L'utilisation de la stéatite dans les grottes des Balzi Rossi (ou grottes de Grimaldi) - article ; n°1 ; vol.33, pg 1-16

De
Publié par

Gallia préhistoire - Année 1991 - Volume 33 - Numéro 1 - Pages 1-16
Steatite is a soft, variously coloured and sometimes translucid mineral. It is found in mountainous areas, within metamorphic outcrops, and occasionally as river pebbles. Talcum powder is made by scratching and grinding it. During the Upper Palaeolithic, it was used to make pendants and figurines. Talcum powder was possibly used for tanning hides, but this cannot be definitely proved. Steatite items were found in the Balzi Rossi sites, at the frontier between Italy and France, but most of them were excavated long ago. We discuss the place of origin and stratigraphic position of each of them, and draw comparisons with similar artifacts found in other Italian and French sites. Working techniques, and specially perforating techniques, became more and more complex through time. During the Gravettian-Early Epigravettian, small steatite pebbles were looked for to carve human figurines. This raw material was possibly more easily found at the end of the Upper Palaeolithic, after mountain deglacierisation, when people were able to explore new countries freely.
La stéatite est une pierre tendre, de couleur variable, parfois translucide. On la trouve dans les formations métamorphiques des massifs montagneux et, parfois, sous forme de galets dans le lit des cours d'eau. Par raclage, on peut en tirer de la poudre de talc. Elle a servi, au Paléolithique supérieur, à confectionner des pendentifs et des statuettes. Le complexe des grottes des Balzi Rossi, à la frontière entre l'Italie et la France, trop tôt fouillé, a fourni un nombre relativement élevé de ces pièces. Leur provenance exacte et leur position stratigraphique sont discutées. On établit des comparaisons avec d'autres exemplaires de sites italiens et français. On remarque un affinement progressif des techniques de travail, surtout en ce qui concerne la perforation des pendentifs. Cette matière semble avoir été particulièrement recherchée, sous forme de galets, pour la fabrication des venus au Gravettien-Épigravettien ancien. A l'extrême fin du Paléolithique, la possibilité d'explorer les massifs montagneux libérés des glaces peut en avoir favorisé l'exploitation. L'emploi de la poudre de talc (par exemple dans le travail de la peau) est possible, mais non prouvé.
16 pages
Publié le : mardi 1 janvier 1991
Lecture(s) : 62
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Nombre de pages : 18
Voir plus Voir moins

Margherita Mussi
L'utilisation de la stéatite dans les grottes des Balzi Rossi (ou
grottes de Grimaldi)
In: Gallia préhistoire. Tome 33, 1991. pp. 1-16.
Citer ce document / Cite this document :
Mussi Margherita. L'utilisation de la stéatite dans les grottes des Balzi Rossi (ou grottes de Grimaldi). In: Gallia préhistoire.
Tome 33, 1991. pp. 1-16.
doi : 10.3406/galip.1991.2283
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/galip_0016-4127_1991_num_33_1_2283Abstract
Steatite is a soft, variously coloured and sometimes translucid mineral. It is found in mountainous areas,
within metamorphic outcrops, and occasionally as river pebbles. Talcum powder is made by scratching
and grinding it. During the Upper Palaeolithic, it was used to make pendants and figurines. Talcum
powder was possibly used for tanning hides, but this cannot be definitely proved. Steatite items were
found in the Balzi Rossi sites, at the frontier between Italy and France, but most of them were excavated
long ago. We discuss the place of origin and stratigraphic position of each of them, and draw
comparisons with similar artifacts found in other Italian and French sites. Working techniques, and
specially perforating techniques, became more and more complex through time. During the Gravettian-
Early Epigravettian, small steatite pebbles were looked for to carve human figurines. This raw material
was possibly more easily found at the end of the Upper Palaeolithic, after mountain deglacierisation,
when people were able to explore new countries freely.
