Anthologie de la poésie ivoirienne

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Avec la (re)connaissance de ces textes et de ces poètes, Marie-Clémence Adom espère susciter une (re)découverte de la poésie ivoirienne, avec ses espaces singuliers, ses capacités inventives et inventrices, ses influences qui s'éclairent, se croisent, se contredisent parfois.
Publié le : jeudi 4 décembre 2014
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EAN13 : 9782336363110
Nombre de pages : 226
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629
Anthologie de la poésie ivoirienne Marie-Clémence ADOM
Connaître les poètes des années 80
Dans tous les pays d’Afrique francophone les premiers essais
poétiques furent en vers rimés et calqués sur les classiques
scolaires. C’était bien normal. La poésie tout de même, c’était
d’abord ce qu’on avait appris à l’école, et qu’on avait aimé,
Victor Hugo, Lamartine, ou La Fontaine. Anthologie
La première rupture se ft avec la Négritude qui, à son
tour, imposa d’autres critères. Mais de thèmes plus que de de la poésie ivoiriennestyle. Encore aujourd’hui on trouve des poètes plus à l’aise
dans le décasyllabe pour évoquer le monde idéal de l’enfance,
ou la révolte contre les élites corrompues en Afrique.
Tome 2En Côte d’Ivoire, la relative diversité des premiers poètes,
(…) ft que les essais poétiques s’écartaient des normes
prosodiques, voire de l’orthodoxie de la langue. Ainsi
JeanConnaître les poètes des années 80Marie Adiaf et, le fondateur de la “Griotique” le jeune Porquet
prématurément décédé ne furent pas stigmatisés, furent même
tolérés. (Aujourd’hui), des poétesses comme Tanella Boni
et Véronique Tadjo, parmi les meilleures du Continent (…)
relaient ces thèmes sur plusieurs modes.
(Lilyan Kesteloot)
Marie-Clémence ADOM est enseignant
chercheur, Maître de Conférences de poésie
(histoire littéraire et poétique) au département de
lettres modernes de l’université Félix Houphouët
e Boigny. Après une thèse de 3 cycle sur l’histoire
de la poésie ivoirienne écrite, soutenue en 1995,
elle a aussi soutenu en, 2012 une thèse d ’Etat sur le Zouglou, un genre
musico-poétique né de la néo urbanité ivoirienne. Elle est l’auteur
de Anthologie de la poésie ivoirienne, tome 1 : (re) connaitre les
poètes de l’écriture, des origines à 1975 (chez le même éditeur).
Avec la (re)connaissance de ces textes et de ces poètes, l’auteur espère
susciter une (re)découverte de la poésie ivoirienne, avec ses espaces 629
singuliers, ses capacités inventives et inventrices, ses infuences qui
s’éclairent, se croisent, se contredisent parfois.
ISBN : 978-2-336-30577-6
20 e
Poètes des cinq continents
Marie-Clémence ADOM
Anthologie de la poésie ivoirienne
Poètes des cinq continents






Anthologie de la poésie ivoirienne

Tome 2
Connaître les poètes des années 80
Poètes des cinq continents
En hommage à Geneviève Clancy qui l’a dirigée de 1995 à 2005.
La collection est actuellement dirigée par
Philippe Tancelin

La collection Poètes des cinq continents non seulement révèle les voix
prometteuses de jeunes poètes mais atteste de la présence de poètes
qui feront sans doute date dans la poésie francophone. Cette collection
dévoile un espace d’ouverture où tant la pluralité que la qualité du
traitement de la langue prennent place. Elle publie une quarantaine de
titres par an.


