Histoire ancienne de 'Ana'a, atoll des Tuamotu - article ; n°23 ; vol.23, pg 29-57

De
Journal de la Société des océanistes - Année 1967 - Volume 23 - Numéro 23 - Pages 29-57
29 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Publié le : dimanche 1 janvier 1967
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Kenneth P. Emory
Paul Ottino
Histoire ancienne de 'Ana'a, atoll des Tuamotu
In: Journal de la Société des océanistes. Tome 23, 1967. pp. 29-57.
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Emory Kenneth P., Ottino Paul. Histoire ancienne de 'Ana'a, atoll des Tuamotu. In: Journal de la Société des océanistes. Tome
23, 1967. pp. 29-57.
doi : 10.3406/jso.1967.2208
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/jso_0300-953X_1967_num_23_23_2208Histoire ancienne de 'Ana'a.,
atoll des Tuamôtu
justement fréquentant Sud sur habitants de des d'hommes. son L'atoll très la chapitres et mer lagon loin 147°5' des nommés de Le l'archipel aux dont que Tuamotu, 'Ana'a féroces meilleure de capitaines dans le longitude d'après vert dans « des parata ses 'Ana'a introduction pâle Tuamotu « l'archipel le des Voyages nom est » se évoque : goélettes les reflète actuellement de — guerriers aux l'un des à souvent d'autres cet quelquefois Tuamotu Iles des la article position plus du anciens des surtout résonances, Grand terrifiants serait situé peintres dans aux de Océan connu sans à l'île les chevelures 17°27' — celles nuages requins doute basse. » pour J. des des de A. étrangers la signalant mangeur Pour défaites, latitude Moeren- courses lecture beauté les
hout a consacré à ce qu'il appelle « les îles archipélagiennes » et « l'Archipel
Dangereux » c'est-à-dire aux Tuamotu et à 'Ana'a alors connue sous le nom
« d'Ile de la Chaîne ». A cet égard la relation du 12 mars 1829 du 'Ana'a du
tout début de la période européenne au moment où les insulaires qui venaient
d'adopter la religion chrétienne étaient supposés « être doux et traitables »
est aussi dramatique que suggestive 1. A juste titre Y Annuaire des Etablisse
ments Français de VOcéanie publié en 1863, pouvait-il écrire que « l'île d'Anaa
est toujours considérée par les insulaires des Tuamotu comme la plus impor
tante de l'archipel » signalant immédiatement à la suite qu'elle était la plus
peuplée avec 1.300 habitants 2. 'Ana'a dont la population est aujourd'hui de
l'ordre de 400 habitants rassemblés dans le seul village de Tukuhora a effect
ivement dans le passé été l'atoll le plus peuplé. L'expédition navale américaine
de 1838-1842 3 qui avait tenté un recensement de l'archipel l'estimant à
8.000 habitants, donnait 5.000 habitants pour 'Ana'a. Selon Kenneth P. Emory
1. J. A. Moerenhout : Voyages aux îles du Grand Océan. Reproduction de l'édition
princeps de M.DCCC.XXXVII, par la Librairie Maisonneuve, Paris, tome premier, p. 176
à 196 ; tome deuxième : p. 370 à 373.
