Technologie du débitage laminaire au Paléolithique moyen en Europe septentrionale : état de la question - article ; n°4 ; vol.92, pg 425-442

De
Bulletin de la Société préhistorique française - Année 1995 - Volume 92 - Numéro 4 - Pages 425-442
RÉSUMÉ En Europe septentrionale, dès la fin du Pleistocene moyen (étages isotopiques 8 à 6), une nette tendance au débitage laminaire existe au sein de plusieurs industries lithiques. Cette tendance s'exprime par un débitage direct non-Levallois (Coquel- les, Crayford, etc.) ou par un débitage Levallois (Étaples, Biache-Saint- Vaast, etc.), rarement par un débitage de style paléolithique supérieur (Rissori). Ce dernier connaît un réel développement au début du Dernier Glaciaire (étages isotopiques 5 et 4) dans le Nord de la France (Seclin, etc.), en Belgique (Rocourt) et en Allemagne (Rheindahlen, etc.). Certaines industries à débitage Levallois laminaire (Abri du Maras, Ardèche, France) montrent que le débitage de style paléolithique supérieur ne supplante pas les autres types de débitage. L'étude de la technologie laminaire au Paléolithique moyen, en Europe Septentrionale démontre en fait que l'évolution technologique est constituée d'une succession de phases de ruptures et de continuité. La diversité de ses expressions technologiques confirme l'absence de signification chronologique du débitage laminaire.
ABSTRACT Since the end of the Middle Pleistocene (isotopic stages 8 to 6), a clear trend towards laminar production exists in some lithic industries, in northern Europe. This trend expresses itself through non-Levallois direct débitage (Coquettes, Crayford, etc.) or through Levallois débitage (Etaples, Biache-Saint-Vaast) and seldom through an Upper Palaeolithic style débitage (Rissori). The latter really developed in the early stage of the last Glacial Period (isotopic stages 5 and 4) in northern France (Seclin, etc.), in Belgium (Rocourt) and in Germany (Rheindahlen, etc.). Some laminar Levallois industries (Abri du Maras) proved that the Upper Palaeolithic style of débitage does not supplant the other kinds of débitage. The study of laminar technology during the Middle Palaeolithic in northern Europe shows that the technological evolution is made up of a succession of periods of rupture and continuity. The diversity of its technological expressions demonstrates the absence of any chronological meaning of laminar débitage.
18 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Publié le : dimanche 1 janvier 1995
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Stéphane Révillion
Technologie du débitage laminaire au Paléolithique moyen en
Europe septentrionale : état de la question
In: Bulletin de la Société préhistorique française. 1995, tome 92, N. 4. pp. 425-442.
Résumé
RÉSUMÉ En Europe septentrionale, dès la fin du Pleistocene moyen (étages isotopiques 8 à 6), une nette tendance au débitage
laminaire existe au sein de plusieurs industries lithiques. Cette tendance s'exprime par un débitage direct non-Levallois (Coquel-
les, Crayford, etc.) ou par un débitage Levallois (Étaples, Biache-Saint- Vaast, etc.), rarement par un débitage de "style"
paléolithique supérieur (Rissori). Ce dernier connaît un réel développement au début du Dernier Glaciaire (étages isotopiques 5
et 4) dans le Nord de la France (Seclin, etc.), en Belgique (Rocourt) et en Allemagne (Rheindahlen, etc.). Certaines industries à
débitage Levallois laminaire (Abri du Maras, Ardèche, France) montrent que le débitage de "style" paléolithique supérieur ne
supplante pas les autres types de débitage. L'étude de la technologie laminaire au Paléolithique moyen, en Europe
Septentrionale démontre en fait que "l'évolution" technologique est constituée d'une succession de phases de ruptures et de
continuité. La diversité de ses expressions technologiques confirme l'absence de signification chronologique du débitage
laminaire.
Abstract
ABSTRACT Since the end of the Middle Pleistocene (isotopic stages 8 to 6), a clear trend towards laminar production exists in
some lithic industries, in northern Europe. This trend expresses itself through non-Levallois direct débitage (Coquettes, Crayford,
etc.) or through Levallois débitage (Etaples, Biache-Saint-Vaast) and seldom through an Upper Palaeolithic style débitage
(Rissori). The latter really developed in the early stage of the last Glacial Period (isotopic stages 5 and 4) in northern France
(Seclin, etc.), in Belgium (Rocourt) and in Germany (Rheindahlen, etc.). Some laminar Levallois industries (Abri du Maras)
proved that the Upper Palaeolithic "style" of débitage does not supplant the other kinds of débitage. The study of laminar
technology during the Middle in northern Europe shows that the technological "evolution" is made up of a succession
of periods of rupture and continuity. The diversity of its technological expressions demonstrates the absence of any chronological
meaning of laminar "débitage".
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Révillion Stéphane. Technologie du débitage laminaire au Paléolithique moyen en Europe septentrionale : état de la question.
In: Bulletin de la Société préhistorique française. 1995, tome 92, N. 4. pp. 425-442.
