Les progrès en matière de gestion et d'organisation des entreprises agricoles - article ; n°1 ; vol.39, pg 49-61

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Économie rurale - Année 1959 - Volume 39 - Numéro 1 - Pages 49-61
13 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Publié le : jeudi 1 janvier 1959
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J. Poitevin
Les progrès en matière de gestion et d'organisation des
entreprises agricoles
In: Économie rurale. N°39-40, 1959. pp. 49-61.
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Poitevin J. Les progrès en matière de gestion et d'organisation des entreprises agricoles. In: Économie rurale. N°39-40, 1959.
pp. 49-61.
doi : 10.3406/ecoru.1959.1645
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/ecoru_0013-0559_1959_num_39_1_1645LES PROGRÈS EN MATIÈRE DE GESTION
ET ORGANISATION DES ENTREPRISES AGRICOLES
par J. POITEVIN
Assistant à l'Ecole Nationale d' Agriculture de Grignon
La gestion des exploitations agricoles, considérée en France ? Malgré un développement rapide qui
comme « l'art des combinaisons rentables », n'est aboutissait, au début de 1958, à l'analyse écono
pas une invention du XXe siècle. Les ouvrages des mique de quelque 3 800 exploitations, il ne s'agit
anciens agronomes et des précurseurs de l'écono encore que d'un commencement qui touche une
mie rurale témoignent de l'ancienneté de cet effort infime . partie des il 500 000 exploitations françaises
de réflexion en vue de réaliser un système de pro de plus de 5 hectares (1).
duction procurant le meilleur profit d'une façon Dans d'autres pays européens, le développement durable. Si l'idée est ancienne, elle est restée, jus de la gestion agricole a débuté quelques années plus qu'à ces dernières années, parfaitement inaccessi tôt, facilité par l'existence de nombreuses comptabble au plus grand nombre d'agriculteurs qui se ilités agricoles établies, en général, dans un but fiaient aux principes intangibles de la tradition. fiscal comme en Allemagne, en Grande-Bretagne Mais la routine ne représente une sécurité que dans et aux Pays-Bas. En France on ne disposait, en la mesure où les conditions de la production sont 1938, que de quelque 600 comptabilités agricoles (2) immuables ou évoluent très lentement ; ce n'est d'ailleurs remarquablement suivies par un petit plus le cas aujourd'hui. La nouvelle situation créée, nombre d'offices. Malgré le long travail de ces depuis la guerre, par une brusque accélération du pionniers auxquels on peut rendre hommage, il a progrès technique en agriculture, l'évolution des fallu mettre au point des méthodes d'enquête pour prix et l'accroissement général du niveau de vie, toucher un plus grand nombre d'agriculteurs et colpose à l'agriculteur des problèmes qu'il n'est plus lecter les références techniques et économiques qui en mesure de résoudre selon les formules tradition nous font encore cruellement défaut. nelles. Cette nécessité de repenser les systèmes de
Les résultats positifs et un progrès rapide de la production dans leur nouveau contexte technique et
gestion agricole en France ne doivent pas nous maséconomique explique la faveur grandissante, auprès
quer notre retard par rapport aux pays de l'Europe des agriculteurs, des nouvelles méthodes de gestion
nord-occidentale. Les chercheurs et les groupements et d'organisation. La diversité des organismes de
professionnels travaillent activement à perfectionner gestion, qui ont vu le jour depuis cinq ou six ans,
les méthodes et à étendre leur application. Nous est une preuve de l'origine profonde du mouvement
verrons, au cours de yette étude, que bien des proqui se manifeste par les nombreuses initiatives loca
blèmes qui leur sont posés restent encore sans les nées à peu près simultanément.
Où en est l'application des méthodes de gestion réponse.
I. — L'AGRICULTEUR FACE AUX DONNEES NOUVELLES
DE LA TECHNIQUE ET DE L'ECONOMIE
f estent depuis une dizaine d'années est présentée Révolutionnaire, la période d'après-guerre que
nous vivons Test, à plus d'un titre, en agriculture. ailleurs par les spécialistes compétents. Sans qu'il
L'analyse des changements profonds qui se mani- soit dans notre intention ni dans nos attributions de
revenir sur ces études, il nous paraît indispensable
de rappeler ici les modifications les plus marquant(1) UNOCCER : Rapport sur la physionomie actuelle des
es dans la mesure où elles permettent de préciser Centres de gestion et d'économie rurale. Mai 1958.
les problèmes qui se posent actuellement aux agri(2) E. THILLIER :Les Comptes du cultivateur. Guy Le Prat,
culteurs. Ed. Paris, 1945. p. 129. <
.
— 50
1. Accélération du progrès technique culteur, c'est tout le problème de l'organisation et
et participation des exploitations de la conduite de son exploitation qui se trouve
posé à nouveau ; les réactions traditionnelles ne aux circuits économiques.
A - Le progrès technique en agriculture tend
Tableau 2. actuellement à combler un retard.
Exemples du retard
Pour l'observateur Je moins averti, la phénomène du progrès technique agricole en France le plus spectaculaire de l'histoire agricole des vingt
dernières années est sans aucun doute la révolution Sources : INSEE. OECE. Rapport Vert 1958.
technique. Elle ne résids pas tant dans les décou
vertes scientifiques récentes que dans l'app'ication Allemagne généralisée des découvertes fondamentales de la fin France de l'Ouest
du siècle dernier et du début du XXme.