Résumé
La stéatite est une pierre tendre, de couleur variable, parfois translucide. On la trouve dans les
formations métamorphiques des massifs montagneux et, parfois, sous forme de galets dans le lit des
cours d'eau. Par raclage, on peut en tirer de la poudre de talc. Elle a servi, au Paléolithique supérieur, à
confectionner des pendentifs et des statuettes. Le complexe des grottes des Balzi Rossi, à la frontière
entre l'Italie et la France, trop tôt fouillé, a fourni un nombre relativement élevé de ces pièces. Leur
provenance exacte et leur position stratigraphique sont discutées. On établit des comparaisons avec
d'autres exemplaires de sites italiens et français. On remarque un affinement progressif des techniques
de travail, surtout en ce qui concerne la perforation des pendentifs. Cette matière semble avoir été
particulièrement recherchée, sous forme de galets, pour la fabrication des venus au Gravettien-
Épigravettien ancien. A l'extrême fin du Paléolithique, la possibilité d'explorer les massifs montagneux
libérés des glaces peut en avoir favorisé l'exploitation. L'emploi de la poudre de talc (par exemple dans
le travail de la peau) est possible, mais non prouvé.L'UTILISATION DE LA STEATITE DANS LES GROTTES DES BALZI ROSSI
(OU GROTTES DE GRIMALDI)
par Margherita MUSSI
Résumé
La steatite est une pierre tendre, de couleur variable, parfois translucide. On la trouve dans les formations
métamorphiques des massifs montagneux et, parfois, sous forme de galets dans le lit des cours d'eau. Par
raclage, on peut en tirer de la poudre de talc. Elle a servi, au Paléolithique supérieur, à confectionner des
pendentifs et des statuettes. Le complexe des grottes des Balzi Rossi, à la frontière entre l'Italie et la France,
trop tôt fouillé, a fourni un nombre relativement élevé de ces pièces. Leur provenance exacte et leur position
stratigraphique sont discutées. On établit des comparaisons avec d'autres exemplaires de sites italiens et fran
çais. On remarque un affinement progressif des techniques de travail, surtout en ce qui concerne la perforation
des pendentifs. Cette matière semble avoir été particulièrement recherchée, sous forme de galets, pour la
fabrication des venus au Gravettien-Épigravettien ancien. A l'extrême fin du Paléolithique, la possibilité d'ex
plorer les massifs montagneux libérés des glaces peut en avoir favorisé l'exploitation. L'emploi de la poudre de
talc (par exemple dans le travail de la peau) est possible, mais non prouvé.
Abstract
Steatite is a soft, variously coloured and sometimes translucid mineral. It is found in mountainous areas, within
metamorphic outcrops, and occasionally as river pebbles. Talcum powder is made by scratching and grinding it.
During the Upper Palaeolithic, it was used to make pendants and figurines. Talcum powder was possibly used for
tanning hides, but this cannot be definitely proved. Steatite items were found in the Balzi Rossi sites, at the frontier
between Italy and France, but most of them were excavated long ago. We discuss the place of origin and stratigraphie
position of each of them, and draw comparisons with similar artifacts found in other Italian and French sites.
Working techniques, and specially perforating techniques, became more and more complex through time. During the
Gravettian-Early Epigravettian, small steatite pebbles were looked for to carve human figurines. This raw material
was possibly more easily found at the end of the Upper Palaeolithic, after mountain deglacierisation, when people
were able to explore new countries freely.
Mots-clefs : grottes des Balzi Rossi, grottes de Grimaldi, Paléolithique supérieur italien, art paléolithique,
parure paléolithique, venus.
Key-words : Balzi Rossi caves, Grimaldi caves, Italian Upper Palaeolithic, Palaeolithic art, Palaeolithic body
ornamentation, venus figurines.
Les sites paléolithiques italiens qui se trouvent fique sous plusieurs appellations : grottes de Menton,
juste à la frontière de la France, sur le rivage médi- grottes de Grimaldi (terme rendu célèbre par l'impor-
terranéen, sont connus dans la littérature scienti- tant ouvrage collectif faisant suite aux travaux vou-
Gallia Préhistoire, 1991, tome 33, p. 1-16. MARGHERITA MUSSI
MER MEDITERRANEE
Fig. 1 — Les principaux sites des Balzi Rossi occupés au Paléolithique supérieur. L'astérisque indique la présence de steatite.
