Transfert de pratiques novatrices et performantes

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Transfert de pratiques novatrices et performantes

Publié le : jeudi 21 juillet 2011
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Distr. GÉNÉRALE  E/ESCAP/CPR/3 4 août 2003   FRANÇAIS ORIGINAL: ANGLAIS  
NATIONS UNIES CONSEIL ÉCONOMIQUE ET SOCIAL   COMMISSION ÉCONOMIQUE ET SOCIALE POUR LASIE ET LE PACIFIQUE  Comité de la réduction de la pauvreté  Première session 8-10 octobre 2003 Bangkok    PRATIQUES DE RÉDUCTION DE LA PAUVRETÉ: STRATÉGIES DE LA CESAP EN MATIÈRE DE RÉDUCTION DE LA PAUVRETÉ  (Point 6 a) de lordre du jour provisoire)  TRANSFERT DE PRATIQUES NOVATRICES ET PERFORMANTES   RÉSUMÉ La réduction de la pauvreté est peut-être le principal défi posé à la région. Il convient que les acteurs impliqués dans la réduction de la pauvreté tirent mutuellement parti de leur expérience, de leurs réussites et de leurs échecs, afin de déterminer ce qui marche et ce qui ne marche pas, déviter les erreurs et dadopter des stratégies plus efficaces. On peut qualifier de pratiques optimales les stratégies qui ont démontré leur efficacité et leur viabilité à travers la recherche et lévaluation, qui produisent des résultats exceptionnels et qui peuvent être appliquées et adaptées à une situation différente. Une pratique qui sest avérée efficace en un lieu doit être adaptée pour lêtre aussi dans une situation différente. Parfois, seuls quelques principes clefs peuvent être transférés. On soutient parfois que seules les «pratiques optimales» sont susceptibles dêtre reproduites. Grâce à son approche régionale et ses vastes réseaux régionaux, la CESAP est bien placée pour identifier les pratiques performantes en matière de réduction de la pauvreté. Elle a lintention de rassembler ces pratiques dans des bases de données et de les diffuser auprès des acteurs susceptibles de sen inspirer. La diffusion sopère en quatre phases: a) sensibilisation; b) transfert dinformation; c) échange interactif dinformation; d) renforcement des capacités. La CESAP a lintention de relier ces bases de données aux réseaux dinstitutions régionales, nationales, infranationales et locales impliquées dans le renforcement des capacités. Ces institutions seront les principaux utilisateurs de linformation. Les réseaux contribueront non seulement à identifier et à documenter les pratiques novatrices et performantes, mais également à les transférer et à les adapter à des contextes spécifiques.   
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I. RÉDUCTION DE LA PAUVRETÉ A. La pauvreté dans la région Asie-Pacifique 1. Aujourdhui, la réduction de la pauvreté demeure un des principaux défis posés aux pays de la région Asie-Pacifique. Même si de nombreux pays de la région connaissent une croissance économique saine, environ 800 millions de personnes vivent encore avec moins dun dollar É.-U. par jour, selon des estimations de la Banque mondiale. Cela représente deux tiers de la population pauvre dans le monde. 2. La réduction de la pauvreté constitue le premier des objectifs du Millénaire pour le développement, adoptés par des chefs de gouvernement du monde entier réunis à New York en septembre 2000. La réduction de la pauvreté est également un créneau prioritaire pour la CESAP, de même que la gestion de la mondialisation et la lutte contre les problèmes sociaux émergents. Cest pourquoi la CESAP adopte des stratégies permettant dexploiter au mieux ses ressources et ses avantages comparatifs en vue daider les pays à réduire la pauvreté. La promotion des pratiques novatrices et performantes représente une de ces stratégies. Elle a pour objet daider les pays à recenser et étudier les interventions denvergure limitée et les micro-interventions en matière de réduction de la pauvreté, qui se sont avérées efficaces en un lieu et pourraient être adaptées et reproduites ailleurs. B. Croissance économique et réduction de la pauvreté 3. Malgré un ralentissement de léconomie mondiale, la croissance économique des pays en développement de lAsie et du Pacifique sélevait à 5,1% en 2002 et devrait atteindre environ 5,4% en 2003 (ESCAP 2003, page 2). La croissance économique est un facteur essentiel en matière de réduction de la pauvreté. Des données concernant la région montrent bien le lien positif qui existe entre la croissance économique et la réduction de la pauvreté: le rythme de réduction de la pauvreté saccélère à mesure que saccélère la croissance économique (ESCAP/UNDP 2003, page 41). La croissance économique génère les ressources qui serviront à financer les interventions en faveur des pauvres qui pourront les tirer de la pauvreté. En matière de réduction de la pauvreté, la croissance économique est une condition nécessaire, mais pas suffisante. La croissance économique ne peut pas à elle seule éliminer les conditions qui suscitent et perpétuent la pauvreté. 