La peinture murale minoenne, I. La palette du peintre égéen et égyptien à l'Age du Bronze. Nouvelles données analytiques - article ; n°1 ; vol.123, pg 1-41

De
Bulletin de correspondance hellénique - Année 1999 - Volume 123 - Numéro 1 - Pages 1-41
L'analyse physico-chimique des matières colorantes de dix-huit fragments d'enduits peints provenant de différents sites minoens de la Crète de l'Age du Bronze (Amnissos, Cnossos, Haghia Triada, La Canée et Malia) a permis d'identifier de nouveaux pigments qui n'étaient jusqu'alors connus que dans la peinture égyptienne de cette époque. Ce travail est donc l'occasion, plus de vingt ans après la dernière étude technique d'importance consacrée à la peinture murale minoenne, de dresser une liste raisonnée des pigments et des colorants utilisés dans la peinture égéenne et égyptienne. Cela permet notamment d'établir avec quelque certitude la provenance de plusieurs d'entre eux.
Η φυσικοχημική ανάλυση των χρωστικών υλών δεκαοκτώ σπαραγμάτων έγχρωμων κονιαμάτων, που προέρχονται από διαφορετικούς μινωικούς χώρους της Κρήτης της εποχής του Χαλκού (Αμνισός, Κνωσός, Αγία Τριάδα, Χανιά και Μάλια), επέτρεψε την ταύτιση νέων χρωστικών υλών που δεν ήταν έως σήμερα γνωστές παρά μόνο από την αιγυπτιακή ζωγραφική της ίδιας περιόδου. Η παρούσα εργασία, που δημοσιεύεται είκοσι και πλέον έτη μετά την τελευταία σημαντική μελέτη της τεχνικής των μινωικών τοιχογραφιών, προσφέρει την ευκαιρία να συνταχθεί ένας κριτικός κατάλογος χρωστικών υλών και χρωμάτων που χρησιμοποιούνταν στην αιγαιακή και την αιγυπτιακή ζωγραφική. Αυτό επιτρέπει κυρίως να καθοριστεί με κάποια βεβαιότητα η προέλευση πολλών από αυτά.
The physico-chemical analysis of the colouring materials from eighteen painted plaster fragments at different Minoan sites in Bronze Age Crete (Amnissos, Knossos, Ayia Triada, Hania and Malia) has enabled the identification of new pigments, which have hitherto only been known in the Egyptian painting of this period. This study, coming over twenty years after the last important technical study dedicated to Minoan wall painting, is thus the occasion for compiling an analytical list of the pigments and colour agents used in Aegean and Egyptian painting. In particular it will establish with some certainty the provenance of some of them.
41 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Publié le : vendredi 1 janvier 1999
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Alain Dandrau
La peinture murale minoenne, I. La palette du peintre égéen et
égyptien à l'Age du Bronze. Nouvelles données analytiques
In: Bulletin de correspondance hellénique. Volume 123, livraison 1, 1999. pp. 1-41.
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Dandrau Alain. La peinture murale minoenne, I. La palette du peintre égéen et égyptien à l'Age du Bronze. Nouvelles données
analytiques. In: Bulletin de correspondance hellénique. Volume 123, livraison 1, 1999. pp. 1-41.
doi : 10.3406/bch.1999.7209
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/bch_0007-4217_1999_num_123_1_7209Résumé
L'analyse physico-chimique des matières colorantes de dix-huit fragments d'enduits peints provenant de
différents sites minoens de la Crète de l'Age du Bronze (Amnissos, Cnossos, Haghia Triada, La Canée
et Malia) a permis d'identifier de nouveaux pigments qui n'étaient jusqu'alors connus que dans la
peinture égyptienne de cette époque. Ce travail est donc l'occasion, plus de vingt ans après la dernière
étude technique d'importance consacrée à la peinture murale minoenne, de dresser une liste raisonnée
des pigments et des colorants utilisés dans la égéenne et égyptienne. Cela permet notamment
d'établir avec quelque certitude la provenance de plusieurs d'entre eux.