1957 1938 1957 1938
Tableau 1 Ha de terres labourables,
par tracteur 577 36 430 13,7 Quelques éléments de l'évolution
du progrès technique en France Engrais azotés en kg
d'élémsnt par hectare Sources : Annuaire statistique INSEE. Stat'stiques S.A.U 6,6 15 23,6 38,5
agricoles annuelles. C.N.E.E.M.A., O.E.C.E.
1900-1904 1938 1958 sont plus une sécurité, elles risquent de devenir un
leurre. Nous allons donc tenter de préciser les con
séquences du progrès technique sur la structure des Tracteurs : facteurs de production et la position de l'exploita33 100 625 000 nombre d'unités .... tion sur le marché. Moissonneuses-batteuses
100 42 000 nombre d'unités ....
Engrais azotés : B - La participation croissante des exploitations
000 T d'élément N 45 000 225 430 030 agricoles aux circuits économiques et le
Rendements moyens en recours au crédit. 13,3 blé en qx/ha 15, 3(1) 20,7 (2)
Il convient tout d'abord d'éviter une confusion (1) Moyenne 1935-1939.
fréquente chez les agriculteurs, lorsqu'ils envisa(2)1950-1957. gent les problèmes de l'exploitation dans le cadre
de l'intérêt général. Nous trouvons une excellente
mise au point à ce sujet dans une publication ds Un simple coup d'oeil sur les exemples du
l'OECE intitulée « Gestion des exploitations agritableau 1 montre que l'extension du progrès techni
coles » (3). Nous citons : « Dans la science de la que a été beaucoup plus lente entre 1900 et 1938
gestion, ce n'est pas l'intérêt général de la communde 1938 à 1958. Par exemple, la consommation
auté qui importe, mais la réussite individuelle ». d'engrais azotés, exprimée en poids d'azote, a aug
L'intérêt général est en effet une affaire de politmenté de 180 000 T dans les 38 années de la pre
ique agricole et d'action syndicale. Dans la présente mière période et de 205 000 T au cours des 23 an
étude nous resterons dans l'optique de l'agriculteur nées de la deuxième période. Si l'on exclut les
chef d'entreprise, même si nous devons faire appel, années de la dernière guerre, le progrès mesuré de
pour dss raisons de documentation, à des résultats 1938 à 1958 est en réalité imputable à 12 ou 13
années seulement. Les exemples du tableau 2 mont globaux.
rent que, ma'gré des progrès spectaculaires, la A défaut d'une documentation plus détaillée, il France est encore loin sur certains points des chif est intéressant de rappeler, dans ses grandes lignes,
fres af.eints par son partenaire le plus^ immédiat du l'évolution de structure des recettes et des charges
marché commun, l'Allemagne de l'Ousst. Il est de l'agriculture évaluées par l'Ï.N.S.E.E. entre les donc probable que cette phase de progrès accéléré années d'avant-guerre et la campagne 1957-1958.
n'est pas terminée.
On imagine facilement quel bouleversement re
(3) OECE, AEP. Gestion des exploitations agricoles. Paris. présente, au niveau de l'exploitation, l'introduction
juin 1958. des techniques modernes de production. Pour .
— 51
à moyen terme. Le montant total des prêts qui Tableau 3
s'élevait à 160 milliards de francs (réévalués en
Evolution de la structure des recettes francs 1957) au début de 1939, atteignait, au
et des dépenses de l'agriculture française 31 décembre 1958, 832 milliards. Il ne fait pas de
d'après, les évaluations de Vl.N.S-E.E. doute que la gestion des exploitations pourrait jouer
un rôle important dans la rentabilité des prêts en Moyenne
orienlant le crédit vers les investissements priorides
Campagne taires. Mais le progrès technique entraîne une autre campagnes
1937-38 1957-1958 conséquence qui va renforcer la nécessité^ pour
et 1938-39 l'agriculteur de se mêler aux circuits économiques.
2. Le niveau de vie, Autoconsommation familiale
en % du produit brut .... 23 17 enjeu de la course au progrès.
Dépenses de l'agriculture en
23 32 Le progrès technique correctement appliqué en% du produit biut
Salaires et avantages en natu- traîne le progrès économique ; l'aboutissement du
Te en % du produit brut . . 9 progrès économique est l'accroissement de la pro13
ductivité globale de l'effort humain qui permet une Revenus des propriétaires en
9 4 amélioration du niveau de vie. Il est incontestable % du produit brut
que le niveau de vie général de la population franRevenus des exploitants en
% du produit brut 55 çaise s'est accru depuis 1938. Dans cette perspect55
ive, nous allons examiner rapidement la situation Total = 100 .... 1100 1100 actuelle des agriculteurs avant de voir les moyens
de progrès qui sont à leur disposition et les limites
qu'ils rencontrent. Trois rubriques du tableau 3 retiennent plus par
ticulièrement notre attention :
A - L'agriculture est un secteur à expansion a) Les dépenses en biens et services extérieurs au
limitée. secteur agricole, qui représentaient à peine le quart
de la valeur de la production agricole d'avant- M. Klatzmann résume ainsi la conclusion de ses guerre, représentent aujourd'hui près du tiers de la travaux sur l'évolution du revenu des agriculteurs : production. L'agriculture française de 1958 se trouve « Le revenu moyen par agriculteur est actuellement donc plus sensible à la parité des prix agricoles et sensiblement plus élevé qu'en 1938, mais il a proindustriels que l'agriculture de 1938. bablement moins augmenté que le revenu moyen
b) On observe d'autre part une diminution sen par non agriculteur ». Cette conclusion nous donne
sible de l'importance des charges de main-d'œuvre l'occasion de rappeler des phénomènes économiques
salariée par rapport au produit brut de l'agricul trop souvent oubliés et qui replacent les ambitions
ture : cette proportion passe de 13 % en 1938 à 9 % de la gestion dans leur vrai cadre et dans leurs
en 1958. véritables limites.
