmeà la catastrophe" (Poster scientifique), in 26 Festival International de Géographie, St Dié-des-Vosges, 2015.
https://hal.archives-ouvertes.fr/hal-01407914/
Ginet (Pierre) et al., 2014, "Avenir de la géographie, avenir de la planète et des territoires: même combat !",
in Diploweb, la revue géopolitique. http://www.diploweb.com/Avenir-de-la-geographie-avenir-de.html
Ginet (Pierre), "Bifurcation de trois trajectoires rurales sous influence périmétropolitaine: La vallée de la Marne entre
Champagne, Perthois et Vallage", Montpellier, Actes du colloque international « Héritages et trajectoires rurales en Europe »,
FRE 3027 MTE (Mutations des Territoires en Europe), 6 et 7 septembre 2007. https://hal.archives-ouvertes.fr/hal-01326718
Mauss (Marcel), Essai sur le don, Paris, PUF, 2012, [1924], 252p.
Ocde, 2000, n°51436, p.34 : Le point sur l’évacuation des déchets radioactifs en formation géologique, Ocde 2000, n°51436.
9PUBLICATION GINET 184p 2.qxp 21/03/2017 19:10 Page10
CONTEXTE HISTORIQUEPUBLICATION GINET 184p 2.qxp 21/03/2017 19:10 Page11
Déchets atomiques :
histoire de les enfouir...
ou non
Le talon d’Achille de l’empire du nucléaire
« L’atome devient commercial sans que soit résolu le problème
1des déchets », lisait-on dans la presse, à l’occasion de la première
conférence nucléaire européenne à Paris en avril 1975. Et c’est
bien là le problème, monumental, qui se pose à nous, plus de
cinquante ans après la décision d’engager la France sur la voie du
tout-nucléaire pour garantir et l’indépendance énergétique du
pays et son plein développement, sans jamais avouer son
impuissance totale à résoudre l’aval du cycle.
Pour les déchets radioactifs à Haute et Moyenne Activité à Vie
Longue, qui concentrent à eux-seuls plus de 99% de la radioactivité
produite par les centrales nucléaires françaises, l’Etat et les acteurs
de la filière électronucléaire privilégient une seule voie, à l’instar
d’autres pays nucléarisés : les enfouir en couches géologiques
profondes. Le stockage souterrain répond à un cahier des charges
très précis, soit confiner, retarder et limiter le retour des
radionucléïdes à la biosphère. Objectivement, l’enfouissement ne résout
rien, car il ne fait qu’isoler dans le sous-sol, temporairement, cette
encombrante radioactivité d’une extrême nocivité pour le vivant
et ajouter de plus à la toxicité des déchets les problèmes
technologiques liés à la grande profondeur (moins 500 m).
Pour résumer, il s’agit de demander l’impossible au béton, à la
ferraille, à la croûte terrestre et à la mémoire humaine et c’est bien
là ce qui inquiète, ce qui agite et ce qui provoque depuis trente ans
une opposition obstinée de la part de milliers de riverains, sur plus
de vingt-cinq sites pressentis ou explorés en France à ce jour.
11PUBLICATION GINET 184p 2.qxp 21/03/2017 19:10 Page12
31 décembre 1991 > La Loi BatailleDéchets atomiques :
annonce trois voies de recherches, pen-les tentatives pour dant 15 ans, sur le stockage géologique
les enfouir réversible ou irréversible, mais aussi sur
l’entreposage de longue durée en surface
30 ANNÉES DE MOBILISATION et la transmutation/séparation des
éléSUR PLUS DE 25 SITES POTENTIELS ments radioactifs à vie longue. A noter
que cette loi consacre treize articles surPRINCIPAUX REPÈRES
quinze à l’enfouissement. Nourrie duCHRONOLOGIQUES
bilan des années antérieures, elle habille
le projet de stockage souterrain des
concepts de recherche et de réversibilité,
introduit les promesses de développement1980 à 1992 :
local et de compensation financière. Premières oppositions
Genèse de la loi Bataille Début 1992 > Sont désignés
arbitraireDans les années 1970, des traités inter- ment Moncornet dans l'Aisne et Fougères
nationaux, dont la convention de en Ille-et-Vilaine. Face à une nouvelle
Londres, tendent à interdire la pratique fronde, le gouvernement abandonne pour
de l’évacuation des déchets atomiques se lancer dans une autre stratégie
d’apdans les océans. En France, la commis- proche. Il s’agit alors d’impulser des
cansion Castaing prend position en 1984 en didatures à des « laboratoires de recherche
faveur de l’évacuation géologique définitive géologique ».