doi : 10.3406/bspf.1995.10058
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/bspf_0249-7638_1995_num_92_4_10058de la SOCIÉTÉ PRÉHISTORIQUE FRANÇAISE 1995 /TOME 92, n° 4 425 Bulletin
TECHNOLOGIE DU DEBITAGE LAMINAIRE
AU PALÉOLITHIQUE MOYEN EN EUROPE
SEPTENTRIONALE : ÉTAT DE LA QUESTION
Stéphane RÉVILLION
cente du Paléolithique moyen (S. Ré- RÉSUMÉ of laminar technology during the
Middle Palaeolithic in northern Europe villion, 1993 ; S. Révillion et A. TufEn Europe septentrionale, dès la shows that the technological "evolu freau, dir., 1994). fin du Pleistocene moyen (étages is tion" is made up of a succession of Au Paléolithique moyen, en Europe otopiques 8 à 6), une nette tendance periods of rupture and continuity. The au débitage laminaire existe au sein septentrionale, cette tendance au dédiversity of its technological expresde plusieurs industries lithiques. bitage laminaire revêt différents assions demonstrates the absence of Cette tendance s'exprime par un dé pects technologiques qu'il a paru intany chronological meaning of laminar bitage direct non-Levallois (Coquel- éressant d'appréhender sous la forme "débitage". d'un état des connaissances. Aborder les, Crayford, etc.) ou par un débitage
Levallois (Étaples, Biache-Saint- cette question revient à considérer
■ INTRODUCTION Vaast, etc.), rarement par un débitage des informations parfois très fragment
de "style" paléolithique supérieur aires ou très différentes, obtenues à Plusieurs découvertes, réalisées (Rissori). Ce dernier connaît un réel partir de sources également diversidès le XIXe siècle, ont créé "l'événe
développement au début du Dernier fiées. Il ne s'agit pas ici de faire le rment", en présentant des séries à Glaciaire (étages isotopiques 5 et 4) ecensement exhaustif de tous les gisdominante nettement laminaire, attrdans le Nord de la France (Seclin, ements d'Europe septentrionale ayant ibuées au Paléolithique inférieur ou etc.), en Belgique (Rocourt) et en A livré des lames. Nous avons choisi un moyen. Les lames mises au jour par llemagne (Rheindahlen, etc.). Cert classement non limitatif, réalisé en F.C.J. Spurrel en Angleterre, dans le aines industries à débitage Levallois fonction de la possibilité de reconnKent, sur le site de Stoneham's Pit à aître la nature des différentes technollaminaire (Abri du Maras, Ardèche, Crayford (F.C.J. Spurrel, 1880 a et b, ogies laminaires. Celles-ci sont illu"style" France) paléolithique montrent que le supérieur débitage ne de 1884) et un peu plus tard, celles du strées de manière concrète par célèbre "Moustérien Chaud" que supplante pas les autres types de dé l'exemple d'industries qui permettent V. Commont découvrit, en France, bitage. L'étude de la technologie l d'en vérifier la réalité archéologique. dans le département de la Somme, La "classification" proposée ne posaminaire au Paléolithique moyen, en sur le site de la carrière Boutmy-Mu- Europe Septentrionale démontre en sède donc aucune dimension dogmatchembled à Montières (V. Commont fait que "l'évolution" technologique ique, car il est de plus en plus difficile 1909 a et b, 1912), ne manquèrent est constituée d'une succession de d'adopter une position de ce type face pas d'étonner la communauté scienphases de ruptures et de continuité. à un phénomène dont la complexité tifique et parfois les inventeurs eux- La diversité de ses expressions tech sera certainement enrichie par l'apport mêmes (A. Tuffreau, 1987). La prénologiques confirme l'absence de s des recherches futures. Elle est élabosence de tels artefacts, en nombre ignification chronologique du débitage rée suivant la technicité des différents significatif, dans des contextes chro- laminaire. modes de production laminaire et n'a nostratigraphiques antérieurs à ceux pas vocation à déterminer une chrodes industries du Paléolithique supér nologie de type "évolutionniste". Nous ieur n'était jusqu'alors pas "conceABSTRACT considérons, à la suite de A. Tuffreau vable". Depuis la fin des années (1979), que le Paléolithique moyen est Since the end of the Middle Plei 1950, les découvertes de lames dans conventionnellement divisé en une stocene (isotopic stages 8 to 6), a clear de tels contextes stratigraphiques se phase ancienne (stades isotopiques trend towards laminar production sont multipliées, tant en Europe 8 à 6) et une phase récente (stades exists in some lithic industries, (G. Bosinski, 1966 ; A. Tuffreau, isotopiques 5 et 4). in northern Europe. This trend ex 1983 ; D. Cahen, 1984 ; J. Cook,
presses itself through non-Levallois 1986 ; M. Otte ef al., 1990 ; A. Adam,
direct débitage (Coquettes, Crayford, 1991) et dans les états de l'ancienne ■ LA PHASE ANCIENNE etc.) or through Levallois débitage U.R.S.S. (S.V. Smirnov, 1972 ; DU PALÉOLITHIQUE (Etaples, Biache-Saint-Vaast) and se V. Cabaj et V. Sitlivyj, 1994) qu'au MOYEN ldom through an Upper Palaeolithic Moyen-Orient (D. Garrod, 1956 ;
style débitage (Rissori). The latter F. Hours eř al., 1973 ; F. Hours, Au cours de cette période, en Eu
really developed in the early stage of 1982 ; A. Jelinek, 1981 ; L. Meignien, rope septentrionale, plusieurs indus
the last Glacial Period (isotopic stages 1990 et 1994) ou qu'en Afrique du tries présentent une nette compo
5 and 4) in northern France (Seclin, Sud (R. Singer et Wymer, 1982). Re sante laminaire. Cette réalité
etc.), in Belgium (Rocourt) and in Ger marquée au sein d'assemblages plus recouvre des expressions technolo
many (Rheindahlen, etc.). Some lami anciens, cette tendance au débitage giques très variées, dans leur concept,
nar Levallois industries (Abri du Maras) laminaire a surtout été observée mais également dans leur modalité
grâce à des industries mises au jour d'application qui se définissent, faute proved "style" of that débitage the Upper does not Palaeolithic supplant en Europe septentrionale et le plus d'autres dénominations, en fonction
the other kinds of débitage. The study souvent attribuables à la phase de leur appartenance ou non au Bulletin de la SOCIÉTÉ PRÉHISTORIQUE FRANÇAISE 1995 /TOME 92, n° 4 426
concept Levallois. Il est possible de tical sont produites en fonction de la longueur. Le débitage ne concerne
regrouper ces industries en trois en morphologie oblongue du nucleus. qu'une des faces du nodule. L'autre
sembles distincts. Le premier com Elles peuvent être obtenues à la face est corticale et ne présente pas
prend des séries où un débitage suite de l'extraction de la première de traces d'aménagement de plan
non-Levallois direct a pu être ob lame corticale assurant l'initialis de frappe.