Malgré une augmentation relative certaine des — Le progrès technique n'évolue pas à la même
salaires par rapport aux prix des produits agrico vitesse dans toutes les branches de l'activité écoles (dans la perspective de l'augmentation générale nomique. S'il peut être très rapide dans 1 industrie, du niveau de vie) la diminution du nombre de sala- il est freiné en agriculture par la lenteur des prories l'a emporté largement. Etant donné que la cessus biologiques et la dimension réduite des enmain-d'œuvre familiale a, elle aussi, subi une ré treprises qui l'appliquent. Cette lenteur relative du
duction, nous voyons se dessiner une nette transfo progrès technique entraîne par voie de conséquence rmation de la structure des moyens ' de production celle de l'accroisement du niveau de vie. qui se manifeste par un caractère de plus en plus
— Nous savons par expérience en France que les capitaliste de l'activité agricole aux dépens du fac
débouchés des produits agricoles sont facilement teur travail. Il s'agit d'une tendance qui ne signifie
saturés. Or les prix d'un marché toujours proche nullement que le facteur travail soit devenu secon
de la saturation ou en sursaturation ne peuvent pas daire. évoluer aussi favorablement pour les producteurs c) Si Je -progrès technique pousse les agriculteurs
que les prix des marchés en expansion. à acheter de plus en plus de moyens de production Cette condamnation de l'agriculture à une vitesse au secteur industriel, il leur faut trouver la contre
d'expansion limitée est mise en évidence dans les partie .de -paiement dans un accroissement de la remarquables travaux de Colin Clark (4). Cet eco- production, dans une réduction de l'autoconsorn-
mation (voir tableau 3), et dans le recours au cré
dit. Il faut signaler ici le rôle grandissant du Crédit
(4) COLIN CLARK : The conditions of economic progress. Mac Agricole Mutuel dans le financement de la modern
Millan, Londres, 1956. isation des exploitations, notamment par les prêts — 52
nomiste australien observe en effet qu'au cours du fiée : les besoins de la famille constituent une
développement des économies évoluées, l'impor charge fixe ; s'ils sont couverts (ce qui n'est pas
tance du secteur agricole tend à décroître en valeur toujours le cas) ils laissent peu ou pas de disponib
relative. Si le nombre de travailleurs dans ce sec ilités pour des investissements supplémentaires.
teur reste constant, • ils devront se partager une part Deux possibilités complémentaires s'offrent donc
du revenu national sans cesse décroissante. aux petits agriculteurs :
Après ce bref rappel, voyons quels sont les — l'intensification de la production avec toutes
moyens dont disposent les agriculteurs dans leur les limites que cela implique ;
exploitation pour améliorer leur condition. Il est — le recours au crédit pour financer l'équipévident qu'ils ne peuvent pas tout attendre d'une ement et les charges d'intensification. Ce dernier protection des pouvoirs publics dont les ressources moyen, qui peut être dangereux lorsqu'il est utilisé s'épuiseraient bien vite à vouloir combler les effet? d'une manière inconsidérée, trouve toute son effd'un phénomène économique irréversible. La lutte icacité lorsqu'il est orienté et contrôlé par la gestion pour le niveau dé vie doit s'engager dans l'exploi de l'exploitation. tation elle-même. Mais ne perdons jamais de vue
que l'enjeu est une part du revenu national de c) Les possibilités de l'agriculteur.
plus en plus limitée, et que la compétition entre les Nous en arrivons ainsi au troisième facteur de exploitations sera d'autant plus sévère que la poli disparité qui réside dans les capacités du chef d'extique agricole contribuera à maintenir le nombre de ploitation lui-même. Il n'est par rare de constater, parties prenantes dans le secteur agricole. dans un groupe homogène constitué par des exploi
tations ayant théoriquement les mêmes potentialitB - Une compétition où les chances ne sont pas
és, des différences de profit à l'hectare de Tordre égales pour tous. de 50 OOOl francs entre l'exploitation la mieux gérée
et la plus mal conduite. Ces observations montrent a) Disparités régionales.
suffisamment qu'il existe encore pour beaucoup La comparaison des résultats financiers des
d'agriculteurs une marge de progrès qui, si elle n'est exploitations agricoles révèle des disparités consi
pas accessible à tous dans sa totalité, constitue à dérables. A surface égale d'abord, les disparités
elle seule une justification des méthodes de vulgarrégionales sont frappantes : telle famille vit conve
isation et de gestion les plus simplifiées. nablement sur 15 ha dans les plaines du Nord
alors que telle autre végète misérablement sur 15 ha Il nous faudrait enfin signaler les difficultés par
dans les montagnes du Centre. La surface minimum ticulières aux spéculations animales, qui n'ont pas
viable n'est donc pas la même partout, les petites bénéficié jusqu'à présent d'un progrès technique
exploitations des Tégions défavorisées partent avec aussi rapide que la plupart des productions végét
un. handicap que les meilleures techniques de ges ales.