Déjà parus

628 – Marie-Clémence ADOM, Anthologie de la poésie ivoirienne
tome 1, 2014.
627 – André LO RÉ, Premiers pas au pays des haïkus, 2014.
626 – Iona GRUIA, Le soleil sur le fruit, 2014
625 – Jean-Pierre BIGEAULT, 100 poèmes donnés au vent. Suite de
poèmes, 2014
624 – Yves Patrick AUGUSTIN, D’ici et nulle part, 2014.
623 – Patrick WILLIAMSON, Tiens ta langue. Hold Your Tongue
(bilingue français-anglais), 2014.
622 – Michel JAMET, Partage son royaume !, 2014.
621 – Ayten MUTLU, Les yeux d’Istanbul. Istanbul’un gözleri, 2014.
620 – Philippe GUILLERME, Tout attaché, 2014.
619 – Patricia LAIGLE, La neige sur le museau des biches, 2014.
618 – Paul Henri LERSEN, Poèmes d’Ici, 2014.
617 – Omer MASSEM, Fragments sauvegardés, 2014.
616 – Umberto PIERSANTI, Lieux perdus, 2014.
615 – Thierry LASPALLES, Silence des saisons, 2014.
614 – Stella VINITCHI RADULESCU, Comme un désert de roses,
2014.
613 – Ban’ya NATSUISHI, Cascade du futur, 2014.
612 – François DESFOSSES, Fleurs de l’inexistence, 2014.
611 – Emma PEIAMBARI, Les rosées de l’exil, 2014.
610 – Paul Henri LERSEN, Geometria. Mesure du monde, 2014.
609 – Philippe TANCELIN, Seuils, 2014.
608 – Ludmilla PODKOSOVA, Le don des mots, 2014.
607 – Abdarahmane NGAÏDE, Ode Assilahienne, 2014.
606 – Maurice COUQUIAUD, Anthologie poétique. 1972-2012, 2014.
605– Daniel LEDUC, Sous la coupole spleenétique du ciel, 2013.
Marie-Clémence ADOM








ANTHOLOGIE DE LA POESIE IVOIRIENNE

Tome 2

Connaître les poètes des années 80












L’Harmattan



































© L’Harmattan, 2014
5-7, rue de l’École-Polytechnique ; 75005 Paris
http://www.harmattan.fr
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr
ISBN : 978-2-336-30577-6
EAN : 9782336305776