des combustibles nucléaires usés et des
déchets radioactifs à vie longue. 1992 à 1993 :
Appel à candidatures 1987 > L’Etat lance, sans concertation
aux laboratoires de locale préalable, de premières
investigarecherche géologiquetions dans quatre départements aux
formations géologiques différentes : C. Bataille, député du Nord et auteur de
argile dans l’Aisne, sel dans l’Ain, schiste la loi, est chargé de convaincre des
dépardans le Maine-et-Loire et granite dans les tements et leurs conseils généraux en leur
Deux-Sèvres. L’Andra (Agence Nationale proposant une candidature à l’accueil
pour la Gestion des déchets Radioactifs), d’un « laboratoire de recherche
géoloalors antenne du Cea (Commissariat à gique », en faisant jouer d’avantageuses
l'Energie Atomique) est mandatée pour contreparties. Les conseillers généraux
étudier la possibilité d’y implanter un sont invités à accepter rapidement, sans
centre d’enfouissement. Une lutte radi- recul et sans envisager de concertation
cale et sans concession a lieu de 1987 à citoyenne. Il se dit que l’Andra utilise
début 1990, menée par des milliers de « le laboratoire comme cheval de Troie,
personnes et élus locaux. dissimulant à la population la surprise
radioactive ».Février 1990 > Confronté à une
opposition très déterminée, impossible à cal- Fin 1993 > Sur les trente départements
mer et qui ne cesse de s’amplifier, le qui se portent candidats sont finalement
premier ministre M. Rocard décide d’un retenus trois sites, Bagnols-sur-Cèze
(Gard) et Bure (Meuse/Haute-Marne)moratoire d’une année, imposant l’arrêt
de tous les travaux et l’évacuation des pour leur formation argileuse, La
Chaquatre sites. pelle Bâton (Vienne) pour le granite.
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1994 à 2000 : d’élus se créent. Ils organisent de
multiQuatre sites désignés ples actions collectives, manifestations,
sans consultation populaire blocages des chantiers de forage,
multiples réunions, campagnes d’information,Le laboratoire de recherche
recours juridiques, etc. Ils pointent unegéologique entériné
nouvelle fois le manque total de consul-par décret à Bure
tation des populations. Le caractère
1994 > Des travaux de reconnaissance imposé d’un projet aussi risqué, qui
géologique menés par l’Andra commen- aurait un impact considérable non
seulecent. Parallèlement, est engagé le proces- ment sur leur territoire mais aussi pour
sus issu de la loi Bataille qui incite à les générations futures, est vivement« mener des actions d'accompagnement dénoncé. Est condamnée unanimementet de gérer des équipements de nature à par les opposant-es, « sous l’emballagefavoriser et à faciliter l'installation et cadeau, une énorme poubelle nucléaire,l'exploitation de chaque laboratoire », via qui ne connaîtra pas de frontières ». Leun groupement d'intérêt public (GIP). site de la Vienne est finalement écarté. LeLes mesures doivent se concentrer prin- massif de granite est jugé beaucoup tropcipalement « dans la région et le dépar- fracturé; ce site ayant été marqué par letement où est situé le puits principal d'ac- suicide du maire de Chatain, en liencès au laboratoire, les communes dont direct avec le projet de laboratoire qui aune partie du territoire est à moins de fortement divisé son village. Celui dudix kilomètres de ce puits, ainsi que tout Gard est abandonné aussi -bien qu’il soitorganisme de coopération intercommu- géologiquement le plus propice au pro-nale dont l'objectif est de favoriser le jet-, pour des raisons d’ordre socio-éco-développement économique de la zone nomiques. Les viticulteurs ont produitconcernée. » Cette démarche est qualifié une étude d’impact sans appel sur leurpar les opposant-es d’achat des consciences. production et expriment un refus catégo-Chacun des quatre sites perçoit cinq mil- rique, soutenu par les élus locaux.lions de francs annuels. Le montant ne
1999 > Le site argileux de Bure (Meusecessera d’augmenter, pour passer à
/Haute-Marne) est le seul retenu. Un60 millions d’euros annuels pour la
décret, le 3 août 1999, autorise l'AgenceMeuse et la Haute-Marne dès 2010. Ces
nationale pour la gestion des déchetsfonds sont versés par les GIP, abondés
radioactifs à installer et exploiter sur lepar les opérateurs du nucléaire (Edf,
territoire de la commune de BureAreva et Cea).
