Les Gallicans

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Un aperçu de l'histoire des gallicans et du gallicanisme (un bref rapport de 17 pages).

Publié le : samedi 5 avril 2014
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David-Frantz Mémoire court Juin 2009 LES GALLICANS.  Non ! Depuis que le rayon céleste a gravé la croix sur le labarum, plus de guerres si ce n'est la guerre juste ! » Hyacinthe Loyson, juin 1869, gallican.  Quimportent des milliers de vies humaines si les âmes ne meurent pas ! » Louis Veuillot, juin 1969, ultramontain.
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 GALLICAN, E : Relatif à lEglise de France, partisan du gallicanisme. »  GALLICANISME : Doctrine ayant pour objet la défense des franchises de lEglise de France (gallicane) à légard du saint-siège. » Le Larousse, 2007. Pour réaliser cette petite étude, je me suis replongé dans lhistoire de France, tant il apparaît que le gallicanisme est au départ une théorie presque exclusivement politique. Il existe également un gallicanisme ecclésiologique, qui ne saurait être confondu avec la branche politique, sur lequel nous reviendrons en seconde partie de mémoire. Je me suis également appuyé sur ledictionnaire critique de théologie, puf, 2007, le site internetgallican.org,le livre de V. Martin,les origines du gallicanisme,Paris, 1939 ; louvrage de G. Digard,Philippe le bel et le saint-siège de 1285 à 1304,Paris, 1936 ainsi quelhistoire des religions, tome II**, folio essai, 2001, sous la direction dHenri-Charles Puech. Enfin, je me suis rendu aux offices gallicans de Bordeaux et me suis entretenu avec le Père Thierry Teyssot, Primat de lEglise Gallicane depuis 1987. I. Histoire. A. Origine politique du gallicanisme. LEglise Gallicane est le nom officiel de lEglise Catholique de France (de Gaule) depuis le début de lévangélisation jusquen 1870. On retrouve cette racine, de nos jours, dans le titre donné à larchevêque de Lyon, le Primat des Gaules» (Lyon étant lancienne capitale du pays). Ladjectif gallican désignait également la liturgie en vigueur jusquà la décision de Charlemagne (couronné en 800) dintroduire le chant romain dans ses états. Les Catholiques gaulois »ne se distinguaient en rien de leurs homologues européens jusquà ce que survienne une crise grave entre la papauté, sous le règne de Boniface VIII et le Royaume de France, gouverné par Philippe IV dit le bel», en 1303. La France, en pleine réorganisation du royaume, avec en perspective la centralisation du pays, se heurtait aux difficultés financières rencontrées par le saint-siège. Le droit de régale, cest-à-dire le droit que le roi de France avait sur les diocèses catholiques qui temporairement n'avaient pas d'évêques titulaires, fut à lorigine de la discorde, ainsi quun nouvel impôt levé sur le clergé,la décime. En 1296, le pape interdit par la bulleClericis Laicosle versement par le clergé des subsides au souverain, lequel déplaçait sans autorisation les ecclésiastiques qui lui déplaisaient et nommait les évêques sans lassentiment de Rome. Le pape se rétracta un an plus tard, Philippe IV ayant interdit la sortie dor des frontières, privant ainsi Rome de revenus substantiels ; mais la discorde demeurait. Au cœur du débat, lindépendance du royaume et des princes laïques sans limmixtion de la papauté dans leurs affaires. En 1301, suite à une autre affaire (larrestation de Bernard Saisset, évêque de Pamiers), une autre bulle,Ausculta fili, fut fulminée par le Pape. Cette bulle affirmait la supériorité du pape sur le roi.