servé. Le second est constitué par ation. De manière limitée, elles
Mise en forme et préparation des industries à débitage Levallois concourent à l'extension de la sur
laminaire. Le dernier groupe est face de débitage en assurant grâce La surface de débitage ne préformé par des assemblages où un au principe de récurrence la pours sente aucune trace de mise en forme débitage laminaire non-Levallois de uite de la production. Elles possè ou de préparation particulière. "style" paléolithique supérieur a pu dent une signification technologique
être mis en évidence. assez proche des lames débor Aménagement du plan de frappe dantes d'un débitage non-Levallois
de "style" paléolithique supérieur Le plan de frappe, localisé à l'une • Le débitage non-Levallois
(S. Révillion, 1993), mais ont une des extrémités du nodule, est amédirect
fonction plus réduite. nagé par une série d'enlèvements de
Le débitage laminaire non-Levall dimensions relativement import
ois direct peut être identifié en fonc Il est possible d'isoler plusieurs antes, orthogonaux au sens du dé
tion de plusieurs critères. Le premier schémas opératoires laminaires non- bitage des lames (fig. 2, nos 1-3).
est fourni par l'examen du nucleus Levallois directs en fonction de leur
lui-même. Celui-ci présente gé modalité d'application. Les nucleus Initialisation du débitage laminaire
néralement une surface de débitage peuvent être gérés à partir d'un plan
L'initialisation du débitage lamiqui peut être, dans certains cas, une de frappe unique. Le débitage unipol
naire est effectué grâce à la producttable laminaire, plus ou moins éten aire peut être convergent ou parall ion d'une première lame corticale, due aux faces latérales du nucleus. èle. On reconnaît aussi un débitage
favorisée par les convexités natuElle ne porte pas de traces d'aména non-Levallois direct bipolaire révélant relles du rognon. Certains nucleus gement de convexité. Les enlève une production menée à partir de ayant subi une réduction de faible ments prédéterminants, caractéris plans de frappe le plus souvent op
intensité illustrent cette technique. Ils tiques d'une surface Levallois sont posés. montrent que les premières lames absents. Si le débitage est conçu en
sont corticales et que la surface mise fonction de l'exploitation d'une sur • le debitage non-l.evallois direct
en œuvre n'a fait l'objet d'aucune face, les convexités de celle-ci ne unipolaire parallèle / l'exemple de préparation (fig. 2, n° 2). sont ni aménagées, ni entretenues l'industrie lithique de coquelles
lors de la mise en œuvre. La mor (Pas-de-Calais, France) Production laminaire phologie des négatifs d'enlèvements
Les séries lithiques, collectées par laminaires, démontre que la product Les lames sont débitées à partir
A. Lefèbvre (1961, 1969, 1976) sur le ion est conduite en fonction du prin de l'unique plan de frappe. On ne massif de "la Petite Rouge Cambre" cipe de récurrence inhérent au débi note pas de traces de la préparation
à Coquelles (département du Pas- tage successif de lames (S. Révillion, des talons, le plus souvent lisses ou
de-Calais), sont issues d'un cordon 1993). Lorsque l'extraction laminaire parfois dièdres sur les lames de
est réduite à quelques lames, celles- littoral pleistocene qui doit vraisem cette série. La production laminaire
blablement être mis en rapport avec ci peuvent porter sur la face supér est favorisée par la morphologie
le niveau marin d'âge holsténien ieure de larges plages corticales, ou oblongue et arrondie de la surface
(J. Sommé, 1975). Il n'est pas exclu être complètement recouvertes de du galet, mais également par l'appl
que les matériaux de cet ancien corcortex. Ce caractère démontre que ication du principe de récurrence
don littoral aient été remaniés à une les convexités naturelles du bloc de inhérent au débitage successif de
époque plus récente (A. Tuffreau, matière première ont été mises à lames. Celui-ci assure dans ce cas,
1983 et 1987). Parmi les assembprofit pour l'obtention de produits a l'aménagement des convexités et la
lages recueillis, A. Lefèbvre a indivllongés. Ces lames corticales servent formation de nervures guidant la
idualisé une série particulière appelée à l'initialisation du débitage qui est fracturation.
"groupe Bêta" (A. Lefèbvre, 1976). poursuivie en fonction des potentiali
Elle est constituée par une cinquanttés de la matière première. Le nu Gestion de la surface de débitage
aine de pièces : des lames épaisses, cleus ne subit aucune préparation ni On note une certaine intensité de quelques outils sur éclats, pour la mise en forme particulière. C'est débitage. Les nucleus présentent en plupart des racloirs, des nucleus lpour cette raison que nous recon effet une section aplatie. Celle-ci déaminaires et de quelques à naissons ce type de débitage sous le montre que le tailleur abandonne son éclats. terme de "débitage non-Levallois di bloc de matière première lorsque les rect". La lecture diacritique des lames et convexités de la surface de débitage
Aussi simple que puisse paraître des nucleus à lames (fig. 1 et 2) per ne lui permettent plus d'obtenir des
ce système productif, il est parfois lames. La surface de débitage de met de proposer la restitution d'un
schéma opératoire laminaire non- appliqué avec un certain succès. certaines de ces pièces porte des
Mais dans la majorité des cas obser Levallois direct, à débitage parallèle. négatifs d'enlèvements réfléchis qui
vés, la production est limitée, le peuvent expliquer leur abandon Les nucleus présentent une morphol
n° 1). Le tailleur n'envisage tailleur semblant dans l'incapacité ogie proche de celle des galets mis (fig. 2,
pas le réaménagement de la surface de poursuivre le débitage. Lors en œuvre. Ce sont des blocs de
d'une production plus conséquente, forme oblongue, assez massifs. Ils et rejette un potentiel de matière pre
certaines lames à bord ou à dos ont été débités dans le sens de la mière important. :
:
Bulletin de la SOCIÉTÉ PRÉHISTORIQUE FRANÇAISE 1995 / TOME 92, n° 4 427
trie intéressante, attribuée, par sa po
sition stratigraphique, à la phase an
cienne du Paléolithique moyen (F.C.J.