Avant-propos

Mais comment donc définir l'écriture d'un poète, comment
juger de l'esprit d'une œuvre que l'on ne connaît
qu’imparfaitement ?
Comment faire pour ne pas offrir de la poétique d’un auteur
donné, une vision parcellaire, étriquée, quand on ne dispose pour
l'analyse, que d'une seule œuvre sur la multitude produite par son
auteur ?
Comment arguer de l'intellectualité d'une démarche qui prend
appui sur un fragment de documentation important, certes, mais
forcément incomplet ?
Enfin, est-il possible et judicieux dans ces conditions de
proposer au public une (re) connaissance de la poésie ivoirienne,
alors même qu'aucune étude systémique n'a jusqu'alors permis
d'identifier-du moins officiellement - l’évolution de cette poésie
au fil du temps, sa poétique particulière et générale,
indépendamment de celle des auteurs généralement connus, tels
Bernard Zadi, Jean-Marie Adiaffi, au demeurant largement
étudiés dans nos universités.
À ces interrogations, qui touchent à la pertinence de cette
anthologie (en 3 tomes), nous répondrons en commençant par la
dernière. Pour le reste, le contenu de l’ouvrage et ce qui en
ressortira validera (ou non), au bout du compte, nos choix.
S’il est généralement attendu des étudiants qu’ils satisfassent
à la méthodologie de l’explication de texte - analyse au détail et
du détail - il n’en demeure pas moins que cette approche apparaît
de prime abord comme un exercice scolaire, de l’ordre de
l’apprentissage.
Est-ce-que, pour autant, l’analyse textuelle serait à bannir des
études littéraires, surtout celles dites de " haut niveau ?"
Loin s’en faut, car la théorisation, pour noble qu’elle soit, ne
peut nullement se faire sans une approche expérimentale des
textes, dont la description (stylistique) alimente la connaissance.
7 Toutefois, très vite ce pallier franchi avec la mise en lumière de
caractères formels évidents et pertinents, l’analyste est appelé à
avancer le plus haut possible sur le terrain de la
conceptualisation, pour éviter, sous prétexte de précision, de
s’enliser dans le bourbier de l’empirisme.
A la vérité, tout en s’opposant, ces deux aspects de l’unité
dialectique qu’est le savoir, tendent, comme c’est toujours le cas
dans toute unité dialectique, à se convertir l’un en l’autre. En
effet, tout en portant chacune en elle le propre contraire de
l’autre, elles se complètent mutuellement et sont, de ce fait,
appelées à se côtoyer et servir mutuellement. Reste à savoir la
question du primat : qu’est ce qui, de l’approche empirique ou
conceptuelle, intervient en premier pour servir à l’autre les
éléments de son analyse ?
Pour les partisans de la démarche déductive, les outils à partir
desquels un texte ou un discours est appréhendé sont fonction du
genre ou du type de discours, lequel est déterminé par les critères
théoriques qui le fondent.
A l’opposé, les adeptes de la démarche inductive estimeront
que l’observation qui permet la mise à jour des particularités qui
orientent la conceptualisation, fonde de façon évidente les
prérogatives dont jouit ou devrait jouir toute approche empiriste.
Sans prétendre mettre fin à cette polémique récurrente et sans
pour autant privilégier l’empirisme comme aspect principal de
l’analyse, l’option faite dans cet ouvrage consiste à orienter le
regard vers une entité dont, ni l’un, ni l’autre camp ne saurait
faire l’impasse : le texte, produit d’un auteur qui y engage sa
personnalité, son historicité et qui, par-là, manifeste une
expressivité qui en fonde la valeur littéraire. En tant que tel, il (le
texte) est le premier élément, voire la seule entité incontournable
et qui prime sur toute autre dans la galaxie littéraire.
Ni l’auteur lui-même : sa sociologie, son époque, ses
influences ; ni les conditions, littéraires ou non, de sa production,
ne valent autant que lui, ni ne doivent (ne devraient) primer sur le
texte.
C’est au nom de ce principe, que, pour entamer la série de
réflexions que nous inspire la poésie ivoirienne dans son
ensemble et particulièrement la poésie écrite, nous avons voulu
8 proposer dans cette trilogie, un panorama, le plus vaste possible
des poètes et œuvres de la poésie écrite de Côte d’Ivoire.
Plus qu’un simple recueil de morceaux choisis (ce que
l’anthologie est), cette re connaissance (en trois tomes) veut
proposer de la poésie ivoirienne un panorama, le plus vaste
possible, qui, tout en présentant en une série d’esquisses toutes
les œuvres qui auront pu être recensées, permette de fixer des
repères.
Il ne s’agit pas d’en faire un répertoire bibliographique censé
témoigner uniquement de l’activité littéraire, mais bien de
débusquer la personnalité des œuvres présentées : en quoi elles
participent à la constitution, sinon de la poésie ivoirienne, de
courants en son sein ; la façon dont elles impactent son évolution,
témoignent d’une pensée, etc.
Contrairement à ce qui se fait généralement, peu de place sera
laissée à la biographie des auteurs (portrait social et
psychologique, etc.). Par contre leurs orientations littéraires, leurs
influences ou dettes seront soulignées quand elles sont
susceptibles de renseigner certaines configurations formelles.
Priorité est donc donnée aux textes, car quoique la sociologie
de la littérature et la critique génétique demeurent des critères
congrus pour l’étude du texte littéraire, nous restons convaincue
1que l’évaluation d’une œuvre littéraire ne saurait s’attacher ni
s’attarder à ces facteurs, somme toute extérieurs.
Les présentations faites ici le sont surtout dans le sens d’une
mise en lumière à valeur promotrice des poètes et de la poésie
ivoirienne en leur entier, du moins autant que cela aura été
possible. Dans l’esprit de nombreux ivoiriens en effet (étudiants
et universitaires compris) une revue de la poésie ivoirienne se
réduit à la connaissance plus ou moins élaborée de trois ou quatre
grands auteurs, au rang desquels reviennent comme une antienne,
les noms de Bernard Dadié, Bernard Zadi, Jean-Marie Adiaffi,
Noël Ebony, Charles Nokan, Tanella Boni, Véronique Tadjo…
Certes ces illustres noms portent (haut) le flambeau de la
poésie, de la littérature ivoirienne qu’ils ot contribué à faire

