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L'inconnu du marque-page

De
208 pages
Au début de l'été 1982, vingt ans après les accords d'Évian, Véronique, étudiante en droit, s'installe dans le jardin du Luxembourg et sort, de son sac, un ouvrage prélevé au hasard de la bibliothèque maternelle. Elle s'aperçoit que le livre s'est ouvert derechef sur la photo d'un garçon de son âge, sans qu'apparaisse aucun indice de date, ni de lieu… Qui est cet inconnu et quel lien l'unit à sa mère et à la guerre d'Algérie ? Cette dernière, en plus des pertes en vies humaines et des séquelles psychologiques qu'elle a générées, a détruit nombre d'attaches sentimentales qui se voulaient indéfectibles. L'auteur, Pierre Nougaret, écrit, avec ce livre, son deuxième roman.
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Pierre NougaretPierre Nougaret
L’inconnu Au début de l’été 1982, vingt ans après les accords d’Évian,
Véronique, étudiante en droit, s’installe dans le jardin du
Luxembourg et sort, de son sac, un ouvrage prélevé au hasard de la
bibliothèque maternelle. Posant sur ses genoux La question,
témoignage mythique d’Henri Alleg, sur les évènements d’Algérie, du marque-page
elle s’aperçoit que le livre s’est ouvert derechef sur la photo d’un
garçon de son âge, sans qu’apparaisse aucun indice de date, ni
de lieu…
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confrontée et qu’elle se promet de résoudre…
La guerre d’Algérie, en plus des pertes en vies humaines et des
séquelles psychologiques qu’elle a générées, a détruit nombre
d’attaches sentimentales qui se voulaient indéfectibles. Ce
roman se situe dans un contexte qui a marqué la génération de
l’auteur.
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montagne, de musique et de littérature ; son prp emier romann, MaM tthieu et la
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L’inconnu du marque-page Pierre Nougaret
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TXH RQ pU H TXH j JPH �p H OO 7H " LH pU OJ �$ UH HU JX
j W UH Pq VD XQ HQ TXH HW QX RQ QF HW 4XDaniel Cohen éditeur
www.editionsorizons.fr
Littératures, collection dirigée par Daniel Cohen est une collection ouverte à l’écrire, quelle qu’en
soit la forme : roman, récit, nouvelles, autofiction, journal ;
démarche éditoriale aussi vieille que l’édition elle-même. S’il
est difficile de blâmer les ténors de celle-ci d’avoir eu le goût
des genres qui lui ont rallié un large public, il reste que,
prescripteurs ici, concepteurs de la forme romanesque là,
comptables de ces prescriptions et de ces conceptions ailleurs,
ont, jusqu’à un degré critique, asséché le vivier des talents.
L’approche de Littératures, chez Orizons, est simple — il eût
été vain de l’indiquer en d’autres temps : publier des auteurs
qui, par leur force personnelle, leur attachement aux formes
multiples du littéraire, ont eu le désir de faire partager leur
expérience intérieure. Du texte dépouillé à l’écrit porté par
le souffle de l’aventure mentale et physique, nous vénérons,
entre tous les critères supposant déterminer l’œuvre littéraire,
le style. Flaubert écrivant : « J’estime par-dessus tout d’abord
le style, et ensuite le vrai » ; plus tard, le philosophe Alain
professant : « c’est toujours le goût qui éclaire le jugement »,
ils savaient avoir raison contre nos dépérissements. Nous en
faisons notre credo.
D.C.
