La maison sur la tête

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L'art-thérapie regroupe des pratiques très hétérogènes qui sont à la croisée de différents champs professionnels : thérapeutique, pédagogique, éducatif, artistique. A partir de l'analyse réflexive d'un atelier d'écriture et d'un atelier d'expression dramatique accueillant des enfants troublés dans leur rapport au monde et aux autres, cet ouvrage tente de dégager des savoirs d'expérience et d'action, des gestes quotidiens, des vigilances particulières, des modalités pratiques et théoriques qui composent ce nouveau métier et qui peuvent constituer un socle commun de référence.
Publié le : dimanche 15 février 2015
Lecture(s) : 28
EAN13 : 9782336369976
Nombre de pages : 298
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Marie-Florence ARTAUX
La maison sur la tête
Écriture et position clinique en artthérapie
Préface de Pierre-André Dupuis
La maison sur la tête Écriture et position clinique en art-thérapie
Mouvement des savoirs Collection dirigée par Bernard Andrieu  L’enjeu de la collection est de décrire la mobilité des Savoirs entre des sciences exactes et des sciences humaines. Cette sorte de mobilogie épistémologique privilégie plus particulièrement les déplacements de disciplines originelles vers de nouvelles disciplines. L’effet de ce déplacement produit de nouvelles synthèses. Au déplacement des savoirs correspond une nouvelle description. Mais le thème de cette révolution épistémologique présente aussi l’avantage de décrire à la fois la continuité et la discontinuité des savoirs : un modèle scientifique n’est ni fixé à l’intérieur de la science qui l’a constitué, ni définitivement fixé dans l’histoire des modèles, ni sans modifications par rapport aux effets des modèles par rapport aux autres disciplines (comme la réception critique, ou encore la concurrence des modèles). La révolution épistémologique a instauré une dynamique des savoirs. La collection accueille des travaux d’histoire des idées et des sciences présentant les modes de communication et de constitution des savoirs innovants. Déjà parus Dana DUMOULIN,Le supplice de tantale, Apprivoiser la recto-colite hémorragique,2014. Edmond DESBONNET,Ma gymnastique des organes, 2014. Matthieu QUIDU (dir.),Les Sciences du sport en mouvement, Innovations théoriques en STAPS et implications pratiques en EPS, 2014. Françoise LABRIDY,Hors-corps, Actes sportifs et logique de l’inconscient, 2014. Gérard FATH,Essai sur la laïcité postchrétienne, 2012. Benoit GRISON,Bien-être / Être bien ?, 2012. Matthieu QUIDU (dir.),Les Sciences du sport en mouvement, Innovations et traditions théoriques en STAPS, 2012. Isabelle JOLY,Le corps sans représentation. De Jean-Paul Sartre à Shaun Gallagher, 2011. Yannick VANPOULLE, Epistémologie du corps en STAPS, 2011.
Marie-Florence Artaux
Lamaison sur latêteÉcriture et position clinique en art-thérapie
Préface dePierre-André Dupuis
Autres ouvrages publiés Artaux Marie-Florence,Entre l’enfant et l’élève, l’écriture de soi. Produire, cheminer, penser, exister dans un atelier d’écriture,Nancy, P.U.N., 1999. © L'HARM ATTAN, 2015 5-7, rue de l'École-Polytechnique, 75005 Parishttp://www.harmattan.fr diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr ISBN : 978-2-343-05370-7 EAN : 9782343053707
Préface Vous allez découvrir un livre important. Il donne accès à une expérience humaine et professionnelle remarquable, dense et inventive, que la précision de l’écriture et toute l’architecture du texte rendent claire et intelligible. Ce travail est guidé par une intuition profonde du réel, qui sous-tend une façon d’exister qui permet à un monde de se constituer, de s’ouvrir, et de devenir plus habitable. La découverte de soi et la rencontre avec soi y rejoignent ce qui est le plus profondément partageable, « commun », dans la condition humaine. Cela s’atteste tout spécialement ici dans des ateliers d’écriture où l’approfondissement et l’élargissement de la présence se réalisent progressivement, en relation avec des espacements de textes, une diachronie subtile soutenue par des dispositifs légers, très ajustés, d’inscription et de réinscription. Il s’y accomplit, inachevable, ce que M.-F. Artaux, dans un précédent livre (1999), appelait déjà une « écriture de soi ». Le contexte et le sens profond de ce qu’elle propose sont présentés dans un va-et-vient où s’étayent mutuellement les éclairages théoriques et l’expérience. Celle-ci n’est jamais subordonnée à des références qui la surplomberaient, mais, au fil des séances, elle enveloppe une durée mystérieuse, nocturne et silencieuse, de maturation, où l’on peut distinguer certaines phases différenciées, des scansions, des incertitudes et des chemins de sens dans le devenir personnel. La lumière latérale apportée par M.-F. Artaux, son art des nuances, sa justesse, permettent de mieux les apercevoir. A la suite de Gérard Fath (cf. bibliographie), elle se guide sur une conception intégrée de l’imaginaire qui compose ce que l’on doit à Bachelard, à G. Durand et à Binswanger. L’imaginaire, qui met en relation la sensorialité et la parole, y acquiert le statut d’une composante anthropologique fondamentale. Les « directions de signification » qui s’y esquissent peuvent se poursuivre et se développer, prendre forme dans des structures proportionnées (ou disproportionnées) d’expérience qui se modifient et se déplacent au cours du temps. Mais ce que Fédida appelle « l’absence » prémunit ce qui s’exprime de se fermer sur ses propres réalisations. Elles ne sont que des jalons. Aussi M.-F. Artaux est-elle plus attentive aux processus qu’aux résultats eux-mêmes, et à l’ouverture de la présence.