4. Par exemple, même si la croissance économique peut stimuler la demande de biens que les pauvres sont à même de produire, ceux-ci sont bien souvent incapables de tirer parti de cette demande. Ils ne disposent pas des ressources, des compétences, des moyens financiers et des technologies nécessaires pour produire des biens à écouler sur le marché créé par la croissance économique. Celle-ci peut certes créer de lemploi, mais le nombre de pauvres dépasse largement le nombre demplois créés, et de nombreux pauvres ny ont pas accès, parce quils nont pas la formation, les compétences
 
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ou la santé requises. La pauvreté est une réalité aux multiples facettes qui se renforcent mutuellement: manque de facteurs de production, manque daccès aux services essentiels et manque de participation au processus de décision. Faute de changements dans tous ces domaines, le cercle vicieux de la pauvreté est voué à se perpétuer. 5. Les retombées de la croissance économique doivent bénéficier aux pauvres et modifier la situation qui engendre et perpétue la pauvreté. En même temps, il faut que les pauvres soient capables de saisir les possibilités quoffre la croissance économique et de prendre part à léconomie dans des conditions plus équitables. Pour ce faire, il convient de:  Revoir ou supprimer les politiques, règles et règlements qui empêchent les pauvres davoir accès à lemploi et aux marchés  Accroître la productivité des pauvres en assurant laccès aux services tels que linstruction, la formation, les soins de santé, la terre, le logement, le crédit et linformation  Mettre en uvre des modes dintervention directe adéquats, qui ont une incidence immédiate sur la situation des pauvres  Promouvoir la participation des pauvres au processus de décision, de manière à ce que leurs priorités soient dûment prises en compte dans les politiques et programmes nationaux et locaux de réduction de la pauvreté. C. Le besoin dactivités denvergure limitée et de micro-interventions 6. Fréquemment, les pauvres ne sont pas en mesure de bénéficier des interventions et des services standardisés offerts par des programmes de réduction de la pauvreté centralisés et de grande envergure. Les efforts de réduction de la pauvreté doivent prendre en considération la situation, les besoins et les priorités spécifiques des pauvres. Ceux-ci doivent pouvoir exprimer leurs besoins et leurs priorités, de manière à ce que les responsables des programmes puissent adapter ceux-ci aux conditions locales. En général, les programmes de réduction de la pauvreté les plus fructueux sont des interventions souples de petite dimension qui sont adaptées aux besoins et priorités des pauvres et qui prennent en considération leur situation spécifique. Cependant, ces interventions ont souvent un impact très limité. Même si elles sinscrivent dans le cadre de programmes nationaux de grande envergure, pour être efficaces elles doivent être exécutées de manière décentralisée par les administrations locales, le secteur associatif et les ONG. 7. Les programmes de réduction de la pauvreté doivent prendre en considération non seulement la situation, les besoins et les priorités spécifiques des pauvres, mais également lévolution rapide de la situation générale de la société et de léconomie. Parmi les phénomènes qui ont des répercussions pour les pauvres, on notera lextension de léconomie de marché, lamélioration des moyens de
 
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communication et de transport internationaux ainsi quentre zones urbaines et rurales, la révolution dans le domaine de linformation et des communications, la démocratisation et la décentralisation. Les programmes de réduction de la pauvreté doivent sadapter en permanence aux conditions nouvelles et aux nouvelles possibilités. Face à un tel enjeu, tous les acteurs impliqués dans les programmes de réduction de la pauvreté sont contraints de constamment chercher à innover. II. TIRER PARTI DE LEXPÉRIENCE DES AUTRES A. Essayer des approches novatrices  8. Les approches novatrices sont souvent linvention de personnalités extraordinaires, comme