Les habitants de France sont-ils des Français?

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A la question "Que signifie être français ?" peut venir une réponse inconsciente, comme un fantasme collectif : " être blanc, plutôt catholique et descendant des Gaulois "… ce qui laisserait à très peu de gens la possibilité d'être français ! A partir des diverses constructions identitaires des habitants, comment revisiter l'identité française ? Cet ouvrage étudie l'outil de la participation d'habitants au sein d'institutions socioculturelles comme moyen de créer, ensemble, une nouvelle définition de l'identité française.
Publié le : dimanche 1 mars 2015
Lecture(s) : 5
EAN13 : 9782336371443
Nombre de pages : 220
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Questions contemporaines
Sophie AouizerateLES HABITANTS DE FRANCEQ SONTILS DES FRANÇAIS ?
QuesQuestions conttions contemporemporainesaines
LES HABITANTS DE FRANCECette recherche-action émane d’une interrogation personnelle sur la
dé nition de l’identité française.
SONTILS DES FRANÇAIS ?QQQÀ partir d’une exploration théorique, nous voyons que cette dé nition
est une représentation construite par la transmission d’une certaine
lecture de l’Histoire. Comment se reconnaitre dans cette représentation ?
Comment s’articule-t-elle avec les transmissions identitaires familiales ?
Les habitants vont construire diverses façons d’être français. Ces multiples
dé nitions peuvent être en contradiction avec celle of cielle, ou du
moins mettre à jour un écart. Pour revoir collectivement la dé nition de
l’identité française, une interaction entre les constructions individuelles et
la dé nition of cielle doit s’effectuer.
Nous proposons d’étudier ces interactions dans le cadre de la participation
d’habitants au sein d’institutions socioculturelles. Nous verrons que
les professionnels utilisent des outils favorisant la reconnaissance des
singularités des habitants, mais que la construction collective à l’œuvre
n’est diffusée que très partiellement. Du côté des habitants, les identités
individuelles convergent vers un objet commun qui se forme dans une
approche interculturelle et se nomme citoyenneté. La diffusion de cette
construction collective appartient à ces habitants/participants et ces
habitants/professionnels. À eux, à nous, de trouver les moyens de la
communiquer en évitant les limites exposées.
Sophie Aouizerate a exercé une dizaine d’années en tant qu’assistante
sociale avant d’intégrer un master II au CESTES (CNAM). C’est à cette
occasion qu’elle a exploré le sujet de notre cohésion nationale, son sens et son
évolution. Elle continue aujourd’hui d’y travailler à partir du développement
des communautés humaines. Questions contemporaines
Illustration de couverture : Crédit photo shutterstock,
graphisme Yannick Renard.
ISBN : 978-2-343-05448-3
22 €
LES HABITANTS DE FRANCE
Sophie Aouizerate
SONTILS DES FRANÇAIS ?











Les habitants de France
sont-ils des français ?

Questions contemporaines
Collection dirigée par B. Péquignot, D. Rolland
et Jean-Paul Chagnollaud

Chômage, exclusion, globalisation… Jamais les « questions
contemporaines » n’ont été aussi nombreuses et aussi complexes à
appréhender. Le pari de la collection « Questions contemporaines »
est d’offrir un espace de réflexion et de débat à tous ceux,
chercheurs, militants ou praticiens, qui osent penser autrement,
exprimer des idées neuves et ouvrir de nouvelles pistes à la réflexion
collective.


Dernières parutions

Paul SCHEFFER, Formation des diététiciens et esprit critique,
Comment favoriser l'indépendance professionnelle et une pratique
réflexive du métier ?, 2015.
Nicolas BOURGOIN, La république contre les libertés, Le virage
autoritaire de la gauche libérale (1995-2014), 2015.
Antonio FURONE, Les crises de Santé publique, entre
incompétence et compromissions, 2014.
Frank GUYON, France, la République est ton avenir, 2014.
Guy PENAUD, Pour en finir avec l’affaire Robert Boulin, 2014.
Alain COGNARD, Misère de la démocratie. Pour une réingénierie
de la politique, 2014.
Jean-Paul BAQUIAST, Ce monde qui vient. Sciences,
ematérialisme et posthumanisme, au XXI siècle, 2014.
Nadia BOUKLI, L’échec scolaire des enfants de migrants, Pour
une éducation interculturelle, 2014.
Nicole PÉRUISSET-FACHE, Pouvoirs, impostures. Du mensonge
à l’encontre des peuples, 2014.
André DONZEL, Le nouvel esprit de Marseille, 2014.
Félicien BOREL, Renaître, ou disparaître, 2014.
Alain RENAUD, Lyon, un destin pour une autre France, 2014.
Blaise HENRION, Eurocopter savait, La vérité sur un crash
mortel, 2014.
Sophhie Aouizerate