tion ne pourront, pas toujours surmonter. Nous pouvons résumer ainsi les conclusions de
cette première partie : II ne faut pas attendre de b) Les dimensions des exploitations. l'organisation et de la gestion des exploitations
A l'intérieur d'une même région agricole, les qu'elles apportent une solution aux problèmes de
disparités sont non moins spectaculaires entre politique agricole : elles ne le peuvent pas et ce
exploitations de dimensions différentes. n'est pas leur rôle. Il faut s'attendre, au contraire,
à ce qu'elles accélèrent entre les agriculteurs et les D'après une évaluation parue dans la revue du
régions la compétition pour le niveau de vie, en Ministère des Finances, un million d'exploitations
apportant aux plus réceptifs des méthodes et un avaient, en 1952, un produit brut compris entre
encadrement qui leur permettent de prendre leurs 500 000 et 1 500 000 francs (5).
décisions avec plus de clairvoyance tout en reconLa situation d'infériorité des petites entreprises
naissant leurs limites. peut s'expliquer ainsi d'une manière très
IL — LES METHODES DE GESTION
ET D'ORGANISATION DES EXPLOITATIONS AGRICOLES
de leur venir en aide, certains économistes sont Nous avons essayé de replacer dans leur contexte
descendus de leurs hautes sphères pour étudier, à technique et économique les nouvelles préoccupat
l'exemple de leurs collègues étrangers, des méthoions qui assaillent les chefs d'exploitations. Afin
des susceptibles de fournir les éléments d'une ges
tion éclairée. Mais une fois sur le terrain, des pro
blèmes redoutables les attendaient. (5) Statistiques et Etude financière. Janvier 1953. — 53
1. Les problèmes posés en France que, où la recherche et le conseil de gestion se
par les conditions jde la recherche trouvent étroitement liés, réside dans une disper
en matière de gestion. sion considérable des efforts. Les chercheurs spécial
isés dans les méthodes de gestion sont trop peu
Il faut bien l'avouer, il y a dix ans nous ne con nombreux en France (7) pour faire face à toutes Ie3
naissions rien ou si peu de chose sur le fonctionne questions qui surgissent des différents centres en
ment des exploitations que l'économie de l'entre fonctionnement. Chaque région pose en effet des
prise se réduisait à l'énoncé de quelques principes problèmes particuliers, Ie3 méthodes se révèlent par
généraux parfaitement inutilisables par le chef fois inadaptées et les agriculteurs s'impatientent.
d'exploitation. On disposait, il est vrai, de quelques Aussi n'est-il pas rare qu'un directeur de centre,
méthodes simplifiées d'analyse économique des voire un conseiller, las d'attendre des réponses qui
exploitations empruntées aux Allemands et aux ne viennent pas, prenne le risque de perfectionner
Américains ; mais les conditions de la production lui-même la méthode. Ces initiatives, qui sont par
différant d'un pays à l'autre, les solutions empiri fois heureuses, n'en contribuent pas moins à dis
ques étrangères ne pouvaient être appliquées sans perser l'effort de recherche dans des organismes
adaptation. C'est avec ce mince bagage que les dont ce n'est pas le rôle, et à créer une diversité
chercheurs se sont lancés à la découverte. dans la forme des méthodes qui ne facilite ni leur
L'économiste est un personnage qui a besoin de extension ni la confrontation des résultats.
chiffres pour travailler (6). Les Français, moins favo Quoi qu'il en soit de ces inconvénients pour le
risés que les Allemands ou les Anglo-Saxons, ont moment inévitables, ils ne doivent pas nous cacher
dû se contenter de quelques comptabilités agrico un avantage réel qui est sans doute un caractère
les qu'il a fallu compléter par la mise au point original du travail de gestion en France : la coopér
d'une technique d'enquêtes économiques. Cette ci ation entre agriculteurs, conseillers et chercheurs.
rconstance historique explique l'apparition en France Nous y reviendrons dans la troisième partie.
de formes de gestion tout à fait originales, entièr
ement fondées sur des enquêtes. 2. Les problèmes de méthode
Pour obtenir les références dont ils avaient besoin, que posent la complexité
les chercheurs ne pouvaient se passer de la colla et la diversité des entreprises agricoles.
boration des agriculteurs chez qui ils établissaient
des fiches d'exploitation. A titre de service réc Il serait difficile de préciser avec exactitude la
iproque, on ne pouvait refuser à ceux-ci une ana date de naissance du conseil de gestion en France.
lyse, même sommaire, des résultats de leur exploi Il est certain que les premières tentatives d'inter
tation. C'est ainsi que les économistes apprirent prétation économique des comptabilités agricoles
leur nouveau métier en même temps que les agri constituaient avant la lettre une forme élémentaire
culteurs. Si cette situation offre des avantages, elle de conseil de gestion. Mais il leur manquait encore
ne va pas non plus sans présenter quelques incon le caractère systématique que devaient apporter dès
vénients. 1954 les fiches d'exploitation, les documents de
dépouillement et les méthodes d'analyse sans lesDans les pays où les comptabilités agricoles sont
quels le conseil de gestion ne pouvait pas prendre courantes (il y en aurait près de 70 000 en Allemag
corps dans des organismes efficaces. ne) les chercheurs ont trouvé, auprès des instituts
et des universités, des références économiques tirées C'est une erreur commune de croire qu'il suffit
de groupes de comptabilités régulièrement suivis. d'avoir mis au point des documents de travail pour
Les chercheurs français n'ont pas bénéficié de cette qu'une méthode de gestion ou d'organisation du
avance ; ils doivent travailler au jour le jour sur travail se trouve du même coup réalisée. Si un pro
des renseignements confidentiels qu'il leur est diffi cédé précis d'analyse des documents n'est pas
cile d'exploiter avec toute la liberté qu'exigerait la diffusé, il est fort probable que leur efficacité en
rigueur scientifique. Ils savent très bien les réac pâtira. Et cette remarque nous amène à parler de3
tions que peuvent susciter leurs conclusions, même méthodes d'analyse économique de l'exploitation
provisoires, dans un milieu extrêmement sensibilisé agricole.