Akhtar Hameed Khan au Pakistan et Mohammed Yunus au Bangladesh. Akhtar Hameed Khan soutenait que les citadins pauvres ne devaient pas attendre que les autorités améliorent leur habitat de fortune, mais devaient plutôt faire le travail eux-mêmes. À ses yeux, la construction dun système dégouts par les associations dhabitants constituait un bon point de départ pour renforcer la coopération au sein de communautés locales prenant en charge lamélioration de leurs conditions de vie. Cela déboucha sur le projet pilote dOrangi, à Karachi. Mohammed Yunus, quant à lui, estimait que le manque daccès à un crédit abordable représentait un problème crucial pour les pauvres et que les banques officielles nétaient pas à même de répondre à la demande de microcrédit. Il avait également constaté que la pression de lentourage constituait la meilleure garantie de remboursement de lemprunt, et que les femmes étaient des emprunteurs plus fiables que les hommes. Mohammed Yunus fonda la Banque Grameen, laquelle prête des petites sommes à des femmes qui se sont organisées en groupes dentraide. 9. Le projet pilote dOrangi et la Banque Grameen sont des exemples dinterventions réussies en matière de réduction de la pauvreté. Elles sappuient sur les capacités et les ressources des pauvres et sont adaptées à leurs besoins et à leur situation, ce qui explique leur efficacité. Toutes les initiatives en matière de réduction de la pauvreté nont pas connu ce succès. Certaines expériences nont rencontré quun succès partiel, mais elles ont du moins suscité des idées novatrices. Dautres nont pas abouti mais se sont avérées instructives, car elles ont permis didentifier ce qui ne donnait rien, ou nécessitait des ressources humaines et financières extérieures considérables et nétait dès lors pas viable. Le projet pilote dOrangi et la Banque Grameen sont souvent considérés comme des pratiques optimales en matière de réduction de la pauvreté, car il sagit dexpériences novatrices et efficaces qui ont balisé le terrain pour les suivantes. B. Partager les pratiques optimales 10. Le concept de «pratiques optimales» trouve sa source dans le secteur privé et est né de la nécessité constante pour les entreprises daméliorer la qualité des produits et des services offerts pour demeurer concurrentiels dans une période de rapides mutations. Certaines entreprises se rendaient
 
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compte que telle autre avait des pratiques très performantes en matière de production ou prestation de services, et quil valait mieux sinspirer de leur exemple pour rester à niveau. Même sil sagissait de secteurs différents, une entreprise pouvait sinspirer de ces pratiques optimales et appliquer dans son propre domaine les leçons tirées. On pourrait définir les «pratiques optimales» comme suit: il sagit de stratégies dont lefficacité et la viabilité ont été démontrées par la recherche et lévaluation, qui produisent des résultats exceptionnels et qui peuvent être appliquées et adaptées à une situation différente. Il convient de noter quune pratique optimale doit présenter trois aspects cruciaux: a) elle donne des résultats exceptionnels avérés, b) elle peut sappliquer à une situation différente et c) elle est adaptée à cette situation différente. 11. Depuis quelques années, le terme «pratique optimale» est également utilisé dans le domaine du développement. Le principe est le même: il sagit dune pratique qui a prouvé son efficacité dans une situation et qui est adaptée et appliquée à une autre situation. Toutefois, le secteur privé dispose de critères clairs et quantifiables pour déterminer si une pratique est meilleure quune autre: une pratique est adoptée afin daccroître lefficacité, la productivité et les profits. En ce qui concerne le secteur public et la société civile, les objectifs sont moins quantifiables. En outre, les pratiques optimales en matière de réduction de la pauvreté et dans dautres secteurs du développement dépendent davantage des conditions socioculturelles que celles du secteur privé. De ce fait, la nature exacte des «pratiques optimales» ainsi que léventuelle application de ce concept dans le domaine du développement sont des questions abondamment débattues. 12. Néanmoins, chacun convient quun partage des expériences fructueuses (et de celles qui le sont moins) peut bénéficier à tous. Les individus et organisations impliqués dans la réduction de la pauvreté doivent mutuellement tirer parti de leur expérience, de leurs réussites comme de leurs échecs. Il sagit de découvrir ce qui marche et ce qui ne marche pas, en fonction des circonstances. En partageant lexpérience et les enseignements à en tirer, il est possible déviter certaines erreurs et de développer des méthodes plus efficaces. 