Philosophes européens et africains

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Ce livre présente les trois voies existant en philosophie : la voie cosmologique, la voie anthropologique et la voie métaphysique. Toutes les questions philosophiques peuvent être abordées sous l'une de ces voies, qui ne sont pas trois domaines distinctifs de l'existence mais plutôt trois points de vue, trois points de départ pour engager une réflexion totale. Ce projet brosse également les pensées historiales des philosophes. En plus, il s'agit d'une réflexion éthique et d'une vue globale de la pensée africaine.
Publié le : dimanche 15 février 2015
Lecture(s) : 3
EAN13 : 9782336370033
Nombre de pages : 210
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Alexis Mpoyi MukalaPHILOSOPHES
EUROPÉENS ET AFRICAINS
Les pensées historiales majeures
L’origine mythique de la philosophie a évolué progressivement
à travers les âges jusqu’à atteindre un discours rationnel.
C’est ainsi que la philosophie a développé une diversité de PHILOSOPHES
systèmes de pensée ne faisant pas l’unanimité des esprits
compétents. Ce livre présente les trois voies en philosophie : EUROPÉENS ET AFRICAINS
- La voie cosmologique ;
- La voie anthropologique ;
- La voie métaphysique. Les pensées historiales majeures
D’ailleurs, ces trois voies ne recouvrent pas trois domaines
distinctifs de l’existence. Ce sont plutôt trois points de vue
différents, trois points de départ pour engager une réfexion
totale. Toutes les questions philosophiques peuvent être
abordées sous l’une des voies. Ce projet brosse les pensées
historiales des philosophes. Certains penseurs sont étudiés,
d’autres sont mentionnés, beaucoup sont cités pour
permettre au chercheur d’avoir une idée sur les auteurs.
En plus, il s’agit d’une réfexion éthique et d’une vue globale
de la pensée africaine.
Alexis Mpoyi Mukala Katekelay, né à
Kananga (RDC), est Docteur en philosophie.
ISBN : 978-2-343-04878-9
20 e
Alexis Mpoyi Mukala
PHILOSOPHES EUROPÉENS ET AFRICAINS




PHILOSOPHES EUROPÉENS ET AFRICAINS
Les pensées historiales majeures





































© L’HARMATTAN, 2015
5-7, rue de l’École-Polytechnique ; 75005 Paris
http://www.harmattan.fr
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr
ISBN : 978-2-343-04878-9
EAN : 9782343048789 Alexis MPOYI MUKALA




PHILOSOPHES EUROPÉENS ET AFRICAINS
Les pensées historiales majeures





























REMERCIEMENTS
Les philosophes européens et africains sont destinés au
public pourvu d’une formation qui s’apparente à la philosophie et
qui cherche à acquérir un bagage historique en philosophie.
Nous ne doutons pas de l’intérêt de ce livre qui permet au
lecteur initié de rafraîchir la mémoire, de refaire le survol des
développements de la pensée depuis l’antiquité jusqu’à rencontrer
les ténors de la pensée africaine.
Cet exposé historique dresse un inventaire de grands
courants de la pensée, alignant un éventail des idées philosophiques
touchant à l’histoire des idées, à l’épistémologie, à la
philosophie de la nature, à la morale, et à la métaphysique, etc.
L’objectif de ce livre est centré sur une série de débats qui
dominent l’histoire mouvementée de la philosophie et soulèvent
des controverses, c’est le cas de l’être et du non-être, de
l’origine matérielle ou non du monde, ainsi que du débat autour
de l’existence ou non de la philosophie africaine. Ce livre offre,
à travers quelques idées non exhaustives avec des penseurs, un
itinéraire pédagogique permettant de comprendre pour le mieux
le monde philosophique.