aux problèmes économiques et qui se méfie, à juste
titre, de la fâcheuse tendance que montre l'opinion A - Le caractère empirique des méthodes
publique à la généralisation. Ils hésitent donc sou analytiques actuelles. vent à diffuser leurs travaux dans la crainte de
fournir des armes contre ceux qu'ils veulent servir. La théorie économique de l'entreprise nous pro
Un autre inconvénient de cette situation pose l'instrument séduisant de l'analyse marginale.
(6) D. R. BeRGMANN : Les données techniques nécessaires au (7) II n'y a peut-êt-e pas plus de douze chercheurs en France
calcul économique en agriculture. Economie rurale, n° 18 (octo spécialisés dans l'étude des méthodes de gestion des exploitat
bre 1953). ions. '
— 54
Malheureusement, dans l'état de notre ignorance les sont rassemblées chaque année, notamment par
les chaires d'économie rurale de dix universités.
d le des autant nombre fonctions plus de de que productions production, sa complexité et de elle facteurs croît est très inutilisable de vite productavec ; Leur dépouillement par régions, systèmes de pro
duction, dimensions d'exploitations, bonnes et mauv
ion. Seul un solide empirisme pouvait permettre aises exploitations, est effectué sur une base pro
de démêler le lacis inextricable des combinaisons vinciale. Les « agents de liaison » attachés aux
des productions et des moyens de production à universités sont chargés de la diffusion des résul
l'intérieur de l'entreprise. Déjà, à la fin du 19*" tats auprès des services de vulgarisation. De plus,
on établit chaque année près de 3 000 relevés porrurale siècle, à Lecouteux, l'Institut Agronomique, qui fut professeur nous montrait d'économie l'en
tant sur des spéculations particulières et, suivant les trée du labyrinthe : ce n'était autre que la notion besoins, des enquêtes sont lancées pour étudier le de système de production (8) à peine rénovée dans coût de certaines opérations de production (moissa définition moderne : « Le système de product sonnage-battage, ensilage, etc..) (10). Les standards ion est la combinaison des facteurs de la
d'intérêt général sont publiés dans le manuel natio• et des productions dans l'exploitation agri
nal de gestion « The farm as a business » (11). Une cole » (9). Simple en apparence, cette définition
telle organisation de. la collecte des références ouvre en réalité la porte à toutes les questions en
Sonne aux chercheurs une matière d'étude abonsoulignant leur interdépendance.
dante et fournit aux vulgarisateurs les points de Cette notion permet tout d'abord de caractériser comparaison dont ils ont besoin. un système de production par trois séries d'élé-
ments-clés : Les rapports des principaux facteurs Pour toutes les raisons que nous avons eu l'occa
de productions entre eux ; les rapports des princi sion d'exposer, nous ne prenons malheureusement
pales entre elles et enfin les rapports pas en France le chemin d'une organisation aussi
entre et moyens employés. En ajoutant efficace. Il convient cependant de signa.er les tr
quelques caractéristiques générales, il est pratiqu avaux de collecte des références entrepris par les
ement possible - de décrire un système par 1 0 à 20 laboratoires de l'I.N.R.A., les études poursuivies
éléments-clés. Ce fut un gros progrès que de pou depuis de nombreuses années par le Centre Natio
voir classer les exploitations par groupes de syst nal de Comptabilité et d'Economie Rurale, et enfin
èmes de production homogènes et de pouvoir ainsi l'initiative de l'Union Nationale des Offices de
les comparer. En les ordonnant par résultats finan Comptabilité et des Centres d'Economie Rurale
ciers, on constitue trois sous-groupes : exploitations (UNOCCER) qui s'efforce de présenter, sous une de -tête, moyenne générale et queue. La moyenne forme standardisée, les analyses de groupes effecdes éléments-clés des exploitations de tête consti tuées par les organismes adhérents. Mais on peut tuent les normes du groupe qui vont servir de réfé s'interroger sur la valeur des comparaisons entre rence à une série de comparaisons systématiques •"
de? résultats différant aussi bien par leur origine c'est la méthode d'analyse de groupe. (comptabilité et enquêtes) que par la dimension des Nous aurons l'occasion de revenir sur les limites échantillons et l'homogénéité des exploitations qu'ils de l'analyse de groupe, mais nous devons signaler renferment. son apport positif : elle est restée en France, jus
qu'à ce jour, le seul moyen d'observation des svs- Fermons ce chapitre de la collecte des références
tèmes de production d'une région. Or, dans l'état en formulant un vœu : A l'exemple de certains de
actuel des méthodes analytiques, il est impossible nos voisins européens, nous devons prendre très au
de porter un jugement tant soit peu précis sur une sérieux le problème des références économiques non
exploitation sans avoir recours, consciemment ou pas pour les collectionner à l'échelle nationale, mars
non, à des normes issues de systèmes comparables. pour donner des bases de travail. solides à ceux
Ceci pose le grave problème des références. qui sont dans les régions ainsi qu'aux chercheurs
chargés d'élaborer les méthodes. Le procédé des B - Le conseil de gestion à la recherche de groupes homogènes, s'il n'est pas toujours d'une références. aoplication facile, reste actuellement notre seu'e
Que ces références s'appellent normss pour les chance de constituer rapidement des tableaux de
besoins de l'analyse eu standards pour les métho normes élémentaires en attendant que des enquêtes
des synthétiques de budgets, elles sont aussi indi plus spécialisées viennent préciser les standards et
spensables aue la méthode dt travail elle-même. Au les prix applicables dans chaque Tégion.