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La riposte fut immédiate : le document fut brûlé en place publique, une réponse peu amène fut envoyée à Rome( Philippe, par la grâce de Dieu, roi de France, à Boniface, soi-disant pape, peu ou point de salut») et,surtout, Philippe le bel convoqua les assemblées des trois états (noblesse, clergé, tiers-état) pour faire approuver sa décision, en 1302 et 1303. Le succès fut au rendez-vous, jusquau clergé français qui approuva à une large majorité la décision de Philippe. Lopinion publique suivait alors le roi (il est à noter que les conflits ouverts avec le pape nétaient pas, au moyen âge, synonymes dimpiété). Boniface VIII aggrava la tension en fulminant une nouvelle bulle,Unam sanctam,en novembre 1302. Cette bulle professait la suprématie de lEglise sur les états, et donc lobligation faite à toute créature humaine de se soumettre au Pape, fut-elle roi de France.Unam sanctamcomme la première reste tentative papale dinstituer une théocratie occidentale. La suite est connue: Philippe le Bel envoya des hommes, dont Guillaume de Nogaret, afin de sassurer de la personne du Pape en son palais dAnagni, le 07 septembre 1303. La légende veut que Boniface VIII fut à cette occasion giflé par Guillaume de Nogaret (ou par Sciarra Colonna, son ennemi personnel). Dans le même temps, le roi lançait un appel à un concile général qui devait juger le pape pour hérésie, simonie et divers crimes. La mort de Boniface VIII, le 11 octobre de la même année, mit un terme à laffaire. Par la suite, des arrangements entre léphémère Pape Benoît XI et le Pape français Clément V (Bertrand de Got) furent conclus. Mais le geste de Philippe IV, cest-à-dire la convocation des états généraux pour entériner sa décision de sopposer frontalement à la papauté, institua une tradition bien française qui devait perdurer longtemps, et qui accompagnera lidée moderne détat nation tout au long de son élaboration. B. Développement et apogée. Le concile de Vienne (1311-1312), outre quil dissolvait lordre des templiers non par une procédure judiciaire mais en vertu de lautorité apostolique du Pape, mit en place un début de réorganisation de lEglise, ce qui appuya la théorie (naissante) de séparation du spirituel et du temporel. Il est vrai que Philippe le bel assista au concile accompagné de sa cour, et, incidemment, dune armée. La papauté sinstalla par la suite en Avignon, par crainte de linstabilité politique en Italie (le conflit entre guelfes et gibelins rendait léquilibre du pays précaire). Le roi de France, avec la papauté aux portes de son royaume, trouva loccasion dinfluer sur la politique de léglise pendant longtemps. La situation, renversée par rapport aux prétentions de la bulle Unam sanctam(80% des légats de léglise étaient alors français) dura jusquau retour de la papauté à Rome en 1378, ce qui entraîna (entre autres facteurs) le Grand Schisme dOccident (1378-1418); lequel vit deux papautés saffronter, lune à Avignon, lautre à Rome. Le Schisme prit fin dans une Europe affaiblie, en proie aux compagnies de routiers qui ravageaient les états. Le Pape fut reconnu comme tel lors du concile de Constance (1414-1417), concile qui proclama sa supériorité sur le pape (décretHaec sancta). Le principe de conciles à dates régulières, institué par le décretFrequens, assuralindépendance des synodes face au Pape.
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Le conciliarisme, doctrine servant de base à la réflexion gallicane, se trouvait adopté de facto. Le Pape était considéré comme leprimus inter paressur laquelle (conception les conciles Vatican I, 1869-1870 ; et Vatican II, 1962-1965, reviendront). Remarquons que cest à loccasion du concile de Constance que Jean Hus, venu présenter ses thèses et muni dun sauf-conduit (qui sera vite renié), fut condamné comme hérétique et brûlé vif. Mais le désordre du Grand Schisme dOccident avait déjà ouvert la porte à la Réforme. Le concile suivant, fixé par décret à Bâle pour lannée 1431, sétendit sur plusieurs années et eut lieu dans plusieurs cités (1431-1441 à Bâle, Ferrare, Florence et Rome). Il réaffirmait le principe de supériorité du concile sur le pape, entraînant querelles interminables et menaçant lOccident dun nouveau Schisme. Le roi de France Charles VII proposa alors une médiation, promulguée le 7 juillet 1438 sous le nom célèbre de  Pragmatique Sanction de Bourges ». La Pragmatique Sanction reprit la plupart des articles rédigés à Bâle, en les modulant. Elle entérina le principe de supériorité des conciles sur le pape, en particulier