Petites aventures drolatiques et vagabondes

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Petites scènes pleines d'humour et parfois d'humeur, brèves chroniques du quotidien d'un marcheur, Petites aventures drolatiques et vagabondes va d'une drôle de rencontre à une autre sur les sentiers de notre vieux continent. L'auteur et son épouse ont effectué de longs périples à pied atteignant parfois un millier de kilomètres ou plus, en France d'abord, puis en Espagne, en Italie... sur les chemins d'Europe.
Publié le : samedi 15 novembre 2014
Lecture(s) : 16
EAN13 : 9782336361512
Nombre de pages : 176
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Petites scènes pleines d’humour et parfois d’humeur, brèves
Denis Boulbèschroniques du quotidien d’un marcheur, Petites aventures
drolatiques et vagabondes va d’une drôle de rencontre à une
autre sur les sentiers de notre vieux continent.
L’auteur et son épouse ont effectué de longs périples à
pied atteignant parfois un millier de kilomètres ou plus, en
France d’abord, dont ils ont fait le tour en huit étés (173 jours),
puis en Espagne jusqu’à Santiago (45 jours), en Italie jusqu’à
Rome (62 jours) ; ils ont traversé la Grande-Bretagne (42 Petites aventures jours), la Slovaquie puis la Hongrie (27 jours), le Portugal
(26 jours), et tout récemment l’Allemagne (46 jours). drolatiques et vagabondes À cela s’ajoutent un tour de Belgique en vélo (23 jours),
et pour l’auteur seul, les marches en Espagne sur la Ruta de
la Plata (25 jours) et dans la Mancha (12 jours), en Italie d’une
Un couple de randonneurs mer l’autre (15 jours), et de chez lui jusqu’à Paris (42 jours).
L’âge venant, ils ont encore des projets… sur les chemins d’EuropePour qualifi er leur passion, ils récusent le terme de
performance, préférant parler de marche buissonnière,
qui est un plaisir se nourrissant de lui-même, parce que si
aller à pied le sac au dos est une affaire de peu, ce peu est
une richesse, celle de rendre le cheminant bienveillant et
disponible aux bonheurs du monde.
Né en 1945 dans un petit village de l’Aude,
Denis Boulbès a été objecteur de conscience dans
les années 60, instituteur pendant 12 ans dans des
écoles rurales et animateur permanent pendant
3 ans d’une Association périscolaire, puis il est
devenu psychopédagogue en faveur des enfants en diffi cultés
au Centre médico-psychopédagogique de Carcassonne.
Présent dans les luttes sociales et écologiques, humaniste,
il consacre aujourd’hui sa retraite à son amour de la nature,
à la randonnée et à l’écriture.
Plus jeune, Lisa, originaire de l’Aveyron, a été Technicienne
de laboratoire. Militante pour Amnesty International et
écologiste avertie, elle a également pris fait et cause pour
la défense de la nature et des animaux, en particulier la
sauvegarde des animaux sauvages de notre pays.
Les impliquésISBN : 978-2-343-04163-6
17 € Éditeur
Petites aventures drolatiques et vagabondes
Denis Boulbès
Les impliqués
É di teu r


































Les impliqués Éditeur
Structure éditoriale récente et dynamique fondée par les
éditions L’Harmattan, cette maison a pour ambition de
proposer au public des ouvrages de tous horizons,
essentiellement dans les domaines des sciences humaines et
de la création littéraire.







PETITES AVENTURES
DROLATIQUES ET VAGABONDES

















































© Les impliqués Éditeur, 2014
21 bis, rue des écoles, 75005 Paris

www.lesimpliques.fr
contact@lesimpliques.fr

ISBN : 978-2-343-04163-6
EAN : 9782343041636 Denis BOULBÈS





Petites aventures
drolatiques et vagabondes

*

Un couple de randonneurs
sur les chemins d’Europe

















Les impliqués Éditeur Du même auteur :
Jeux de billes Creacop 1985
La clef des chemins - Le tour de France buissonnier d’un couple de
randonneurs Atlantica (Sauve Terre) 2002
Les pèlerins de Compostelle de La Martinière (Les voix de la
sagesse) 2004
Les moyens du bord Cheminements 2006
Paroles de marche Albin Michel (Carnets de sagesse) 2011
La marche sur les cendres L’Harmattan (Vivre et l’écrire) 2011
Mais la pluie… TheBookEdition (Arabesque) 2011
Mais les mots… TheBookEdition (Arabesque) 2012
Pedibus cum jambis !