Les habitants de France
sont-ils des français ?

Prenndre part àà une définnition commmune
à partir d'une construction
identitaire individuelle :
l'exemple de la participation d'habitants
au sein d'insttitutions soocioculturelles


















































© L'HARMATTAN, 2015
5-7, rue de l'École-Polytechnique, 75005 Paris

http://www.harmattan.fr
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr

ISBN : 978-2-343-05448-3
EAN : 9782343054483
AVANT PROPOS


J’ai rédigé ce texte dans un contexte particulier que je dois
détailler pour éclairer le lecteur. J’ai commencé ma carrière
professionnelle en tant qu’assistante sociale ; métier que j’ai
exercé pendant une dizaine d’années sans être pleinement
satisfaite.

J’ai alors repris le chemin des études pour tenter de répondre à
cette question : qu’est- ce que je souhaite faire ?

Avant de faire quoi-que ce soit, j’ai réfléchi à cette question
avec le soutien du Centre d’Economie Sociale, Travail et
Société (CESTES) du CNAM. J’ai intégré leur master II de
manager d’organisme à vocation sociale et/ou culturelle, dirigé
par Jean-François Draperi.

Au cours de ces deux années de formation, j’ai travaillé sur un
mémoire sous la forme d’une recherche-action pour valider mon
diplôme. C’est ce mémoire que vous vous apprêtez à lire. Cet
écrit a permis, à la fois un bilan et une projection de mon
parcours professionnel, social et personnel. Il a concrétisé un
passage entre un « avant » et un « après ».

Ce texte s’inscrit dans la tonalité d’une recherche-action menée
du point de vue d’une assistante sociale qui ne se sent pas à sa
place, d’une habitante de France cherchant à harmoniser ses
identités. Avec ce prisme subjectif, j’ai fait le choix de
l’anonymat pour les personnes et les lieux que j’ai rencontrés
lors de cette recherche-action afin de ne pas les réduire à mon
seul point de vue en dehors de ce texte.

7
ATTESTATION ANTI-PLAGIAT


J'atteste avoir lu les chartes anti-plagiat communiquées par le
Cestes/CNAM, d'être consciente que le plagiat constitue une
violation des droits d'auteur ainsi qu'une fraude caractérisée.

Je soussignée, Sophie Aouizerate déclare sur l'honneur être
personnellement l'auteur du mémoire intitulé Les habitants de
France sont-ils des Français ?, réalisé dans le cadre de la
formation de Manager d'organismes à vocation sociale et
culturelle et de ne pas avoir eu recours au plagiat pour le
rédiger.


Le 25 octobre 2012, Sophie Aouizerate.

9
INTRODUCTION


Quand j'ai complété le dossier d'inscription pour candidater au
1master II du CESTES , je ne mesurais pas vers quel
changement je m'engageais et à la fois j'étais prête à concrétiser
ce "je ne sais quoi" qui m'appelait depuis longtemps. Je vais
vous présenter mon parcours à partir de l'autobiographie
raisonnée que j'ai rédigée en débutant la formation. Les fils
conducteurs que j'avais dégagés sont restés présents tout au long
de ma réflexion sur le mémoire. Ils ont été travaillés sous
différents angles avant d'être réorganisés. Les parties en
italique, dans cette introduction, sont issues d’un texte intitulé «
Notice de parcours » que j'ai finalisé le 23 février 2011.