περίληψη
Η φυσικοχημική ανάλυση των χρωστικών υλών δεκαοκτώ σπαραγμάτων έγχρωμων κονιαμάτων, που
προέρχονται από διαφορετικούς μινωικούς χώρους της Κρήτης της εποχής του Χαλκού (Αμνισός,
Κνωσός, Αγία Τριάδα, Χανιά και Μάλια), επέτρεψε την ταύτιση νέων χρωστικών υλών που δεν ήταν έως
σήμερα γνωστές παρά μόνο από την αιγυπτιακή ζωγραφική της ίδιας περιόδου. Η παρούσα εργασία,
που δημοσιεύεται είκοσι και πλέον έτη μετά την τελευταία σημαντική μελέτη της τεχνικής των μινωικών
τοιχογραφιών, προσφέρει την ευκαιρία να συνταχθεί ένας κριτικός κατάλογος χρωστικών υλών και
χρωμάτων που χρησιμοποιούνταν στην αιγαιακή και την αιγυπτιακή ζωγραφική. Αυτό επιτρέπει κυρίως
να καθοριστεί με κάποια βεβαιότητα η προέλευση πολλών από αυτά.
Abstract
The physico-chemical analysis of the colouring materials from eighteen painted plaster fragments at
different Minoan sites in Bronze Age Crete (Amnissos, Knossos, Ayia Triada, Hania and Malia) has
enabled the identification of new pigments, which have hitherto only been known in the Egyptian
painting of this period. This study, coming over twenty years after the last important technical study
dedicated to Minoan wall painting, is thus the occasion for compiling an analytical list of the pigments
and colour agents used in Aegean and Egyptian painting. In particular it will establish with some
certainty the provenance of some of them.La peinture murale minoenne,
I. La palette du peintre égéen et égyptien
à l'Age du Bronze.
Nouvelles données analytiques*
par Alain Dandrau
À la mémoire d'Olivier Ronchon (1967-1997)
Si c'est à A. Evans que revient le mérite d'avoir révélé la civilisation minoenne au travers
des fouilles qu'il dirigea à Cnossos dès 19001, c'est son assistant, N. Heaton, qui, le premier, en
étudia les peintures murales. Depuis, de nombreux travaux ont été menés sur les peintures de
l'Âge du Bronze égéen. Concernant uniquement les matières colorantes, une trentaine ont pu
être déterminées grâce aux analyses2. Parmi elles et jusqu'à ce jour, vingt-cinq l'avaient été dans
les œuvres purement minoennes3. Il était tentant, plus de vingt ans après le dernier travail
d'importance sur la question, de confronter cette liste aux résultats de nouvelles analyses que
j'ai pu effectuer sur dix-huit enduits peints minoens. Cet échantillonnage, représentant une tren
taine de couleurs, est constitué de fragments provenant de La Canée, Cnossos, Amnissos, Haghia
Triada et Malia (cf. tableau 1, p. 3)4. Le présent article a donc pour but de dresser une liste rai-
* Cet article est le premier volet d'une étude traitant des maté- 3 En plus d'une appartenance à l'Âge du Bronze égéen, je n'ac-
riaux et des techniques de la peinture minoenne ; la seconde corde au mot « minoen » qu'une simple valeur d'origine, en l'oc-
partie sera consacrée aux techniques, tandis que la troisième currence la Crète. En effet, en raison de problèmes de data-
parachèvera l'étude en proposant une typologie des enduits tion de la plupart de ces peintures murales, il n'entre pas dans
minoens en fonction de la chronologie ainsi que des maté- mon propos de distinguer les œuvres purement «minoennes»
riaux et des techniques mis en œuvre. — c'est-à-dire celles produites avant le MR II — de celles rele-
Je tiens tout particulièrement à remercier P. Darcque, vant de l'art « créto-mycénien » (à partir du MR II).