Du latin de cuisine pour dire que Lisa et moi sommes des
marcheurs.
Et en marchant on fait des rencontres ! Des rencontres !
C’est la rengaine du pèlerin, le leitmotiv du récit de
randonnée. Certes.
Plus les problèmes d’intendance, qui vont du temps qu’il
fait à l’état des chemins en passant par la difficulté à se loger
pour finir par les problèmes de santé, la diarrhée en tête, si
j’ose dire.
Plus la beauté des paysages et des monuments, « d’une
beauté à couper le souffle », ça va de soi, et les bénéfices de
l’effort doublé de méditation ouvrant l’accès à « une
profonde paix », « une élévation spirituelle », allant jusqu’à
l’oxymore : « une profonde élévation », sans passer à côté
des sœurs bonnes à tout vouloir signifier, « l’ascèse » et
« l’initiation ».

Et il y a abondance des dits récits, la plupart du temps
édités à compte d’auteur, ce qui n’est que justice au vu de
leur qualité littéraire. Une liste non exhaustive établie par
mes soins en répertorie environ cinq cents (en français),
dont près de trois cents pour le seul pèlerinage à
Compostelle.

Donc l’apogée, que dis-je l’apogée : l’acmé de la
randonnée, son climax me souffle Lisa qui a des lettres
modernes, c’est la rencontre. Huit fois sur dix pleine de
générosité, de fraternité, de simplicité, d’amitié, de sagesse et
tout et tout. Les meilleures mettent en présence la richesse et
la pauvreté, l’occidental saturé de biens de consommation,
celui qui tient le stylo, et l’indigent qui vit de trois fois rien,
celui qui donne le peu qu’il a. Le pittoresque de la misère.
Chanson connue, toute honte bue.
7
L’inverse, le récit du dénuement, ça ne s’appelle pas de la
randonnée, ça s’appelle de la clochardisation ou de
l’immigration clandestine. Les manuscrits se trouvent dans
les Préfectures.
Ne dénigrons personne : tout est dans tout et
réciproquement, comme le soutenait le très antique et très
sérieux philosophe Mordicus d’Athènes dont Pierre Dac mit
à jour la stèle funéraire portant l’inscription : « Ici repose,
dans la paix des dieux de l'Olympe, Mordicus d'Athènes,
l'illustre philosophe ivrogne athénien, fondateur de l'Ecole
éthylique, 328 - 244, au fond de la cour à droite avant l'ère
chrétienne. » Nous, prétendant ne pas être comme tout le
monde, nous sommes aussi toutes celles et tous ceux-là,
comme toutes celles et tous ceux-là sont nous. CQFD.
Nous, préférant marcher seuls, plus de trente-cinq ans de
randonnées, plus de trente-cinq mille kilomètres sous les
semelles, nous, entre nous, on s’est le plus souvent contenté
de nous et de notre dialogue jamais tari.
N’empêche qu’on en a eu notre content de ces fameuses
rencontres, dont il faut dire que leur sel tient plus à la
surprise ou à la nouveauté qu’elles apportent au répétitif
quotidien du marcheur loin de ses bases qu’à leur véritable
assaisonnement. La fatigue et la difficulté poussent à
découvrir de l’extraordinaire dans l’autre, l’étrange étranger.
L’herbe est plus verte quand on met le pied dans le champ
du voisin. Juste une histoire d’ego qui bourgeonne en
essayant de se faire reconnaître et de subjectivité qui
mitonne la réalité à sa sauce.
Un familier nous a suggéré d’en rapporter le best-of. Le
best-of, my God ! D’accord, mais le petit Français qui du
coup se réveille en moi le nommera florilège, je vous ferai
dire.
8Alors il a fallu rassembler des notes dispersées ici et là dans
les carnets, puis sélectionner, puis éliminer, et enfin mettre
en mots. Exercice ingrat et délicieux.
En vérité, je réutiliserai ici sans me mettre la rate au
courtbouillon une douzaine d’aventures et de mésaventures déjà
parues soit dans La clef des chemins, soit dans La marche sur les
cendres.
Au fond c’est l’amour des marches buissonnières qui nous
guide. Ni l’exploit, ni l’exotisme forcené, ni la fuite, ni le
recueillement, ni rien d’autre que l’envie de prendre le
chemin des écoliers, en chantant au soleil ou sous la pluie et
en donnant des coups de pieds dans les chardons et des
coups de bâton sur les ronces.
Ainsi, s’agissant en somme d’être baignés de ciel et d’entrer
en résonance avec nos racines, partir sac au dos depuis le pas
de notre porte et parcourir notre pré carré européen nous
ont suffi.