ISBN : 979-10-309-0099-6
© Orizons, Paris, 2016L’inconnu du marque-pagePierre Nougaret
L’inconnu
du marque-page
2016Dans la même collection
Patrick Denys, Épidaure, 2012
Pierre Fréha, Nous irons voir la Tour Eiffel, 2012
Jean Gillibert, De la chair et des cendres, 2012À coups de théâtre, 2012
Nicole Hatem, Surabondance, 2012
Didier Mansuy , Facettes, 2012Les Porteurs de feu, 2012
Lucette Mouline, L’Horreur parturiente, 2012Museum verbum, 2012
Bahjat Rizk, Monologues intérieurs, 2012
Dominique Rouche, Œdipe le chien, 2012
Antoine de Vial, Obéir à Gavrinis, 2012
Éric Colombo, Par où passe la lumière..., 2013
Raymond Espinose, Lisières, Carnets 2009-2012, 2013
Henri Heinemann, Chants d’Opale, 2013
Lucette Mouline, Zapping à New York, 2013
Antoine de Vial, Americadire, 2013
Guy R. Vincent, Séceph l’Hispéen, 2013
Jean-Louis Delvolvé, Le gerfaut, 2014
Toufic El-Khoury , Léthéapolis, 2014
Gérard Laplace, La façon des Insulaires, 2014
Andrée Montero, Le frère, 2014
Laurent Peireire, Ostentation, 2014
Michèle Ramond, Les saisons du jardin, 2014Les rêveries de Madame Halley, 2014
Michel Arouimi, Quatre adieux, 2015
Jean-Pierre Barbier-Jardet, Procès à la mémoire de mon ombre,
2015
Dominique Capela, La Gravité, 2015Patrick Corneau, Vies épinglées, 2015
Chantal Danjou, Les cueilleurs de pommes, 2015
Raymond Espinose, Villa Dampierre, 2015
Robert Havas, Parlons rat, 2015
Henri Heinemann, L’Éternité pliée, Journal, Le Voyageur
éparpillé, tome V, 2015
Henri Heinemann, Et puis..., 2015
Fanny Lévy, Une existence au fil de son passage en ce monde,
2015
A. Lichtenbaum, Éphraïm égaré ou la justice des nations, 2015
Lucette Mouline, Épidémie, 2015Le sexe égaré, 2015
Robert Havas, Parlons rat, 2016
Fanny Lévy, Dieu compte les larmes des femmes, 2016
Maurice Couturier, Vers là d’où je viens, 2016
Lucette Mouline, Eva et Maad, 2016
Robert Pouderou, Quelqu’un, 2016Chapitre 1
ous sommes le premier dimanche de l’été N1982 ; dans quelques jours, j’aurai vingt ans.
Le jardin du Luxembourg fait partie de l’itinéraire
qui me conduit deux ou trois fois par semaine de
ma mansarde place de l’Estrapade à l’appartement
familial rue du Cherche Midi. Pendant la belle
saison, je m’installe deux ou trois fois par semaine
dans cet éden où le chant des oiseaux accompagne
mon immersion dans les cours de droit. À
proximité de la statue de Ferdinand Fabre, selon
l’humeur du ciel, je choisis la graduation de l’éclairage,
du plein soleil à l’ombre épaisse des bosquets. En
face de moi, sur un écriteau placé en bordure de la
pelouse, un chêne isolé livre son identité de
Quercus Robur.10 Pierre Nougaret
Hier, sans raison apparente, l’idée m’est
venue de fouiner dans la bibliothèque parentale. J’ai
retenu un instant ce dernier mot car mon père a
disparu l’année de mes treize ans. J’étais trop jeune
pour apprendre des lèvres de maman, au retour de
l’hôpital, qu’il me faudrait l’assister dans les tâches
quotidiennes. Aînée d’une fratrie de cinq enfants
dont le dernier n’avait que sept ans au moment
où survint la crise fatale, j’eus à partir de ce jour
une relation avec elle différente de celle de mes
frères et sœurs.
Sur le plus haut des rayonnages, je me suis
donc intéressée à la seconde rangée de livres,
supposée inaccessible aux plus jeunes enfants. Et j’ai
prélevé l’un d’eux à l’improviste. Enfin, pas tout
à fait puisque, sans que j’en aie eu conscience, la
mention Éditions de Minuit, chargée de mystère,
a pu appâter mon regard.
En cette fin de matinée, tout près de
l’imposante façade du lycée Montaigne, le décor de
mes années d’insouciance, je repère un fauteuil
libre. Et je sors de mon sac l’ouvrage emprunté,
La Question d’Henri Alleg, publié en 1957.
À peine posé sur les genoux, le livre s’ouvre
tout seul, dévoilant la photo d’un garçon de mon
âge, ma foi très séduisant.L'iNcoNNu du marque-Page 11
Le visage surgi n’est pas celui de mon père,
ni celui d’aucun de mes oncles et je suis sûre de
n’avoir jamais croisé le modèle au bercail. Sans
lunettes, les cheveux mi-longs et le col de
chemise ouvert, il ne laisse deviner son appartenance
à aucune époque particulière ; c’est le portrait d’un
étranger qui a eu, je ne sais quand, l’âge que j’ai
aujourd’hui.
Je retourne la photo, son envers est muet.
Chacun sait, pourtant, que le choix d’un
marquepage ne doit rien au hasard.
Surprise par la découverte, je feuillette le livre
et tombe sur une ligne évoquant un homme
humilié jusqu’au fond de l’âme. Je suis intriguée par
le propos et, du coup, je dévore toutes les pages
de l’ouvrage ; mon intérêt pour la face cachée de
la tragédie algérienne, né de nombreux échanges
avec mes oncles, s’en trouve naturellement
renforcé. Reste à établir le lien entre maman, la guerre
d’Algérie et l’identité du garçon de la photo…
Je m’abandonne à la rêverie. Des nuages
planent sur la capitale. Au-dessus de la Seine, ils
s’effilochent jusqu’à se fondre dans le bleu
dominant du ciel, tandis que vers le sud ils prennent
une couleur sombre de plus en plus menaçante.