Situation des lieux à la fin du xixe siècle d'après le relevé de E. Rivière (1887).
lus par le prince Albert Ier de Monaco) ou grottes des fait, dans la littérature scientifique récente on ne
Balzi Rossi x. Seule cette dernière dénomination doit trouve presque plus mention de ces gisements. Font
être retenue, les deux autres ne correspondant plus exception les niveaux du Paléolithique moyen et
depuis longtemps à la réalité administrative ou ne inférieur qu'il a été possible d'étudier par la suite,
s'appliquant pas aisément aux sites dégagés après quelques remplissages qui avaient échappé aux pre
l'intervention du prince de Monaco. mières phases de recherche, et certaines découvertes
Les découvertes effectuées dans ces gisements particulières, telles qu'oeuvres d'art et sépultures.
dès le siècle dernier eurent une importance de tout La position géographique frontalière a eu, elle
premier plan dans les débats scientifiques de aussi, une influence négative. Elle contribua ult
l'époque. Malheureusement, cette renommée eut érieurement au démantèlement des collections entre
aussi de nombreux inconvénients : exploités selon l'Italie, la France et la Principauté de Monaco (mais
des méthodes qui, au mieux, correspondaient aux naturellement, des séries finirent aussi, selon la cou
standards d'alors (mais qui étaient souvent en des tume de l'époque, dans de nombreux autres pays
sous de ceux-ci), les sites les plus importants du européens ou extra-européens). Des questions de
Paléolithique supérieur avaient déjà été vidés, ou langue intervinrent également. Ainsi, il n'est pas
même détruits par des exploitations de carrière, toujours compris qu'un même site puisse, par
lorsque les techniques de fouille commencèrent à exemple, aussi bien s'appeler «grotte des Enfants»
s'affiner. Très souvent, la cavité d'où provenaient les que «grotta dei Fanciulli», ou que la «Barma dou
pièces archéologiques ne fut même pas notée. De ce Cavillou» soit aussi la «grotta del Caviglione»...
Nous avons entrepris d'examiner les documents
et les collections relatives à ces gisements, dans l'e1. Balzi Rossi ou Baoussé-Roussé ou Baussi-Russi, c'est-
à-dire les «rochers rouges» d'après un toponyme. L'ortho spoir qu'il soit encore possible de sauver quelques
graphe Baoussé-Roussé, employée par E. Rivière et répétée bribes de l'immense quantité d'informations qu'ils
par de nombreux auteurs, dérive d'une transcription erronée recelaient. Après nous être attachée au problème des du toponyme d'après le dialecte local. En français, il faudrait soi-disant sépultures «aurignaciennes», en fait d'âge plutôt écrire Baoussi Roussi, avec l'accent tonique sur la pre
plus tardif (Mussi, 1986a ; Mussi et al., 1989) et qui mière syllabe. Le terme Balzi Rossi est la transposition offi
cielle en italien. constituent maintenant une sorte de repère chrono- LA STEATITE AUX BALZI ROSSI
Des fouilles pseudo-scientifiques eurent lieu par logique, nous examinerons ici une série d'objets en
la suite sous l'égide de personnes qui, attirées par le steatite2. En effet, l'ensemble des spécimens des dif
climat, séjournaient souvent à Menton en hiver : férents sites des Balzi Rossi constitue probablement
A. Grand et E. Chantre de Lyon, le suisse F. Forel, la plus forte concentration de cette matière première
l'anglais Moggridge, le professeur Pérès de Nice, etc. connue au Paléolithique (fig. 1).