Cependant, la parution de ce livre est l’œuvre de plus d’une
personne. C’est pourquoi, je rends un premier hommage aux
différentes institutions d’Enseignements Supérieur,
Universitaire et Recherche Scientifique du Congo (R.D.C) dans
lesquelles j’enseigne. Je remercie également l’Université Officielle
de Mbujimayi qui m’a offert un cadre adéquat de travail pour
arriver au bout de cette recherche. Je remercie également Henry
Panhuys, Directeur de la Collection « Economie Plurielle »
pour son intermédiation afin que ce travail soit publié dans les
éditions de l’Harmattan, carrefour des cultures. Je ne puis en
aucun cas oublier de nombreux collaborateurs qui partagent la
vie avec moi et qui m’ont encouragé à effectuer cette recherche,
je pense notamment à Kambaja Kasembwe, Kabiena Kuluila,
Balekelayi Mulumba, Samuntu Sakaji Tshibola et Ngoyi
Mukadi notre informaticien. Je suis grandement redevable et
reconnaissant au Professeur Placide Muamba Mulumba qui a
orienté ce travail vers la Collection « Economie Plurielle »
7
avant qu’il atterrisse à la Librairie-Edition L’Harmattan,
carrefour du savoir dirigée par Monsieur Pryen. Que ma famille tout
entière trouve dans ce travail le fruit de son soutien.



MPOYI MUKALA Alexis















8
INTRODUCTION GENERALE
La philosophie et son orientation
L'objet de la philosophie
Les hommes vivant sur cette terre ont plusieurs sortes
d'occupations : certains font de la musique et du sport,
quelquesuns s'intéressent aux travaux manuels, d'autres encore
consacrent leur temps libre à la lecture. Il y en a qui ont une
administration pour les animaux. Les juristes disent le droit, éprouvent
le désir de considérer le droit, et ses problèmes, par rapport aux
idées directrices.
En dehors des questions spécifiques qui intéressent tel
homme, telle femme en particulier, il existe pourtant des
questions de nature à intéresser les hommes, questions qui
concerneraient chaque être humain, indépendamment de son identité
et de sa race. Ce genre de questions est l'objet de la
philosophie.
A cet effet, la philosophie, en tant que science du
questionnement, a tissé sa riche histoire autour des problématiques de
fond comme l'un et le multiple, l'essence et la dynamique de
l'être, le sens de la destinée humaine, la capacité humaine de
dire l'être, la validité du savoir, le dialogue du bien et du mal...
La dynamique de la réflexion philosophique a montré une
variabilité qui est tributaire non seulement de différents angles
sous lesquels chaque problématique a été approchée, mais aussi
et surtout de la façon dont l'état d'avancement de la philosophie
a apporté un éclairage utile à une meilleure circonscription des
questions.
Qu'est-ce qu'il y a de plus important dans la vie ? Si l'on
interroge quelqu'un qui ne mange pas à sa faim, ce sera la
nourriture. Mais, au-delà des besoins primaires, existe-t-il malgré
tout quelque chose dont tous les hommes aient besoin ? Les
philosophes pensent que oui. Ils affirment que l'homme ne vit
pas seulement de pain. Tous les hommes ont besoin de
nourriture, d'amour et de tendresse. Mais, il y a autre chose dont nous
avons besoin : c'est de savoir qui nous sommes et pourquoi
9
nous vivons. L'homme se pose le problème du savoir, de la
destinée, de l'esprit, etc.
Le désir de savoir pourquoi nous vivons est une occupation
essentielle de la vie. Celui qui se pose ce genre des questions
rejoint en cela les préoccupations de toutes les générations qui
l'ont précédé. L'origine du cosmos, de la terre et de la vie est un
problème autrement crucial que de savoir qui a remporté la
dernière coupe de l’Afrique.