13. La CESAP estime quun de ses rôles clefs consiste à réduire la pauvreté en facilitant le partage dexpérience dans la région en matière de réduction de la pauvreté. De par sa dimension régionale et son statut de forum régional, la CESAP est bien placée pour identifier une stratégie de réduction de la pauvreté novatrice mise en oeuvre dans un pays, lanalyser, la documenter et la diffuser auprès des autres pays. On pourrait qualifier cette activité de «gestion du savoir»: il sagit de gérer les connaissances et lexpérience tirées des pratiques performantes ou déficientes, en vue den faire bénéficier les pays de la région. C. Récompenser les pratiques optimales 14. La création dun prix de la pratique optimale permet de mettre en relief les pratiques qui sortent du commun. Plusieurs organismes des Nations Unies ont institué un tel prix. Il sagit
 
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généralement dun concours, et lorganisme concerné lance un appel à la présentation de pratiques performantes. Les individus et les organisations soumettent la candidature des pratiques quils ont mis en place, mais les acteurs extérieurs peuvent également présenter des candidats. Un format de présentation est souvent prévu, ainsi que des critères de sélection spécifiques. Lorganisme effectue un examen préliminaire et opère une première sélection des pratiques présentées. Il peut parfois faire appel à un évaluateur extérieur chargé de vérifier les pratiques ainsi sélectionnées, après quoi un jury désigne la ou les pratiques gagnantes et leur décerne un prix. 15. Le Prix CESAP de la mise en valeur des ressources humaines est un exemple de prix décerné à des pratiques optimales. Ce prix sinscrit dans le prolongement du Plan daction de Jakarta pour la mise en valeur des ressources humaines dans la région de la CESAP. Entre 1990 et 2002, la CESAP a décerné ce prix à 10 reprises, récompensant à chaque fois une contribution exceptionnelle dans le domaine de la valorisation des ressources humaines. Ce prix a mis en évidence des stratégies novatrices et durables dans le domaine de la valorisation des ressources humaines en Asie et dans le Pacifique. Le thème choisi pour le dixième et dernier prix de la série était «Autonomisation des pauvres ruraux par la mise en valeur des ressources humaines». Cest le Centre de formation au développement participatif, en République démocratique populaire lao, qui a remporté le prix 2001 pour son action pionnière et son rôle de fer de lance en matière dautonomisation des pauvres ruraux. 16. Un prix de la pratique optimale sert à mettre en lumière leffort exceptionnel dun individu ou dune organisation. La pratique sélectionnée témoigne de ce que lon peut réaliser grâce à la créativité, lengagement et la persévérance. Mais cest aussi là une faiblesse de ce concours: laccent est mis sur linventeur de la pratique, et non pas sur lexploitation ultérieure de celle-ci. La pratique sélectionnée est une source dinspiration, mais elle peut être difficile à reproduire, étant par définition extraordinaire. Le concours se focalise sur un nombre restreint dexcellentes pratiques et risque de faire oublier de nombreuses autres pratiques performantes dont on pourrait tirer dimportantes leçons. Épingler des pratiques optimales comporte également certains risques. En effet, il faut parfois des années pour quune pratique laisse apparaître sa véritable nature, et certaines pratiques risquent au bout du compte de se révéler négatives. 17. Le prix de la pratique optimale est néanmoins une bonne manière dencourager les individus et les organisations à faire connaître des pratiques qui, sans cela, nauraient pas été remarquées par le grand public et les acteurs du développement. Les candidatures soumises couvrent une grande diversité de pratiques, ce qui peut donner un bon aperçu des initiatives prises sur le terrain par les individus et les organisations pour réduire la pauvreté. Même si ces concours de la pratique optimale ont des retombées positives, la CESAP souhaite aller plus loin encore, pour faire progresser la réduction de la pauvreté dans la région. Il importe que les pratiques efficaces servent dexemples et que tout soit fait pour aider les uns et les autres à tirer des leçons des expériences fructueuses.