2. Annuaire des Etablissements français de VOcéanie. Papeete, août 1863, p. 92 et 147.
3. La relation de cette expédition d'exploration se trouve dans Charles Wilkes :
Narrative of the United States Exploring Expedition. Vol. I-V Philadelphie 1844 ■
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150* 145 : HISTOIRE ANCIENNE d'un ATOLL POLYNESIEN 31
ce chiffre de 5.000 habitants est largement au dessus de la réalité la dépassant
d'au moins 2.000 et il estime qu'en 1825, 'Ana'a devait compter aux environs
de 2.500 personne dont un millier de captifs originaires des atolls razziés par
les guerriers parata. Après l'intervention du roi tahitien Pomare II aux
alentours des années 1820, la plupart des « prisonniers » retournèrent dans les
atolls dont ils étaient originaire. Aujourd'hui dans toutes les Tuamotu du
Centre et de l'Ouest l'examen des généalogies du siècle dernier se rapportant
à cette même époque confirme largement ce fait par le nombre de personnes
nées à 'Ana'a qu'il s'agisse des captifs ou de leurs conjoints (souvent originaires
de 'Ana'a). Au cours du xvme siècle, cette population se distribuait en cinq,
peut être en six villages et subsistait grâce aux vastes cocoteraies qui cou
vraient une grande partie de l'atoll. Plusieurs remarques de Moerenhout,
impressionné lors de son passage en 1829 par la prospérité et les ressources de
l'île basse méritent d'être rapportées :
« ... je demandais à aller voir l'île et la parcourus sur environ une lieue d'étendue.
C'était partout la même forêt de cocotiers. Dans plusieurs endroits, le terrain avait
de quarante à cinquante pieds de hauts ; et, dans des lits ou fonds qu'ils y prati
quaient les habitants cultivaient le taro (caladium esculentum). Il y avait même quel
ques bananiers, et plusieurs autres arbres qui m'étaient inconnus, mais que j'ai
appris, depuis, être le tiaïri (aleurites tribola), dont le noyau leur servait jadis de
lumière : le tomanou (calophyllum inophyllum) ; le bouraau (hibiscus), dont ils se
servent pour construire leurs grandes pirogues. Quant aux pirogues, j'en voyais
partout de différentes formes et de différentes grandeurs ; mais les plus considérables
étaient celles qu'ils nomment pahi (navire), et qui ne servent que pour les longs
voyages en mer. Elles sont toujours attachées deux ensemble, avec une plate
forme au milieu. Ce sont des bâtiments immenses, dont un mesurait soixante quinze
pieds de long sur vingt-huit de large. Ils sont construits sur le même plan que nos
navires, avec une quille, mais rarement d'une seule pièce, et pourvus de membrures
attachées à la quille, ... (op. cit. tome I, p. 179).
et également plus loin (même tome, p. 195) :
« L'île d'Anaa est assurément la plus peuplée comme la plus fertile de l'Archipel
dont elle dépend. Boisée tout autour, sur une largeur de près d'un mille, son lac
interne (lagon) ne communique plus nulle part avec la mer, quoiqu'il se trouve
encore un ou deux endroits assez bas pour que les grandes marées les submergent.
Le reste du sol est élevé, sur plusieurs points de douze à quinze pieds. Les habitans
y cultivent des plans de taro, quelques bananiers, etc., et possèdent des forêts de
cocotiers. ... L'île de la Chaîne pourrait offrir de grandes ressources d'approvisionne
ment, si les habitans en étaient moins dangereux et plus sociables. Il y a des cochons,
des poules en abondance ; ... »
Moerenhout à cette date (c'est-à-dire en 1829) avance pour la population les
chiffres de 1.200 à 1.500 personnes. En 1842, quelques années plus tard
Lucett l'estime à 2.000 *. Par la suite la population de l'atoll ne cesse de
décroître et en 1900 Eugène Caillot l'évalue à 500 2.
Les traditions de 'Ana'a telles qu'elles vont être présentées ont été recueill
ies par le Dr. Kenneth P. Emory lors de la mission scientifique conduite par le
Bernice P. Bishop Museum d'Honolulu au travers des Tuamotu. Ces missions
1. Edward Lucett, Rovings in the Pacific, Londres, 1851, vol. I, p. 239.
2. Eugène Caillot : Les polynésiens orientaux au contact de la civilisation. Ernest
Leroux, Paris, 1909, p. 40. 32 SOCIÉTÉ DES OCÉANISTES
se sont étendues du début de 1929 à fin 1930 et ont été prolongées en 1934
par un nouveau séjour de six mois. La plus grande partie des traditions
reproduites ont été d'abord rédigées dans le dialecte Paumotu de 'Ana'a par
Paea a Avehe né dans cette île en 1889. Paea a Avehe tenait lui-même ses
connaissances du frère de son père réputé comme l'un des meilleurs connais
seurs des traditions anciennes : Tiapu a Parepare. Par bonheur (pour nous)
Paea a Avehe s'était accidentellement trouvé isolé plusieurs années sur l'île
de Taiaro avec son oncle paternel qui avait pu lui transmettre son savoir.