appliqué au clergé français. Elle rétablit lélection des évêques et des abbés, abrogea les nominations papales, fixa un âge minimum pour devenir cardinal et supprima les annates, un impôt jusque-là perçu (et levé) par le pape en personne. De surcroît, elle réservait aux universitaires un certain nombres de prébendes et renforçait, au détriment de la curie romaine, les pouvoirs juridictionnels des archevêques. La Pragmatique Sanction a, par la suite, été qualifiée de  constitution gallicane ».Pour asseoir sa politique de reconstruction nationale, Charles VII sappuyait alors sur cette idée, acceptée par une large partie du clergé français à lexception de la Bretagne.Cause de nombreux débats, la Pragmatique Sanction resta en vigueur (avec des modulations plus ou moins grandes dues à Louis XI) jusquà ce quintervienne un nouvel accord entre le Roide France François Ier et le Pape Léon X, lors du concordat de Bologne en 1516. La nomination des évêques ne procédait plus dun vote, mais devenait le fait du roi tout en étant soumise à la ratification du pape. Le concordat de Bologne adoucit le gallicanisme sans labolir. Le roi était de fait reconnu comme le véritable maître de lEglise de France. Le surgissement et le développement de la Réforme allaient changer les lignes de force en Europe, affermissant les bases de ce qui serait nommé au XIXe siècle lultramontanisme, et divisant les catholiques gallicans sur la conduite à tenir. C. Le surgissement de la Réforme : la radicalisation et lancien régime. Linfluence de John Wyclif (1320-1384) et celle de Jean Hus (environ 1370-1415) furent déterminantes dans ce quil est convenu de nommer la Réforme Protestante. Sous linfluence de Martin Luther (1483-1546) puis de Jean Calvin (1509-1564), un renouveau spirituel souffla sur lEurope. Nous ne traiterons pas de la Réforme ici mais dun de ses effets. La rupture de Luther avec le pape étant consommée, nombre de princes dEurope virent à travers ladoption de la réforme le moyen de se dégager de la tutelle politico-religieuse de Rome, ce qui explique en partie le succès des nouveaux écrits, parmi de multiples facteurs (langue vernaculaire pour les offices, lecture pour tous, affermissement de la morale face aux relâchements des mœurs des membres de lEglise, etc.)
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Les débuts de la réforme, concomitants à la signature de concordat de Bologne, nous incitent à penser que les princes dEurope avaient tout intérêt à imiter la France afin daffermir leur pouvoir, et adopter la Réforme pouvait faire partie de cet état desprit. Mais en France, leffet fut différent. Même si le conciliarisme doctrinaire était en perte dinfluence, il se vit rapidement remplacé par un antiromanisme dû à la lourdeur fiscale et à la complexité du système curial. Les gallicans, détachés de la tutelle politique papale, ne le reconnaissaient pas moins comme le chef de lEglise. La rupture protestante avec Rome, suivie du concile de Trente (1545-1563), qui réaffirma et précisa les dogmes généraux catholiques et assura la transition entre le conciliarisme finissant du moyen âge et la monarchie pontificale, divisa les Catholiques français en deux camps. Dune part, les ultramontains - dits  romains » à lépoque - soucieux dobéir sans sourciller aux injonctions de la contre-réforme et de lautre, les gallicans, aussi bien théologiens (qui en appelaient aux principes de léglise ancienne) que parlementaires (refusant la monarchie papale). Les déchirements furent nombreux, les gallicans ayant aussi leurs extrémistes, comme Edmond Richer (1559-1631) qui se démarquait de la conception démocratique » gallicane et en appelait au régalisme des évêques. Ses thèses furent refusées en 1612 au synode de Sens, ou il fut condamné. Les différents rois de France qui succédèrent à François Ier (dHenri II à Henri IV) composèrent entre les deux tendances, les manipulant parfois; sans perdre de vue la politique générale face aux protestants (persécutions dHenri II, libéralités dHenri IV). Sous Louis XIII, le gallicanisme servit dargument à Richelieu pour contrer la papauté, sous influence espagnole ; ce qui ne lempêcha pas de combattre férocement les protestants de France (siège de la Rochelle, 1628, révocation des clauses militaires de lédit de Nantes, 1629). Lélaboration, par le ministre cardinal, dune théorie de la monarchie absolue conforme aux intérêts de la France centralisée ( Qui a la force a souvent la raison, en matière dEtat»,Mémoires) ainsi que sa lutte acharnée contre les ultramontains dobédience espagnole