 
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III. PROMOUVOIR LES PRATIQUES NOVATRICES ET PERFORMANTES A. Reproduire et amplifier 18. Lobjectif dun programme de pratiques optimales en matière de réduction de la pauvreté est double:
 Une pratique performante qui porte ses fruits dans un contexte donné peut inspirer à ceux qui se consacrent à des activités similaires des idées neuves au sujet de la réduction de la pauvreté. Lorsquune expérience est reproduite, la pratique concernée est appliquée dans un contexte différent. Comme les circonstances diffèrent dun contexte à lautre, il est généralement nécessaire dadapter la pratique à la situation locale pour quelle soit efficace. Cest pourquoi la reproduction est presque toujours une «reproduction par adaptation».
 Étant donné que de nombreuses pratiques efficaces de réduction de la pauvreté sont appliquées à petite échelle, leur impact est le plus souvent limité. Il est nécessaire d«amplifier» une pratique efficace pour atteindre un plus grand nombre de pauvres. 19. Le Projet de reproduction des expériences réussies de lancienne Section du développement rural de la CESAP est un exemple de simple reproduction. La méthode qui sous-tend le projet (Orsini 2000) est axée sur la reproduction dune pratique performante dans un environnement connu, et cest un villageois ou un groupe de villageois qualifiés, et non des formateurs professionnels, qui prend en main la formation des autres villageois. La méthode prévoit plusieurs étapes: a) identifier une pratique performante; b) évaluer la possibilité de la reproduire; c) déterminer si le(s) villageois qualifié(s) est (sont) disposé(s) à former les autres villageois; d) mettre sur pied un programme de formation pratique; e) sélectionner les stagiaires parmi les villageois; f) organiser la formation donnée par le villageois qualifié; g) organiser le suivi du stage. 20. La reproduction dune expérience réussie peut réussir, la pratique en question ayant déjà démontré son efficacité dans des circonstances similaires et les formateurs et les stagiaires étant issus du même milieu. En outre, les coûts de formation sont peu élevés. Néanmoins, la portée du transfert a tendance à être limitée; il est possible que le formateur, intentionnellement ou non, retienne des informations indispensables au succès de la pratique concernée; enfin, la reproduction dune pratique dans une petite zone peut déboucher sur sa surexploitation. 21. Lamplification des pratiques performantes comporte plusieurs difficultés. Lorsquune petite communauté construit son propre système dégout pour acheminer les eaux usées vers un caniveau, personne ny trouve à redire. Mais quand des milliers de foyers en font de même, cela pose un problème pour lenvironnement, et une solution plus large devient indispensable. De même, un groupe dépargne et de crédit comptant peu de membres passe inaperçu, et, même si ce nest pas le cas, il ne suscite aucune crainte, étant donné sa taille réduite et son caractère expérimental. Mais
 
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quand, pour répondre à la demande de microcrédit et réaliser des économies déchelle, la taille et le nombre de ces associations augmentent, un problème risque de se poser pour les autorités. Ce qui était informel doit être officialisé, et un cadre réglementaire doit être mis en place afin de réguler les activités de ces associations, tout en leur permettant de fonctionner. Une telle amplification peut également avoir des incidences sur lenvironnement macroéconomique, et il peut savérer nécessaire que le gouvernement du pays concerné prenne des mesures dajustement de nature fiscale, monétaire et institutionnelle. 22. En résumé, lorsquune pratique informelle et locale est amplifiée, elle peut devenir une préoccupation nullement informelle. Elle requiert alors la modification des lois ou des réglementations, par exemple les réglementations bancaires régissant lépargne et le crédit, ou encore la reconnaissance des infrastructures mises en place par les pauvres. Une pratique amplifiée nécessite également de nombreux travailleurs de terrain au sein des administrations locales et des ONG pour appuyer les initiatives des pauvres, ce qui nécessite un personnel nombreux. Il faut aussi que ces travailleurs de terrain fassent preuve du même dévouement et du même engagement que les initiateurs de la pratique. Si la souplesse, ladaptation constante, le dévouement et lengagement font défaut, lamplification des pratiques performantes risque de nuire gravement à lefficacité desdites pratiques, de par le risque de formalisme et de standardisation inhérent à une telle amplification. B. Modèles et techniques de réduction de la pauvreté 23. La reproduction dune pratique consiste rarement à la «cloner»; il sagit presque toujours dune «reproduction par adaptation». La situation variant dun endroit à lautre, une pratique efficace en un lieu doit généralement être adaptée pour être efficace ailleurs. Dans certains cas, seuls quelques principes clefs peuvent être transposés. On soutient parfois que seules des «pratiques optimales» peuvent être reproduites, à lexclusion des pratiques performantes. De nombreuses pratiques performantes traitent des problèmes similaires et recourent à des techniques comparables. Une base de données des pratiques performantes permet didentifier les points communs et de créer une gamme dapproches modèles axées sur des problèmes spécifiques. 24. Par exemple, les projets de réduction de la pauvreté ne fonctionnent pas si les pauvres nont pas le sentiment dy être impliqués. Ce sentiment dimplication peut être stimulé de deux façons: a) en sappuyant sur une initiative prise par la communauté ou b) en collaborant étroitement avec elle pour planifier et gérer lintervention. La participation de la communauté et la gestion de lactivité par celle-ci sont essentielles pour développer ce sentiment dimplication. 25. Certains organismes mettent sur pied des ateliers où des membres dune communauté, des responsables gouvernementaux et des représentants dONG élaborent des plans daction communs. Lors dun tel atelier, la communauté identifie ses problèmes, fixe ses priorités, crée un plan daction, distribue les rôles et les responsabilités et mobilise les ressources humaines et financières internes et  /...