(Meuse), un laboratoire souterrain des-La notion de stockage « réversible » ou tiné à étudier les formations géologiques
« irréversible », imposée par la loi Bataille profondes où pourraient être stockés desest largement utilisée. L’interprétation déchets radioactifs.populaire immédiate est erronée, faisant
l’amalgame entre « réversibilité » et 2000 à 2004 :
L’échec de la Mission Granite« récupérabilité » permanente des colis de
déchets nucléaires à tout moment. Janvier 2000 > Le gouvernement
De nouveau, une opposition s’organise et entreprend de nouvelles recherches sur
se coordonne. La concertation avec les quinze sites en milieu granitique, dans
populations évoquée dans l’article 6 de la l’Ouest et le Massif central, afin de
trouloi Bataille ne sera jamais mise en œuvre ver le second laboratoire exigé par la loi
et fera l’objet d’un recours juridique. Des Bataille. L’information est communiquée
collectifs d’opposition de citoyens et aux collectifs d’opposant-es existants.
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Février 2000 > La Mission Collégiale Le site de Bure cristallisera la
recherche et… les oppositionsde Concertation Granite rencontre
immédiatement sur le terrain la forte L’opposition se concentre autour du site
hostilité des citoyens et des élus avertis de Bure et les collectifs multiplient les
par les collectifs et un réseau associatif manifestations, les actions
d’informanational. Plus d’une centaine d’associa- tions, les mouvements de convergence et
tions de citoyens et d’élus se créent spon- d’occupation en été. Un camp s’installe
tanément dans les départements en juillet/août 2000 face au chantier et
concernés ; des manifestations de grande voit passer de nombreuses personnes de
ampleur sont organisées. 300.000 péti- la région mais aussi des sites « granites »,
tions sont signées entre mars et mai venues s’informer et marquer leur
solida2000, exigeant l’abrogation de la loi de rité. Des « nuits contre l’enfouissement »
1991. La Coordination nationale des col- deviennent un rendez-vous organisé
lectifs alors créée demande « l’arrêt de simultanément sur tous le sites ayant été
tous travaux relatifs au stockage souter- concernés par le projet. Le Mouvement
rain, la remise à plat de la gestion des vers Bure lancé au printemps 2001 voit
déchets nucléaires dans son ensemble converger des dizaines de marcheurs ou
ainsi que la remise en cause de la produc- de cyclistes partis de Lascaux (Lot),
tion énergétique d’origine nucléaire ». Sanvensa (Aveyron), Brennilis (Finistère)
ou d’Allemagne vers le « labo » de Bure.Juin 2000 > Les représentants du
gouIls traversent la France, passent par Paris,vernement abandonnent leur
démardistribuent de l’information sur leschage, au terme de trois premières visites.
déchets nucléaires et ce sont 2.000 mili-Ils reconnaissent l’échec de leur tentative
tants qui se retrouvent le 29 juillet àet rendent leur Rapport aux trois
minisBure. Des festivals sont organisés ensuitetres, expliquant s’être heurtés à un refus
chaque été à proximité de Bure.pur et simple de la concertation. Selon
eux, face à l’argumentaire développé, les 2003 > A. Mourot, hydrogéologue,
perspectives de compensations finan- alerte sur le fait que le site de Bure se
cières ont peu de poids. Le gouverne- situerait à l’aplomb d’une importante
ment abandonne officiellement toute ressource géothermique et que la Règle
recherche d’un second laboratoire, enga- Fondamentale de Sûreté de l’Autorité de
geant l’Andra à s’appuyer sur les Sûreté Nucléaire (Asn) l’interdit. Les
recherches effectuées sur le sous-sol nombreux courriers de collectifs
d’oppogranitique dans d’autres pays (Suède, sant-es alertant sur ce sujet élus et
orgaFinlande, Canada…). Le laboratoire de nismes de contrôle restent sans réponse.