De 2003 à 2009, j'ai travaillé en tant qu'assistante sociale en me
déplaçant au domicile des familles. Je m'interrogeais sur la
nature de la relation d'aide. J'avais le sentiment que cette
relation était déséquilibrée du fait qu'un de ses membres était en
demande d'aide et que l'autre devait y répondre dans un cadre
professionnel. J'avais l'impression que ce cadre professionnel
biaisait la relation et en même temps je craignais que les
sentiments débordent la relation. Ce même cadre me rassurait
aussi. Je me suis arrangée de ces questions car les associations
où j'ai travaillé offraient une liberté d'action, une indépendance
envers quelconque protocole. Ceci s'explique en partie par le
fait que le principal mode d'intervention se réalisait au domicile
des personnes. J'utilisais le cadre en fonction de la relation et du
contexte. Je m'intéressais aux conditions nécessaires pour être
dans une démarche de rencontre avec l'autre. Je venais sur le
territoire habité par la personne. Cet espace était marqué par ce
qu'elle voulait montrer de sa personnalité, de son histoire, de
soi.



1 Centre d’Economie Sociale Travail et Société, rattaché au CNAM
(Conservatoire National des Arts et Métiers)
11 Je m'appuyais sur la notion de territoire comme prolongement
de soi et marqueur d'une expression de son identité pour tenter
de cerner les clés des personnalités. J'observais la façon dont un
habitant investissait son salon ou sa chambre comme un metteur
en scène de son quotidien. Parfois j'avais l'impression d'être au
théâtre car certains, dans leur espace familier, se mettaient à
jouer, à raconter. J'avais accès à une multitude d'informations
qui prenaient sens en les recoupant et formaient ce que la
personne me montrait d'elle-même. Alors dans mon rôle
d'assistante sociale, j'entrais dans leur pièce.

Je me suis aperçue que la relation d'aide restait une relation
d'échanges et de sentiments et qu'en fait c'était bien ça qui
m'intéressait. Quand les usagers et moi-même arrivions à
échanger dans un climat de confiance, nous pouvions alors
construire ensemble les liens entre leur fonctionnement lié à
leur parcours, et les règles de vie de l'ici-et-maintenant qu'elles
soient officielles ou non. Nous acceptions chacun de regarder
notre propre fonctionnement avec distance pour entendre ce que
l'autre y percevait. Et nous comprenions alors que la différence
était riche d'apprentissage. Je voyais des personnes faites de
cultures et d'histoires, des personnes qui développaient une
certaine liberté en tentant d'agir sur leur trajectoire.

Leurs parcours étaient singuliers et universels : à la fois inscrit
dans une histoire collective, et dans le même temps, les
narrateurs choisissaient leur rôle dans leur trajectoire, acteur
principal, figurant ou absent. Je mesurais à chaque fois la
richesse des récits par la façon dont chacun donnait sens à ces
histoires de vie qui faisaient la « Grande Histoire ». Cette
richesse restait à l'état de confidence entre deux dossiers
administratifs alors qu'elle pouvait être une clé pour se
comprendre et vivre ensemble. Je voulais travailler avec ces
histoires de façon collective pour en faire « Notre Histoire ».

Mes différents postes m'ont permis d'échanger avec les familles
sur leur parcours d'immigration, sur leurs rapports avec leurs
enfants et sur leur vie d'ici et de maintenant.
12 Toutes exprimaient explicitement ou pas, une souffrance liée à
l'exil qui empêchait une transmission valorisée des origines aux
enfants grandissant en France. Et ces enfants étaient dans une
grande solitude alors qu'ils sont, selon moi, la réponse à ces
questions. Ce sont eux qui connaissent deux cultures, deux
langues et qui deviendront des citoyens du monde. C'est bien ce
thème qui me passionne depuis plusieurs années et qui
regroupe les grands axes développés dans cette notice de
parcours.