A. Farnoux, J.-CI. Poursat et R. Treuil, qui ont accepté de relire 4 L'analyse des matières colorantes des enduits peints trou-
ce texte et de me faire bénéficier de leurs conseils toujours vés à La Canée représente une partie de mon travail de maî-
éclairés. trise de l'Université Michel de Montaigne-Bordeaux III (inédit,
1 A. Evans, The Palace of Minos at Knossos (1921-1935). juin 1991) effectué au laboratoire du Centre de Recherche
Dorénavant cité : PM I à IV. Interdisciplinaire en Archéologie Analytique (CRIAA), alors dirigé
2 Les principales publications faisant état d'analyses de par le Pr. M. Schvoerer. L'étude de tous les autres fragments
matières colorantes sont regroupées, avec leurs abréviations, constitue mon travail de DEA (inédit, juin 1992) effectué au
en annexe de cet article (infra, p. 40-41). sein du même laboratoire (aujourd'hui Centre de Recherche
BCH123 (1999) ALAIN DANDRAU
sonnée, la plus complète possible, des principaux composants des couleurs de la palette du peintre
crétois, des origines à la fin de l'Âge du Bronze Récent (XIe s. av. J.-C), tout en comparant cette
dernière à celle des artistes ayant travaillé aux mêmes époques dans les Cyclades, sur le conti
nent grec ou en Egypte (cf. tableau 3, p. 38-39).
Pigments et cohrants: une question de définition
Le mot pigment vient du latin pigmentum qui signifie matière pour peindre. D'un point
de vue strictement étymologique, ce terme recouvre donc toute matière colorée conférant une
couleur au milieu auquel elle est incorporée. À l'usage, on se rend bien compte que le mot est
employé pour désigner des substances, certes colorées, mais au comportement physico-chimique
des plus variables. C'est ainsi que dans certains domaines, et notamment celui de la peinture,
on est amené à faire une distinction entre pigments et colorants, les deux constituant ce qu'il
est convenu d'appeler les matières colorantes.
On considère que « les pigments sont des matériaux colorés dont l'indice de réfraction est
différent de celui du milieu, qui sont insolubles dans ce milieu et qui n'ont aucune affinité ch
imique pour les autres constituants de la couche picturale »5. En d'autres termes, un pigment est
une substance que l'on peut disperser sous forme de petites particules solides dans un liant (phase
solide continue) dans lequel il n'est pas soluble. Dans la très grande majorité des cas, les pig
ments sont plutôt d'origine minérale ; leur identification relève donc généralement de la pétro-
logie. Il est possible de les employer tels quels (terres, ocres, etc.) ou après traitement (purifica
tion, chauffage, etc.). Ils peuvent également avoir été l'objet d'un processus plus ou moins
complexe de synthèse (bleu égyptien, résidus de métallurgie, etc.).
Les colorants, quant à eux, « sont des substances colorées solubles dans le milieu d'emploi-
, et qui ont une affinité chimique pour un des constituants de la couche picturale lui servant de sup
port»6. Autrement dit, il s'agit de substances relevant de la seule chimie organique et que l'on peut
très facilement disperser à l'état de molécules dans un milieu quelconque auquel elles vont confé
rer une coloration. Au contraire des pigments, les colorants ne peuvent être employés qu'en solu
tion, au sein d'un liant vis-à-vis duquel ils ne sont pas inertes. Ils peuvent être d'origine végétale
(bleu d'indigo, rouge de garance, etc.) ou animale (pourpre de murex, rouge de cochenille, etc.)7.
en Physique Appliquée à l'Archéologie [CRPAA]). Les enduits β Ibid, p. 175.
peints provenant de La Canée ont été exhumés par M"* V. N. Kir- 7 Ils peuvent aussi résulter du génie chimique. Je ne fais que
delis dans le cadre d'une fouille dirigée par M. Papadopoulos, mentionner pour mémoire cette possibilité, car il est évident
rue Daskalogiani. Tous les autres échantillons m'ont été remis que ce type de colorants n'a pu être synthétisé aux époques
en septembre 1991 par M. A. Foundoulakis — qu'il m'est ici qui nous occupent ici.