Spurrell 1880 a, 1880 b, 1884 ; R.H.
Chandler, 1916 ; A. S. Kennard,
1944 ; D.A. Roe, 1981 ; J. Cook,
1986). L'ensemble des artefacts re
cueillis sur ce site est malheureuse
ment dispersé à travers de nom
breuses collections anglaises.
L'assemblage conservé au British
Museum est constitué d'environ
500 éclats et lames et de 10 nucleus.
L'outillage retouché n'est pas repré
senté. Les nucleus à lames, à l'état
final d'exhaustion, sont rares. Les r
emontages réalisés par F.C.J. Spurrell
constituent 25 ensembles plus ou
moins complets. Ils concernent sur
tout le débitage des éclats. Les lames
présentent des nervures et des bords
convergents et ne sont des lames
qu'au sens morphométrique du
terme, car leur aspect est plus
proche de celui de pointes allongées.
Des lames ont pu être obtenues
grâce à des schémas opératoires non
laminaires non-Levallois, par débi
tage unipolaire convergent. Il s'agit ici
d'une production presque accident
elle en tout cas certainement non
contrôlée. Plusieurs nucleus conser
vés en dehors des collections du Bri
tish Museum (D.A. Roe, 1981 ;
J. Cook, 1986) pourraient indiquer
que certains types de schémas opér
atoires laminaires non-Levallois ont
Fig. 1 - Coquelles, la "Petite Rouge Cambre" (Pas-de-Calais, France), industrie
lithique. 1-16 Lames.
Concept et économie du débitage très hétérogène, directement dépen
laminaire dante des potentialités de la matière
première, sur laquelle le tailleur Ce débitage n'obéit pas au n'exerce aucun véritable contrôle. concept Levallois. Il est initialise par Les lames épaisses et peu standardiune première lame corticale. La pro sées portent souvent de larges duction laminaire est conduite selon plages corticales (fig. 1, nos 1-15). La le principe de récurrence inhérent au production aléatoire révèle un niveau débitage successif de lames. Les de technicité réduit. convexités ne font l'objet d'aucun
aménagement ni entretien avant et
• le débitage non-l.evallois direct pendant le débitage. Si la conception
convergent .' l'industrie lithique de volumétrique du nucleus rappelle,
par l'exploitation d'une surface, le Crayford (Kent, Angleterre)
concept Levallois, l'absence de
phases de gestion et d'entretien des L'exploitation d'une briqueterie en
convexités de cette surface l'en di bordure de la Tamise sur le site de Fig. 2 - Coquelles, la "Petite Rouge fférencie totalement. Ce type de Stoneham's Pit à Crayford (Kent, An Cambre" (Pas-de-Calais, France), ischéma opératoire exprime une éco gleterre) a permis dès la fin du ndustrie lithique. 1-3 Nucleus non-Lev
XIXe siècle la découverte d'une nomie assez faible. La production est allois à lames. :
:
:
:
Bulletin de la SOCIÉTÉ PRÉHISTORIQUE FRANÇAISE 1995 /TOME 92, n° 4 428
quelques talons facettés. Le plan de
frappe est installé grâce à plusieurs
enlèvements réalisés perpendiculai
rement au sens du débitage.
Initialisation du débitage laminaire
Illustration non autorisée à la diffusion
Illustration non autorisée à la diffusion Le remontage baptisé "Tristan"
par J. Cook (fig. 4 et 5) indique que
l'initialisation du débitage est réalisée
grâce à la production d'une lame
corticale favorisée par la morpholog
ie du bloc. La mise à profit de cette
caractéristique permet d'étendre la
production à une des faces du bloc.
квмш Fig. 5 - Stoneham's Pit, Crayford (Kent, .'P,T , ИНН Production laminaire Angleterre), industrie lithique. Remont
ages de lames, ensemble "Tristan", Fig. 3 - Stoneham's Pit, Crayford (Kent, La production unipolaire est vue du dessus. (Cliché Service PhotoAngleterre), industrie lithique. Remon conduite selon le principe de récur graphique du British Museum). tages de lames, ensemble "Hagen", rence laminaire inhérent au débitage vue de face. (Cliché : Service Photogra
successif de lames. L'extraction est phique du British Museum).
favorisée par la morphologie particul morphologie du nucleus. Elle indique
ière du bloc. Les lames sont débi que le tailleur semble dans l'incapa
tées de manière convergente, afin de cité de dominer les contraintes de la été adoptés à Crayford, comme ceux profiter au mieux des convexités de matière première. correspondant à un débitage semi- la surface mise en œuvre. tournant bipolaire. Par contre, plu
• le débitage non-levallois direct sieurs remontages permettent de Gestion de la surface de débitage proposer la restitution partielle du bipolaire : l'industrie lithique de
principal schéma opératoire laminaire Saint-Valéry-sur-Somme (Somme, La surface de débitage ne subit
illustré par les pièces conservées au aucun aménagement ni entretien France)
British Museum (fig. 3 à 5). particulier. Les directions con En 1977, lors de prospections, vergentes des enlèvements lami J. de Heinzelin et P. Haesaerts ont naires favorisées par la forme du noMise en forme et préparation découvert quelques artefacts à dule concourent à l'entretien des Saint-Valéry-sur-Somme, à l'embouLes nucleus ne font pas l'objet convexités de la surface de débitage chure de la basse vallée de la d'une mise en forme ou d'une prépar comme le démontre le remontage Somme, dans le talus d'une anation spécifique, bien au contraire. baptisé "Hagen" par J. Cook (fig. 3). cienne carrière ouverte dans la Leur morphologie est conservée
nappe du Bois Cassin à Croix- pour faciliter la production laminaire. Concept et économie du débitage l'Abbé, au lieu-dit "Moulin de la laminaire veuve Rignon" (J. de Heinzelin et Aménagement du plan de frappe P. Haesaerts, 1983 ; A. Tuffreau, Le concept régissant ce type de
Le plan de frappe est aménagé à schéma opératoire est non-Levallois. 1987). Une fouille de contrôle a per
l'une des extrémités du bloc. Les ta mis de recueillir une industrie lithique La surface exploitée n'est ni aménag
lons de certaines lames et enlève attribuée à la première moitié de ée, ni entretenue par le débitage
ments laminaires remontés (fig. 5) l'avant-dernière glaciation (Saalien) d'enlèvements prédéterminants as
sont le plus souvent lisses ou diè qui serait antérieure à l'interstade de surant ce rôle dans le cas d'une pro
dres. On remarque la présence de Bantéga (J. de Heinzelin et P. Haesduction Levallois. Le débitage est d
aerts, 1983). Elle comprend 133 arirect puisque l'initialisation est
réalisée grâce à la production d'une tefacts, dont 81 éclats et 39 lames.