En 1869, on disait déjà que «depuis longtemps les La steatite, appelée aussi «craie de Briançon»,
grottes avaient été tellement explorées que l'on n'y est une variété de talc, donc un phyllosilicate de
trouvait plus quoi * que ce fût» (Rivière, 1887, magnésium hydraté plus ou moins pur (Gavinato,
p. XII). Mais en 1870, les travaux pour la voie ferrée 1952 ; Del Caldo et al., 1973). Dans l'échelle de dureté
reliant l'Italie à la France révélèrent d'abondants de Mohs — élaborée pour les minéraux — le talc,
restes archéologiques et paléontologiques qui furent avec valeur 1, est le terme le plus bas. La steatite,
bientôt un attrait pour les touristes de Menton et plus compacte, a un degré de dureté entre 2 et 3
une source de gain pour les ouvriers. E. Rivière (alors que l'ongle humain, par comparaison, a une
commença vers cette époque des recherches systématvaleur de 2,5). Selon la présence ou non d'alumi
iques et bientôt officielles dans les grottes, en sunium, d'oxydes de fer, de calcium ou autres, elle
ivant une méthode relativement avancée : couches de peut être de couleur blanche, verdâtre, jaune, rosée,
25 cm et tamisage. Malheureusement, dans les publinoire, etc. Dans la littérature archéologique, la stea
tite est parfois appelée «talcschiste» ou «schiste tal- cations de cet auteur, la stratigraphie est peu évo
quée. Des recherches plus poussées furent entreprises queux» ou même «argile bleue» (cf. infra, p. 6 et 10).
sous l'initiative du prince Albert Ier de Monaco de La facilité avec laquelle on peut la racler, l'inci
1895 à 1902. Elles servirent à l'ouvrage bien connu : ser, la perforer, n'a pas échappé aux hommes du
«Les grottes de Grimaldi» (Villeneuve et al., 1906- Paléolithique supérieur qui appliquaient ces mêmes
techniques à des substances d'origine organique 1919).
Parallèlement aux chercheurs officiels, dont certelles que l'os, l'ivoire et la corne. Un attrait d'ordre
tains tels que L. Orsini et G.B. Rossi n'intervinrent esthétique pour cette matière colorée plus ou moins
que brièvement, d'autres creusèrent plus ou moins translucide a dû aussi entrer en ligne de compte,
clandestinement dans les grottes : ainsi S. Bonfils, comme nous le verrons plus loin.
actif durant plus d'un demi-siècle, le carrier F. Abbo,
propriétaire pendant un certain temps de quelques-
BREF HISTORIQUE DES RECHERCHES unes des cavités, et L. Jullien, dont nous reparlerons.
Un nouveau cycle de recherches scientifiques
Comme le remarque E. Rivière (1887), les eut lieu entre les deux guerres, principalement grâce
Romains déjà, lors de la construction de la Via Aurél à l'intérêt de A.C. Blanc et L. Cardini de l'Istituto
ia, entamèrent certainement le dépôt archéologique Italiano di Paleontologia Umana. Il permit la décou
qui s'étendait amplement devant les grottes. Dans verte d'un nouveau site, le riparo (ou abri) Mochi,
certaines d'entre elles, de vastes fours à chaux ont qui fut fouillé de façon intermittente jusqu'en 1962. été établis au xvme siècle, comme le signale H. de Dans les années suivantes, l'équipe du Musée
Saussure en 1786 (cité par Rivière, 1887). Dès la pre d'Anthropologie préhistorique de Monaco, sous la mière moitié du xixe siècle, on commença à les creu direction de L. Barrai et S. Simone, reprit la fouille
ser dans le but de trouver les objets anciens qui y de la grotte du Prince, alors que l'Institut Internaétaient enfouis. Ainsi le prince Florestan Ier de tional d'Études Ligures, avec G. Vicino, s'attacha à
Monaco, dont les collections sont perdues, aurait fait deux nouvelles localités : le site du Casino et le
vider intégralement la cavité qui porte maintenant riparo (ou abri) Bombrini.
son nom (Villeneuve et al., 1906-1919). Vers 1832,
S. Bonfils, alors âgé de 10 ans et qui sera plus tard
conservateur du musée de Menton, commença à INVENTAIRE DES OBJETS EN STEATITE
«gratter la terre» (Octobon, 1952).