En effet, la meilleure façon d'aborder la philosophie, c'est de
poser quelques questions philosophiques : comment le monde
a-t-il été créé ? Y a-t-il une volonté ou un sens derrière ce qui
arrive ? Existe-t-il la vie après la mort ? Quel est le sens de la
faute, du bien et du mal ? Comment peut-on trouver des
réponses à de telles questions ? Sans oublier celle-là : comment
faut-il vivre ? (questions éthiques)
Les hommes se sont de tout temps posé ces questions. A ma
connaissance, aucune culture ne s’est préoccupée de savoir qui
sont les hommes ou comment le monde a été créé. Au fond, il
n'y a pas autant de questions philosophiques que ça. On en a
déjà vu les plus importantes. Mais, l'histoire nous propose
différentes réponses pour chaque question. Il est également
beaucoup plus facile de poser des questions philosophiques que d'y
répondre.
Aujourd'hui aussi, il s'agit pour chacun d'entre nous de
trouver ses réponses aux mêmes questions. Inutile de chercher dans
une encyclopédie, s'il existe un dieu ou s'il y a une vie après la
mort. L'encyclopédie ne nous renseigne pas non plus sur la
façon dont nous devons vivre. Mais, lire ce que d'autres
hommes ont pensé peut nous aider à fonder notre jugement sur
la vie.
Aussi, pourrait-on penser que, même si c'est difficile de
répondre à une question, il y a une et une seule bonne réponse :
soit il existe une sorte de vie après la mort, soit il n'y en a pas.
La science a fini par résoudre un grand nombre de vieilles
énigmes. Il fut un temps où la face cachée de la lune était un
grand mystère. Aujourd'hui, on sait à quoi ressemble la face
cachée de la lune. On ne peut plus croire ou dire que la lune est
habitée ou qu'elle est un fromage.
10
L'étonnement philosophique
1Un vieux philosophe grec , qui vivait il y a plus de deux
mille ans, pensait que la philosophie était créée grâce à
l'étonnement des hommes. L'homme trouve si étrange le fait d'être
en vie que les questions philosophiques apparaissent
d'ellesmêmes, disait-il.
C'est comme assister à un tour de magie : nous ne
comprenons pas ce qui s'est déroulé sous nos yeux. Alors, nous nous
demandons: comment le magicien a-t-il transformé les papiers
en argent ? Beaucoup pensent que le monde est aussi
incompréhensible que cet argent qui vient des papiers. En ce qui
concerne l'argent, on comprend qu'on s'est fait avoir. Mais,
comment il a fait, toute la question est là. Le problème est tout à
fait différent quand il s'agit du monde. Nous savons que le
monde n'est pas un tour de passe-passe, car nous vivons sur
cette terre et nous en faisons partie. Au fond, l'argent qui vient
du vide, c'est nous.
Mais l'argent n'a pas conscience de participer à un tour de
magie. Nous nous sentons participer au mystère et aimerions
bien comprendre comment tout ça est imbriqué. Le philosophe
étonné regarde le magicien dans les yeux pour comprendre.
C'est ça le rôle du philosophe qui est celui de s'étonner.
Tous les enfants possèdent ce don d'étonnement, voire le
nourrisson qui s'étonne en saisissant avec curiosité tout ce qui
lui passe à portée de la main et à l'apparition du langage, se met
à crier, ha ! Ha ! dès qu'il aperçoit un chien. Les adultes
habitués ne sont pas dépassés, car familiarisés avec le chien. Avec
l'âge plus rien ne nous étonne. Mais, on perd quelque chose
d'essentiel et que les philosophes essaient de réveiller en nous.
Car, tout au fond de nous, une petite voix nous dit que la vie est
une grande énigme. Et cela, nous en avons fait l'expérience bien
avant qu'on ne nous l'ait enseigné.
En effet, précisons ceci : bien que les questions
philosophiques concernent tous les hommes, tout le monde ne devient
pas philosophe pour autant. Pour différentes raisons, la plupart

1 Il s'agit d'Aristote.
11
des gens sont tellement pris par leur quotidien qu'ils n'ont pas
le temps de s'étonner de la vie. Pour les enfants, le monde et
tout ce qui s'y trouve sont quelque chose de radicalement neuf,
ils n'en reviennent pas. Il n'en va pas de même pour tous les
adultes, puisque la plupart d'entre eux trouvent que le monde
n'a rien d'extraordinaire.
