Lui et Elle 1

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En 2133, deux êtres se cherchent,et ne se trouvent qu'en virtuel. Mais le temps est venu de sortir de sa bulle de métal et de rêves artificielles... La lumière est aveuglante. partie I
Science Fiction Fiction spéculative & anticipation
Publié le : dimanche 12 août 2012
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LUI
Ils étaient tous partis. Il suffisait de sortir dans la rue silencieuse, de parcourir quelques
kilomètres à l’intérieur de la ville, pour ressentir ce vide absolu, cette absence de sensation
indéchiffrable. Personne. Nulle part.
Personne, oui, personne, sauf moi.
En
réalité,
des
lambeaux
d’ombres
traversaient
certaines
fenêtres,
évoquant
des
mouvements éphémères. Étaient-ce des corps ou des mirages?
Virtuel; le monde l’est devenu si facilement.
Le réseau a tout recouvert, même nos yeux.
Enfin, pas les miens, pas totalement; je n’ai jamais cru que les visages présents sur mon
ordinateur étaient réels. N’étais-je pas en train d’écrire et de parler à une machine ?
« Ne te pose pas de questions; le réseau est le réseau » disent les voix, par milliers par
millions.
Et moi, ce que je vois, là, dans la rue, n’est autre qu’une cité à l’abandon. Les habitants ne
vivent plus ici, ne se rencontrent plus là; mais sur le réseau, où ils rêvent d’un autre.
Et moi, je marche. J’ai mal aux jambes, j’ai perdu l’habitude de les mouvoir; et le Soleil
me brûle la peau. Je longe les murs nus à la recherche de quelques recoins ombragés.
Où vais-je ?
J’arpente le trottoir en ligne droite, quand je ne suis pas obligé d’accomplir de longs
détours pour éviter les places désertes. Je n’avais jamais remarqué l’immensité des lieux,
avant. Il y a trop d’espace; bien plus que dans ma chambre.
Cela m’effraye.
J’ai perdu la notion d’étendue. Je ne sais même plus tout à fait qui je suis. Je connais
beaucoup de mes semblables à travers le réseau, pourtant, je ne les ai jamais touchés, ni même
effleurés. Ce que j’ai vu, n’est autre que leurs images se mouvant sur l’écran.
Certains m’ont envoyé des photos; je n’en vois pas l’intérêt; c’est devenu facile de créer
des montages avec certains logiciels. Souvent, j’ai envie de leur demander :
« Est-ce toi ? Vraiment ? Ne t’es-tu pas simplement créé un double
virtuel? »
Pourtant, sur l’affiche, on a bien écrit « réseau social »; il manque le mot « virtuel »
quelque part. Les amis d’aujourd’hui ne demeurent plus ceux de demain. Si on appuie sur
cette touche, l’amitié disparaît. Toi que je n’ai jamais connu qu’en peinture; que penses-tu
vraiment ? Que veux-tu ? Pourquoi me parles-tu un soir et t’en vas-tu le lendemain ?
J’ai soif. Je transpire davantage que d’habitude. La chaleur est extrême elle me noie.
L’effort physique est exténuant.
Un instant, j’ai hésité à retourner dans l’anonymat de ma chambre, bien à l’abri derrière
mon écran.
C’est vrai, dehors, je peux être attaqué à tout moment par les Clochards.
Ces personnes
qui n’ont pas rejoints le réseau, sont devenues des légendes urbaines. On les méprise sur les
forums et sur les tchat. On les accuse de tous les maux; ils n’ont pas leurs images sur la toile;
ils sont différents. On a peur qu’ils ne fomentent des troubles et détruisent notre lien virtuel.
Voilà pourquoi je suis dehors aujourd’hui : je dois adhérer à leur groupe et surveiller leurs
agissements.
Sur des millions d’utilisateur, j’ai été tiré au sort. Je suppose que je ne suis pas le seul.
Je suis certain d’être manipulé. Je hais le Réseau; voilà pourquoi j’ai accepté sa Volonté.
Seul, je suis incapable de trouver sa source et de la détruire; mais avec l’aide des Clochards, je
parviendrai à réaliser cet objectif.
Je veux ressentir pour de vrai; je veux savoir qui je suis vraiment et qui vous êtes. Je veux
connaître ma véritable identité.