Royaume-Uni, près de 4 000 comptabilités
(10) O.E.C.E., A.E.P. : Projet de rapport sur la comptabilité
(8) E. LECOUTEUX : Cours d'économie rurale. La Maison agricole en tant quinstrument de gestion de l'exploitation.
Rustique (deuxième édition), Paris, 1889. Document de travail ronéoté. Paris, 1958.
(11) The farm as a business. Ministry of Agriculture, Fisheries (9) J. Chomb»rt de Lauwe et J. Poitevin : Gestion des
and Food. London, 1957. exploitations agricoles. Dunod, Paris, 1957, p. 5. .
— 55
3. L'application des méthodes empiriques. Ions seulement examiner maintenant son efficacité
au point de vus du conseil de gestion.
A - Le conseil en organisation du travail dans Sa caractéristique essentielle est de permettre
les exploitations agricoles!. l'étude de chaque élément-clé par rapport aux nor
mes des exploitations de tête sans perdre de vue Toute méthode de gestion ou d'organisation vise
les rapports internes du système de production. à la formulation du conseil de gestion, ou du cons
Ses avantages sont importants : En premier lieu eil en organisation. En ce qui concerne cette der-
c'est une méthode relativement simple et rapide. nère forme de conseil, disons tout de suite avec
En cinq ou six heures, un conseiller exercé peut M% Piel-Desruisseaux « qu'en agriculture on ne fait
recueillir les renseignements auprès de l'agriculteur qu'entrevoir le passage dans cette phase » (12),
et étab ir la fiche d'exploitation. Une fois les groubien qu'une prise de conscience du problème se
pes homogènes établis correctement, une comparaifasse jour. Dans ce domaine encore nous partons
son systématique des éléments-clés permet de dégaen regard :dhs I92Q était créé le premier institut
ger les points faibles Ie3 plus graves. allemand d'organisation du travail en agriculture ;
En outre, la présentation de l'analyse de groupe mais il a fallu attendre 1945 pour voir la création
en tableaux simples, brièvement commentés et de l'Institut d'Organisation scientifique du Travail
accompagnés ou non de graphiques, s'est révélée en Agriculture (I.O.S.T.A.) en France. L'Allema
comme un instrument très précieux pour le conseil gne possède aujourd'hui dans ses universités des
de gestion. Les tableaux fournissent en effet une chaires d'organisation de l'exploitation agricole. En
base de comparaison entre une exploitation partiFrance, nous en sommes à l'élaboration de docu
culière et les réalisations d'exploitations placées ments pratiques d'enregistrement du travail, notam
dans les mêmes conditions. Les agriculteurs se ment par J'IOSTA, le Centre National de Comota-
montrent très sensibles à cet échange de renseignebilité et d'Economie Rurale et le Laboratoire d'Eco
ments et d'expériences. Un au'.re avantage réside nomie Rurale de Grignon. La mise en place de ces
dans le fait que la collecte des renseignements peut enregistrements devrait apporter, avec les standards
se faire indifféremment à partir d'enquêtes, de carde travail dont nous avons besoin, les premiers él
nets d'exploitation ou de comptab'lités. Cette souéments du conseil en organisation du travail dans
plesse est particulièrement appréciable dans les les exploitations tel qu'il est déjà pratiqué en All
régions où la gestion commence à s'implanter. emagne notamment.
Cependant, l'expérience a montré les limites de
B - Les méthodes analytiques de gestion. cette méthode.
Il existe des régions où les systèmes de productNous avons suivi en France la même voie que ion sont particulièrement hétérogènes soit parce tous les pays d'Europe qui nous ont précédés où la qu'ils sont en cours d'évolution rapide, soit presque totalité du conseil de gestion s'appuie sur que les potentialités physiques et économiques sont l'analyse comparée des exploitations. Le conseil de elles-mêmes très variables dans l'espace. Dans ce3 gestion doit permef.re d'apporter à l'agriculteur cas défavorables, la constitution de groupes homog
ènes s'avère très difficile, voire impossible. Il faudeux 1° des catégories éléments de critiques renseignements du système : de product
drait, pour remédier à cette situation, multiplier de*
enquêtes orientées sur un type d'exploitation aussi ion 2° actuel des éléments ; de décision pour l'agriculteur.
déterminé que possible. Mais les centres de gestion Les méthodes analytiques répondent parfaitement ne s'imposent pas aux agriculteurs, ils sont dans à la première préoccupation, mais e'ies donnent de3 l'obligation de rendre service à ceux qui leur font indications moins préc'ses que les méthodss synthé confiance, souvent quelle que soit leur exploitattiques (budgets d'exploitation) sur les actions h ion. entreprendre et notamment sur le choix des product Le cas des centres qui trava;llent à partir de ions:. Nous examinerons donc successivement lss comptabilités est encore plus grave lorsqu'ils se deux catégories de méthodes que nous venons de tiouvent dans une région où la comptabilité agridistinguer en essayant de mettre en évidence leurs cole commence seulement à s'implanter : les exploiavantages et leurs inconvénients. tations suivies présentent des caractéristiques très
dispersées, n'appartiennent pas toujours à la même a) Une méthode d'analyse comparée. : l'analyse de région naturelle et représentent un échantillon relgroupe. ativement évolué. Si l'on tient absolument à sortir
Il serait superflu, .dans un exposé aussi générai, des analyses de groupe dans ces conditions, il esl
d'aborder la description des différentes formes que indispensable de compléter Îe3 échantillons par des
l'on a pu donner à l'analyse de groupe. Nous vou« enquêtes orientées en attendant l'augmentation du
nombre de comptabilités.