J'avais le sentiment que tous ces témoignages, ces petites
histoires étaient la porte d'entrée que je devais pousser.
Comment faire pour que ces histoires soient diffusées et
permettent la rencontre et la reconnaissance, des personnes
entre elles et avec les instances officielles ? Je ne voyais plus
que ces liens multiples entre tous ces gens et bien sûr la
signification que prenaient ces liens dans mon histoire
personnelle, où parfois les liens manquaient. Je sentais que ces
questionnements m'éloignaient du positionnement classique de
l'assistante sociale. Un changement était nécessaire. Je ne me
retrouvais plus ni dans ma posture professionnelle ni dans ce
que je faisais de ma propre histoire. J'ai commencé par changer
de poste pour devenir responsable d'un espace socioculturel
dans une municipalité. J'ai coordonné des projets d'animations
favorisant les rencontres : échanges entre artistes et stagiaires
du cours d'alphabétisation, rencontre entre seniors et enfants
autour du jeu, de la musique ou de la cuisine. Je sentais que ma
motivation dépassait ces actions divertissantes. J'avais besoin de
comprendre ce qui m'animait et de construire mon projet
professionnel par rapport à cette quête.

J'ai alors recherché une formation pour apprendre ce nouveau
métier et aussi pour m'apprendre à me positionner
différemment au travail pour que je sois moi. Être soi signifiait
être en accord avec mes motivations profondes et les utiliser
comme moyen de me présenter. En rédigeant l'autobiographie
raisonnée, j'ai rapidement mis en évidence le rapport que
j'entretenais avec mon histoire personnelle et l'objet qui
m'intéressait.
13 Un des fils conducteurs était intitulé : mon identité :
l'interculturalité, et il commençait ainsi : Je suis issue d'un
mélange entre ma mère née en France, d’origine catholique et
pour moitié italienne, et mon père, juif d’Algérie, arrivé en
France à l'âge de 9 ans. Ce mélange me mettait en difficulté
pour me définir : mes origines correspondent à des histoires
d'immigration dont je ne connaissais que peu d'éléments.
Quelles traces sont en moi pour montrer mon appartenance à
ces origines ? Je ne maîtrisais ni les langues, ni les religions, ni
les géographies de ces pays. Pourtant ces histoires sont en moi,
elles me constituent. Comment les faire vivre avec mon
ici-etmaintenant ?

Je m'interrogeais sur la concordance entre mon passé familial et
ma vie actuelle. Il s'agit bien d'un espace-temps précis qui
participe à me définir. Il est composé de multiples
ailleurs-etavants. Comment tout cela s'organise ? Est-ce qu'un sens en
ressort ?

Définir le territoire où ont vécu nos parents et où nous vivons
est un élément capital de notre identité. Car l'attachement au
lieu de vie s'exporte et se transmet. Je comprends alors que
chaque parcours d'immigration est unique bien qu'il s'inscrive
dans l'Histoire. Le territoire passé ou présent fait trace en nous,
comme nous laissons une trace en lui. Ce que nous faisons de
l'appartenance à un lieu nous définit. J'étendais les observations
faites au domicile des familles, à des territoires plus vastes par
leur étendue et leur temporalité.

Ces questionnements ont été déclenchés par un événement
précis. En 2005, j'ai participé à une formation professionnelle
2proposée par ANDESI . Elle portait sur l'interculturalité et le
travail social. J'ai découvert les cultures africaines et nord
africaines de façon rationnelle, exposées par des scientifiques :
anthropologue et psychologue. Cette formation a été une
révélation car j'ai enfin compris mon interculturalité et ce que
je pouvais en faire, avec et pour les autres.

2
Association Nationale des Cadres du Social
14 C'est donc l'attachement au territoire et à l'Histoire qui
m'intéressait comme base de construction identitaire.
Reconnaît-on ces attachements ? Qu'en fait-on dans notre
quotidien ? Peut-on les transmettre ? La naissance de mon fils,
en 2008, a accentué ces questionnements car je voulais être en
mesure de lui expliquer mon histoire pour qu'il fasse la sienne.
J'ai questionné le rôle des mères et des femmes à ce sujet. Quels
sont leurs points d'appui, leurs moyens ? Comment m’inscrire
personnellement dans cette position de mère ? La place des
femmes et particulièrement des mères, me semblait être l'espace
de questionnement et de transmission, privilégié.