À l’extrémité de l’un d’eux, je discerne la forme 12 Pierre Nougaret
d’une main qui s’apprête à s’emparer d’un objet.
Le cumulus veut-il dévorer un de ses compagnons,
capturer des oiseaux ou retenir à lui seul les rayons
du soleil, je n’en sais rien. Mais la
représentation offerte par le ciel m’impose de me saisir de
l’énigme qui s’est profilée à travers la silhouette
d’un inconnu plongée dans l’histoire algérienne.
À mon arrivée rue du Cherche Midi pour le
déjeuner dominical, je remets La Question au
sommet de la bibliothèque, mais je garde la photo, le
temps d’en faire une reproduction.Chapitre 2
e lendemain de ma découverte, tandis que Lmaman s’engage dans une grande discussion
avec Étienne, le petit dernier, sur l’intérêt d’être
bon en géographie — vachement fortiche se
glorifie l’intéressé —, mon instinct me guide vers
l’armoire où sont rangés les albums de photos. Un
examen rapide indique qu’aucun des portraits qui
les habitent ne ressemble au visage énigmatique
dissimulé dans La Question. Par conséquent, ce
n’est pas celui d’un parent éloigné que je n’aurais
pas connu, ni celui d’une quelconque relation de
la famille. Au centre de l’interrogation, maman,
puisque l’un de ses livres hébergeait l’image. Ne
serait-il pas celui d’un amant, éconduit ou
déserteur, qui aurait laissé son empreinte dans un cœur
incapable de se résoudre au sacrilège d’en détruire 14 Pierre Nougaret
le souvenir ? Flirt passager, ou prétendant s’étant
cru destiné à devenir l’homme de sa vie, il aurait
disparu pour une raison obscure mais
suffisamment honorable pour que maman s’interdise d’en
détruire l’icône.
Je réprime l’envie impulsive d’aller dire,
maman, j’ai aperçu le visage d’un jeune homme
enfouie dans les entrailles d’un livre, une photo
dans un bouquin est forcément celle d’une
personne aimée d’une façon ou d’une autre ; s’il te
plait, sois gentille de me dire qui est ce garçon !
Qu’est-il advenu du jeune homme
mystérieux ? A-t-il atteint l’âge de la maturité, est-il
encore vivant ? S’il est de la même tranche d’âge que
maman, ce qui est probable, il a servi en Algérie à
l’instar des autres jeunes gens. C’est du moins ce
que suggère l’emplacement de la photo. Dans ce
pays déchiré, n’aurait-il pas laissé une partie de
son intégrité physique, sa vie, son honneur ?
Des conversations que j’ai eues ici ou là sur
la guerre d’Algérie, je retiens d’abord le discours
officiel des années de guerre, centré sur l’objectif
humanitaire des conquêtes coloniales : la France
n’avait-elle pas partagé avec les peuples africains
les splendeurs de sa civilisation ? Je retiens
aussi que les générations précédentes n’étaient pas L'iNcoNNu du marque-Page 15
habitées par le doute. Plusieurs années après le
début des hostilités, la quasi-totalité des
métropolitains affirmaient encore que l’Algérie faisait
partie intégrante de la France. La preuve en était
que le drapeau tricolore flottait sur l’ensemble des
administrations du territoire.
Pour autant, la population algérienne
étaitelle considérée comme française à part entière ?
Là, le verdict était moins formel… Maman m’a
raconté que de Gaulle avait déclaré à la fin des
années cinquante que ceux qui prônent
l’intégration ont une cervelle de colibri.
Dans une réunion de famille, mon oncle
d’Angers, Arnaud, a rapporté qu’un de ses copains
de lycée, interrogé par le professeur d’histoire
sur les raisons qui avaient donné naissance aux
empires coloniaux avait répondu que la France,
comme l’Angleterre et les autres, y avait cherché
ses intérêts : matières premières, débouchés, sites
stratégiques à des fins mercantiles ou militaires. Ce
professeur, pourtant réputé pour ses idées
avancées, l’avait sèchement renvoyé à sa place,
maugréant contre ceux qui ignoraient la mise en valeur
par la France de ces pays, une avancée dont les
populations locales n’avaient jamais été capables.16 Pierre Nougaret
Arnaud n’était pas de cet avis : c’est un fait
indéniable, m’a-t-il dit, que l’administration
coloniale a d’abord favorisé la prospérité des colons
français ; par la force, elle a souvent exproprié les
autochtones des terres les plus fertiles à leur profit,
suscitant une haine féroce à leur encontre.