aurignacien
2. Le Musée des Antiquités Nationales de Saint-Ger- Grotte du Cavillon main-en-Laye et le Museo preistorico-etnografîco L. Pigorini
de Rome nous ont permis de reproduire la documentation pho
Pendeloque rectangulaire tographique d'objets en steatite qui y sont conservés. Que ces
institutions soient ici vivement remerciées (fig. 3, photo
E. Rivière publia en 1887 une pendeloque de F. Scarpelli, coll. du Museo L. Pigorini ;
«schiste talqueux». Elle est noire, brisée à une extré- fig. 4 et 7, photos et coll. MAN de Saint-Germain-en-Laye). MUSST MARGHERITA
Illustration non autorisée à la diffusion
Fig. 2 — 1, pendentif de la grotte du Cavillon (Rivière, 1887); 2, 3, objets décorés d'incisions de la Barma Grande (Graziosi, 1956;
Reinach, 1898); 4-6, figurines féminines de la grotte du Prince (Piette, 1902; Breuil, 1930); 7, pendentif de l'abri Mochi (Blanc, 1954).
Sans échelle.
et à 6 m au-dessous de la sépulture que nous estmité et mesure 46 mm X 14 mm X 4 mm (fig. 2,
n° 1). Elle présente sur sa surface des traces de imons datée entre 25000 et 20000 BP (Mussi, 1986a ;
peroxyde de fer, ainsi que des stries irrégulières qui Mussi et al., 1989). Une pointe en os à base fendue,
provenant d'un niveau plus haut que la pendeloque, parfois s'entrecroisent. L'examen auquel cet objet,
a été publiée par Rivière (1887, pi. IX, n° 20). Un maintenant perdu, fut soumis, montre qu'il avait été
travaillé avec un burin de silex qui servit à amincir dépôt aurignacien existait donc dans cette grotte et,
la pendeloque étant à un niveau nettement plus bas la pendeloque par raclage, et à percer le trou qua-
que la sépulture datée du Gravettien ou de l'Épi- drangulaire, irrégulier, de 3 mm X 1,5 mm.
Stratigraphiquement, la découverte eut lieu à gravettien ancien, elle pourrait raisonnablement lui
8,75 m au-dessous du niveau originel du remplissage être rattachée. Mais cela reste une hypothèse. STEATITE AUX BALZI ROSSI LA
Comparaisons
En Italie, à la grotta del Fossellone (Mont Circé,
Latium), deux pendeloques de steatite du niveau
aurignacien, en forme de goutte ou de croche de cerf,
ont été travaillées de façon semblable (Mussi, 1988-
1989) (fig. 3a) : elles ont d'abord été façonnées par
raclage avec un outil qui peut avoir été un burin et
qui a laissé d'amples facettes ; puis, la surface a été
modelée plus finement par un travail qui a produit
des stries irrégulières ; enfin, une partie seulement,
celle globuleuse, a été polie par abrasion. La perfora
tion, tentée en creusant la surface avec un outil qui a
provoqué des stries irrégulières, a échoué dans les
deux cas : dans l'un, l'extrémité s'est cassée, dans 1cm 1cm
l'autre, le trou commencé dans la partie la plus
épaisse n'a pas été terminé. La même technique de
Fig. 3 — Exemples de techniques de perforation de pendentifs perforation grossière a été appliquée à de vraies en steatite : a, perforation manquée, par refouillement de la croches de cerf, souvent brisées à la hauteur du trou. surface (grotta del Fossellone, Aurignacien) ; b, perforation
En France, des pendeloques en steatite de l'Au- réussie, par rotation (grotta Polesini, Épigravettien final).
rignacien I, d'âge compris entre 34000 et 32000 BP,
sont connues en Dordogne dans les abris Castanet,
Blanchard et La Souquette (White, 1989). Ici aussi,
la perforation était produite par de profondes inci et Da Silva (1978), ce dernier est au contraire du
sions, plus ou moins parallèles, qui amincissaient Proto-Arénien, donc de deux ou trois millénaires
l'objet dans la partie voulue ; le trou était ensuite plus ancien.
obtenu par pression ou, plus rarement, par la rota
tion d'un outil pointu tenu dans la main.