J'ai lu beaucoup d'ouvrages concernant l'immigration, la
mémoire des immigrés, l'identité des enfants de migrants et des
livres traitant de généalogie pour les enfants. J'ai donc
commencé par chercher des éléments de mon histoire. J'ai
compris que mon identité était multiple même si j'étais
française. Mais j'avais l'impression que ces deux entités ne
pouvaient se mêler, elles restaient opposées, comme si l'identité
française niait le pluriel.

L'aspect politique de ce sujet ne m'avait pas échappé. En 2009,
le gouvernement [français] a lancé un débat concernant
l'identité nationale. Je pense que notre pays, comme les parents,
ont besoin de se tourner vers l'Histoire pour expliquer aux
jeunes générations, qui sont les Français, ce peuple que nous
composons ensemble. Quelle déception j'ai ressentie quand j'ai
compris que l'objectif était bien de réduire la nationalité
française à une identité fantasmée : «être blanc, catholique et
descendant des gaulois ». Cette définition de l'identité nationale
était une trahison, comme si une partie de moi et une partie de
chacun des habitants de France était niée.

Je voulais démontrer que cette différence était en nous même si
elle ne se distinguait pas physiquement. Car là résidait ma
difficulté.
15 Comme le remarque A. Sayad, le corps [est] ce qui donne corps
3à la culture . Je remarquais que mes origines étrangères,
particulièrement mon origine algérienne, ne se voyaient pas sur
mon corps puisque je suis blanche, sans type particulier et
habillée sans aucun signe extérieur d'appartenance à une
religion ou à un pays. Ni l'habillement, ni la façon de se
comporter, ni la couleur de peau ou la façon de parler ne
signifient que j'ai des origines étrangères.

Ce constat relève en fait du regard des autres sur mon apparence
physique. Nous avons l'habitude de rattacher une apparence
physique à une identité, or quand cette apparence peut être
assimilée à celle d'un français, c'est-à-dire, sans signe distinctif,
alors celui qui porte cette apparence ne peut être que français.
Être français sous- entend ici ne pas avoir d'origines étrangères,
particulièrement celles qui se voient. Souvent j'entendais cette
réaction quand je disais mon origine algérienne -mais jamais sur
mon origine italienne- : « Ah bon ? Ça ne se voit pas ! On ne
dirait pas ! »

Ces mots voulaient dire si tu as des origines d'Afrique, ça doit
se voir sur ton apparence, sinon tu es français, sous- entendu,
car tu n'as pas d'origines qui puissent se voir. Je sentais que
deux types d'immigrations étaient distincts dans cette remarque
: l'immigration européenne qui était acceptée comme ne se
voyant plus sur le corps et l'immigration d’Afrique d'Asie ou
des DOM-TOM qui devait se voir avant de se dire. Ces
remarques me blessaient, m'agaçaient car je me sentais obligée
de justifier mon origine algérienne.

Je me retrouvais à expliquer que tous les habitants d'Algérie
n'avaient pas tous la même couleur de peau ou les mêmes traits
du visage. Je retournais ces mots en disant comme les
Français !


3 A. Sayad (1999), La double absence, des illusions de l'émigré aux
souffrances de l'immigré, Seuil, Paris, p. 368
16 J'étais dans une double volonté : faire vivre mes origines
étrangères dans mon identité française sans porter les stigmates
attendus et faire comprendre les multiples façons d'être français
quand une apparence physique pouvait le résumer.

Alors il a fallu que je commence ce travail pour moi-même afin
d'être en mesure de le diffuser par la suite. A travers mes
lectures, je cherchais à rendre cohérents les histoires et les lieux
qui me composent. Je souhaitais poursuivre une transmission en
ajoutant mon point de vue. Je me suis interrogée sur la
définition de l'identité française car je pressentais qu'il n'était
pas communément établi que cette identité ait des origines
variées et transversales. Pourquoi avais-je cette impression de
ne pas me reconnaître dans l'utilisation du terme de l'identité
française ? A quoi correspond-elle ? A quelle histoire est-elle
rattachée ? Comment faire pour que cette identité corresponde à
tous ses détenteurs ? Que signifie être français ? Est-ce un état
que l'on obtient une fois pour toutes ou une construction lente ?