Les philosophes constituent à ce titre une exception
honorable. Un philosophe ne s'habitue pas vraiment au monde. Pour
le philosophe, homme ou femme, le monde reste quelque chose
d'inexplicable, de mystérieux, et d'énigmatique. Les
philosophes et les plus petits enfants ont une qualité en commun :
l'étonnement.
« On pourrait dire que les philosophes gardent toute leur
2vie une peau aussi fine que celle d'un enfant » .
Dans ce cas, il y a urgence pour tout homme à apprendre
par la philosophie qu'il ne reste pas sur la mauvaise pente, et
qu’il ne fait pas partie des gens mous ou indifférents. Qu'il soit
vigilant et qu'il ait les yeux grands ouverts. Qu'il soit comme
les philosophes qui ont le courage de faire le dangereux voyage
qui les mène aux frontières extrêmes du langage et de
l'existence. Que le philosophique aide à étudier rationnellement les
contours des sciences sociales en vue de comprendre l'univers
social. A ce titre, la philosophie permettra de comprendre et de
critiquer les phénomènes sociaux, de déterminer ce qui peut
être théoriquement connu, de toute sorte, de tout temps et dans
toutes conditions et de ramener enfin le chaos et la multiplicité
à l'unité. Bref, la philosophie aide l’homme à donner et à
modi3fier sa vie de manière spécifique .
La représentation mythique du monde
Le terme philosophie recouvre une façon de penser
radicalement nouvelle qui vit le jour en Grèce environ 600 ans avant
Jésus-Christ. Auparavant, diverses religions s'étaient chargées

2 Gaarder J., Le monde de Sophie, Ed. Seuil, Paris, 1998, p. 33.
3 Friedman W., Théorie générale du droit, 4è éd. Bibliothèque de Philosophie
du Droit, Paris, 1965, p. 3-15.
12
de répondre à toutes les questions que se posaient les hommes.
Ces explications d'ordre religieux se transmettaient de
génération en génération sous forme de mythes. Un mythe, c'est un
récit sur les dieux qui cherche à expliquer les phénomènes
naturels et humains.
Les Grecs anciens avaient une idée fataliste de la société
liée au mythe, c'est-à-dire que tout vient du destin. C'est ce
genre d'explication que refusaient les philosophes. L'homme ne
peut en aucun cas rester assis les bras croisés à attendre que les
dieux interviennent chaque fois que le malheur s'abat sur lui
sous forme de sécheresse ou d'épidémie. Ceci se produisait de
différentes manières par des rites ou pratiques religieuses. La
pratique religieuse la plus importante est le sacrifice, voire le
sacrifice humain, pour atteindre l'objectif. Cette conception de
sacrifice a beaucoup évolué. Le mythe porte à certains égards
un message de délivrance.
En évoluant, on trouve un premier regard critique sur le
mythe chez le philosophe Xénophane : 570 avant J.C. C'est
justement vers cette époque que les Grecs fondèrent des cités
en Grèce, des colonies au sud de l'Italie et en Asie mineure. Les
esclaves accomplissaient toutes les tâches matérielles et les
citoyens libres avaient tout le loisir de s'intéresser à la vie
politique et culturelle. Dans les grandes villes, on vit naître une
nouvelle manière de penser. Un individu isolé avait le droit de
s'interroger sur l'organisation de la société. De la même façon,
chacun pouvait se poser des questions d'ordre philosophique,
sans avoir recours à la tradition des mythes.
On dira qu'on est passé d'un mode de pensée mythique à un
mode de pensée fondé sur l'expérience et la raison. Le but des
premiers philosophes grecs fut en effet de trouver des causes
naturelles aux phénomènes naturels. Etant donné cette distance
prise par la philosophie à l'égard des mythes, on pourrait
donner une définition suivante à la philosophie.