1 Nous entendons le terme ici au sens où, s’appuyant sur des critères précis et
explicites, elle vise non pas tant à saisir la beauté d’une œuvre d’art, mais à en
extraire les principes esthétiques d’abord, éthiques politiques ou autres,
ensuite.
9 connaitre et enrichir, mais ils ne sont pas les seuls ; ils ne sont
plus les seuls. A leur suite, dans leurs sillons ou tentant de se
frayer leur propre voie, des poètes anciens et nouveaux
produisent et disent leur part de vérité, de littérature, de poésie.
Avec ce florilège d’auteurs, ou plutôt de textes, chacun
organisera et ajustera ses connaissances. Bien connus, certains
textes seront redécouverts. Certains autres, qui le sont moins,
trouveront ici une vitrine d’exposition. D’autres enfin, qui n’ont
pu être présentés, faute d’avoir eu accès à leurs œuvres, seront à
tout le moins mentionnés, dans l’espoir qu’éveillant chez le
lecteur une curiosité créatrice, ils suscitent l’envie de
2perfectionner la recherche.
Avec la (re)connaissance de ces textes et de ces auteurs, nous
espérons susciter une (re)découverte de la poésie ivoirienne, avec
ses espaces singuliers, ses capacités inventives et inventrices, ses
influences qui s’éclairent, se croisent, se contredisent parfois. Ce
sont ces mouvements, qui disent l’histoire de la poésie ivoirienne,
que nous voulons faire partager ici et tout au long des trois tomes
qui composent notre anthologie de la poésie ivoirienne.



2 Ces derniers figurent dans le premier tome de cette vaste recension critique
(Anthologie de la poésie ivoirienne , tome 1 : (re) connaitre les poètes de la
première génération, chez le même éditeur).
10 Introduction

Des années 80 se dégage, au sein de la poésie ivoirienne, une
sensation de libération par rapport à un lourd passif. Jusqu’à cette
date, cette poésie se situait pour beaucoup dans le sillage de la
grande poésie négro-africaine avec ses thèmes et son ton ; une
poésie qui, face à l’acuité des défis qu’imposait le combat pour la
libération politique et culturelle du noir répugnait, semble-t-il, à
exprimer des états d’âme privés. Tout, alors, se passait comme si,
dans une Afrique en proie à des démons d’origines diverses, il y
avait une honte à célébrer un coucher de soleil.
Alors que depuis 1950 la littérature de combat dominait ainsi
sans partage, des poètes, dès 1980, se mettent à produire des
œuvres qui, sans aucune prétention à vouloir refaire le monde, du
moins en apparence, racontent leurs expériences personnelles ;
expériences amoureuses, expériences intimes, psychologiques,
joyeuses ou pessimistes, donnant ainsi le sentiment d’une
véritable rupture dans le déroulement de la chose poétique en
Côte d’Ivoire. En effet, la rupture des années 70,
quoiqu’importante, avait été annoncée par la négritude,
diversement suivie en cela et au plan des formes littéraires, par
les auteurs du courant oraliste : Bernard Zadi, Adiaffi
JeanMarie, Joachim Bohui Dali…
En 1980, pour la première fois, le poète ivoirien cesse d’être
un poète négro africain, pour devenir un poète tout court.
Comment donc expliquer ce revirement ?
En 1980, nous sommes, en Côte d’Ivoire, vingt ans après les
indépendances africaines. Les nationalismes ayant eu le temps de
se cristalliser, la notion de négro africanité tend à se diluer
quelque peu. Chaque état national, par ses plus ou moins échecs
économique, social et politique, crée des problèmes particuliers à
ses citoyens, générant en eux des angoisses plus individuelles,
plus personnelles.
En 1980, la nation ivoirienne moderne est semble-t-il en train
de s’édifier et la poésie de ce temps augure la prise de conscience
d’une identité nationale qui tente de se construire en dehors des
sentiers africains.
11 Plus égotistes au plan de l’idéologie, plus intimistes au plan
de l’écriture, les auteurs de cette période, (Tadjo Véronique,
Amoy Fatho, Grobli Zirignon), engagent la poésie ivoirienne
sur la voie d’un retour à soi qui tranche d’avec la course aux
sources collectives observée chez leurs prédécesseurs.
Au plan stylistique, les œuvres de cette période ne proposent
pas de bouleversement radical de l’écriture. Ici, l’innovation se
situe essentiellement dans le retour à soi que prônent les textes.
Un soi singulier, qui mène à des retrouvailles avec le moi
profond de chacun.
La rupture des années 80, si tant est que l’on doive parler de
rupture, apparaît fondamentalement comme une rupture
thématique ; idéologique aussi, si l’on considère qu’aucun choix
n’est neutre. La question reste alors de savoir quelle idéologie
expriment des écritures aussi différentes que celles de Grobli
Zirignon, Véronique Tadjo, ou Fatho Amoi.
Parallèlement, croît et se développe, en dehors des circuits
officiels de diffusion, une activité poétique informelle qui
fleurit d’abord dans les journaux, ensuite dans des espaces
moins conventionnels et utilisant des tribunes telles les tracts,
les concours littéraire, internet, etc.
De cette poésie, nous ne présenterons ici ni les auteurs, ni les
textes : la problématique particulière qui ressort des
ramifications induites par cette tendance invitent à aborder la
question dans un ouvrage autonome, qui fait suite à cette
3trilogie.