Bure, ayant commencé sa construction
2004 > La maison de résistance « à laen janvier 2000, entrera en
fonctionnepoubelle nucléaire de Bure » est acquisement en 2004. en 2004, au centre du village de Bure par
L’État tire une nouvelle fois les leçons de des personnes puis des associations ; elle
ces phénomènes d’opposition, qui deviendra un point fort de ralliement des
contrent l’implantation de grands projets oppositions. Des actions avec des
milià fort impact social et environnemental. tants allemands sont organisées pour
Ceux-ci étant difficiles à anticiper et alerter sur les dangers des transports de
surtout à contenir, plusieurs programmes déchets nucléaires. En novembre 2004,
d’étude sociologique sont mis en place un jeune meusien de 21 ans perd la vie
pour les analyser. en Lorraine, dans des circonstances
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tragiques, lors d’une opération de blocage à la gestion durable des matières et
déd’un train de retour de déchets nucléaires chets radioactifs, votée par 19
parlementaires, ne tient aucun compte du bilanallemands (La Hague-Gorleben).
mitigé de la Commission Particulière du
2005 - 2006 : Débat Public (Cpdp). La loi se contente
Premier débat public, de fixer le calendrier des étapes préalables
préalable à la loi de gestion des pour la mise en exploitation en 2025,
déchets nucléaires en juin 2006 sous réserve d’autorisation, d’un centre de
stockage réversible en couche géologiqueSeptembre 2005 - janvier 2006 > La
profonde : Cigéo sur le site de Bure. Commission Nationale du Débat Public
(Cndp) organise un premier débat public
2008 à 2012 :
national, consacré aux « options générales Nouvel échec pour l’État
en matière de gestion des déchets lors des investigations pour
radioactifs de haute et moyenne activité l’enfouissement des déchets FAVL
à vie longue ». De nombreux collectifs
d’opposant-es dénoncent un débat Nucléarisation du territoire
« bidon », qui arrive alors que tout est autour de Bure
déjà décidé et que le laboratoire de Bure Juin 2008 > Le gouvernement lance un
est implanté. appel à candidatures, auprès de quelques
3.115 communes en France, pour accep-Les collectifs de citoyens et d’élus opposés
ter des investigations en vue de la créa-recueillent auprès de 60.000 électrices et
tion d’un centre d’enfouissement à moinsélecteurs de Meuse et de Haute-Marne,
200 m de déchets de faible activité à viela signature d’une pétition demandant à
longue (FAVL). Une nouvelle campagneleur Conseil général respectif un
référend’information indépendante est organi-dum : « Êtes-vous pour la construction
sée à grande échelle, par les collectifsd’un centre d’enfouissement de déchets
d’opposant-es et un réseau associatifnucléaires à Bure ? », qui serait selon un
national. L’Etat doit abandonner sonélu local, « tout à l'honneur d'une
démoprojet, face à la pression exercée par descratie participative ».
citoyens alertés et en colère. Ceux-ci exi-Les Conseils généraux de Meuse et de
gent que leurs conseils municipaux tien-Haute-Marne estiment qu’il n’est pas de
nent compte de leur avis. De nombreusesleur compétence d’organiser un tel
réfécommunes délibèrent ou re-délibèrentrendum et que cela revient au
gouvernecontre un tel projet. Des habitants orga-ment, lequel botte en touche et renvoie
nisent des référendums dans certainsen vain sur l’échelon local.