Aucun nucleus n'a été mis au jour. lame corticale. Ce schéma n'exprime
Les outils sont en nombre insignifiant pas une économie importante. La
une encoche sur lame et une extréproduction est assez hétérogène,
mité de pointe Levallois. Les infopuisqu'il n'est pas rare que des
éclats ou des enlèvements laminaires rmations concernant le débitage lami
Illustration non autorisée à la diffusion naire sont essentiellement fournies soient produits. La production rés
par deux remontages. Le premier est iduelle est assez difficile à évaluer,
constitué par un fagot de lames dont tout comme l'est celle du potentiel
l'examen confirme la nature du prinde matière première rejetée. La tech
cipe productif. Le second concerne nicité de ce schéma est relativement
la phase d'initialisation du débitage élémentaire. Elle traduit un compor
tement opportuniste puisque le et la production d'une première série
de lames, le nucleus correspondant tailleur met à profit la morphologie
Fig. 4 - Stoneham's Pit, Crayford (Kent, étant absent. Ce dernier ensemble du bloc lors du débitage. L'exploitaAngleterre), industrie lithique. Remont permet d'appréhender les phases de tion est aléatoire car elle est condiages de lames, ensemble "Tristan", mise en forme, d'initialisation et de tionnée par la succession des enlvue latérale droite. (Cliché Service production (fig. 6). èvements obtenus en fonction de la Photographique du British Museum). Bulletin de la SOCIÉTÉ PRÉHISTORIQUE FRANÇAISE 1995 / TOME 92, n° 4 429
tuent une sorte "d'escalier". Le
tailleur est donc particulièrement
conscient du rôle et de la fonction
de cette corniche lors de la product
ion, principalement au moment de
la percussion.
Concept et économie du débitage
laminaire
Ce débitage peut être qualifié de Illustration non autorisée à la diffusion
"direct" car le nucleus ne subit au
cune préparation ni mise en forme
particulière. Le tailleur exploite la
morphologie du rognon mis en œuvre
puisque la production d'une première
lame corticale permet l'initialisation
du débitage sans aménagement. La
production récurrente laminaire est
donc non-Levallois. Le débitage est
semi-tournant, car la table laminaire
ne couvre qu'une partie du nucleus.
L'exploitation bipolaire est conçue en
fonction du volume de ce dernier et
non d'une surface. Elle évoque la Fig. 6 - Saint-Valéry-sur-Somme (Somme, France), industrie lithique (d'après J. de conception du débitage semi-tourHeinzelin P. Haesaerts, 1983). Remontage principal, vues latérales et de dos.
nant de "style" paléolithique supér
ieur, mais s'en différencie par le fait
que le nucleus n'est pas préparé en
Mise en forme et préparation du bloc par un débitage semi-tour fonction du volume. Le tailleur ex
du nucleus nant qui ne concerne qu'une partie ploite la morphologie du bloc, mais
du nucleus. Il est mené en séries a ne le transforme pas en ce sens. Ce Le remontage principal (fig. 6) dé lternativement, comme le confirment schéma économique témoigne d'une montre que le nucleus ne subit pas les remontages. La table laminaire technicité assez élevée, puisque la de mise en forme, ni de préparation est divisée en deux surfaces de production est contrôlée par l'adopparticulière. Il est possible de resti convexités et de directions oppos tion du principe de récurrence lamituer l'aspect général du bloc mis en ées. Les lames sont produites par naire associé à un débitage bipolaire. œuvre. Il s'agit d'un nodule oblong, récurrence grâce à des nervures La production résiduelle est faible, grossièrement cylindrique. Sa mor guides ou/et un ensemble de car des lames sont obtenues dès phologie est parfaitement adaptée à convexités mises en place par la l'initialisation. Elle est limitée à l'enla production laminaire. succession des enlèvements lami tretien des plans de frappe.