Cette identité que le réseau m’a arrachée.
ELLE
J’ai peur. Je tremble. Pourquoi le Réseau m’a-t-il choisie ? J’avais pleins d’amis; ils me
souriaient à l’écran. Maintenant, je suis toute seule, perdue dans l’immensité de cette ville.
J’ai eu mal aux jambes en parvenant au rez-de-chaussée. L’ascenseur ne fonctionnait plus.
L’immeuble est si lugubre; dehors, le Soleil m’éblouit. Je me frotte les yeux; des larmes
coulent le long de mes joues.
Je ne serais jamais rassurée; la lumière brûle tant. Dans ma chambre, les stores sont
baissés. L’ombre est bienvenue, et le matin, une brise fraîche effleure mes pieds nus.
Là, dans la rue vide, il fait si chaud. Vais-je fondre ?
Le Réseau me manque déjà. Même lorsque je mange, je tapote de temps à autre les touches
de mon clavier. Mes parents s’enferment dans leur chambre; nous ne parlons jamais, même
lorsque le robot nous livre notre nourriture.
Nous commandons tout sur le Web. Le pays est entièrement automatisé; les cotas sont
publiés sur la page du ministère. Tout est calculé à la virgule près.
Avant, tout polluait, et le monde sombrait peu à peu dans la fournaise. Personne ne voulait
prendre ses responsabilités; l’opulence était la seule règle. On voyait des émissions tous les
jours; regardez cette espèce là est en train de s’éteindre, voyez, le trou dans l’ozone, voyez,
l’augmentation de la population, le réchauffement climatique. Il fallait réagir. L’intelligence
artificielle est née dans ce but; elle nous protège, en régulant le climat. Nous n’avons plus
besoin de travailler, les robots s’en chargent à notre place; ils sauvegardent la planète pendant
que nous planons sur le web, libérés de tous nos soucis…
Je me récite cette leçon d’histoire diffusée sur le Réseau pour me rassurer. En fait, je
n’arrive jamais à m’en souvenir jusqu’au bout. Ma mémoire flanche, même si je l’entraîne des
heures durant via des jeux spécifiques.
Je hais le monde extérieur. Je transpire horriblement; ça me démange. Enfin, je trouve une
surface ombragée. Je m’appuie au tronc de l’arbre, en sueur et fatiguée.
Je n’avais jamais touché du bois, avant. La surface est rugueuse sous mes doigts fins et
blancs; l’écorce est étrangement bosselée, imparfaite.
Tout est en métal dans ma chambre,
même les lattes de mon lit. Tout est lisse et droit; la température ne chute jamais en dessous
de vingt degrés. Elle ne dépasse jamais vingt et un degrés.
Ma main retombe le long de mon corps; j’ai soif. J’aurais dû prendre un gobelet d’eau
claire avec moi. Ma robe immaculée s’obscurcit sous l’afflux de transpiration.
Le Réseau choisit nos partenaires idéals à partir d’un certain âge. Un logiciel nous les
présente un à un, puis nous laisse un an ou deux pour prendre notre décision. Que diraient-ils
tous, s’ils me voyaient dans cet état ?
J’ai envie de rentrer.
Mais je ne peux pas; le Réseau compte sur moi pour affronter les Clochards. Je n’ai pas
d’arme; je me sens vulnérable. Ce n’est pas comme dans le jeu vidéo Clochard Lands, où l’on
incarne une personne chargée de détruire ces monstres vaguement humains.
J’ai toujours eu de bons scores; sur le top dix, je suis neuvième. Mais mon personnage
virtuel possède des muscles titanesques; je suis plutôt chétive en comparaison.
Pourtant, je fais des exercices physiques tous les jours; je remue les chevilles sous mon
bureau d’acier pendant des heures et je fais de même avec mes poignets. Les médecins du
Réseau le conseillent; il faut éviter d’ankyloser ses articulations.
Alors pourquoi ai-je si mal ?
Je me remets en route.
Je veux terminer ma mission le plus vite possible et rentrer chez moi. J’aime le réseau,
voilà pourquoi j’ai accepté sa Volonté. Il m’évite la souffrance; il me donne une identité que
je chérie.
Je tuerai quiconque tentera de mettre fin à ce paradis virtuel.
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