donné l'occasion de remercier — alors responsable de l'ate- 8 Ce produit est une résine synthétique, un polymère (copo-
lier de restauration du Musée archéologique d'Héraklion. lymère d'éthylméthacrylathe et de méthacrylathe) dérivé de
5 F. Delamare, « La physique des couches picturales», in PACT l'acide méthacrylique (méthacrylathe). Il peut être utilisé en
17, p. 174. solution avec un grand nombre de solvants organiques. À ce
BCH123 (1999) m
LA PEINTURE MURALE MINOENNE
SITE LOCALISATION DATATION ÉCHANTILLONS COULEURS
? MR I B 1 (BDX 3195) bleu Amnissos
2 (BDX 3175) blanc, bleu très clair
3 (BDX 3178) blanc, vert clair, jaune,
rouge violacé
MM III B 4 (BDX 3181) bleu clair
- Maison des Fresques bleu-vert foncé 5 (BDX 3185)
Cnossos MR I A 6 (BDX 3186) sombre,
rouge, orange
7 (BDX 3187) beige (1650-1500)
8 (BDX 3188) blanc, bleu très clair
Aire du Taureau 9 (BDX 3191) blanc, rouge sombre
en Relief MR III (1400-1100) 10 (BDX 3193) bleu clair, rouge foncé
«villa, cassa 333» Haghla Trlada ? 11 (BDX 3201) bleu
12 (BDX 2772) bleu-vert foncé, gris et blanc
jaune 13 (BDX 2773)
LaCanée Rue Daskalogiani MRI 14 (BDX 2774) rouge foncé
(« bassin lustral » ?) 15 (BDX 2775) rouge clair (1600-1450)
16 (BDX 2776) bleu-vert, orange
17 (BDX 2777) bleu-vert foncé, vert clair,
blanc
Malia ? ? 18 (BDX 3196) noir
Tableau 1. Caractéristiques principales (lieu de provenance, localisation, datation du contexte de découverte,
numéro de l'échantillon indexé au laboratoire [BDX] et couleurs constituant la couche picturale)
des dix-huit fragments d'enduits peints analysés.
Étude analytique (tableau 2)
Les enduits étudiés (fig. 1 et 2) présentent l'aspect de fragments informes de quelques cen
timètres carrés (de ± 1 cm2 pour l'échantillon 2 à ± 4 cm2 pour les échantillons 5 et 12) et dont la
surface, monochrome ou à décor de bandes de couleur, a été traitée au paraloïd B72 (échantillons
de La Canée) ou laissée telle qu'au moment de leur découverte (tous les autres fragments). La fine
couche de paraloïd B72 appliquée a pu être conservée, ne gênant pas aprion les analyses effectuées8.
titre, c'est une des résines les plus utilisées en restauration, lyses, notamment celles effectuées par fluorescence X en dis
surtout comme consolidant. Sa transparence et sa composit persion d'énergie (F-X).
ion ne nuisent théoriquement en rien à la validité des
BCH123 (1999) hà.
ALAIN DANDRAU
éch. 1 éch. 2 éch. 3
éch. 4 éch. 5 éch. 6
éch. 7 éch. 8 éch. 9
éch. 10 éch. 11 éch. 18
Fig. 1. Fragments d'enduits peints minoens analysés provenant d'Amnissos (éch. 1), de la «Maison des Fresques» (éch. 2 à
8) et de l'« Aire du Taureau en relief» (éch. 9 et 10) à Cnossos, d'Haghia Triada (éch. 11) et de Malia (éch. 18).
BCH 123 (1999) hc\>.
LA PEINTURE MURALE MINOENNE
éch. 12 éch. 13 éch. 14
éch. 15 éch. 16 éch. 17
Fig. 2. Fragments d'enduits peints analysés provenant du site minoen de La Canée (éch. 12 à 17).
En revanche, afin d'éliminer du mieux qui soit les impuretés qui ont pu être apportées en cours
d'enfouissement, la surface de tous les autres échantillons a été nettoyée à l'aide d'un coton doux
imbibé d'eau déminéralisée.
Venant en complément des observations à la loupe binoculaire et au microscope polarisant9, ainsi
qu'aux mesures de la couleur, trois méthodes physiques ont été mises en œuvre de façon concomitante
pour mener à bien cette étude. D'une part, la diffractométrie des rayons X sur poudre (D-X) ; elle faci
lite l'identification de phases minérales micro- et polycristallines qui échappent à l'observation visuelle
traditionnelle (loupe binoculaire et microscope polarisant). Le diffractomètre de poudre est un Siemens
doté d'une source (anticathode) au cuivre (E = 1.5418Â; U = 40 kV; I = 16 mA; Ρ = 1 kW).