renforcera,in fine, le gallicanisme français. Le règne de Louis XIV allait en donner la pleine mesure. Le règne du roi soleil vit se concrétiser lidée de monarchie absolue. Le gallicanisme politique eut donc toute sa faveur. Suite à un incident diplomatique en 1662, (lambassadeur du roi avait été insulté par la garde corse pontificale, et lun de ses serviteurs tué), la faculté de Paris rédigea six articles destinés à préciser »sa doctrine sur les points de controverse avec le Pape Alexandre VII. La séparation des puissances, lindépendance de la puissance royale, le devoir dobéissance, la reconnaissance des libertés gallicanes, la négation de la suprématie pontificale sur le concile et enfin la négation de linfaillibilité furent évoquées et discutées. La question de linfaillibilité papale, bien quà lépoque non érigée en dogme (il faudra attendre 1870), était lobjet de moult interrogations suite à lintervention du pape, à la demande du roi, pour traiter de la question janséniste. Vingt ans plus tard, une nouvelle crise entre Louis XIV et le pape Innocent XI, sur la question des droits de régale queLouis XIV avait étendus, malgré les décisions du concile de Lyon en 1274 qui prohibait toute extension territoriale de cette pratique, fut le point de départ du gallicanisme codifié, connu sous le nom des  quatre articles ».
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On le voit, le même problème opposait, à plusieurs siècles de distance, deux rois de France à la papauté. Remarquons que dans les deux cas, la France est au moment de la controverse la nation la plus puissante dEurope, et poursuit un vaste plan de centralisation du territoire. Louis XIV saisit cette occasion pour convoquer lassemblée du clergé en 1682 et, celui-ci, reprenant les six propositions de 1663, les condensa en quatre articles organiques dont la rédaction fut assurée par Bossuet. Cette fois, une codification existait, le gallicanisme nétait plus un faisceau de propositions factuelles et –ou-théoriques ;il existait un texte constituant auquel on pouvait se référer. Les quatre articles se déclinaient ainsi : 1. La puissance des autorités ecclésiastiques ne concerne que le spirituel. Dans les choses temporelles, rois et princes ne sont pas soumis à lautorité des princes de lEglise. Lautorité ecclésiastique ne peut dispenser les sujets du roi de lobéissance quils lui doivent. 2. Les décrets du concile de Constance conservent toute leur force. 3. La puissance apostolique se règle par les canons, mais les mœurs et coutumes de léglise gallicane doivent conserver toute leur force. 4. Le pape à lautorité en matière de foi, ses décrets sont valables dans toutes les églises ; mais ils peuvent être corrigés par lassemblée des églises (conciles, synodes). De plus, le Roi décida que les quatre articles avaient vocation à être enseignés dans tout le royaume. Un arrangement avec Innocent XII prévoyait que cela ne serait pas le cas, mais Louis XIV (éduqué par Mazarin…) ne tint pas parole et lenseignement des quatre articles resta obligatoire durant tout lancien régime. La controverse janséniste, et lintervention du pape à travers la bulleUnigenitum (1713), cristallisèrent lopposition entre deux gallicanismes, lun inspiré des thèses conciliaristes régaliennes de Richer et lautre, le gallicanisme classique »,cest-à-dire dans les faits soumis au Roi. Cette opposition perdurera durant tout lancien régime, jusquà trouver son apogée en 1790 lors de la constitution civile du clergé. Les richéristes se rangèrent du côté de la constitution civile, tandis que dautres gallicans, réfractaires, rejoignirent les rangs de la contestation. D. La fin du gallicanisme ? La restauration du catholicisme sous Napoléon (concordat de 1801, reconnaissant le catholicisme comme  religion de la majorité des français ») semble marquer le recul du gallicanisme, en particulier celui du conciliarisme richérien, qui sest aliéné depuis la révolution de 1789 une large majorité de catholiques. Pour le dictionnaire critique de théologie auquel je me suis référé,  La restauration du catholicisme sous napoléon (…) marqua la fin du gallicanisme.» (page 593, colonne de gauche). La tradition semble pourtant vivace, car, si Napoléon, pour son sacre de 1804, a besoin du pape pour asseoir sa légitimité, il le fait venir à Paris et ne se déplace pas à Rome. Il ne communie pas durant le sacre, nétant pas pratiquant, puis se saisit lui-même de la couronne impériale. Il caressa même le projet de déplacer la Papauté à Paris, ce que le plus extrémiste des gallicans naurait jamais osé penser.