Grotte des Enfants A l'abri Rothschild (Hérault), un petit pendentif
de steatite vert clair est attribué au niveau aurignac Morceau de steatite raclé ien, alors que d'autres semblent néolithiques
(Barge, 1983). La technique de fabrication de cet Dans le niveau H, a été recueillie «une petite
objet n'est pas décrite, mais les croches de cerf égal pierre bleuâtre savonneuse au toucher, un morceau
ement présentes ont été percées par grattage et inci de steatite couvert de stries [qui] portait un sillon
sion. comme si on avait voulu le diviser» (Villeneuve et al.,
1906-1919, p. 267). Cet objet, décrit comme «raclé et
rayé» (ibid., p. 266), mesure 50 mm de longueur. Gravettien-Épigravettien ancien
Cette découverte en position stratigraphique sûre fut
importante, comme l'a déjà souligné L. Pales (1972) : Nous emploierons ici le terme Épigravettien
elle confirma l'authenticité et l'antiquité des «venus ancien pour désigner les industries faisant immédia
de Grimaldi»3, alors connues depuis quelques tement suite au Gravettien V. En effet ce terme,
années : comme nous le verrons, elles sont presque communément en usage dans la littérature italienne,
toutes en steatite. est assez générique pour être utile dans un contexte
archéologique dont nous savons peu de chose. Toutef
ois, à la grotte des Enfants, un niveau défini comme Barm a Grande appartenant à l'Arénien ancien (niveau F) a été
reconnu au-dessus du Gravettien Vc (niveau G), Figurine féminine en steatite jaune
superposé à son tour à du IV H)
L'objet le plus célèbre de cette grotte est ce(Onoratini, Da Silva, 1978). D'après Palma di Ces-
rtainement la figurine féminine de steatite jaune, casnola (1979), en G il y aurait plutôt du Gravettien
sée, haute actuellement de 47 mm, avec une épais- final et en F de l' Épigravettien ancien final. A l'abri
Mochi, il y a en D du Gravettien Vc et en G de l'Épi-
gravettien ancien initial remontant à 20000 BP 3. Nous employons le terme conventionnel de «venus»
(Palma di Cesnola, Bietti, 1983). Mais pour Onoratini pour indiquer les statuettes féminines. MARGHERITA MUSSI
ment plusieurs mètres de distance de celle-ci à la
figurine, et donc une certaine dénivellation naturelle
des couches archéologiques.
L'autre élément de datation de cette venus est
d'ordre typologique. Malgré des critiques certain
ement fondées (Pales, 1972; Soffer, 1987), un âge voi
sin ou supérieur à 20000 BP est généralement
reconnu comme acceptable pour un certain nombre
de ces figurines féminines, si ce n'est pour toutes
(Leroi-Gourhan, 1965; Gamble, 1982; Lumley,
1984). C'est aussi le cas des deux seules venus itr 2cm
aliennes plus ou moins bien datées : celles, en os, de la
grotta délie Veneri dans les Pouilles (Gremonesi,
1987).
Si ce raisonnement est valable, la présence
d'une autre figurine féminine, en os cette fois, mais
aux caractères stylistiques semblables, située plus
haut dans la stratigraphie, ne peut que confirmer un -0 âge correspondant à celui du Gravettien ou de l'Épi-
gravettien ancien pour la venus de steatite jaune : — Figurine en steatite jaune de la Barma Grande. Fig. 4 elle se trouve, en effet, dans un niveau situé entre
une figurine et une sépulture de cet âge.