Le matériel reproduit est authentiquement polynésien et bien que frag
mentaire constitue sans doute l'ensemble le plus complet dont on dispose
sur un atoll des Tuamotu. Certaines inconséquences sont caractéristiques de la
tradition orale. Pour l'historien il s'agit sans aucun doute d'un document brut
qui devra être soumis à une sévère critique. Le caractère fragmentaire du
matériel tient surtout à la manière dont Paea a Avehe l'a présenté, manière
essentiellement polynésienne. Le récitant après avoir déclamé un chant,
relève arbitrairement le nom de l'un des personnages dont il est question
dans le récit et enchaîne immédiatement sur d'autres traditions concernant
ce personnage, traditions qui à leur tour le lancent dans d'autres directions.
Il est inutile d'insister sur les inconvénients que présente cet enchaînement
de séquences linéaires qui laissent de côté toutes les traditions se rapportant
aux personnages ou événements négligés. La seule méthode logique consiste
à relever systématiquement tous les noms et événements dont il est question
dans les différents chants et récits et de les reprendre les uns après les autres
en s'efforçant de rassembler toutes les connaissances qui s'y rapportent.
Il s'agit d'une exploration périphérique qui gagne de proche en proche, très
similaire à celle utilisée par Cl. Lévi-Strauss dans son traitement des mythes
indiens du Brésil (Le Cru et le Cuit). Il est évident que par ce seul fait les
traditions de 'Ana'a sont incomplètes, cependant la division des traditions
en périodes (telles qu'elles correspondent aux chapitres) introduit un correctif
et permet en retraçant les grandes époques de l'histoire de 'Ana'a de fournir
un guide pour celle de l'ensemble des Tuamotu du Centre et de l'Ouest régions
qui ont toujours subit les conséquences des initiatives de leurs belliqueux et
redoutables voisins.
Les traductions ont posés quelques problèmes et il est nécessaire de
distinguer entre la tradition du texte et celle des chants qui figurent dans ce
texte. Le texte général comme il a été dit a été recueilli par le Dr. Emory en
dialecte Paumotu, de larges parties ayant été d'ailleurs rédigées par Paea a
Avahe. L'originalité de Kenneth Emory a consisté (très consciemment) à
suivre de très près la tradition polynésienne avec le souci constant de sauve
garder les expressions mêmes de ses informateurs évitant de trahir leurs pen
sées mêmes s'il fallait pour cela accepter certaines confusions. La présente
traduction française s'est conformée au même principe et a suivi les deux
textes américain et paumotu. Les chants dont un certain nombre avaient été
traduits par le remarquable connaisseur de la langue polynésienne qu'était
Frank J. Stimson soulèvent des difficultés toutes différentes. Il s'agit de textes
archaïques qui pour la plupart ne sont pratiquement plus compris aujourd'hui
ou au contraire peuvent quelquefois être compris de différentes manières,
peut être selon des codes ordonnant les différentes significations en étages : HISTOIRE ANCIENNE d'un ATOLL POLYNÉSIEN 33
ou paliers sémantiques distincts 1. A ce propos les annotations de Stimson
expliquant qu'il choisit telle ou telle version pour telles ou telles raisons
(donc subjectives et par là arbitraires) sont révélatrices. Dans tous les cas
j'ai retraduit autant que possible ces chants à partir du polynésien en m'aidant
de la traduction américaine et en suivant la version que Stimson avait
sélectionné. La traduction française sans aucun doute beaucoup moins poé
tique est néanmoins plus aisément utilisable.