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Les espaces de travail qu’elle installe sont des lieux d’hospitalité où peuvent se réaliser à la fois le frayage de l’écriture et les échanges qu’elle rend possibles. Il s’y découvre que ce qui constitue la trame de la vie ordinaire n’est pas dissociable de ce qui semble se produire à ses marges, et que la durée quotidienne doit être marquée, aussi, de suspens, de contretemps et surtout de « hors-temps » où l’on peut, en fait, travailler très lentement ses accords, ses variations et ses rythmes les plus indispensables. Bien qu’il ait émergé il y plus d’un demi-siècle, le champ de l’art-thérapie est encore en construction et renvoie à des pratiques diverses. Selon les auteurs, il s’apparente plutôt au champ pédagogique, au champ thérapeutique ou au champ artistique. Mais il ne peut se réduire à aucun d’eux. Les enchevêtrements de registres, les chevauchements qu’ils permettent, en font apparaître toute l’originalité et la richesse, selon des plans d’expérience différents. Mais alors, de quel type de rigueur (technique et déontologique) peut-on s’y prévaloir ? M.-F. Artaux argumente pour que l’on reconnaisse l’art-thérapie comme un champ professionnel diversifié mais à part entière, et pour une formation personnelle et professionnelle qui développe un art élevé de l’attention, de la délicatesse, de la proposition, de l’aide et du retrait. C’est ce qu’elle appelle la « position clinique ». Mais si elle privilégie l’écriture et la ré-écriture des textes, c’est en raison des distanciations, des déplacements, des décalages et des élaborations qu’elles rendent possibles, de façon le plus souvent indirecte. « Les enfants, remarque-t-elle ailleurs, n’aiment guère faire de liens entre ces textes et leur propre histoire, ils ont besoin de les laisser dans cette forme poétique provisoirement aboutie. Le travail, en effet, ne se situe pas là, jamais dans un éclairage psychologique du texte, peut-être justement dans un éclairage poétique, mythique, préservant le temps du texte, le temps de l’écriture, le temps d’une histoire, le temps d’un imaginaire ». Comment composer des moments et des types d’écriture différents (carnet de bord, bribes d’histoire, recherche de mots ou d’images pour dire le monde et quelque chose de soi)? On verra quels sont les outils et surtout la façon dont M.-F. Artaux procède (lectures nourricières incitatives, déclencheurs et schèmes d’écriture, accompagnement, ouverture sur ce qui peut suive, relations entre ateliers d’écriture et autres ateliers), et aussi comment elle « lit », avec sûreté et humilité, ce qui se manifeste tantôt plutôt comme des plages de rêve ou de contemplation, tantôt comme des brèches, des passages, des rencontres avec l’inconnu, des lignes de fuite, des jaillissements, des enracinements, ou encore l’approche de points-sources qui restent à découvrir.
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Au total, l’écriture s’avère être ici un espacement concave, un délai et un creuset à la fois, un miroir mobile dans la pluralité des temps de la vie, où peuvent se chercher, se reconnaître et s’anticiper les figures, jamais arrêtées, de ce que Plotin, et plus près de nous Y Bonnefoy, appellent un « mouvement vers l’Un ». C’est une présence, creusée d’absence, à laquelle correspond ce qui, pour nous, est le plus vital et le plus véridique.  Pierre-André Dupuis  Professeur émérite de Sciences de l’Education  Université de Lorraine - LISEC
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« L’écriture ne se laisse pas enfermer. Elle naît en marge des habitudes et des programmes. Elle brise les cadres rigides dans lesquels on veut la contraindre, sous prétexte de discipline ou de méthode (…). L’écriture introduit son ordre. Elle prend sa distance avec le tapage. Elle devient plus lente, les lettres sont moins rebelles, mieux formées. La plume glisse et n’accroche plus au papier. La détente se fait dans l’écriture qui s’accomplit, dans le repos des choses, dans le corps plus attentif. Une paix commençante efface les cris dans les mots… L’écriture suit le dépliement du corps qui s’allonge en pressentant la nuit. (…) Elle rejoint les grandes études de neige, de sable et d’eau. Laisser les mots s’ordonner d’eux-mêmes, sans rien forcer, sans rien précipiter, sans tentative de rassemblement prématuré. (…) Ce qui se construit a besoin d’attente. Telle la terre après les labours… Ces choses en soi, confuses, chaotiques, violentes. L’écriture s’en empare avec maladresse, en déformant parfois… Le mot à mot grandit l’écriture à l’image de l’arbre. Apprendre la patience… Epuiser la violence dans l’écriture. Que les sentiments de brutalité, les gestes velléitaires, se décomposent dans les mots et servent à la construction du livre et de soi… » Paul Mathis Instants d’écriture Marseille, Via Valeriano, 1992
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