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Quant au concordat de 1801, des articles organiques (supplémentaires, ajoutés autoritairement par Napoléon) du 8 avril 1802 (18 germinal an X) réglèrent lexercice du culte non seulement catholique, mais également protestant et ce malgré lopposition de la papauté. En matière de gallicanisme, Napoléon se fit plus royaliste que le roi et sapprocha (de très près) du Césaropapisme. La rédaction de ces articles suscita le réveil et la colère de ceux que lon nommerait bientôt les ultramontains, partisans delobéissance à Rome en matière spirituelle et politique (pour ce qui concernait léglise). Lultramontanisme -ou parti romain-, on la vu, puisait ses racines dans lopposition à la réforme protestante (ligue catholique), qui déplaça les lignes de forces en Europe. Il se développa dans la lutte contre le jansénisme (et ses accointances gallicanes parlementaires), puis trouva un large écho suite à la Révolution française. Le rétablissement des relations avec Rome par le concordat de 1801 satisfaisait ses partisans mais ce fut sous le règne de Charles X (1824-1830) que lultramontanisme atteignit son apogée. Solidement appuyé sur les pensées contre-révolutionnaires, royalistes et catholiques de Joseph de Maistre (1753-1821) et de Louis de Bonald (1754-1840), les ultramontains touchèrent un public plus large. La nécessité dune autorité religieuse indiscutable fut avancée, relançant le vieux débat sur la puissance papale et préparant le terrain au concile Vatican I. Charles X commit toutefois des erreurs politiques flagrantes (la loi du milliard des émigrés», visant à dédommager les nobles français, abolition de la liberté de la presse, etc) qui débouchèrent sur la révolution de 1830 et la monarchie de Juillet (1830-1848). La religion catholique nétant plus reconnue comme une religion détat, alors que la France était gouvernée er par un roi (Louis-Philippe 1, 1830-1848), les ultramontains virent leur ressentiment grandir et leur influence sétendre. Des religieux comme Dom Guéranger (1805-1875), restaurateur de lordre bénédictin et partisan dun retour à la liturgie romaine, connurent une renommée et une influence importantes. Nombre de gallicans, notamment ceux de la branche politique autoritaire qui avait pour habitude de sappuyer sur le Roi, rejoignent la pensée ultramontaine ; déçus par un roi obligé de composer avec les révolutionnaires. Le point culminant de linfluence romaine fut atteint lors du concile Vatican I (1869-1870), convoqué par Pie IX. Vatican I en termina avec le débat sur la primauté (ou non) du pape et adopta la constitution Pastor aeternus, donnant linfaillibilité au pape en matière de foi et de mœurs lorsquil sexprime dans lexercice de sa charge (cest-à-direex-cathedra) et renforçant la centralisation de lEglise. Reconnu comme le vicaire de Jésus-christ et le chef spirituel de lEglise, il nétait plus leprimus inter pares maisbien le monarque des chrétiens. Pastor aeternusveilla à expurger toute formule dinspiration gallicane sur la demande expresse de Pie IX. Laccord de lépiscopat, subordonnant toute infaillibilité, nétait plus nécessaire. Cet épisode marqua la fin du gallicanisme, en même temps que la papauté perdait tout pouvoir temporel sur les états pontificaux (la question, en suspens, sera définitivement tranchée lors des accords de Latran en 1929, les états pontificaux dissous à lexception du Vatican, créé et donné au saint-siège par Mussolini).