seur maximum de 12 mm (fig. 4). Elle fut achetée en Fragment avec incisions formant quadrillage
1896 à L. Jullien par S. Reinach (1898) pour le Musée
Le niveau de la figurine jaune contenait égalde Saint-Germain-en-Laye où elle est conservée
ement un «fragment d'argile bleue sculpté (quadrillé depuis. D'après la documentation publiée par
en relief) appartenant au musée de Saint-Germain» L. Pales (1972), elle se trouvait dans ce que Jullien
(Pales, 1972, p. 262). Il s'agit apparemment de l'obappelait la «zone A» des fouilles, proche de la paroi
jet en steatite acquis par Reinach (1898) en même droite ou orientale. La couche à laquelle elle apparte
temps que la statuette (fig. 2, n° 3). nait était située entre 4,20 m et 4,70 m au-dessous
de la surface initiale, en comprenant déjà 2 m de
Fragment de pendeloque sédiment remanié par les recherches précédentes.
La couche concernée se trouvait à 4 m au-dessus Un «fragment de pendeloque en steatite» (Pales, de la première sépulture découverte en 1884 près de 1972, p. 262), dont il ne semble plus exister de trace, l'entrée de la Barma Grande. Dans le niveau sus- a été trouvé plus haut, dans le niveau de la petite jacent, d'une épaisseur de 1,30 m, il y avait l'unique venus en os. Cette dernière est l'unique élément qui
venus en os des Balzi Rossi, conservée elle aussi au puisse quelque peu servir à en étayer la chronologie. Musée de Saint-Germain-en-Laye. Il y a donc un net
décalage stratigraphique par rapport à la sépulture Grotte du Prince
pour laquelle nous avons suggéré un âge de 25000 à
La provenance stratigraphique des objets en 20000 BP (Mussi, 1986a; Mussi et al., 1989). Toutef
ois, il faut tenir compte du fait que, d'une part le steatite de cette cavité est la plus difficile à établir.
squelette se trouvait très probablement dans une En effet, les fouilles du prince Albert Ier ne ren
fosse assez profonde (Mussi, 1986a) et que, d'autre contrèrent que des industries moustériennes (Vill
part, de l'avis de témoins oculaires, les couches eneuve et al., 1906-1919). Celles-ci se retrouvent
étaient fortement inclinées de l'intérieur de la grotte jusque dans le foyer supérieur A, scellé par une st
alagmite (couche 8) dont la puissance dépasse 1 m par vers l'extérieur (Octobon, 1952; Verneau, 1899). La
localisation de la «zone A» de Jullien, où se trouvait endroits. Au-dessus s'étendait la couche 9, terreuse
la figurine, n'est pas connue mais on sait par Reinach et caillouteuse, où les fouilles furent complètement
(1898) que c'est une autre zone de fouille, la «zone infructueuses.
B», qui était la plus près de l'entrée. La sépulture en Mais apparemment elles ne le furent pas pour
tout le monde. En effet, les documents publiés par question étant, elle, certainement dans cette partie
de la grotte proche de l'extérieur, il y avait Pales (1972) démontrent que, de 1892 à 1895, Jullien STEATITE AUX BALZI ROSSI LA
COUPE LONGITUDINALE DELA CROTTE DU PRINCE
dressée par M.Tschirrct , sous la direction de M. M. M. BOULE et L . DE VILLENEUVE
Fig. 5 — Coupe longitudinale de la grotte du Prince (d'après Villeneuve et al., 1906-1919). Les deux profondes excavations qui
traversent la couche 9 et, dans un cas, également la couche 8, sont bien visibles dans le fond. De toute évidence, il s'agit des traces
laissées par les fouilles clandestines de L. Jullien.
Fig. 6 — L'entrée de la grotte du Prince avant les fouilles du
prince Albert Ier de Monaco (d'après Villeneuve et al.. 1906-
1919). Il est probable que l'accès à la grotte, encore libre dans
sa partie interne, ait été malaisé pour les hommes du Paléoli
thique supérieur.
y fouilla clandestinement et avec «succès». Ces acti
vités illicites n'échappèrent d'ailleurs pas entièr
ement à l'attention de l'équipe du prince de Monaco.