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externes. Lorsque la planification dun projet est confiée à la communauté, lorganisme ne peut plus savoir à lavance si le projet consistera à construire un pont ou à créer une association dépargne et de crédit. Cest à la communauté quincombe une telle décision. Selon certains, peu importe que la communauté accorde la priorité à tel ou tel projet, lobjectif étant de développer les capacités de la communauté, sa confiance en soi et son sentiment dimplication. Après la première activité, les suivantes sont plus aisées à réaliser. 26. De nombreuses pratiques performantes en matière de réduction de la pauvreté relient les activités informelles des pauvres et celles du secteur formel, public ou privé. Au Pakistan, le Mécanisme de développement progressif (Incremental Development Scheme) combine la répartition officieuse des terres avec des programmes de construction de logements du secteur public. Autre expérience ayant produit de bons résultats: à Phitsanulok, en Thaïlande, le ramassage et le recyclage des déchets solides par les pauvres a été intégré au système officiel de gestion des déchets solides. Par ailleurs, lorsque des groupes locaux dépargne et de crédit sont alliés avec le secteur bancaire officiel, on réalise des économies déchelle tout en conservant des procédures adaptées à la situation des pauvres.
C. La sélection des expériences 27. À quelle instance appartient-il de décider quelles pratiques sont performantes et mériteraient dêtre promues? Généralement, une pratique doit être adaptée à la situation locale, et lefficacité dune «reproduction par adaptation» est toujours hypothétique. En principe, la CESAP examine toutes les stratégie efficaces et novatrices en matière de réduction de la pauvreté, mais elle ne décide pas quelle stratégie mérite dêtre reproduite et adaptée. Au bout du compte, une pratique est considérée comme performante par celui qui a décidé de la reprendre, après lavoir reproduite et adaptée avec succès. 28. Le recensement et la diffusion au fil des ans de pratiques performantes et novatrices permettent de tirer certaines conclusions:  Il est possible de tirer des enseignements tant des pratiques performantes que des pratiques déficientes La plupart des pratiques présentent des points faibles et des points forts   Aucune pratique ne peut être reproduite intégralement  Toutes les pratiques doivent être adaptées à la situation locale  Les pratiques optimales sont celles qui sont utiles et instructives pour les autres  Décrire une pratique dans des documents écrits permet de tirer des leçons générales  Pour tirer des enseignements détaillés, une interaction est nécessaire entre l«initiateur» dune pratique et son «reproducteur».  