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II. Actualité du gallicanisme.A. Histoire récente : lœuvre du père Hyacinthe Loyson. Ladoption de linfaillibilité pontificale lors de Vatican I provoqua des réactions au sein du clergé catholique, et, plus généralement, chrétien. En France, Mgr Dupanloup déclara que cette prétention était la plus grande insolence qui se soit jusqu'ici perpétrée au nom de Jésus-Christ».Beaucoup contestèrent le déroulement des sessions (les italiens, représentés à 35% lors du concile, subirent des pressions pour voter dans le  bon sens », les représentants du clergé français et allemand, rappelés par la crise entre la France et la Prusse, firent perdre un certain nombre dopposants aux contestataires). Tandis quen Allemagne et en Suisse le schisme de lEglise vieille-catholique se produisait, cest en France que la voix la plus aigue se fit entendre pour dénoncer cette décision. Le pape Pie IX, en 1864, avait préparé le terrain à une telle contestation avec la publication duSyllabus, recueil qui recensait les  80 erreurs » du monde moderne, dont la liberté de conscience ; et qui affirmait la supériorité de lEglise sur lEtat; vieille antienne qui, on le voit, préoccupait la chrétienté depuis la bulleUnam sanctamde 1302 ! Le père Hyacinthe Loyson (1827-1912), prédicateur connu aux tendances libérales, dénonça le dogme qui se préparait dès 1869. Son talent lavait auparavant fait remarquer des plus hautes autorités ecclésiastiques à tel point que Pie IX disait de lui :» C'est ma pierre précieuse, c'est le meilleur de mes fils, ce sera la fleur de l'Eglise.Mais il refusa les conclusions du Syllabus et parla contre lobjet de Vatican I. Malgré plusieurs avertissements, y compris de la part dautres gallicans comme Mgr Dupanloup, il refusa de se taire. Il prit dautres positions, notamment en faveur de la paix et dénonça certaines hypocrisies :  Tu ne tueras point, dit le commandement éternel ! Mais condamne-til seulement l'homme lâche et cruel qui suit sa victime dans l'ombre et lui enfonce un couteau dans le coeur ou lui brûle la cervelle avec un pistolet ? Le meurtre n'est-il plus un crime quand il se commet en grand et qu'il est le fait d'un prince ou d'une assemblée délibérante ? » Dans le contexte doublement houleux (crise franco-prussienne, concile Vatican I) de lépoque, un tel discours passa difficilement. Il enfonça le clou en déclarant :  Vous n'avez qu'à appliquer aux peuples la morale des individus et à renverser cette barrière du mensonge : une morale pour la vie privée et une morale pour la vie publique.» (24 juin 1869). La polémique enfla avec les ultramontains, comme Louis Veuillot, qui lui répliqua, dans lUnivers (journal catholique ultramontain) :  Quimportent des milliers de vies humaines si les âmes ne meurent pas ! »
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Rome somma Loyson de se soumettre et dadopter un discours différent, ce quil refusa. Rompant toute attache avec les autorités ecclésiastiques en 1869, il renonça à une brillante carrière (beaucoup le nommaient le Bossuet du XIXe siècle») et il milita pour la paix, en caressant le projet de structurer les différents courants religieux opposés à Rome. Il prêcha, sexila en suisse (le concordat de 1801, toujours en vigueur, lui interdisait dexercer librement son culte), se maria en 1872 (prenant en exemple lEglise primitive) et fondit lEglise Gallicane en 1878; dont lexistence était illégale en France. Il fut soutenu en cela par lEglise Anglicane et larchevêque de Canterburry. Le père Hyacinthe finit par obtenir, en 1883, un décret du président de la République Jules Grévy lui donnant la possibilité dexercer son magistère. Toutefois, si lœuvre spirituelle du père Hyacinthe est conséquente, et amorça un renouveau gallican ecclésiologique plus que politique; il échoua en revanche à fédérer les courants multiples qui contestaient la mainmise de Rome sur la catholicité. Il refusa la consécration épiscopale proposée par lEglise anglicane et, sil continua sa tâche spirituelle, ne soccupa jamais de politique ecclésiastique. Le renouveau gallican, à dater de cette décision, eut les ailes coupées et ne sorganisa pas en un courant structuré. Le gallicanisme