Ce que j'observais au sein des familles que je rencontrais dans
le cadre de mon travail, relevait de la construction individuelle.
Chacun, parfois faisant partie d'une même famille, ne définissait
pas son identité de la même façon. Et chaque parent construisait
une transmission particulière entre sa propre enfance et
l'ici-etmaintenant de ses enfants. J'apercevais la multitude de réponses
possibles à la définition de l'identité française à partir de ma
pratique d'assistante sociale mais aussi à partir de mon
expérience personnelle. Je ne voyais que le travail du sujet
individuel.

Un dernier fil conducteur est resté présent : mon lien avec l'art.
Dans mon dernier poste [en tant que responsable de structure
socioculturelle], j'ai travaillé avec des artistes, plasticien et
photographe pour mettre en place des expositions d'œuvres
créées par les élèves du cours d'alphabétisation. L'art permet
de valoriser et de reconnaître l'expression de chacun. La
société identifie l'autre aussi à travers sa création.

17 A travers ces expériences, j'ai vu que le travail artistique
pouvait être un cheminement de construction identitaire en
symbolisant ce que nous faisons de notre héritage dans notre
présent. Il questionne notre place dans un groupe (famille,
société ou quartier), comment nous agissons sur cette place et
l'effet que cela produit pour le groupe. La création artistique
peut être un moyen de faire des liens entre des trajectoires
personnelles pour créer du collectif.

J'imaginais un projet autour des questions de construction
identitaire, entre ici-et-maintenant et ailleurs-et-avant, à travers
une expression artistique. Je souhaitais répondre à la question
qu'est-ce qu'être français ? Avec des symboles artistiques
élaborés à partir de la diversité des définitions.

Entre 2005 et 2007, j'ai réfléchi à la fabrication d'un livre pour
enfants qui donnerait un support pour parler des histoires
familiales. Je projetais de rattacher le déroulé à des supports
spatio-temporels : un arbre généalogique, des cartes de France
et du monde. J'ai projeté d'écrire un livre pour enfants afin de
les aider à se situer dans le temps et l'espace, afin qu'ils
s'inscrivent dans un héritage valorisé et se projettent comme
citoyens du monde. Dans mon projet de livre, le lecteur
réaliserait un arbre généalogique avec l'aide de ses parents
(parents au sens large). Puis il noterait sur une carte du monde
ou de France, le lieu de naissance de ses parents et le sien afin
de situer ses origines dans le temps et l'espace.

Ensuite le présent serait symbolisé sur la carte avec le lieu de
vie actuel de l'enfant. Ainsi, son identité se définirait avec ce
qu'on lui a transmis et ce qu'il vit aujourd'hui. Enfin il pourrait
s'imaginer adulte en se projetant dans un espace-temps futur.
Les notions de territoires et de recherche des origines
réapparaissent ici.

La principale difficulté, que je rencontrais, était de penser un
produit générique pour des situations particulières. Est-il
possible de définir des éléments comme points communs
incontournables des trajectoires individuelles ?
18 Ce projet a motivé de nombreuses lectures. J'ai aussi développé
des connaissances en termes de littérature jeunesse. J'ai voulu
poursuivre ce projet au début de la formation.

L'objet de ma recherche-action portait, dans un premier temps,
sur l'album jeunesse comme support possible de transmission
culturelle au sein des familles vivant en France et dont les
parents étaient immigrés. Lors du bilan d'étapes pendant la
formation, en octobre 2011, mon mémoire s'orientait vers le
montage de ce type de projet. Il avait pour titre « Les Français,
peuple métisse ? Valorisation de notre métissage culturel avec
les habitants d'un quartier de banlieue ».

A ce moment, je travaillais bénévolement dans une association
qui organisait des ateliers en extérieur et dans différentes
structures, dans un quartier classé en Politique de la Ville. Nous
proposions des séances d'arts plastiques et de lectures. Je
voulais mobiliser des familles à travers ces ateliers sur les
questions de construction identitaire. Comment faisaient-elles
pour s'inscrire dans l'ici-et-maintenant tout en transmettant
l'ailleurs-et- avant ? Quels liens se créaient ?