*****
D’abord savoir marcher : le pied, mode d’emploi
Raymond Devos l’a expliqué : « Mon pied droit est jaloux
de mon pied gauche. Quand l'un avance, l'autre veut le
dépasser. Et moi, comme un imbécile, je marche ! » Preuve
qu’il ne faut pas être grand clerc pour marcher, encore que…
Si l’on en croît le fascicule d’Instruction des jeunes recrues
en usage dans l’Infanterie française (Bulletin des Armées – La
marche sportive, 7 mars 1917), l’ami Bidasse n’était pas fichu de
mettre un pied devant l’autre, et on lui expliquait que pour
marcher le fantassin doit « porter le pied gauche en avant ; le
poser, le talon le premier, à soixante-quinze centimètres du
pied droit qui se lève, tout le poids du corps portant sur le
9pied qui pose à terre ; porter ensuite la jambe droite en
avant, poser le pied à la même distance et de la même
manière qu’il vient d’être expliqué pour le pied gauche, et
continuer de marcher en laissant au bras un léger
mouvement d’oscillation, la tête restant toujours dans la
position directe. Le pied qui est en arrière ne doit
abandonner le contact avec le sol que lorsque celui qui est
devant y a déjà pris appui. »
De la sorte, de braves pioupious qui marchaient depuis
leur naissance sans se demander comment mais en sachant
bien pourquoi se retrouvaient à marcher en sachant
comment mais sans bien savoir pourquoi, ce qui, augmenté
du balancement du bras et de la raideur de la nuque, les
amenait droit au casse-pipe.
Dans la même veine militariste le célèbre (et authentique)
général Poilloüe de Saint-Mars, l’immortel auteur de « La
guérite, cet écrin de la sentinelle ! », signait une circulaire
commençant par : « Le pied est un organe des plus utiles au
fonctionnement de tout bon fantassin », d’où il résulte qu’à
la question devenue légendaire dans les chambrées :
— Que sont les pieds du fantassin ?
Il faut depuis toujours répondre :
— Les pieds du fantassin sont l’objet des soins les plus
constants.
À la même question sur les pieds du randonneur, d’aucuns,
et pas des moins nombreux, répondraient :
— Les pieds du randonneur sont l’objet de bien des
emm...bêtements.
Quant à prendre son pied, le fait qu’on puisse monter au
septième ciel en restant couché ne nous découragera pas,
nous les piétons sachant piétonner.
10ESPAGNE
En ce temps-là la Costa Brava ou l’Andalousie nous
paraissaient exotiques et nous nous enthousiasmions sans y
entendre malice pour les guitares et les castagnettes, le
flamenco, y’a un soleil comme ça, les tapas, la cuisine à
l’huile d’olive (la même servant pour la lampe, la paella et la
salade), la promenade du soir sur les ramblas, Carmen, et
par-dessus tout la peseta qui ne valait presque rien, bref
toute la panoplie des clichés sur l’Espagne éternelle, pauvre
et orgueilleuse.
Juste un pays de vacances et de fêtes ; juste le bronze-cul
de l’Europe.
Mais en ce temps-là nous avions encore mal à l’Espagne et
à son passé sinistre, qui nous bouleversait : la guerre civile,
Guernica, Mourir à Madrid, les Brigades Internationales, La
Pasionaria, l’exode vers la France et les camps du mépris, les
11cent mille fusillés, les soutanes d’un clergé obscurantiste, la
Guardia civil en tricorne de carton noir, les exécutions au
garrot.
Juste une dictature fasciste et la misère ; juste les ténèbres
et le sang.
Cette Espagne qui nous est si proche et dont nous avions
une image si paradoxale est devenue aujourd’hui un pays
somme toute normal, voire très progressiste, excepté le
reliquat des arènes où pour peu l’on entendrait toujours le cri
des franquistes : « Viva la muerte ! ».
Ah, Franco ! Qu’il sera long de se débarrasser de tes petites
jouissances crapoteuses. Qu’il est encore loin le temps où les
touristes seront décrassés de tous les poncifs qui salissent
leur amour de ce pays, et ce pays lui-même.
Outre le chemin de Santiago de Compostela, la Ruta de la
Plata et le tour de la Mancha, j’ai aussi traversé la Catalogne
avec Lisa, puis fait seul le tour de Minorque et le tour de la
Alcarria sur les traces du Viaje a la Alcarria, le chef-d’œuvre
de Camilo José Cela. Et des taurins m’ont accusé de détester
l’Espagne, puisque, raison lumineuse et pertinente n’est-ce
pas ? je proteste contre les corridas.
12
Santiago de Compostela