Enfin je tiens à remercier M. Bengt Danielsson qui a pris la peine de revoir
de très près le manuscrit français et avec lequel nous avons convenu d'un
certain nombre de changements visant à rendre le texte plus clair et à l'alléguer
tout en lui conservant sa valeur d'échantillon. Certaines notes de Frank
Stimson ont été revues et il leur a été substituées les définitions qu'il donne
dans son dictionnaire posthume 2. Des chants très difficiles à traduire dont
on ne pouvait être sûr ont été supprimés. Suivant l'avis de Bengt Danielsson
j'ai transcrit le n vélaire par ng qui est la graphie adoptée dans d'autres
dialectes polynésiens.
1. — L'ORIGINE MYTHIQUE DE 'ANA'A ET DE SES HABITANTS
Plusieurs chants traitant de l'origine de 'Ana'a à partir du Pô qui nous
avaient été transmis par Paea a Avehe ont été présentés ailleurs 3. Selon les
termes employés par Paea, 'Ana'a était à l'origine une formation calcaire
(konao pirihuatua) qui s'élevant de la roche fondement apparut la première
sortant du Pô. Le sable s'amassa sur elle et l'ensemble devint une terre sèche.
La pluie tomba et les plantes poussèrent, personne ne l'habitait.
Cette relation rationnelle pourrait paraître provenir des enseignements
européens mais les chants anciens contiennent les mêmes idées. Les habi
tants des Tuamotu toutefois ne pensent pas la création de leur terre d'une
manière aussi abrupte et dénuée de fantaisie que les Européens. Ceci ressort
du texte suivant relatif à l'origine de Nganaia, ancien nom de 'Ana'a qui se
trouvait dans un manuscrit de l'atoll de Manihi :
« Comment 'Ana'a apparut ?
— C'étaient les sept vagues invoquées par le sortilège de Te-ipo-'i-te-
Marama (lit. « l'être aimé ou chéri qui se trouve dans la lune ») qui façonnèrent
l'île de 'An'a.
Voici quelle était cette invocation appelée « Pure a Te-ipo-'i-te-Marama »
(lit. prière de Te-ipo-'i-te-Marama).
1. Paul Ottino : Un procédé littéraire malayo-polynésien, de l'antiquité à la pluri-
signification. Dans l'Homme, Revue Française d'Anthropologie, vol. VI, cahier 4, Paris,
1967, p. 5-34.
2. Stimson J. F. et Marshall D. S. : A Dictionary of some Tuamotuan Dialects of the
Polynesian Language. La Haye, 1964.
3. Kenneth. P. Emory : « Tuamotuan concepts of Creation » in Journal of the Polyne
sian Society, n° 193, mars 1940, p. 69 à 136 et Frank Stimson : Tuamotuan Religion, Bernice
Bishop Museum Publications, Hawaii, 1933, p. 3 à 28. 34 SOCIÉTÉ DES OCÉANISTES
Putu ake te ngaru kai ariki ki runga Déferlants de la mer majestueuse amass
ez vous,
Te ngaru tua, te ngaru i uta, Vagues du large, vagues du rivage,
Te i pari ai taku henua ra Nganaia qui encerclent ma terre Nganaia
Ho atu ki uta i Nganaia. Donnez une terre à Nganaia.
Après cette invocation adressée à Kai-ariki, la première vague, Te-ipo-'i-te-
Marama chanta pour chacune des six vagues suivantes qui étaient : Te-ipu-
pare, Nganaia, Makikahau, Hutia, Pu-tiare, Ngahaehau. Te-ipo-'i-te-Marama
qui venait sur la mer accompagnait la fameux navigateur Mapu-Teretere 1
son embarcation s'appelait Tengohe. Une autre personne Te-ipo'i-te-kura
suivait Te-ipo-'i-te-Marama. Les voyageurs transportaient avec eux la tête
décapitée de Puna, l'anguille ou la murène mythique et dès qu'ils débarquèrent
la portèrent à terre pour l'enterrer. De cette tête coupée sortit le cocotier,
c'est pourquoi il existe un dicton chez les gens de 'Ana'a qui dit : « naku iho
taku katinga, na taku tupuna, na T e-ipo- i-te-Marama » : « Cette nourriture
est seulement pour moi car elle vient de mon ancêtre Te-ipo-'i-te-Marama ».