naires. Les phases de gestion et Aménagement des plans de frappe d'entretien de la table laminaire sont
• Le débitage Levallois Les deux plans de frappe sont assurées par la production de lames
aménagés aux extrémités opposées débordantes. Le fagot de Après les travaux de E. Boëda du rognon par des enlèvements cor montre, que l'extension de la table (1986, 1988 a, 1988 b, 1988 c, ticaux, assez épais, réalisés perpen laminaire est assurée par le débitage 1988 d et 1990), il est désormais diculairement au sens du débitage de lames d'obliquité plus importante. admis de reconnaître deux modalités laminaire (fig. 6). L'ensemble principal confirme cette de production Levallois : l'une li- observation puisque dès le début de néale, l'autre récurrente. Le débitage Initialisation du débitage laminaire la production, plusieurs lames corti laminaire Levallois peut donc être cales, d'obliquité comparable, sembUne première lame corticale est réalisé en fonction de l'une ou l'autre lent déborder sur les faces latérales débitée directement à partir de l'un de ces modalités. Ces schémas opérdu nucleus (fig. 6). des plans de frappe. Son extraction atoires ayant été étudiés et publiés
est favorisée par les convexités natu à plusieurs reprises (P. Van Peer, Entretien des plans de frappe relles du bloc mis en œuvre. Son né 1992 ; H. Dibble (éd.), 1993), nous
gatif inscrit à la surface de la future n'en présentons ici qu'un rappel synLors du débitage, le débitage de table laminaire deux nervures qui se thétique. plusieurs éclats à bord ou à dos ront utilisées pour le débitage des cortical permet de maintenir ou lames suivantes. d'augmenter l'inclinaison des plans • LE DÉBITAGE LEVALLOIS LINÉAL /
de frappe (fig. 6). Celle-ci est déter L'INDUSTRIE (COUCHE 7) DE LA Production laminaire minante de la valeur du dièdre ou TERRASSE DE BAGARRE À ÉTAPLES "corniche" constituée par l'intersecLes lames sont produites direct (Pas-de-Calais) ement à partir des plans de frappe. tion du plan de frappe et de la table
Les fouilles réalisées sur le littoral Les lames de première génération, le laminaire. C'est pour cette raison
du département du Pas-de-Calais, plus souvent corticales, sont obte qu'au sein des remontages, les ta
par A. Tuffreau (A. Tuffreau, 1987) à nues grâce aux convexités naturelles lons des lames rassemblées :
:
;
Bulletin de la SOCIÉTÉ PRÉHISTORIQUE FRANÇAISE 1 995 / TOME 92, n° 4 430
Étaples, au lieu-dit "Bagarre", ont Concept et économie du débitage Biache (A. Tuffreau, 1987), caractér
permis de recueillir dans les format laminaire isé par son faciès levalloisien, un im
portant outillage du groupe mousté- ions fluviatiles de la basse terrasse
Le concept de débitage est celui de la Canche plusieurs séries li- rien aux nombreux outils à bords
de l'exploitation d'une surface dont thiques d'âge antéweichselien. L'a convergents et la prédominance des
les convexités sont aménagées ssemblage lithique de la couche 7 est racloirs simples sur les autres caté
avant la production. Le nucleus rcaractérisé par son débitage Levai- gories de racloirs. Une étude mor
épond à ce critère car il est constitué lois et un outillage retouché surtout phométrique préliminaire réalisée sur
de deux surfaces, de convexités opdominé par les racloirs, les encoches un échantillon de 1978 artefacts pro
posées : l'une est réservée à l'exploiet les denticulés. E. Boëda (1986, venant de ce niveau démontre que
tation l'autre, majoritairement corti1988 c) a individualisé parmi quatre les lames y représentent un pourcen
cale, porte en périphérie les négatifs schémas opératoires Levallois de tage d'environ 28 % (J.-F. Piningre,
d'aménagement des plans de frappe modalité linéale un schéma opérat 1978 ; A. Tuffreau et J. Sommé, dir.,
destinés au débitage des éclats déoire à éclat Levallois allongé à extré 1988). L'étude technologique de
terminants. L'économie de ce type mité pointue qui constitue un cette industrie par E. Boëda (1986,
de schéma opératoire est très faible. exemple de production laminaire Le 1988 a, 1988 b, 1988 c, 1988 d,
Le simple fait de la production d'une vallois linéale (fig. 7). 1990) a permis de démontrer l'exi
seule lame est assez éloquent. La stence du débitage Levallois récurr
production résiduelle est importante. Aménagement de la surface Levallois ent, notamment en ce qui concerne
Le potentiel de matière première re la production laminaire. Les lames
Les convexités de la surface Le jetée l'est tout aussi. ont été obtenues grâce à un débi
vallois sont aménagées grâce à une tage unipolaire ou à un débitage bsérie d'enlèvements prédéterminants ipolaire (fig. 8). L'identification de ces • LE DÉBITAGE LEVALLOIS RÉCURRENT 1 de directions centripètes. schémas opératoires repose princL'INDUSTRIE LITHIQUE DU NIVEAU II A ipalement sur la lecture diacritique DU GISEMENT DE BiACHE-SaINT-VaAST Production laminaire des nucleus à lames et la reconnais(Pas-de-Calais, France) sance d'enlèvements Levallois caL'éclat laminaire, qui n'est une ractéristiques (E. Boëda, 1988 c, Les fouilles réalisées par A. Tuf- lame qu'au sens morphométrique du 1988 d). terme, est produit à partir d'un plan freau à Biache-Saint-Vaast (Pas-de-
de frappe préférentiel, situé à l'une Calais) ont permis d'étudier plusieurs
des extrémités du nucleus. Les séries lithiques provenant d'une int Préparation de la surface Levallois
convexités de la surface Levallois fa éressante séquence stratigraphique Dans le cas d'un débitage Levai- vorisent son extraction. La morphol dénommée "Complexe de Biache" et
lois unipolaire, mais également lors ogie du nucleus exerce une certaine attribuée au dernier cycle intergla
d'une exploitation bipolaire, les influence sur celle de la lame obte ciaire-glaciaire du Pleistocene moyen convexités de la surface Levallois nue, car lorsque les blocs sont de récent (Saalien) (A. Tuffreau et
sont aménagées grâce à une série forme quadrangulaire, la lame est J. Sommé, dir., 1988). L'industrie
d'enlèvements prédéterminants de quadrangulaire. Il en est de même lithique du niveau II A a été individual
direction sensiblement centripète. lors d'une production à partir de nu isée sous la dénomination de Mous-
cleus Levallois plus triangulaires. térien de type Ferrassie, de faciès
Production laminaire
Dans les deux types de product
ion, les lames sont obtenues grâce
aux convexités latérales et distales
de la surface Levallois, mais égale
ment grâce à l'application du prin
cipe de récurrence inhérent au débi
tage successif de lames. On
constate que les convexités de la
surface Levallois assument au début
de la production une fonction impor Illustration non autorisée à la diffusion tante, car l'exploitation est celle
d'une surface. Il faut donc veiller à
dégager une épaisseur suffisante
entre la surface de débitage et son
plan d'intersection avec la face infé
rieure du nucleus, afin de permettre
l'extraction en évitant le réfléchisse
ment. L'application du principe de
récurrence réduit de la même man
ière les possibilités d'accident de
taille. Il permet de guider la fractura-
tion des lames, grâce aux nervures
et aux convexités longitudinales que Fig. 7 - Étaples, lieu-dit : "Bagarre" (Pas-de-Calais, France), industie lithique de la le débitage des lames inscrit sur la couche 7. 1 : Schéma diacritique d'un nucleus Levallois de modalité linéale. 2 Nucleus
surface Levallois. de modalité linéale (d'après E. Boëda, 1986). Bulletin de la SOCIÉTÉ PRÉHISTORIQUE FRANÇAISE 1995 / TOME 92, n° 4 431
Levallois. L'adoption du principe de
récurrence laminaire permet un
contrôle effectif de la production.