Mais il y a plus : même dans les situations favo(12) J. Piel-DeS3UISSEAUX : Etat actuel et pe-spectives des
rables à la constitution des groupes, l'aralyse d< études d'organisation scientifique du travail agricole en France.
Economie Rurale, n° 35. groupe rencontre plusieurs sortes de limites. — — 56
Difficultés dans la recherche des normes (qui sont beaucoup plus fouillée et par le fait qu'elles recher
les moyennes des éléments-clés des exploitations de chent les références à l'intérieur même de l'exploi
tête). En région peu évoluée, les résultats des exploi tation en classant les productions par ordre d'intér
êt. La méthode de la Côte-d'Or présente cependant tations de tête peuvent n'être dus qu'à une techni
que plus attentive sans pour cela représenter un sur les comptabilités de coût de production des
système de production digne d'être utilisé comme avantages importants : elle ne nécessite pas la tenue
référence. Dans les régions en cours d'évolution d'une comptabilité détaillée et elle introduit des
Tapide (cas de la motorisation par exemple), le pas références extérieures en tenant compte, pour cha
franchi entre les exploitations évoluées et les autres que production, de la marge de progrès possible.
est tel qu'elles n'appartiennent plus au même sys Mais étant donné sa complexité, ce n'est pas une
tème de production et que toute comparaison syst méthode vulgarisable ; elle semble donc tout indi
ématique aux normss de tête devient impossible. Il quée pour l'étude des cas particuliers qui échappent
y a entre ces systèmes une solution de continuité à l'analyse de groupe.
que les conseillers de gestion connaissent bien lors Quant aux comptabilités de coûts de production,
qu'ils classent dans des groupes distincts les exploi elles sont rarissimes, coûteuses et difficiles à inter
tations à traction animale et à traction mécanique. préter. Ce sont beaucoup plus des instruments de
Le passage d'un système à l'autre dans un tel cas recherche que de gestion.
exige le recours aux méthodes synthétiques de Au terme des critiques que l'expérience nous budgets. oblige à formuler à l'encontre de la méthode d'ana-
Cas des exploitations dites aberrantes. Un certain Ij'se de groupe, il nous faut bien nous rendre à une
nombre d'exploitations sont mises en marge de évidence encourageante : c'est par centaines de
l'analyse de groupe par suite de leur situation par mille qu'il faudrait évaluer le nombre des exploi
ticulière ou accidentelle : reprise de ferme, calamité tations françaises qui pourraient bénéficier de
agricole, importance d'une spéculation peu cou l'exemple des meilleures d'entre elles, donc de
rante dans la région, existence d'une rente de situa l'analyse de groupe.
tion (vente du lait au détail), etc.. Bien que ces Cette méthode de gestion est la seule forme vul
exploitations proposent au conseiller des problèmes garisable que nous puissions utiliser actuellement
importants ou des solutions intéressantes, il est en France. Elle est donc en mesure de rendre des
obligé de les étudier une à une d'une manière très services immenses. Encore faut-il que la Recherche
empirique en utilisant, quand il en a la possibilité, dispose des moyens d'améliorer les schémas d'anal
la méthode des budgets. yse et que les conseillers soient entraînés à les
appliquer scrupuleusement. Intérêt limité de la méthode pour les exploitations
de tête qui ne peuvent bénéficier de l'analyse de C - Les méthodes synthétiques. groupe que sur quelques points particuliers puisque
L'agriculteur, informé des défauts de son sysleurs caractéristiques moyennes constituent les nor
tème de production, doit passer à l'action. Les mes mêmes du groupe. Dans les régions évoluées
modifications suggérées par l'analyse sont telles du Bassin Parisien, les meilleurs agriculteurs sont
dans certains cas qu'il devient nécessaire de constprécisément ceux qui remettent toujours tout en
ruire un budget pour affecter au mieux des resquestion en se demandant s'ils ne pourraient pas
sources limitées et préciser l'opportunité des mesurencore améliorer leur système d'une manière iné
es envisagées. Ces situations, qui ne sont heureudite en modifiant par exemple le choix des pro
sement pas les plus fréquentes, exigent la mise en ductions. Devant une telle préoccupation, c'est le œuvre de méthodes permettant la reconstitution principe même de l'analyse comparée à partir de partielle ou totale du système de production. systèmes réels qui se trouve mis en défaut. Si les
normes du groupe fournissent des indications sur a) Méthodes synthétiques individuelles : les productions à augmenter ou à restreindre, elles Les budgets. restent muettes sur l'introduction de spéculations
Le budget est un état prévisionnel traduisant sur nouvelles. Seules les méthodes synthétiques de
le plan financier les modifications proposées au budgets ou de modèles peuvent fournir une réponse.
système de production d'une exploitation donnée.