moderne, héritier pour une large part de son œuvre, se centrera par la suite sur la doctrine et lecclésiologie et abandonnera les théories parlementaires et politiques. B. Histoire de lEglise Gallicane au XXe Siècle. La loi du 9 décembre 1905 entérina le principe de séparation des Eglises et de lEtat. Abrogeant les dispositions du concordat de 1801, la République assure la liberté de conscience »(article I). Ceci pouvait signifier, au niveau gallican, une assurance de voir le culte se développer (rappelons que le décret de 1883 nétait quune tolérance accordée au père Hyacinthe et ne garantissait en aucun cas la pérennité de lEglise Gallicane). Le principe dassociation cultuelle était gravé dans le marbre de la loi, et les gallicans, sous le nom de Ligue des catholiques de France», cest-à-dire les catholiques non romains (près de deux cents associations!), se déclarèrent en 1907. La réplique de Rome ne se fit pas attendre : lencycliqueGravissimode Pie X sopposa à toute association cultuelle, ce qui entraîna des oppositions de la part des  romains ». On le voit, lopposition entre les deux partis reprenait de plus belle. Les gallicans firent appel à Monseigneur Vilatte, archevêque non romain ordonné par le Patriarche dAntioche et exerçant son magistère en Amérique, pour fédérer le mouvement. Malgré ses efforts, les réactions proromaines, vives et parfois brutales (attaque des fidèles à coup de cannes plombées, injures, etc.) ainsi que la difficulté à trouver des lieux de cultes (le gouvernement français cherchait à établir des relations apaisées avec Rome) firent renoncer Mgr Vilatte, lequel avait été excommunié le 13 juin 1900; excommunication renouvelée par la Congrégation de lInquisition le 05 mars 1907. Il retourna en Amérique en 1908. Par la suite, les gallicans capables de financer leurs lieux de cultes continueront à exercer leur droit cultuel, mais le mouvement amorcé sétiolera de nouveau.
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En 1916, Monseigneur Giraud, ordonné prêtre par Mgr Vilatte, amorça un renouveau gallican en ordonnant plusieurs dizaines de prêtres. Il fondit plusieurs lieux de culte : à Tours (1922), Restigné (1923), Digne (1927), Cannes (1935), Bordeaux (1936), Mios (1938), Aix-en-Provence (1939), Pessac (1941), Paris et Toulouse (1943); ainsi que le journal  Le gallican » en 1921. Il fut élu Patriarche de lEglise Gallicane en 1928 et le Saint-Siège sétablira à cette date dans la commune de Gazinet, près de Bordeaux. Il rédigea une profession de foi en 1930, contenant entre autres choses les quatre articles de Bossuet de 1682 et qui sera largement diffusée en 1945. Cette profession de foi, rédigée avec une équipe de théologiens, cherchera également à rénover lancien rite des gaules, et sera connue comme  le rite gallican de Gazinet ». La mission que le Saint-Siège de Gazinet se donnait était notamment de fédérer d'autres Eglises occidentales dansl'Union des Eglises Catholiques et Orthodoxes d'Occident, de coordonner les efforts des catholiques français les aidant à échapper à la politisation abusive ; et de représenter l'Eglise Gallicane à l'intérieur et à l'extérieur du territoire. Le gallicanisme se méfiait particulièrement du renouveau du romantisme chrétien, dont il sentait la politisation lors de lentre-deux-guerres se cristalliser vers une certaine tendance. Arriva la guerre de 1939, suivie de loccupation. LEglise Gallicane refusa toute collaboration ou entente avec le nazisme, et ses prêtres furent souvent arrêtés, déportés ou tués. Le 18 juillet 1944 un décret au journal officiel interdit lexistence de cette Eglise, ses biens et archives furent confisqués et détruits. En 1945, lEglise se releva, toujours sous la conduite de Mgr Giraud, et reprit ses activités pastorales. Monseigneur Jalbertville succéda à Mgr Giraud en 1950. Il séteignit en 1957 et il fallut attendre 1966 pour quun nouveau patriarche soit élu, Mgr Irénée Poncelain d'Eschevannes, jusquen 1970. Mgr Truchemotte le remplaça à cette charge jusquen 1986. Depuis 1987, cest Mgr Thierry Teyssot qui assume cette charge. Laprès-guerre fut loccasion pour lEglise Gallicane daffirmer lhumanisme qui la fonde depuis la vie et lœuvre dHyacinthe Loyson et de quelques-uns