Celle-ci est relativement standardi
sée, puisqu'il est possible de recon
naître plusieurs générations d'enl
èvements. Les lames présentent
souvent une morphologie assez hé
térogène en raison de la présence
sur leur face supérieure d'une partie
des négatifs des enlèvements prédé
terminant les convexités de la sur
face Levallois.
• Le débitage non-Levallois
de "style" paléolithique
supérieur
La reconnaissance du débitage
non-Levallois de "style" paléoli Illustration non autorisée à la diffusion
thique supérieur au sein d'assem
blages du Paléolithique moyen est
possible grâce à l'examen de
remontages, à la lecture diacritique
des nucleus et à la reconnaissance
de marqueurs technologiques
comme les lames à crête ou les ta
blettes d'avivage de plan de frappe
(S. Révillion, 1993).
• LE DÉBITAGE SEMI-TOURNANT .'
"RISSORI" L'INDUSTRIE LITHIQUE DU
(Hainaut, Belgique)
Situé en Belgique, à 5 km au
Nord de Mons, le gisement paléol
ithique moyen du "Rissori" à Mas-
nuy-Saint-Jean (Hainaut) a été dé
couvert en 1953. Depuis les années
1960, des fouilles ont été entreprises
sous la direction de A. Adam et
A. Tuffreau (A. Adam et A. Tuffreau,
1973 ; J.-L. Locht, 1986) et par la
Fig. 8 - Biache-Saint-Vaast (Pas-de-Calais, France), industrie lithique du niveau II Société de Recherche Préhistorique
A, schéma opératoire Levallois de modalité récurrente bipolaire et schéma opérat en Hainaut (A. Adam, 1991). Les roire Levallois de modalité récurrente unipolaire (d'après E. Boëda, 1988 d). echerches récentes ont permis la dé
couverte de plusieurs séries li-
thiques d'âge saalien, attribuées à
un Moustérien de faciès Levallois
Entretien de la surface Levallois Concept et économie du débitage (A. Adam, 1991). Parmi ces assem
blages, trois ensembles lithiques, Cette préoccupation conduit le Ces schémas opératoires sont dénommés série claire I, série brune tailleur à effectuer une nouvelle pré régis par un concept Levallois. Les II A et série brune III B, ont livré au paration de la surface Levallois, nucleus présentent une morphologie côté de nucleus à lames Levallois lorsque l'épaisseur entre la surface qui révèle l'exploitation d'une surface "classiques" (fig. 9, n° 3), des nuproductive et son plan d'intersection dont les convexités sont aménagées cleus non-Levallois à lames exploiavec la face inférieure du nucleus est et entretenues lors du débitage. Ils tés par un débitage semi-tournant trop réduite pour continuer la pro possèdent donc une surface d'ex n° 1). Parmi les lames, plu(fig. 9, duction. Il réaménage les plans de ploitation et une surface de prépara sieurs lames à crête ont été distifrappe destinés à la production des tion des plans de frappe de nguées (fig. 9, n° 2). enlèvements prédéterminants et ré convexité opposée qui délimitent un
duit ainsi les dimensions du nucleus. plan d'intersection conditionnant Le schéma opératoire laminaire de
"style" paléolithique supérieur du Les convexités de la nouvelle surface l'extraction laminaire. Ils présentent
Levallois étant correctement contrô une dimension économique appréc Rissori a été décrit par A. Adam
lées, la production laminaire peut iable. La production résiduelle est (1991) en fonction de la lecture tech
être reprise. Il en est ainsi jusqu'à nologique des nucleus et des lames limitée à l'entretien et à l'aménage
l'abandon de la pièce. ment des convexités de la surface et de la reconnaissance de certains :
:
:
:
:
Bulletin de la SOCIÉTÉ PRÉHISTORIQUE FRANÇAISE 1995 / TOME 92, n° 4 432
Gestion et entretien de la table
laminaire
L'extension de la table laminaire
peut être réalisée grâce au débitage
de lames "débordantes" ou dans
certains cas par le façonnage de
crête partielle en position latérale.
Concept et économie du débitage
laminaire
Le concept et l'économie de ce
schéma opératoire sont comparables
à ceux du débitage laminaire semi-
tournant reconnu à Saint-Germain-
des-Vaux/Port-Racine, Seclin et
Riencourt-lès-Bapaume (S. Révillion,
1993).
Illustration non autorisée à la diffusion
■ LA PHASE RÉCENTE
DU PALÉOLITHIQUE MOYEN
Certains des exemples de sché
mas opératoires laminaires, décrits
précédemment, sont présents au
sein de différentes industries de la
phase récente du Paléolithique
moyen et y coexistent avec d'autres
types de schémas opératoires
(S. Révillion, 1993).