La définition de la philosophie
La philosophie est une réflexion critique et autocritique de
la réalité humaine. Elle permet de comprendre et de donner un
13
nouvel éclairage sur les activités existentielles de l'homme. Le
Philosophe doit en faire un usage habile pour pénétrer les
phénomènes sociaux.
Nous avons tenté de définir le concept « philosophie ».
Cette définition est partielle, elle ne donne pas le sens de la
globalité du terme ; car Jules Lachelier a affirmé il y a quelque
temps que la philosophie n'était pas une matière de
connaissance. Dans toutes les autres disciplines vous avez quelque
chose à apprendre : en mathématique, une suite logique de
théorèmes, en sciences naturelles, en histoire... on essaie
d'expliquer les choses d'une façon rationnelle. En philosophie, il
n'est rien de semblable. Peut-être qu'on peut nous demander de
retenir en philosophie des idées et des théories des grands
philosophes. On n'est pas tenu de partager ou d'approuver l'une ou
l'autre théorie de ces philosophes. D'ailleurs, aucun système
philosophique n'a jamais obtenu l'accord unanime des esprits
compétents. Par exemple, Hegel et Sartre sont tous deux de
grands philosophes, mais leurs systèmes sont tout à fait
différents et même antagonistes.
Si vous espérez de la philosophie un ensemble de
connaissances précises et sûres et qu'il vous suffisait de recevoir, votre
déception sera complète.
Faute de nous donner un savoir, la philosophie nous
proposera-t-elle un art de vivre, une morale ? Mais les systèmes qui
proposent à l'homme des règles de conduite sont aussi divers
que ceux qui prétendent expliquer le monde. Il n'y a pas, en
philosophie, « de vérités » du même ordre qu'un théorème ou
qu'une loi physique ; au cours de l'histoire, les systèmes
succèdent aux systèmes. Chaque philosophe s'emploie à réfuter ceux
qui le précèdent et sera réfuté à son tour. M. Gusdorf remarque
qu'aucune philosophie n'a pu mettre fin à la philosophie bien
que ce soit le vœu secret de toute philosophie. Ainsi, chaque
philosophe, un peu comme chaque artiste, musicien ou poète a
sa façon propre de voir et d'exprimer le monde, sa propre
Weltanschauung comme disent les Allemands.
En effet, les discussions et les désaccords des philosophes
ne poussent au scepticisme que le paresseux : les autres y
verront au contraire l'invitation pressante à se pencher sur ces
pro14
blèmes, à réfléchir par eux-mêmes. Les théories philosophiques
ne sont pas précieuses avant tout par leur contenu, par les
conclusions qu'elles apportent, mais par l'exemple qu'elles vous
offrent d'une réflexion que l'on s'efforce de conduire avec
rigueur. Kant disait: « qu'il n'y a pas de philosophie que l'on
puisse apprendre, on ne peut qu'apprendre à philosopher ».
L'étymologie du mot « philosophie », si nous y prenons
garde, confirme cette interprétation. La philosophie, ce n'est
pas la « sophia » elle-même, science et sagesse à la fois. C'est
seulement le désir, la recherche, l'amour de cette sophia. Cette
distinction de Pythagore est soulignée par Jaspers. Dans
l'ouvrage « Introduction à la philosophie », il insiste sur cette idée
que l'essence de la philosophie est la recherche du savoir et non
sa possession. Mais elle se trahit elle-même lorsqu'elle
dégénère en dogmatisme, c'est-à-dire en un savoir mis en formule,
définitif, complet.
Faire de la philosophie, c'est être en route, les questions en
philosophie sont plus essentielles que les réponses et chaque
réponse devient une nouvelle question. Il y a donc dans la
recherche philosophique une humilité authentique qui s'oppose
au dogmatisme du fanatique : le fanatique est sûr de posséder
la vérité. Dès lors, il n'a plus besoin de chercher et il succombe
à la tentation d'imposer sa vérité à autrui.