villages. Début 2009, les deux
comLe 24 septembre 2005, la manifestation munes auboises qui se sont portées
cannationale N’empoisonnez pas la Terre ! didates et ont été retenues par l’Andra y
mobilise près de 5.000 personnes à Bar- renoncent finalement. Pour l’Andra,
le-Duc, préfecture de la Meuse. l’échelon communal n’était pas le bon, et
Juin 2006 > Les conclusions de ce débat il faut envisager de reproposer ces
invespublic démontrent que la voie de l’en- tigations au niveau intercommunal, dans
fouissement géologique inquiète toujours des zones déjà nucléarisées. L’État donne
autant et que le maintien de la voie de re- deux ans supplémentaires à l’Andra pour
cherche sur l’entreposage en surface et/ou définir un projet, selon les termes, «
techsub-surface serait privilégié par les avis niquement plus abouti et politiquement
exprimés. La loi du 28 juin 2006 relative moins conflictuel ».
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Octobre 2009 > L’Andra publie un rap- /remplissage simultané, multipliant ainsi
2port proposant une zone de 30 km les risques d’accidents.
environ, autour de Bure, dénommée Zira L’Andra acquiert progressivement un
(Zone d'Intérêt pour la Reconnaissance patrimoine foncier local, embauchant à
Approfondie), pour y poursuivre les ce dessein des « permitteurs » chargés des
études en vue de la création du centre de tractations avec les riverains. En 2013,
stockage souterrain Cigéo. elle annoncera la propriété de 1.000 ha
de terres agricoles et 2.000 ha de forêts,Mars 2010 > Le gouvernement autorise
bien au-delà des surfaces annoncées pourl'Andra à réaliser des investigations dans
2 l’emprise physique de Cigéo, soit plus dela zone de 30 km située entre les quatre
600 ha. Outre l’accompagnement finan-villages meusiens de Bonnet, Bure,
Mandres-en-Barrois, Ribeaucourt et le village cier passé à 60 millions d’euros annuels,
de Saudron en Haute-Marne. Les rive- versés par les GIP Meuse et
Hauterains prennent conscience de l’ampleur Marne, les mesures destinées à soutenir
et de la réalité physique du projet Cigéo. l'image de marque suggérées par C.
Ils appréhendent avec stupeur un côté Bataille en 1990, s’amplifient afin de faire
tentaculaire et démesuré, encore jamais de la Meuse une région pilote en matière
dévoilé. Cigéo est non seulement un site d'environnement.
de stockage nucléaire souterrain mais Côté développement économique, si des
aussi un gigantesque complexe dédié aux élus s’inquiètent de ne pas voir arriver les
déchets atomiques qui annexera les retombées annoncées pour les entreprises
champs, les forêts, affectant profondé- locales, de grosses infrastructures liées à
ment leur quotidien. Se profilent la créa- la gestion du nucléaire (Edf, Areva, Cea)
tion d’une voie ferrée de 14 km à partir s’implantent progressivement sur les
de Gondrecourt-le-Château (55) et d’un deux départements. Une nucléarisation
terminal ferroviaire à Saudron (52), la silencieuse du territoire est à l’œuvre…déviation de routes, la construction d’un
2011 > Un groupe de travail très divers,immense complexe en surface dédié à
d'une douzaine de membres, est consti-l’arrivée, la vérification, voire le
conditué autour de l’évêque de Troyes,tionnement des colis de déchets
radioacMgr Stenger, Président de Pax Christitifs, des chantiers de creusement d’une
France, pour réfléchir sur l’éthique de ladescenderie de cinq km et des galeries
gestion des déchets nucléaires, en parti-souterraines, la mutation des paysages
avec de larges zones destinées à recueillir culier autour du site de Bure. Le
docu3les millions de m de terres excavées… ment Gestion des déchets nucléaires :
réflexion et questions sur les enjeuxLe site souterrain aurait une emprise de éthiques* est publié en septembre 2012215 km , comporterait près de 270 km de et largement diffusé « afin d'informer lesgaleries, nécessiterait une ventilation
perpopulations et de permettre un dialoguemanente et évacuerait en surface, en
perentre les parties concernées ».manence, des rejets gazeux radioactifs
Fin 2011 > L’Andra annonce, pour(tritium, carbone 14, krypton 85,
hydroconstruire Cigéo, un coût d’évaluationgène, etc). Deux trains de déchets
2de l’ordre de 36 milliards d’euros (condi-nucléaires par semaine circuleraient
pentions économiques 2010), au lieu desdant toute l’exploitation du site, pendant
16,5 milliards d'euros (conditions éco-plus d’un siècle. D’autre part, le chantier
3séculaire aurait une particularité très nomiques 2012) annoncés en 2005 .