1983 - 45 jours (15 en France, 30 en Espagne), avec Lisa
Départ de Carcassonne, étapes à Montréal, Gaja-la-Selve, Bonnac, le
Fossat, Sainte-Croix-Volvestre, Salies-du-Salat, Saint-Gaudens, Gargas,
L’Escaladieu, Lourdes, Arthez-d’Asson, Arudy, Issor, Tardets-Sorholus,
Saint-Jean-Pied-de-Port,
Burguete, Villava, Obanos, Estella, Los Arcos, Logroño, Nájera, Santo
Domingo de la Calzada, Belorado, San Juan de Ortega, Burgos,
Castrojeriz, Frómista, Carrión de los Condes, Sahagún, Mansilla de las
Mulas, León, Hospital de Órbigo, Astorga, Rabanal del Camino,
Ponferrada, Villafranca del Bierzo, Linares, Triacastela, Sarria,
Portomarín, Palas de Rei, Arzúa, Lavacolla, arrivée à Santiago de
Compostela

À tout seigneur tout honneur pour le chemin majeur, celui
que l’on titre aujourd’hui de premier des chemins du monde
occidental. Mais de quel chemin parle-t-on ? Bien entendu
les véritables anciens chemins sont pour la plupart devenus
des routes surchargées de véhicules. Nos ancêtres n’étaient
pas stupides au point de couper par la montagne là ou
existait une voie commode dans la vallée, ne zigzaguaient pas
pour atteindre leur but – sauf à rejoindre ici ou là un lieu de
dévotion, et surtout partaient de chez eux, de leur maison,
sans se croire tenus de se rendre à la tête d’une des quatre
voies patentées, Paris, Vézelay, le Puy-en-Velay ou Arles.

Quant à la distinction du classement par l’UNESCO au
Patrimoine mondial, on y trouvera comme un abus de
langage : en France, seuls 157,50 km en 7 tronçons, tous sur
le chemin du Puy, sont classés depuis 1998. La liste en est
publiée sur le site officiel de l’UNESCO :