L'observation en microscopie électronique à balayage (MEB), quant à elle, permet d'obtenir des
images à haute résolution (grossissement χ 12 à χ 300 000) restituées par balayage — d'où son nom
— de la surface de l'échantillon préalablement métallisé à l'or ou au carbone ; l'application d'un
mince voile de ces éléments facilite l'évacuation des charges électroniques accumulées en surface.
Enfin, le MEB utilisé (JEOL 820) étant équipé d'un détecteur silicium-lithium (analyseur multica-
nal LINK), j'ai pu procéder à l'analyse élémentaire qualitative des différentes couches picturales par
fluorescence X en dispersion d'énergie (F-X). Cette méthode fournit, en même temps que les images,
le spectre des principaux constituants élémentaires de la surface étudiée, ainsi que la distribution au
sein de cette surface d'un atome en particulier choisi dans le spectre (cartographie élémentaire).
9 Les minéraux ont pu être déterminés sur frottis (A. Parfe- scope polarisant3 [1959]). Toutes les informations d'ordre
noff, C. Pomerol, J. TouRENQ, Les minéraux en grains: minéralogique contenues dans cet article sont issues de ces
méthodes d'étude et détermination [1970]) et au microscope deux ouvrages, ainsi que de W. A. Deer, R. A. Howie, J. Zuss-
polarisant (M. Roubault, Détermination des roches au man, An Introduction to the Rock-Forming Minerals2 (1992).
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Couleur Site Échantillon D-X F-X Identification
La Carrée 12 Calcite, quartz Ca, Si, AI, Fe, Mg, Ti Matériau carbonate
(chaux?)
17 Calcite, quartz Matériau carbonate Ca, Si. AI, Fe, K, Mg
(chaux?)
Blanc Si, Fe, Mg, Câ, K Calcite (chaux?) mêlée à
un pyroxene magnésien
(enstatite ?)
Calcite, quartz Matériau carbonate Ca, Si. Δ1, Fe, Mg
(chaux?)
Argilite blanche de type Cnossos Calcite, quartz SI, AI, Ca, Eë. Ti, Mg
kaolinite mélangée à un
matériau carbonate
(chaux ?)
9 Calcite, quartz Ca, SI, Ai, ES, Κ Matériau carbonate
(chaux?)
Noir Malia 18 Pyroxene Si, Mg, Es, Ca Clinopyroxène (pigeonite,
augite ?)
Gris La Canée 12 Terre verte (céladonite ?) Quartz, SI, Al, £, £â, ES,
glauconite et Mg, Mn, Na et particules noires
montmorillonite (carbone ?)
- Amnissos 1 Glaucophane/riebeckite Si, Ca, Mg, Fe, Na
Bleu égyptien 2 Cuprorivaite Si, Ca, Cu, Mg, £s, Κ
et glaucophane
Cnossos 4 Cuprorivaite Fe Bleu égyptien Bleu Si, Ca, Cu, Sq, K, Ti,
8 κ Bleu égyptien Si, Ca, Cu,
Cuprorivaite Bleu 10 Ca, Cu, Fe, Si, Cr,
Mn, Zn
H. Triada 11 Si, Ca, Cu, Mg, ES, Κ Bleu égyptien
et glaucophane
3 Si, Na. Ca, Fe, Κ Verre 0 (amorphe)
Cnossos 5 Quartz, calcite Ca, Si, Al, K, Es, Ti, Na Terre verte (céladonite ?)