La vérité est son bien, sa propriété, alors qu'elle est
l'exigence du philosophe. Le fanatique reste dans l'illusion qu'il est
dans la certitude. Le philosophe s'efforce d'être le pèlerin de la
vérité. L'humilité philosophique consiste à dire que la vérité
n'est pas plus à moi qu'à toi, mais qu'elle est devant nous.
Ainsi, la conscience philosophique n'est pas une possession d'un
savoir absolu. Elle est une conscience inquiète, insatisfaite de
ce qu'elle possède, mais à la recherche d'une vérité qu’elle n’est
pas sûre de trouver.
Conclusion
Le projet de ce livre « Eléments de philosophie » est simple.
Il s’agit de présenter quelques philosophes dans chaque vie.
Certains penseurs sont étudiés, d’autres sont mentionnés,
beau15
coup sont cités pour permettre au lecteur d’avoir une idée sur
les auteurs.
Le lecteur s’attardera aux premiers, pourra parler des
deuxièmes et situera les troisièmes. Tout cela devrait donner une
vue d’ensemble de la pensée digne d’un honnête (citoyen) à
mi-chemin entre le vœu pragmatique et le rat de bibliothèque.
La dichotomie du sujet-objet
sujet-objet
L’expérience spontanée de l’activité consciente est celle
d’une distinction entre mon univers intérieur, le moi et
l’univers extérieur, le non-moi. SARTRE (1905-1980) a
finement analysé cette affirmation du moi, du je, qui n’est possible
que dans la mesure où elle nie, néantise, tout ce qui n’est pas
je, c'est-à-dire le non-moi et s’y oppose. Le je se pose en
s’opposant, en prenant ses distances : « je ne suis pas cela ».
L’affirmation de soi (du moi) implique nécessairement la
négation de ce qui n’est pas soi (le non-soi).
Le domaine du moi est le domaine du sujet et le domaine du
non-moi est le domaine de l’objet. Lorsque le sujet s’affirme, il
objective tout ce qui n’est pas lui.
Le domaine du sujet est le domaine de la subjectivité et le
domaine de l’objet est le domaine de l’objectivité.
Contrairement à ce que peut suggérer le langage courant, le monde de la
subjectivité n’est pas nécessairement le monde de l’erreur et le
monde de l’objectivité n’est pas nécessairement le monde de la
vérité. Une affirmation subjective est une affirmation
indépendante de toute expérience objective : « Dieu existe » est une
affirmation subjective qui est soit vraie, soit fausse : « Deux
plus deux font quatre » est une affirmation subjective vraie. De
même, « cette maison est rouge » est une affirmation qui relève
d’une expérience objective mais rien ne prouve que je ne sois
victime d’une illusion en faisant ce constat.
Le domaine de la subjectivité est le domaine de l’a priori,
c'est-à-dire de ce qui précède toute expérience (a priori =
16
avant) et le domaine de l’objectivité est le domaine de l’a
posteriori, c'est-à-dire de ce qui relève de l’expérience (a
posteriori=après). Ici encore, soyons clairs : il y a des affirmations a
priori qui sont vraies ou fausses et des affirmations a posteriori
qui sont vraies ou fausses.
Le domaine de l’a priori est le domaine des idées, de la
logique, de la raison, de l’intelligibilité tandis que le domaine de
l’a posteriori est le domaine des faits, de l’expérience, de la
sensibilité.
Les philosophes, qui cherchent la vérité, vont construire des
visions du monde des idéologies comme on dit aujourd’hui, qui
s’inspirent toujours plus ou moins de l’un de ces deux
domaines. Certains philosophes privilégient le sujet, les idées :
c’est l’idéalisme (Platon, Descartes, Sartre). D’autres
privilégient l’objet, l’expérience : c’est le réalisme (Aristote, Hume,
Bergson).