3 La poésie ivoirienne moderne, problématique 3, Poètes et poésies sans
couronne : nouveaux espaces, nouveaux enjeux. Déjà en 1993, l’anthologie
de la poésie de Côte d’Ivoire, publiée sous le couvert de l’Association des
écrivains de Côte d’Ivoire annonçait semblable recension. La promesse, à ce
jour est restée lettre morte ; nous espérons y remédier, d’autant que les
derniers développements en la matière en font désormais une composante non
négligeable de notre poésie.
12 Ahizi Paul


Une poignée de main, Abidjan,
CEDA/NEA/FRAT MAT, 1985.

Le premier poème, qui donne son nom à cet unique recueil
porte en lui toute la définition de la poésie selon Ahizi : dans un
monde où les forces négatives et de la négation prennent de plus
en plus de place, le poète doit proposer et offrir au peuple une
parole de rêve qui a pour vocation de ranimer ceux qui
désespèrent, élever ceux qui rampent réconcilier par une poignée
de main, tous les hommes.

Une poignée de main
(…)
Par-dessus les haines
Par-dessus les rancunes
Par-dessus les malentendus
C’est le pont de marbre jeté
Sur le fleuve impétueux
(…)
Par-dessus les « Rideaux de Fer »
Par –dessus les « Murs de Berlin »
Par-dessus les « Enfers d’Hiroshima »
C’est la ronde des couleurs mortes
Où seul scintille le sang d’Adam
(…)
Une poignée de main
Des mains si ratatinées et si lisses
Des mains si humainement liées
Par le destin
Par la Foi
Par l’Amour…
Une poignée de main
Sans mots sublimes
Auréolée de sourires d’amitié
De pardon et d’oubli
C’est la chaîne d’airain
4Qui rassemble tous les cœurs.

4 Paul Ahizi, « Une poignée de main », in Une Poignée de main.
13
De fait, sans en avoir l’air, cette poésie se veut militante, à
l’image de la génération de pro négritudiens qui la précède.
Militante, mais aussi et surtout révolutionnaire par son refus de
s’arrêter aux massacres, contrastes, regrets du passé, en quoi elle
se démarque de ses prédécesseurs.
Que dans cette poésie, de nombreux éléments de lexique
renvoient à la mort ne constitue nullement une contradiction,
mais bien le signe que, lucide, le poète prône le néantissement de
ces forces, leur dépassement, par l’engagement sur les chemins
de pierres (p. 24), la conquête des étés torrides (p. 38) de la terre
d’Eburnie (p. 42).
Chant d’amour, de pardon et de réhabilitation, ce texte primé
au premier concours de poésie organisé par le quotidien
gouvernemental Fraternité-Matin, s’inscrit dans la même veine
que la poésie de Fatho Amoi.

14 LES IMMORTELS



Ils ne sont
D’aucun pays
D’aucune nation
Mais des astres
D’ici et d’ailleurs
Leurs noms
Des paillettes d’or
Que l’histoire
Recueille
Dans la marée humaine
Parfois si cruelle
Parfois si généreuse
Leur sang
Un arc-en-ciel
De tous les jours
De tous les horizons

Ils ne sont
D’aucun clan
D’aucune tribu
Mais des fils du monde
Que le destin
Parfois si barbare
Parfois si magnanime
Sort des ombres
Pour en faire le flambeau
Du peuple
Leurs armes
De l’Amour de l’Espoir
A faire craquer
Un cœur d’homme.