inquiétante, voire inédite : le creusement Edf, avouant un manque d’anticipation
16PUBLICATION GINET 184p 2.qxp 21/03/2017 19:10 Page17
4dans ses provisionnements (5 milliards) , rait créé la soi-disant nécessité d’une
propose alors son projet d’architecture « phase industrielle pilote »… Une idée
de stockage et de mode de creusement, soufflée en amont de débat, selon les
oplequel permettrait de redescendre la facture posant-es, par les opérateurs du nucléaire
à... 14,8 milliards d'euros (conditions et validée par la Cndp dans son bilan.
5économiques 2010) . La Commission 2014 > Un grave accident survient dans
Nationale d’Evaluation (Cne) dans son le site d’enfouissement de déchets
rapport n°5 de novembre 2011, estime nucléaires militaires américains, le Wipp
que le projet des producteurs vise globa- (Waste Isolation Pilot Plant) situé au
lement à réduire les coûts mais prend Nouveau Mexique, mis en avant jusque
moins en compte les objectifs de sûreté. là comme un modèle du genre. Explosion
souterraine d’un conteneur mal condi-2012 à 2014 :
tionné, contamination radioactive exté-Un expert indépendant analyse
rieure, difficultés à accéder au lieu dele dossier Cigéo
l’accident, incertitudes quant à d’autres
Boycott du second débat public accidents similaires potentiels, impossibilité
de procéder à la récupération des colisPrintemps 2012 > B. Thuillier,
ingéendommagés, enrayement total du fonc-nieur agronome et expert indépendant,
tionnement du site, coût global démesuréayant analysé l’ensemble du programme
estimé à près de deux milliards de dollarsde l’Andra, produit un rapport alarmant.
en 2016 sont la démonstration in situIl pointe de nombreux risques liés à la
des limites du stockage souterrain. Laconception du centre de stockage, à la
preuve est apportée de l’impossible « ré-nature de certains déchets radioactifs
versibilité » en cas d’accident ; le « retour(MAVL) et aux risques d’explosion
inhéen arrière » vanté par l’Andra est unerents, aux risques d’incendie ingérable en
illusion pour les opposant-es.grande profondeur. Il souligne aussi
l’impossible réversibilité du stockage.
2015 à 2016 : 2013 > La Commission nationale du
Loi définissant la réversibilité, débat public (Cndp) organise le second
imposée sans débatdébat public intitulé Projet Cigéo -
création d’un stockage réversible profond de Amplification de la mobilisation sur
déchets radioactifs en Meuse/Haute-Marne. le terrain et bras de fer juridique
Celui-ci est un échec retentissant. Appel 2015 > Le rendez-vous fixé par la loi de
à boycott par des collectifs locaux sou- 2006, qui prévoyait l’élaboration
parletenu au niveau national, blocage total des mentaire de la loi sur la réversibilité n’est
premières réunions, forte médiatisation pas honoré. Des parlementaires tentent,
et annulation des suivantes forcent la en vain et à quatorze reprises, de faire
Commission Particulière du Débat passer la définition de la réversibilité, sous
Public (Cpdp) à instaurer des réunions forme d’amendements décriés par les
par internet. Le débat devient alors opposant-es, au sein de la loi de
Transivirtuel. Pour y pallier, une conférence de tion écologique puis de la loi Macron.
citoyens est produite hors délai imparti. De nombreuses associations dénoncent
Le bilan de la Cpdp est désavoué, fait un coup de force anti-démocratique. En
notoire, par trois des six membres qui dernier lieu, le Conseil constitutionnel
l’ont composée. Une association révèle la rejette l’inscription de l’amendement
distorsion entre les contributions du Cigéo inscrit dans la loi Macron, loi
public et le compte-rendu. Celui-ci au- imposée par le gouvernement à la faveur
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