Sur la terre nouvellement née de 'Ana'a se dressait déjà un guerrier : Te
Manava lequel dès qu'il aperçut le groupe descendu de la grande pirogue
demanda en s'adressant à Mapu : « Quelle est donc cette embarcation ? »
Mapu répondit : « teie kautira no Mapu o tei kokoti i nga peau ngaru e hitu no
Nganaia » « c'est l'embarcation de Mapu qui a traversé les sept vagues de
'Ana'a ». Te Manava accueillit paisiblement les nouveaux arrivés parce qu'ils
« appartenaient » (?) à 'Ana'a. C'est ainsi que Mapu Tererere put débarquer
à Kakavere dans le district de Tekahora. (Ce terme de kakavere qui signifie
« s'entortiller sur soi même comme une feuille de pandanus séchée sur le feu »
vient de ce que la pirogue de Mapu avait été amarée à cet endroit par une
corde de pandanus ainsi traitée).
Dans cette relation Te-ipo-'i-teKura qui accompagna Te-ipo-'i-te-Marama
semble être Te-Kura, la mère de Tangihia, ancêtre éponyme du premier
ngâti de 'Ana'a 2. Paea dit que Te^Kura venait d'un monde supérieur non
humain appelé Paparangi (no runga mai ki te paparangi) 3. Elle vivait seule
dans la partie immergée de l'île jusqu'au jour où Nganâ un être fabuleux sur
gissant de sa demeure sous-marine située dans la mer à la base de 'Ana'a
voulut la prendre pour femme. Te-Kura désirait auparavant obtenir le
consentement de ses frères qui vivaient loin sur l'océan. Impatient, Nganâ
la saisit et était sur le point de l'entraîner avec lui sous terre à Havaiki lorsque
les frères de Te-Kura les rejoignirent. Ils combattirent et Nganâ ramené à
la surface sur la terre de 'Ana'a fut mis en pièces. C'est pour cela que l'île fut
appelée Ganâ mot altéré par la suite en 'Ana'a ; jusqu'alors elle était nommée
Hae-rangi 4.
1. Mapu Teretere dont il va être à nouveau question est considéré tantôt comme or
iginaire des Iles sous le Vent dans l'Archipel de la Société, tantôt comme originaire de
Marangai dans les lointaines Tuamotu de l'Est. Il est probable qu'il s'agit de deux per
sonnes différentes et il se produit assez souvent des confusions.
2. Pour la définition de ngâti qui se rapporte à un groupement de descendance localisé
voir note 13.
3. D'après Frank Stimson Paparangi signifie « le niveau le plus bas du ciel, le ciel
demeure du Dieu Atea.
4. Le passage de Nganaia ou Nganâ à 'Ana'a ne s'explique pas. Bengt Danielsson
pense que les premiers missionnaires voulant marquer la longueur du second « a "» de Nganâ HISTOIRE ANCIENNE d'un ATOLL POLYNESIEN 35 :
Le manuscrit de Manihi précise que c'est à l'époque de Te-Kura dont le
nom complet était Te-Kura-'i-te-Atua que le chant qui donnait à l'île de
Ganaia son nom fut composé. Ce chant était appelé ingôa ariki (lit. nom de
Chef) et également reko tumu no Nganaia : Tradition originelle de 'Ana'a.