Mon idée était de travailler sur ces questions avec des supports
artistiques pour réaliser une exposition dans le quartier. J'étais
contente de réussir enfin à poser dans un projet défini, toutes les
idées que j'avais en tête. Mais personne n'a soutenu ce projet, ni
l'association où j'étais bénévole, ni l'atelier mémoire du Cestes.
Et je comprends pourquoi maintenant. Ce projet figeait mon
questionnement dans une fabrication matérielle. J'allais
travailler davantage à la mobilisation des familles qu'au recueil
de leurs témoignages. Ma démarche ne correspondait plus à une
recherche- action. Je voulais être dans « le faire ».

Il m’a fallu du temps pour accepter d'aller plus loin dans la
réflexion, pour abandonner une réalisation concrète. Mon projet
professionnel restait flou, je ne savais pas du tout où je pouvais
postuler pour travailler sur les questions qui m'animaient.

19 Alors j’ai recherché un stage dans des structures qui
construisaient leur activité autour des interactions entre histoires
individuelles et collectives. Il a duré six mois au sein d’un
écomusée en janvier 2012.

Je ne connaissais pas ce type d'établissement culturel. J'ai été
attirée quand j'ai vu sur leur site internet la façon dont les sujets
étaient traités dans les expositions : la « Grande » Histoire et les
trajectoires personnelles étaient mêlées.

Mon objet de recherche-action a évolué : au cours du bilan
d'étape, je voulais étudier comment les canaux de transmission
culturelle au sein des familles immigrées en France, pouvaient
participer à la construction identitaire. Dans un pays comme la
France, fruit de vagues successives d'immigration, comment se
déroule la transmission culturelle au sein des familles de
migrants dont les enfants sont nés en France ? Mon hypothèse
est que les parents, comme les enfants, développent des
stratégies de métissage des cultures. Ce métissage a constitué et
continue de constituer la culture française, et c'est en
4reconnaissant ce phénomène que l'intégration se fera . Le sujet
a évolué mais concerne toujours la même thématique
développée dans la notice de parcours.

J'ai choisi de rédiger l'introduction et la conclusion de ce
mémoire, à la première personne du singulier afin de rendre
compte de ma proximité avec le sujet. Par contre, dans le corps
du texte, j'utilise le « nous » pour signifier le changement dans
mon positionnement et élargir ma réflexion à celle du lecteur.

Qu'est- ce qu'être français ? Voici notre sujet. Cette définition
est une représentation collective faite de l'Histoire de France et
des règles administratives. Or un écart existe entre cette
représentation et la construction des identités françaises des
habitants. Cet écart vient d'un manque de reconnaissance des
personnes qui composent la France.

4 Extrait du bilan d'étape, octobre 2011.
20 Chacune, ayant un lien administratif et/ou affectif- avec la
France, choisit la façon dont ce pays sera intégré ou non dans sa
construction identitaire. Comment ces constructions
individuelles peuvent-elles participer à une nouvelle définition
collective ?

Pour que des interactions s'installent entre l'individuel et le
collectif, les représentants de l'État doivent y être associés. Les
institutions sont ses représentants. Certaines, notamment dans le
secteur socioculturel, proposent aux habitants de participer à
leurs actions.

La participation des habitants de France au sein des institutions
socioculturelles, est un outil pour faire reconnaître la diversité
d'être français et pour construire une nouvelle définition de
l'identité française dans une démarche interculturelle.

Nous commencerons par détailler la façon dont s'est construite
la représentation de l'identité française. Nous verrons les liens
avec le traitement de l'Histoire de l'immigration. Puis nous
chercherons à comprendre les rouages des constructions
identitaires individuelles à travers le concept d'historicité
développé par Vincent de Gaulejac. Il met en évidence les
interactions entre sujet et société comme base de construction.
Nous mettrons ce concept à l'épreuve de la participation
d'habitants au sein de deux structures : un écomusée et un centre
socioculturel.

Nous verrons si cet espace d'expressions pensées par les
institutions à l'égard des habitants, est l'outil adapté pour
questionner les constructions identitaires. Nous analyserons les
effets de la participation pour les professionnels et pour les
habitants afin d'évaluer si une nouvelle définition de l'identité
française est à l'œuvre.

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