Ils ne sont
D’aucun parti
D’aucune confession
15 Qui arme en sourdine
Le fils contre le père
La fille contre la mère
Le soldat contre la patrie…
Mais
Leur culte leur foi
C’est un combat
De tous les hommes unis
Contre la misère et la honte.


Une poignée de main
16 TOLERANCE




J’ai horreur de la scie
Sur la pierre
Du socle puissant
Qui déchire la terre
A vous fendre le cœur
Mais je sais aussi
Que la moisson
Ne peut surgir
Que des entrailles sanglantes
De la terre
Comme quoi il y a
Des blessures
A passer sous silence

Disciple de la vérité
J’ai en abomination
La calomnie la traîtrise
Bref tout ce qui ravale
L’homme
Au rang de la bête
Néanmoins j’ai conscience
Que ma lumière
Sous d’autres cieux
N’est que pâle clarté
Alors gardons-nous
Parfois des oracles

Sur la grande colline
Surplombant le voisinage
J’ai dressé ma case
Et ouvert une fenêtre
Sur le zénith
Mais dans mon fort intérieur
C’est dans la vallée
17 Au pied des hautes
Espérances
Que l’on dort
Du meilleur sommeil
Sans doute le diable
A-t-il parfois aussi
Du bonheur à revendre.


Une poignée de main

18 LES ETES TORRIDES



Viennent
Les étés torrides
Viennent
Les harmattans
Massacreurs d’herbe verte
Crépitent
Les orages irascibles
Descendus des horizons perdus
Hurlent, secouent, fracassent
Les vents du monde
De révolutions empestées
Coulissant
Sur la magie verbale
Des mânes aux abois
Mais toi
Reste toi-même
Ô belle Eburnie !
S’allument
Grandioses les fournaises
De la passion
Et des folies
S’écroulent
Sourdement alentour
Toutes les digues
De la violence
Se déchaînent ; s’enflent, vibrent
Toutes les colères
De la terre
Mais toi
Reste toi-même
Que ta tête
Reste froide
Que tes mains
Restent puissantes
Que tes prunelles
19 Soient en veilleuse
Ô toi qui chantes
L’amour
Toi qui brandis
La palme
De la fraternité
Eburnie.


Une poignée de main

20 Amoa Urbain


Les bruits du silence, Abidjan, CEDA, 1987
Les braises de la lagune, Abidjan, EDILAG, 1993


Entre le premier et le second recueil de poèmes, il s'est écoulé
six années au bout desquelles l'écriture de Amoa urbain s'est
transmuée. De « la danse de la mante religieuse » (premier
recueil) à la « liberté que chante février 92 », titre contenu dans le
second recueil, elle est passée de la valse-hésitation qui
caractérise cet animal (Les bruits du silence), à l'impétuosité du
chat savant qui sort ses griffes (Les braises de la lagune). La
douceur du murmure, compromis d'un silence que le poète ne
peut observer a été remplacée par la dureté du cri de l'infortuné
animal qui, alors, va dire haut et fort la liberté qu'il tente de faire
reverdir.
Changement surprenant, radical même, quoique, à la
réflexion, le ton des derniers poèmes du premier recueil aurait en
principe du nous y préparer. Revirement spectaculaire, déroutant,
malgré la présence, de part et d'autre, du même noyau esthétique
assis sur l'alliance "oxymoriale" bruits/silence, chaînes/liberté,
braises/lagune.
Avec son deuxième recueil, le poète de la nature qui
s'inscrivait dans le prolongement de Fatho Amoi sort du rang des
"80istes" pour rejoindre les poètes de l'événementiel.
Son écriture épousant l'urgence de l'événement dont il se
réclame, son espace et son temps se définissent avec plus de
précision. C'est que, dans cette œuvre, l'existence, sans cesse,
est un événement ; et le poète ici, sans cesse, est de ce temps
(celui d'une crise sociopolitique dont on se souvient qu'elle a été
conduite en partie par l'université) et de cet espace : l'espace du
pays, la Côte d'Ivoire. Il est de ces événements dont l'urgence,
justement, lui dicte son sujet, en quoi il se joint aux poètes sans
5couronne" qui publient dans les journaux ou ailleurs des textes

5 Nous nommons ainsi ceux qui empruntant des circuits non conventionnels
pour la diffusion de la poésie (il peut s’agir aussi bien du support matériel –
21
̎

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