Dans son numéro cité d'août 1863, L'Annuaire des Etablissements Français
de VOcéanie présente un mythe de Te-Kura-'i-te-atua comme étant le chant
de la création de l'ensemble des Tuamotu. Néanmoins sans aucun doute il ne
s'agit que de 'Ana'a :
« Pendant que le génie Maui tirait de la mer les îles de la Société en les péchant
à la ligne, un autre Te-kura-'i-te-Atua se servait d'une trombe pour former
les îles Tuamotu. Cette trombe faisait tourbillonner les flots et remuait tellement
le fonds de l'océan dans certains endroits que le sable s'y amoncela et forma ainsi
des îles contenant des lacs intérieurs. Te-Kura-'i- te-Atua choisit 'Ana'a pour en
faire le chef lieu de ses états et rendit cette île inabordable en la faisant le séjour
des tempêtes. Des génies d'ordre inférieur prenant d'après ses ordres la forme
d'oiseaux de mer, soulevaient les flots en les battant de leurs ailes. La mer ainsi
déchaînée faisait sombrer les navires assez audacieux pour venir dans ces parages.
Cependant Mapu, grand guerrier de l'île de Takume soumit plus tard les génies de
'Ana'a et rendit le calme à cette partie de la mer. Depuis lors, l'île de 'Ana'a est
toujours considérée par les insulaires des Tuamotu comme la plus importante de
l'archipel. C'est la plus peuplée après le petit groupe de Mangareva situé tout à fait
à l'Est. » (p. 92).
Ce texte peut être rapproché du chant de Te-Kura'-i-te-Atua (la tra
duction et les notes initiales sont de Frank Stimson) :
Tupu ake te henua Nganaia La terre de Nganaia émergea
Heke iho te ariki Te-Kura-'i-te'Atua Te-Kura-'i-te-Atua (1) descendit (2) sur
ki runga i Hae-rangi Hae-rangi (3).
Ka pari e, ka pari Elle regarda autour d'elle, partout.
Pari mai i tua, pari mai i arose tourna vers l'Ouest, elle se tourna
vers l'Est.
Tihoro na te tahi pae, tihoro na te Elle poussa son embarcation vers un
tahi pae, côté, elle poussa son vers
l'autre côté.
Tihoro na vaenga Elle poussa son embarcation sur toute la
longueur (du lagon) ;
Ko Hiva-tau-tua C'était Hiva de l'Ouest (4)
Ko Hiva-tau-arode l'Est (5)
Ko te pukenga ia, ko te pu kainga Ils se joignirent pour former l'ensemble,
(6) la fondation (7) de la terre de
Nganaia. (8)
(1) Te-kura-'i-te-Atua : lit. « riche possession des Dieux ». (2) heke : descendre, émigrer.
(3) Hae-rangi : nuage déchiré, demeure des dieux est en même temps un ancien nom de
'Ana'a et aussi d'un marae, structure religieuse, de cet atoll. (4) et (5) : Hiva-tau-tua et
Hiva-tau-aro, il existe d'autres expressions Ngana-tau-tua et Nganâ tau-aro ou Hiva-iti
et Hiva-nui qui correspondent toutes aux deux anciennes divisions politiques de 'Ana'a.
La division territorialement la plus étendue était celle de l'Est (6) pukaenga signifie total
ité. Quelques versions du texte indiquent pukaehanga mais le suffixe hanga est un causatif
indiquant l'action de faire quelque chose, tandis que nga désigne un endroit, une chose.
Par conséquent, la forme correcte est sans aucun doute pukenga. (7) pu : source, de nom
breux autres sens : centre, groupe, association. (8) kainga est un terme difficile à traduire,
évoque ici l'idée de la terre dont on est originaire.