En effet, nous apprenons par L. de Villeneuve (Vill
eneuve et al., 1906-1919, vol. I, p. 36) que cette
grotte, qui était réputée intacte, «depuis la déclara
tion de M. Rivière et la vérification faite par
M. Saige en 1883 [...] avait subi un commencement
d'excavation témoigné par deux fosses pratiquées au
fond de la chambre [...]. Elles n'ont pas outrepassé
une couche de formation récente, au-dessous de
laquelle s'étendait le plancher stalagmitique qui
recouvrait le dépôt». La coupe longitudinale bien
connue de la grotte du Prince indique clairement,
dans le fond de la cavité, deux excavations irrégu
lières qui intéressent la couche 9 (fïg. 5). L'une
d'elles, profonde d'environ 2 m, traverse en fait
entièrement la stalagmite qui recouvre le Moustérien
(fig. 5). MARGHERITA MUSSI
Pig 7 — Figurines de la grotte du Prince : 1, «Polichinelle» ; 2, «Tête négroïde»; 3, «Losange»; 4, «Hermaphrodite»; 5, figurine sans
autre dénomination (échelles différentes).
apparemment pas située dans la grotte du Prince Par ailleurs, le concrétionnement s'étendait
elle-même, mais plutôt dans une autre des cavités aussi à la «base de la couche supérieure et terminale
n° 9» (ibid., vol. I, p. 95). Il était donc encore en proches.
cours de formation lorsque les sédiments de la
couche 9 commencèrent à se déposer. Pour J.-C. Mis- Figurines féminines (cinq au minimum) kovsky (1974), la stalagmite correspond à l'inter-
stade Wûrm II/III. Pour celle-ci, une datation au Toutes les venus des grottes de Grimaldi furent
découvertes par L. Jullien. Ce dernier, dans les Th 230/U 238 a donné un âge de 32600 ± 3 000 BP
lettres publiées par Breuil (1930) et Pales (1972), ne (Fornaca-Rinaldi, Radmilli, 1968). Elle pourrait
laisse aucun doute sur le fait que, hormis les deux donc plutôt dater de l'interstade d'Arcy. Dans un cas
statuettes de la Barma Grande (celle en os et celle en comme dans l'autre, la couche 9, concrétionnée à sa
steatite jaune), les autres viennent de la grotte du base, s'est bien formée durant un laps de temps qui
Prince, qu'il appelle «grotte du Tunnel» ou «grotte correspond au Paléolithique supérieur ou à une par
des Statuettes». Un plan avec sa localisation fut tie de celui-ci.
d'ailleurs fourni. Il affirme dans une lettre adressée à Le dernier point est celui de l'extension, vra
Piette le 20 juin 1896 (Pales, 1972, p. 265) : «c'est isemblablement très limitée, de la zone où se trou
dans l'été de 1895 et dans les couches les plus provaient les objets du Paléolithique supérieur. Un coup
d'œil à l'énorme cône contenant les niveaux du fondes [de mes propres fouilles] qu'on a trouvé les
sculptures (et la gravure en os) dont le nombre Paléolithique moyen, qui obstruait presque entièr
s'élève à quinze en tout. Elles sont en pierre». ement l'entrée de la cavité encore à la fin du siècle
Une partie de ce lot se trouve actuellement au dernier, montre bien que, dès le Paléolithique supér
Musée de Saint-Germain-en-Laye. Il s'agit d'un ieur, il ne pouvait s'agir d'une fréquentation aisée
(fig. 5 et 6). Les découvertes semblant provenir du groupe de quatre figurines acquises par E. Piette
(1902), et connues comme «Polichinelle» (61 mm X fond de la grotte, cette localisation serait, d'après
10 mm X 20 mm) (fig. 7, n° 1), «Tête négroïde» Pales (1972), une sorte de «cachette» à l'écart de l'o
(24 mm X 24 mm X 13 mm) (fig. 2, n° 4 et fig. 7, ccupation principale. Cette dernière n'était d'ailleurs

Soyez le premier à déposer un commentaire !

17/1000 caractères maximum.