Je me souviens des échanges passionnés du
printemps à la fac sur l’aventure coloniale
achevée il y a juste vingt ans. La lecture de chroniques
de presse consacrées à l’anniversaire des accords
d’Évian a donné lieu à des débats improvisés
auxquelles mon intérêt pour le sujet m’a rendue
spécialement attentive.
Un garçon très remonté proclame qu’on ne
doit pas oublier les massacres de Sétif, Guelma et
Kherrata le 8 mai 45 ; il a coûté la vie à des milliers
de musulmans. Voilà de quelle manière le pays des
droits de l’homme a vengé le lâche assassinat de
quelques dizaines d’Européens. Quelle injustice,
quelle offense faite à un peuple qui avait combattu
à ses côtés durant les deux guerres mondiales !
Beaucoup d’entre nous découvrons ces tragédies
gravées à jamais dans la mémoire des Algériens.
Une voix impassible nous suggère de ne pas
oublier non plus qu’après la Toussaint 54, c’est
l’Armée de Libération Nationale, le bras armé du L'iNcoNNu du marque-Page 17
F.L.N., qui a ouvert le cycle des pires cruautés à
l’encontre des civils et, d’abord, des populations
musulmanes… Le garçon qui parle est un fils de
modeste fonctionnaire pied-noir ; en tête à tête, il
me dit ne pas supporter la culpabilisation
permanente des Français d’Algérie par ceux qui n’ont
jamais traversé la Méditerranée.
Avez-vous repéré la chronique du Monde
du 19 mars de cette année sur la fraternisation ?
lance un garçon de troisième année. Écoutez ce
que l’auteur, un ancien du contingent, dit avoir
entendu de la bouche d’une mère de famille
croisant un groupe d’Arabes alors qu’elle se rendait à
l’église : On a inventé des insecticides contre les
moustiques. Eh bien, on devrait aussi inventer une
poudre contre ces gens-là.
Des étudiants apportent la reproduction
d’articles des années de guerre. Je lis que, pour contrer
l’insurrection, la mobilisation des officiers du
contingent durait jusqu’à trente mois. J’apprends
avec stupéfaction qu’officiellement, il ne s’agissait
pas de combattre mais de maintenir l’ordre.
Sophie, une de mes camarades que je connais
à peine, intervient timidement dans un échange
en petit groupe. Elle ne formule pas d’opinion
personnelle sur les causes du soulèvement, mais 18 Pierre Nougaret
témoigne de ce que ses parents lui ont dit de leur
retour en métropole durant l’été 62. À leur arrivée
dans l’hexagone, les pieds-noirs n’ont pas été
accueillis comme ils l’avaient espéré ; parfois, on
faisait sentir aux exilés, y compris aux plus modestes,
qu’ils étaient responsables des sacrifices consentis
par le contingent.
Je discute du sujet de façon désordonnée
selon les opportunités qui se présentent et je me
forge peu à peu une idée sur ce qui est le plus
probable. Après le choc de la seconde guerre
mondiale, l’émancipation des peuples est dans l’air du
temps. La Tunisie obtient son indépendance
interne, le Maroc demande la sienne. Les rancœurs
accumulées en Algérie depuis des décennies
remontent à la surface. Les conditions d’une
explosion sont réunies. Elle sera encouragée par le bloc
soviétique et largement admise par des puissances
dont la France espérait plus de bienveillance.
Quelque soit le passé de ceux qui parlent
savamment de la guerre, les chiffres avancés sont
les mêmes pour les victimes françaises, un total de
trente mille morts, soit une dizaine de militaires
tués chaque jour et dix fois plus de blessés. Quant
aux victimes de l’autre camp, ils se compteraient
par centaines de milliers selon les autorités fran-L'iNcoNNu du marque-Page 19
çaises, de plus d’un million selon les sources
algériennes…
Mon enquête sur l’inconnu du marque-page
commencera par le plus facile, une conversation avec
des proches. J’avancerai à couvert dans le maquis
de l’histoire algérienne jusqu’au jour où je les
amènerai à évoquer le souvenir d’autres prétendants
pour maman que mon père…
Arnaud, le frère le plus proche de maman,
connaît ses histoires. Peu de différence d’âge entre
eux, un an moins deux jours, répètent les anciens
de la famille, faible écart propice à l’échange de
confidences. Au bon moment, je solliciterai son
aide.
Bizarre, cette manie de me rappeler ma
ressemblance à maman… On nous donne l’apparence
de qui l’on décide et, à demi-orpheline, privée
désormais de mes grands-parents paternels sans
doute morts de chagrin, j’entends plus souvent
dire que je suis du côté de maman que de l’autre. À
moins que ce ne soit un artifice pour éviter
d’aborder la raison de la non-ressemblance avec mon
père disparu. Laquelle résulterait du fait qu’il ne
serait pas mon père biologique… Interrogation
redoutable sur les origines que, probablement,