(forme plus commune que Nganaia) ont doublé la deuxième voyelle. La succession de deux
voyelles identiques indiquant la plupart du temps l'existence d'une glottale, par la suite
les gens ont prononcé 'Ana'a en marquant la glottale. SOCIÉTÉ DES OCÉANISTES 36
D'après les généalogies Te-Kura devint la compagne de Te-Uhi-tara-mea
fils de Eremoanana et de Ngunguruarau les deux premiers humains ayant
vécu sur l'atoll de 'Ana'a. Le manuscrit de Manihi retient cette tradition :
« Tumu-mango et Tumu-rito étaient la fondation et la quille (dans le sens
de quille d'un navire) de 'Ana'a (Te tumu o te henua, te takere o Nganaia). Us vivaient
dans le royaume des ténèbres (ao tokouri). Ils engendrèrent un fils Nganâ qui était
un esprit malfaisant. Aussi Tumu mango courroucé l'abandonna à l'extrémité
méridionale de l'île. Nganâ est également considéré comme le placenta (pû-henua)
de 'Ana'a et est assimilé à l'étoile Nganâ de même nom. Enfin Nganâ désigne encore
un rocher situé dans la partie méridionale de l'île et l'esprit gardien protecteur
de cette région. Tumu-mango et Tumu-rito engendrèrent encore des enfants :
Uhi-ura et Uhi-tara-mea, à nouveau deux esprits maléfiques (variia Hno) qui
abandonnés dans le lagon devinrent les supports du plan d'eau qui se reflète dans
le ciel (ei pou miti no Te-nuku-tae-roto). Tumu-mango et Tumu-rito donnèrent
naissance à Na-uri et Na-ehu. Un dicton rappelle le souvenir de Na-ehu : « po Na-
ehu tei roto i tongareva i te tongo uri (ao tokouri ?), ei pilo henua no Nganaia tau-
tua » : Na-ehu qui vit à Tongareva dans le monde inférieur est le cordon ombilical
de 'Ana'a de l'Ouest ». Na-uri qui lui vivait dans les ciels éloignés (rangi mamao)
du monde inférieur (te o tongo uri) est le cordon ombilical de 'Ana'a de l'Est. Enfin
Tumu-mango et Tumu-rito engendrèrent encore Eremoana et Ngunguruarau, des
êtres humains qui se trouvent à l'origine des milliers d'habitants qui peuplaient
'Ana'a au temps des lézards jaunes (to hakapunga i te mano e te tini o te tangata i
runga i Nganaia ki roto i te ao mokotea). Les ancêtres Eremoana et Ngunguruarau
figurent dans la généalogie du ngâti Tangihia. (Généalogie 1).
2. L'ORIGINE DES LIGNAGES : NGÂTI. 1
Bien avant l'arrivée des Européens, 'Ana'a était divisée en trois ngâti :
le ngâti Tangihia qui occupait le Nord, le ngâti Tutavake qui résidait dans
l'Ouest et le Nord-Ouest enfin le ngâti Temanava installé dans le Sud et Sud-
Est. L e ngâti Tangihia était le plus important des trois et ses chefs régnaient
sur toute l'île. Ensuite venaient les ngâti Tutavake et Temanava. Le ngâti
Temanava était appelé le « aho tuki » (lit. souffle, principe de vie) du
Tangihia lequel était lui-même le ngâti « mâle », le ngâti femelle étant le ngâti
Tutavake. Un manuscrit de l'atoll de Manihi indique : « dans le Nord-Ouest
de l'atoll (pae tokerau) le district de résidence (matakeinanga) est celui du
ngâti Tangihia, dans le Sud (pae tonga) c'est celui du ngâti Tutavake, quant à
« l'arête du dessus » (te tahuhu H nVa nei) elle correspond au matakeinanga du
ngâti Temanava.
Selon Paea il y aurait eu six villages à 'Ana'a. chacun d'eux étant le centre
d'un sous district (toujours traduit par matakeinanga) portant le même nom.
Ces six villages et les lignages dont ils relèvent étaient les suivants :
Tukuhora ngâti Tangihia
Te-marie
O-te-pipi . ngâti Tutavake
Pu-tua-hara
Te-matahoa Te-kahora i ) ngâti & Temanava
1. Les anciens ngâti des Tuamotu du Centre et de l'Ouest étaient des lignages à recru
tement indifférencié. Cf. P. Ottino : « Early 'ati of Western Tuamotu ». (Polynesian Culture : HISTOIRE ANCIENNE d'un ATOLL POLYNÉSIEN 37
Les mythes donnent l'origine du ngâti Tangihia. Te-Kura une femme
venue d'ailleurs s'unit à un originaire de 'Ana'a et leurs enfants Tangihia
et Hamau fondèrent le ngâti Tangihia. L'ancêtre éponyme vivait à Tukuhora
sur la place de réunion (tahua) appelée Kahotea. Ses femmes résidaient à
Fare-pia où se dressait le marae de même nom. Kahotea appartenait à Tangihia
et à son jeune frère Hamau.