de ses célèbres compagnons, dont le Père Michaud (inventeur de la graphologie), ou labbé Junqua qui fonda lEglise Démocratique de la Liberté (et qui fit deux années de prison pour cela). De nos jours, en 2009, le siège épiscopal de lEglise Gallicane se trouve à Bordeaux. Les offices religieux ont lieu au numéro 4, rue de La Réole, les mardis, mercredis, vendredis et samedis en la Chapelle Primatiale St Jean-Baptiste fondée en 1872 par labbé Junqua. Mgr Teyssot officie également en Charente-Maritime le dimanche. Le rayonnement de léglise est relativement faible, avec 27 000 pratiquants en France, et, pour la cultuelle à Bordeaux, environ 120 familles, mais lénergie de Mgr Teyssot, qui a repris lédition et la publication du journal  le Gallican » en le faisant passer à lère du numérique, est tout à fait remarquable. Lors de lentretien quil ma accordé, à la Chapelle Primatie St Jean-Baptiste, il a été disponible et chaleureux, mindiquant des pistes de recherche fructueuses. Jai appris que la position actuelle du Vatican par rapport à lEglise Gallicane est de lignorer discrètement (le feu couvant toujours sous la cendre?). Toutefois, un texte du cardinal Ratzinger (Pape sous le nom de Benoît XVI), Dominus Jesus», datant dil y a quelques années; reconnaît explicitement que lEglise catholique peut exister en dehors du siège romain. Les querelles du passé semblent apaisées, du moins tant que les choses restent en létat.
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C. Le gallicanisme théologique. Les gallicans sont des catholiques. Léglise se proclame apostolique, cest-à-dire suivant lexemple et prêchant lenseignement des apôtres. Pour y adhérer, il faut remplir les conditions suivantes : 1. En tant qu'Eglise chrétienne, il faut avoir reçu le baptême ou désirer le recevoir. 2. En tant qu'Eglise de tradition catholique, il faut connaître et admettre l'un des credos suivants, qui contiennent les articles fondamentaux de la foi catholique : des Apôtres, de Nicée-Constantinople, de saint Athanase. 3. En tant qu'Eglise apostolique, pour y adhérer, il faut connaître et admettre dans leur contenu traditionnel les sept sacrements : baptême, confirmation, réconciliation, eucharistie, onction des malades, ordre et mariage ; tous les commandements divins, lesquels sont synthétisés dans ce passage de l'Evangile : tu aimeras ton Dieu de tout ton coeur, de toute ton âme et de tout ton esprit, et tu aimeras ton prochain comme toi-même ». Les différences par rapport au culte et à la politique épiscopale émanant de Rome sont de plusieurs ordres. 1. Le refus absolu de linfaillibilité pontificale. Comme on la vu, ce point est traditionnellement la pomme de discorde, si jose dire, entre la papauté et les gallicans depuis la bulleUnam sanctamde 1302. Les gallicans reconnaissent la supériorité des synodes sur un seul homme, fut-il pape, et se réfèrent toujours à la vision dégagée lors du concile de Constance en 1417. Le gallicanisme se réfère également à St Jérôme : A quelque Eglise que les évêques soient attachés, à celle de Rome ou à celle de Constantinople, ou encore à celle d'Alexandrie, ils méritent le même respect et possèdent le même sacerdoce. »Comme le note Mgr Teyssot: Aujourd'huipas plus qu'hier, aucun évêque particulier n'a le droit de prétendre représenter seul l'Eglise Universelle. Chaque évêque représente son Eglise et ce sont ces évêques assemblés qui représentent toute l'Eglise. Ainsi, tous les évêques étant premiers pasteurs, peuvent validement dans leur Eglise, ce que le pape évêque de Rome, peut dans la sienne. »2. En vertu de ce principe, de la supériorité dune assemblée sur un seul, les évêques gallicans sont élus par le clergéetles fidèles, lesquels participent pleinement à la vie de leur église. Cet idéal, développé très tôt par les pères du gallicanisme moderne, rapproche léglise gallicane de certaines valeurs humanistes et démocratiques. Le mode électif du clergé était une pratique de léglise des premiers temps. 3. Acceptation du mariage des prêtres et des évêques. Se référant toujours aux apôtres, les gallicans remarquent que lesdits apôtres étaient mariés. Mgr Teyssot est également un époux.
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