Vert 6 Quartz, calcite Terre verte ?) Ca, SI, Al, K, ES. Ti,
Mg, Na
La Canée 16 Terre verte (céladonite?) Quartz, SI, Al, K, Ti, ES. Mg
glauconite et
montmorillonite
17 Terre verte (céladonite ?) Quartz, Ca, SI, Al, K, Es, Mg
glauconite et
montmorillonite
Jaune Cnossos Quartz + SI, Al, Fe, C_â, M, Ti Ocre jaune
fluorescence
La Canée 13 Quartz Si, Al, Fe, £â, &, Mg, Ocre jaune
+ fluorescence Ti, Na
BCH 123 (1999) LA PEINTURE MURALE MINOENNE
Quartz + 3 Ni Ocre Si, Al, Fe, £a,
fluorescence
Cnossos 6 Calcite, quartz Ocre Ca, Si, Al, Fe, K,
+ fluorescence Ti, Mg
- Rouge 9 Fe, As, Si, £â, Ti, Mg Hématite et réalgar?
10 calcite Ocre Quartz, Si, Al, Fe, Ca, K,
+ fluorescence Ti, Mg
La Canée 14 Calcite, quartz Ocre Ca, Si, Fe, Al, &,
+ fluorescence Mg, Ti, Na
15 Quartz, calcite Ocre Si, Al, Ca, Fe, ϋ,
+ fluorescence Mé, Ti, Na
Beige Cnossos 7 Ocre (jaune ?) Quartz, Fe, Ca, Si, Al, &,
et hornblende hornblende, Ti, Mg
calcite +
fluorescence
- Orange Cnossos 6 Ca, S, Si, Zn, Eê, A], Κ Ocre et blende
La Canée 16 Mélange d'ocrés rouge Ca, Si, ΔΙ, Eê, H,
et jaune et de calcite Ti, Mg
(chaux?)
Tableau 2. Résultats des analyses en diffractométrie des rayons X (D-X) et par fluorescence X en dispersion d'énergie (F-X)
effectuées sur les couches picturales des enduits minoens provenant d'Amnissos, Cnossos, Haghia Triada, La Canée
et Malia. L'analyse en D-X n'a pu être systématiquement réalisée, la quantité de matière requise étant parfois insuffisante.
Les éléments détectés en F-X sont classés par ordre décroissant de teneurs : les éléments majeurs sont en gras,
les mineurs sont soulignés et les autres ne sont présents qu'à l'état de traces.
Pour des raisons qu'il n'y a pas lieu de développer ici, les atomes de numéro atomique inférieur
à Ζ = 1 1 (Na, le sodium) ne peuvent pas être détectés à l'aide de cet équipement ; c'est notamment
le cas du lithium (Li, Ζ = 3), du carbone (C, Ζ = 6) ou de l'oxygène (Ο, Ζ = 8). En revanche, sont
détectés sans difficulté le magnésium (Mg, Ζ = 12), l'aluminium (Al, Ζ = 13), le silicium (Si, Ζ = 14),
le soufre (S, Ζ = 16), le potassium (Κ, Ζ = 19), le calcium (Ca, Ζ = 20), le titane (Ti, Ζ = 22), le
chrome (Cr, Ζ = 24), le manganèse (Μη, Ζ = 25), le fer (Fe, Ζ = 26), le nickel (Ni, Ζ = 28), le cuivre
(Cu, Ζ = 29), le zinc (Zn, Ζ = 29), l'arsenic (As, Ζ = 33), le zirconium (Zr, Ζ = 40) et l'étain (Sn,
Ζ = 50).
Ainsi qu'il a déjà été précisé, le diffractomètre utilisé pour ces analyses était muni d'une source
(anticathode) au cuivre qui produit un rayonnement X dont l'énergie maximale (8,05 kEv) est à
même d'occasionner une ionisation des électrons du fer (7,1 1 kEv). Cela se traduit par une absorp
tion du rayonnement diffracté, ainsi que par un phénomène de fluorescence qui provoque un import
ant bruit de fond. Celui-ci masque les signaux diffractés les plus faibles et entraîne la disparition
des pics de diffraction. De fait — uniquement dans le cas d'une anticathode au cuivre — , même si
la présence d'un oxyde de fer quelconque n'est pas attestée par les pics de diffraction, ce bruit de
fond atteste la présence d'une matière colorante à base de fer10.