- de Nasbinals et Saint-Chély-d'Aubrac (17 km)
- de Saint-Côme-d'Olt à Estaing (17 km)
- de Montredon à Figeac (18 km)
- de Faycelles à Cajarc (22,5 km)
- de Bach à Cahors (26 km)
13
- de Lectoure à Condom (35 km)
- de Aroue à Ostabat-Asme (22 km)
Sans pouvoir citer tous les récits parus sur ce sujet – pas
loin de trois cents- il faut dire qu’à la source de l’essor du
pèlerinage jusqu’à l’engouement mondial qu’il connaît
actuellement on pourrait en retenir deux : en 1973 Le chemin
de St-Jacques en Espagne (Guide du pèlerin), de l’abbé Georges
Bernès, guide dont les petits bouts de croquis sommaires ont
fait de leur auteur le père tutélaire du chemin, et Priez pour
nous à Compostelle, des journalistes Pierre Barret et Jean-Noël
Gurgand, paru en 1978, une somme largement diffusée dans
laquelle ils croisent leur propre périple avec celui des pèlerins
du passé et avec l’Histoire, somme qui devint en quelque
sorte le vade-mecum de bien des cheminants.
À notre tour, en 1983, nous avons joui du bonheur de
nous sentir de la génération des précurseurs, après celle de la
dizaine de pionniers. À cette époque les pèlerins à pied
étaient encore insolites. Il n'existait ni réseau d’hébergement,
ni balisage clair ; le plus simple était de demander sa route,
d’un village à l’autre.
De fait les chemins actuels dits de Compostelle, peu ou
prou exacts, répondent davantage à la demande des
randonneurs contemporains ennemis du bitume qu’à un
souci d’authenticité historique.
Et, au vu de leur prolifération, on en est à se demander si
tout village de France ne finira pas un jour par
s’autoproclamer situé sur un itinéraire de Saint-Jacques.
Paradoxalement, on retrouverait ainsi la vérité du pèlerinage,
lorsque de paroisse en paroisse les pèlerins se regroupaient,
formant peu à peu jusqu’au passage des Pyrénées puis au
long du camino frances en Espagne l’armée de la Foi en
marche.
14
L’overdose de marcheurs les menace, la multiplication des
pseudo-itinéraires les menace, le mercantilisme les menace,
mais vive le (les) chemin(s) malgré tout, parce que faire
SaintJacques est une expérience essentielle.

*****

Prière

La veille du départ, le mécréant que je suis a composé la
prière adressée à l’auxiliaire qui, nous voulions le croire,
veillerait sur nous. Façon de dire que nous étions inquiets.

Grand saint Jacques,
éloignez de nous
les cieux qui se détraquent,
l'orage qui nous matraque,
les chemins pleins de flaques
et les ronces (ou les orties) sur nos genoux.

Grand saint Jacques,
exaucez-nous.

Bon saint Jacques,
épargnez-nous
les moteurs démoniaques,
les chiens qui nous attaquent,
les pantalons qui craquent,
et les clôtures (ou les routes) nous rendant fous.

Bon saint Jacques,
exaucez-nous.

Beau saint Jacques,
accordez-nous
des sentiers paradisiaques,
15
l'abri douillet d'une baraque,
des festins aphrodisiaques
et des compagnons (ou des compagnes) fidèles et doux.
Beau saint Jacques,
exaucez-nous.
Sage saint Jacques,
entendez-nous :
en cette époque un peu patraque,
laissez l'humain qui vaque,
sans petit malheur qui le traque,
aller en liberté - peut-être jusqu'à vous ?
Sage saint Jacques,
exaucez-nous.
*****
Nous sommes frits !
Ciel et champs vitrifiés, en mauve et or sertis d’ambre
noir ; blessures pourpres dans l’âme des muscles et des
tendons. Nous sommes deux cristaux sans scintillement,
deux charbons sans ombre, des insectes aux élytres secs, des
errants dont le cuir et l’esprit se racornissent et se
cristallisent en sel. Ainsi naissent les lézards. Comme les
fanges putrides génèrent des crapauds, comme les détritus
engendrent des rats, le soleil et la poussière enfantent des
lézards.
La Señora Doña Maria Garcia de Hornos de Mendoza, fée
noire au chignon serré, raide, droite et sans feuilles comme
un pieu, ne nous démentira pas. Elle nous pose sous le nez
une tasse de chocolat à la farine, une spécialité hispanique
bien sucrée et bien épaisse dans laquelle on plante la cuillère
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