• Le débitage non-Levallois
direct
• le débitage laminaire à partir
de nucleus sur éclat l
l'exemple des séries lithiques
de séclin (Nord, France)
Le débitage des lames à partir
d'éclats illustre un processus techFig. 9 - Le "Rissori" (Hainaut, Belgique), industrie lithique (d'après A. Adam, 1991). nologique reconnu et décrit pour la Nucleus à lames. 1 Série brune III A. 3 Série claire I. 4 Série brune III В. 2 Lame à phase récente du Paléolithique crête, série brune III A. (éch. 2/3).
moyen. Il est vraisemblable que son
expression la plus opportuniste
pourrait être pratiquée dès la phase
ancienne du Paléolithique moyen et marqueurs technologiques. Ce Aménagement des plans de frappe
peut-être même auparavant. Deux schéma apparaît au Rissori au n Les plans de frappe sont aménagés types de schémas opératoires lamiiveau de l'ensemble III B, dont la aux extrémités opposées du nodule naires sur éclat sont présents à Secposition stratigraphique indique une par des enlèvements de dimensions lin. Le premier est aussi le plus élpériode qui correspond approximat différentes, réalisés perpendiculaire émentaire car l'éclat sélectionné peut ivement au milieu du Saalien ment au sens du débitage laminaire. être un casson ou un gélifract qui ne (A. Adam, 1991). En dehors de ce
porte aucune trace de l'action hutype de schéma, les lames peuvent Initialisation du débitage laminaire maine avant le débitage. Le second être obtenues soit par débitage Le-
Le façonnage d'une crête, puis le (fig. 14, nos 10-18), plus élaboré, est vallois récurrent bipolaire ou unipol
débitage d'une lame à crête consti pratiqué sur un éclat de débitage aire ou par débitage direct, bipolaire.
tuent la phase d'initialisation du dé plus ou moins épais (S. Révillion, Le choix de ce dernier processus de
bitage laminaire. 1993). production pourrait être conditionné
par la morphologie du bloc de mat Production laminaire ière première sélectionnée. Dans le Schéma opératoire laminaire à
partir de casson cas où le rognon ne présente pas les La production est conduite selon
convexités naturelles nécessaires, le le principe de récurrence laminaire. Mise en forme et préparation tailleur adopte le schéma opératoire La table laminaire est divisée en
de "style" paléolithique supérieur L'éclat ne subit aucune mise en deux surfaces de convexités et de
(A. Adam, 1991). forme, ni préparation particulière. directions opposées. :
:
:
:
Bulletin de la SOCIÉTÉ PRÉHISTORIQUE FRANÇAISE 1995 /TOME 92, n° 4 433
Initialisation du débitage laminaire
La production des lames est pos
sible à partir d'une nervure, dégagée
par l'angle saillant d'un des bords de
l'éclat. Ce dièdre guide la fractura-
tion de la lame.
Production laminaire
Le principe de récurrence lami
naire est adopté lors d'une product
ion de plusieurs lames. Le débitage
est généralement unipolaire.
Gestion et entretien de la surface
de débitage
La surface de débitage n'est ni
gérée, ni entretenue lors de la pro
duction. Ses convexités naturelles
sont exploitées avec plus ou moins
de succès.
Schéma opératoire laminaire
à partir d'un éclat de débitage
Mise en forme et préparation
L'éclat ne subit aucune mise en
forme ni préparation particulière
avant le débitage.
Initialisation du débitage laminaire
L'initialisation du débitage lami
naire est possible à partir d'une ner
vure constituée par l'un des bords de Fig. 10 - Localisation des gisements de la phase ancienne du Paléolithique moyen. l'éclat. A Seclin, il s'agit de l'extr 1 Crayford. 2 Coquelles. 3 Étaples. 4 : Saint-Valéry-sur-Somme. 5 : Biache-Saint- émité distale de l'éclat, comme le Vaast. 6 Rissori.
confirme la direction des ondes de
fracturation visibles au dos de la
pièce. Concept et économie du débitage pratique de ces schémas semble oc
casionnelle. Les nucleus sur éclat n'y laminaire Production laminaire sont pas nombreux. Ces schémas sont régis par un Le processus de production lami concept non-Levallois. Les éclats utnaire est identique à celui décrit pour ilisés comme nucleus ne subissent • Le débitage Levallois le schéma opératoire laminaire à part aucune mise en forme particulière. ir de casson. Le débitage est cepen Le constitue Leur mise en œuvre n'est pas conçue dant bipolaire. en fonction de l'aménagement de souvent la composante majeure des
deux surfaces de convexités oppos industries de la phase récente du PaGestion et entretien de la surface léolithique moyen en Europe septentées. De plus, lors d'une production de débitage à partir d'un éclat de débjtage, les rionale et dans le Nord de la France
En fonction de l'épaisseur du nu en particulier (A. Tuffreau, 1987). Il processus de gestion de fa table l
cleus, la table laminaire couvre pr aminaire sont très différents de ceux est surtout réservé au débitage des
ogressivement la face supérieure de d'une surface Levallois. La nature de éclats. Plusieurs exemples illustrent
l'éclat. Le débitage peut être qualifié ces schémas présente/ un caractère cependant la production de lames
de semi-tournant. L'extension laté économique spécifique. La product Levallois à partir d'une modalité r
rale est assurée par le débitage des écurrente qui semble la plus fréion est cependant relativement ré
lames qui inscrit par récurrence une duite, notamment lors du débitage à quente. Nous choisissons l'exemple
d'un gisement situé dans la moitié nervure guide. Certaines des pièces partir de cassons. Dans ce cas, elle
de Seclin présentent une crête en est peu standardisée, car elle dépend Sud de la France car son attribution
position postéro-latérale. Celle-ci directement de fa morphologie de chronologique est particulièrement
permet de poursuivre le débitage en révélatrice de ce qu'il est convenu l'éclat mis en œuvre. Au contraire, la
d'appeler "l'évolution" de la technomodifiant la valeur de l'angle formé production à partir d'éclats de débi
par le bord vers lequel la table lami logie laminaire à la fin du Paléolitage est assez standardisée, grâce
naire n'est pas à l'origine étendue. au débitage bipolaire. A Seclin, la thique moyen (S. Révillion, 1993).

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