Selon les généalogies disponibles, Tangihia ancêtre du ngâti aurait vécu
seulement douze générations avant 1900. La généalogie du ngâti Tutavake
remonte à quinze et par conséquent ce ngâti serait antérieur.
Le ngâti Temanava est aussi ancien que chacun des deux précédents puisque
Temanava apparaît dans l'une des généalogies (généalogie 4) quelques quatorze
générations avant le début du siècle. Rien n'est dit au sujet des ancêtres de mais si ce Tamanava est le même que celui qui apparaît dans la
généalogie du ngâti Tangaroa de l'atoll de Fakarava, ses ancêtres sont connus
(généalogie 5). La compagne de Temanava de la généalogie de Fakarava n'est
pas la même que celle qui figure dans la généalogie de 'Ana'a, cependant à
'Ana'a cette branche issue de Tangaroa est réputée constituer l'une des plus
anciennes généalogies. Il a existé trois ngâti moins importants à 'Ana'a que
Paea désigne par l'expression française de sous-tribu : le ngâti Poupou, le
ngâti Tungarue et le ngâti Mahinui. Paea dit que le ngâti Mahinui occupait les
terres de Te-kahora, Pu-tua-hara et O-te-pipi, le Tungarue celles de
Pu-tua-hara et également de O-te-pipi. Une généalogie remonte a Poupou-
ariki qui vivait onze générations avant le début du siècle. Dans cette généal
ogie, l'arrière petite-fille de Poupou-ariki devint la femme de Te-matangi-hua
du ngâti Tutavake (généalogie 2). En ce qui concerne le ngâti Mahinui nous
savons que l'une des filles du petit fils de Tutavake nommée Tehetu femme
de Mahinui est à l'origine de cette branche indépendante. La lignée directe
issue de Tutavake est continuée par la sœur aînée de Tehetu appelée Rehu-
pava (généalogie 2). Comme ce Mahinui est le premier qui figure dans les
généalogies de 'Ana'a, il peut être considéré comme le point de départ, l'an
cêtre éponyme du ngâti qui porte son nom, lequel n'est qu'une branche du
ngâti Tutavake. Ceci est confirmé par le fait que la plupart des terres de ce se trouvent comprises dans le territoire du ngâti Tutavake. Pour le
ngâti Tungarue, un renseignement indique qu'il remonte seulement à sept
générations avant 1900. Dans les Tuamotu de l'Ouest des lignages récents
désignés comme ngâti Tungarue existent à Kaukura, Rangiroa et Takaroa.
Il est possible que la branche de 'Ana'a soit originaire de ce dernier atoll.
Un texte rapporte quelques détails sur deux anciens chefs de 'Ana'a 1 :
Ko i Nganaia-te-oro (1) - C'était à Nganaia semblable à un collier
Ko i Fare-pia (2)à Fare-pia (ou au marae Fare-pia)
Ko i Te-nuku-taeroto (3) C'était à Te-nuku-taeroto (lit. mirage sur les
nuages)
History, Honolulu, Bishop Museum, 1967). Dans les Tuamotu de l'Ouest correspondant
à l'ancienne aire culturelle et linguistique du Mihiroa, le nvélaire ng est aujourd'hui le plus
souvent remplacé par la glottale').
1. Je me suis efforcé de suivre la traduction de Stimson en reprenant le chant polynés
ien. La plupart des alinéas peuvent être compris de différentes manières. Cela ressort
d'ailleurs nettement des notes de Stimson qui explique souvent la raison pour laquelle il a
choisi telle version plutôt que telle autre.

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