Suivant l'importance des transformations envisab) Les méthodes analytiques individuelles.
gées, on aura recours au budget d'adaptation ou de
On peut ranger dans cette catégorie les comptab réorganisation (13). Comme il n*y a pas de méthode
ilités ds coûts de production et la nouvelle métho sans document indiquant d'une manière précise les de individuelle de diagnostic de gestion du Centre démarches à suivre, on peut se demander si, en la Côte-d'Or. Le point commun à ces deux pro France, nous avons actuellement une méthode des
cédés est !e calcul de la rentabilité de chaque spé budgets. Devant la complexité du travail et le nom-
culation en vue de déceler les productions bénéfi-
citaires et les moins intéressantes. Elles se disti
nguent de la méthode des groupes par une analyse (13) J. Chombart de Lauwe et J. Poitevin. Op. cit. p. 184. .
— 57
agricoles terminera cette partie consacrée aux bre des cas qui peuvent se présenter, les auteurs
se sont prudemment bornés à énumérer les princi méthodes.
pes généraux du procédé. Une autre difficulté pro
4. Les orientations nouvelles vient du défaut à peu près total de standards régio
naux. Le temps nécessaire pour établir un budget nées de l'insuffisance des méthodes empiriques.
d'exploitation est encore en France un obstacle
majeur à son application courante. La Recherche La théorie économique de la production danb
a encore fort à faire dans ce domaine. l'entreprise agricole reste encore très incomplète
malgré les développements importants qu'elle a
b) Méthode synthétique générale : Les budgets reçus à la suite de travaux américains (14) et fran
typcê. çais (15). Les caractéristiques de certains facteurs
de la production qui sont fixes, discontinus ou Nous avons vu revenir comme un leit-motiv, au imparfaitement substituables, l'interdépendance dos terme des critiques des méthodes d'analyse, leur productions et notre ignorance à peu près totale des insuffisance devant la question fondamentale du fonctions de production sont les principaux obstachoix des productions. C'est pour donner une solu cles à l'élaboration d'une théorie générale. L'applition à es problème que le Laboratoire d'Economie cation de méthodes rationnelles de gestion n'est Rurale de Grignon, notamment, a entrepris la mise donc pas pour demain. Mentionnons cependant une au point d'un budget type pour un système de pro technique mathématique qui, dans l'avenir, pourra duction de la Plaine de Versailles. Cette première peut-être rendre des services l'élaboration et expérience servirait de point de départ à l'élabora le contrôle des budgets types et des modèles d'extion d'une méthode qui permettrait de dépasser ploitation : la méthode des programmes linéaires. l'analyse de groupe en procurant même aux exploi Comme pour tout instrument mathématique, la tations de tête les références qu'elles recherchent. valeur de ses résultats dépend de celle des données
Ainsi se termine l'inventaire critique, probable et de leur mise en équation. Elle ne permet, en
ment incomplet dans sa rapidité, de l'arsenal métho outre, de résoudre que des problèmes mettant en
dologique dont dispose la gestion en France. Avec jeu des fonctions linéaires et où un certain nombre
de facteurs limitants et de relations input-output la méthode des budgets types, nous sommes entrés
dans le domaine encore réservé à la recherche peuvent être précisés (16). L'état rudimentaire de
appliquée. Un bref tour d'horizon sur les perspect nos références n'a pas encore permis de l'utiliser
ives de la recherche en économie des exploitations en France dans un but expérimental.
III. — L'ENCADREMENT ECONOMIQUE DES AGRICULTEURS
Bien que leur objet soit économique, les métho avec celle de quelques pays européens, nous exami
des de gestion constituent un progrès technique nerons les réalisations françaises à la lumière de
quelques principes directeurs. ou, plus précisément, un progrès dans la
de gestion de l'entreprise agricole. Mais à la diff
érence des progrès mécaniques ou chimiques dont 1. La gestion
l'application ne demande pas à l'agriculteur un des exploitations est encore en France
effort intellectuel particulier, les techniques de ges au début de son implantation. tion mettent en jeu des procédés de raisonnement
et des sources d'information qui rendent nécessaire En 1955, le nombre d'offices de comptabilité la présence d'un spécialiste aux côtés du chef d'ex agricole et de centres de gestion se limitait à treize ploitation. C'est ainsi que le plus souvent en France organismes. Au 1er janvier 1959, soit quatre ans des groupements locaux sont nés sur la seule ini après, cinquante-huit centres et offices sont en fonctiative des agriculteurs ou de leur représentation tionnement dans près des deux tiers des départeprofessionnelle, pour utiliser d'une façon collective ments français. Pour apprécier à sa juste valeur les services d'un ou de plusieurs conseillers de ges cette croissance explosive, il est intéressant d'expri- tion. Mais les conseillers ont besoin d'être encadrés
eux-mêmes dans un organisme régional ou dépar
temental qui leur fournira tous les moyens néces (14) Earl O. Heady. Op. cit. saires à l'efficacité de leur travail. Ce progrès du M. Gervais : Recherches en économie de la production
conseil de gestion par la base, le plus souvent en à l'Université de Michigan. Economie Rurale, n° 35.
dehors des cadres traditionnels de la vulgarisation, (15) L. MALASSIS : Economie des exploitations agricoles.
est sans doute un des traits originaux de l'implan A. Colin, Paris, 1958.
tation de la gestion- en France. (16) C. Mouton : Programmes linéaires et gestion de l'entre
prise agricole. Economie Rurale, n° 34. Après avoir comparé notre situation à cet égard

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