10 Afin de s'affranchir de tels problèmes, il est recommandé fer. En effet, les énergies des rayonnements X ainsi produits
— en fonction de l'équipement disponible — d'utiliser une sont insuffisantes pour ioniser les électrons profonds du fer.
anticathode de fer (E = 6,40 kEv) ou de cobalt (E = 6,92 kEv) Le phénomène de fluorescence ne peut dès lors avoir lieu.
lorsque l'on soupçonne la présence de composés à base de
BCH123 (1999) ALAIN DANDRAU
L'absence de raies caractéristiques d'oxydes de fer peut également s'expliquer par la trop faible
quantité de ces matériaux (seuil de détection de l'appareil: 2 à 3 %). De la même façon, l'omni
présence de la calcite (Ca) peut masquer les signaux diffractés de l'ensemble des autres minéraux exis
tants, en particulier des oxydes de fer.
En plus de l'observation à la loupe binoculaire et au microscope polarisant, des mesures de la
couleur (chromamétrie) ont été systématiquement effectuées sur la surface peinte des enduits à l'aide
d'un chromamètre portable Minolta CR 121. Ces mesures (fig. 5) permettent de repérer les cou
leurs au sein d'un espace colorimétrique « dans lequel l'ensemble des couleurs imaginables peut être
représenté par un ensemble de points de telle manière que la proximité de deux points traduise une
réelle parenté de couleurs »n. Parmi tous les systèmes existants, l'espace colorimétrique (coordonnées
trichromatiques Y, x, y) mis au point en 1931 par la Commission Internationale de l'Éclairage a été
choisi ; système de physicien, il présente en effet de nombreux avantages sur les autres qu'il est inutile
de développer ici12.
Études technique et archéohgique
Les matières colorantes blanches (6 échantillons)
Le calcium et h cakite™
À l'instar du noir, le blanc n'est pas une couleur à proprement parler. Quelle que soit sa
nature exacte, ce blanc est dans tous les cas, du moins en ce qui concerne les fragments étudiés,
constitué en tout ou partie de calcite (Ca CO3). Appartenant à la grande famille des carbonates,
ce minéral a pour principale origine les calcaires et les craies. En l'absence de tels matériaux, le
broyage de coquillages peut représenter une solution appréciable, quoique peu intéressante du
point de vue de la rentabilité14. À l'analyse, il est pratiquement impossible de différencier avec
certitude ces trois sources d'approvisionnement15, surtout si le matériau de base a subi un chauff
age l'ayant transformé en chaux. Celle-ci, résultant de la calcination de pierres justement dites
«à chaux»16, contient d'autres éléments que le calcium (Ca), tels que le silicium (Si), l'alumi-
11 F. Delamare, «Vision et mesure de la couleur», in PACT 16 La calcination des calcaires (Ca C03), à des températures
17, p. 206. de l'ordre de 800 °C, occasionne la formation d'un produit
12 Ibid, p. 209-214. appelé chaux vive (Ca 0) ; cette transformation s'accompagne
13 R. J. Gettens, E. West Rtzhugh, R. L. Feller, «Calcium d'un dégagement de gaz carbonique (C02). Afin de rendre
Carbonate Whites», in Artists' pigments II, p. 203-226; PMI, cette chaux vive propre à l'usage, il faut l'éteindre, c'est-à-
p. 36 n. 3 et p. 533-534 ; Knossos I, p. 209 ; Knossos II, dire l'hydrater: on obtient alors la chaux éteinte [Ca 0 + H20
p. 705; Knossos III, p. 35-36; Knossos IV, p. 146; Triada, = Ca (0H)2]. Avec le temps et au contact de l'air, la chaux
p. 196; Théra IV, p. 601-602. éteinte se transforme en calcite (Ca C03) au cours d'un pro-
14 Karnak, p. 90-92. cessus appelé carbonatation. Il est alors pratiquement impos-
15 Cependant, la présence, au microscope polarisant, de sible de remonter à la nature exacte du matériau initial, ni
micro-organismes fossiles (protozoaires planctoniques d'ori- même de savoir si le produit final, qui n'est rien d'autre que
gine animale comme les foraminifères, ou végétale comme de la calcite, a réellement été transformé en chaux à un
les coccolithes) caractérise, sans aucune ambiguïté possible, moment donné !...
une craie d'origine lacustre ou marine selon les cas.
BCH 123 (1999)

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