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29. Les pratiques qui sont déjà mises en place partout nont pas besoin dêtre documentées. Les praticiens recherchent des pratiques novatrices alternatives, instructives et susceptibles dêtre reproduites. Si une pratique est efficace mais quelle est applicable uniquement dans certaines circonstances géographiques ou temporelles, elle ne présente guère dintérêt en termes de reproduction. Étant donné que ses effets positifs (et négatifs) se révèlent seulement après un certain temps, souvent après plusieurs années, on ne peut pas évaluer une pratique à son début. Cependant, il est important didentifier les pratiques potentiellement intéressantes et de noter comment elles évoluent dans le temps (en incluant les problèmes et les déconvenues), de manière à disposer dune documentation fiable au bout de quelques années. 30. Les pratiques qui ont échoué permettent également de tirer des leçons importantes. Néanmoins, il serait difficile de mobiliser des ressources pour documenter des pratiques déficientes. Documenter le processus qui a conduit à léchec nest pas chose aisée non plus, car les acteurs dont la responsabilité est engagée ne souhaiteront pas que leur rôle soit exposé. Malgré tout, des enseignements utiles peuvent être tirés des pratiques qui ont échoué, grâce à une analyse des rapports dévaluation, et les points communs entre les pratiques inefficaces peuvent être dégagés sans pour autant les identifier clairement. IV. DOCUMENTER LES PRATIQUES A.  Identifier les pratiques 31. La CESAP est bien placée pour identifier les pratiques novatrices et performantes en matière de réduction de la pauvreté, de par sa dimension régionale et grâce à ses vastes réseaux régionaux. La CESAP organise des ateliers et des séminaires sur des problèmes émergents, où se réunissent pour examiner les approches novatrices des praticiens issus de différents pays. À titre dexemple, on peut citer les réunions dun groupe dexperts organisées par la CESAP pour traiter de lutilisation des technologies de linformation et de la communication aux fins du développement rural et de la réduction de la pauvreté. Au moment dinviter les participants à ces réunions, la CESAP les prie souvent de faire part de pratiques nouvelles queux-mêmes ou leurs collègues ont lancées, de façon à pouvoir les documenter. 32. La CESAP ne peut pas à elle seule connaître toutes les pratiques développées dans la région. Elle a besoin de partenaires pour lidentification des pratiques novatrices et performantes. Idéalement, elle devrait nouer des liens de partenariat avec des institutions de chaque pays, de façon à former une communauté de praticiens. Cette communauté pourrait identifier les pratiques novatrices et performantes et jouer un rôle de partenaire à dautres phases du processus, comme lévaluation et la diffusion. Une fois identifiée une pratique intéressante, la CESAP ou son partenaire local en feraient une première évaluation rapide afin de déterminer son degré doriginalité, son efficacité et son efficience à court terme, sa structure organisationnelle et ses limites. Une brève description de ce type permet également de sensibiliser ceux qui pourraient avoir à reproduire la pratique en question. Sur la base de cette rapide évaluation et de lintérêt suscité, ladite pratique pourrait être étudiée plus avant.
 
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E/ESCAP/CPR/3 Page 10 B.  Documenter les pratiques 33. Peu de pratiques sont systématiquement documentées dès les premières phases de leur élaboration; la plupart des praticiens focalisent leur attention sur les résultats plutôt que sur le cheminement qui y mène. La méthode de travail est empirique, et le pionnier est souvent amené à improviser et expérimenter. Linitiateur dune pratique intéressante ne songe pas aux leçons que dautres pourraient tirer de sa démarche. Il est rarement conscient de la somme de connaissances quil possède et ignore quel savoir est particulièrement crucial dans loptique dune éventuelle reproduction de la méthode. 34. De ce fait, la plupart des pratiques doivent être documentées après coup. Il importe que lanalyse soit critique. Il sagit de ne pas consigner uniquement les grandes réussites, mais également les problèmes et les échecs. Une collaboration étroite avec toutes les parties concernées est indispensable dans ce travail de documentation, lequel doit être une activité continue qui se développe à mesure que la pratique elle-même évolue et que ses répercussions à long terme se manifestent. 35. Le travail de documentation doit prendre en considération trois aspects essentiels. Le premier, cest le processus délaboration de la pratique:  Quel était le problème auquel la pratique visait à remédier, et qui lavait identifié?  Qui a été linitiateur de la pratique, et qui y a participé?  Comment la pratique sest-elle développée et quelles en ont été les phases de développement?  Quelles ont été les répercussions sur les pauvres et comment ont-elles évolué?  Quels ont été les autres effets, positifs et/ou négatifs?  Quen est-il de la viabilité financière à long terme?  La pratique a-t-elle été amplifiée ou reproduite? 36. Le second aspect, cest la structure et les composantes de la pratique sous sa forme finale. Le travail de documentation doit être axé sur:  les intervenants et groupes cibles  les dispositifs institutionnels  les structures et mécanismes organisationnels  les partenariats et le réseautage  le rôle des intervenants  les principaux facteurs individuels et incitatifs  le contexte dintervention  les besoins en matière de création de capacités  
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