En résumé :
Moi non-moi
sujet (je) objet
Subjectivité objectivité
a priori a posteriori
Idées faits
Raison expériences
Intelligibilité sensibilité
Idéalisme Réalisme
Spontanément, cette classification semble évidente mais les
habitués (ou soi-disant tels !) de la réflexion philosophique
vont rapidement estimer que cela est un peu rapide et que la
réalité est plus compliquée. Il est vrai que l’histoire de la
philosophie est un perpétuel conflit entre les deux domaines qui
s’opposent, se nient, tentent de se récupérer et n’arrivent que
très rarement à se réconcilier. En respectant ou en attendant
17
mieux, cette dichotomie sujet–objet peut déjà nous permettre
de comprendre les trois voies classiques de la philosophie.
Les trois voies en philosophie
Le point de départ de la philosophie est l’étonnement. Ce
n’est pas un signe de naïveté mais bien plutôt d’intelligence et
de liberté. Pourquoi telle chose est-elle ainsi et non autrement ?
Pourquoi fait-on les choses de telle façon et non autrement ?
L’homme est-il le résultat d’un sujet ou d’un accident ? Dieu
existe-t-il ? Quelle est la spécificité de l’homme par rapport à
l’animal ? Qu’est-ce que la matière ?
Les questions ne manquent pas pour celui qui veut passer sa
vie autrement qu’une table ou une chaise. Ces interrogations
philosophiques peuvent être envisagées à partir de la voie
cosmologique, anthropologique ou métaphysique.
La voie cosmologique
Nous commençons d’abord au niveau du pôle objectif. En
effet, le point de départ de la réflexion est le non-moi, l’objet,
le monde au sens large du terme (cosmos). La réalité extérieure
interpelle le philosophe. Cette réalité peut être la nature ou la
société.
Les questions concernant la nature sont nombreuses :
Quelle est l’origine de l’univers ? Comment expliquer
l’apparition de la vie et de la pensée sur terre ? Quel est le
statut des lois scientifiques ? Que penser de la matière, de
l’espace, du temps ? (Aristote, Bergson, Teilhard de Chardin).
Les questions concernant la société traitent des rapports
humains, des phénomènes sociaux, des différents systèmes
politiques, de l’Etat, du pouvoir, des questions
démographiques, de la guerre, de l’histoire humaine, des rapports entre
les différentes cultures… (Hobbes, Machiavel, Marx, Levi
Strauss).
Cette distinction entre nature et société est forcément un peu
arbitraire et il y a de nombreuses questions qui concernent les
deux domaines en même temps. Par exemple, certains penseurs
18
contemporains estiment que l’activité politique est la
domination de l’homme par l’homme tandis que l’activité scientifique
est la domination de la nature par l’homme. Dans les deux cas,
il s’agit de dominer ou de manipuler et l’on peut
éventuellement supposer que les théories scientifiques sont influencées
par les systèmes politiques et réciproquement (Marcuse,
Adorno, Habermas).
La voie anthropologique
Ensuite, pôle subjectif. En effet, le point de départ de la
réflexion est le moi, le sujet, l’homme (anthropos) en tant qu’être
pensant, comme « je » en face du monde. Les thèmes abordés
et les questions soulevées concernent alors la liberté, le désir, le
langage, les facultés humaines, l’agir humain, etc. Qu’est-ce
que la liberté, la volonté, la perception, la mémoire,
l’imagination ? Quelle est la différence entre l’homme et
l’animal ? Pourquoi y a-t-il toujours un décalage entre mes
projets et la réalisation de ceux-ci ? Qu’est-ce que la
souffrance, le mal, la solitude, la culpabilité ? Mais aussi, l’amour,
l’amitié, la maternité, la paternité, l’espérance… ? (Platon,
Descartes, Sartre, Blondel, Marcel, Kierkeggard).
D’une façon tout à fait générale, mais peut-être un peu
exèmecessive, on s’accorde à dire que la pensée du XX siècle est
anthropologique tandis que le point de vue philosophique de
l’antiquité est plutôt cosmologique.
La voie métaphysique
Enfin, pôle absolu. Ici, le point de départ de la réflexion
essaie de dépasser la distinction sujet–objet, c'est-à-dire de
transcender (dépasser) l’opposition des pôles subjectif et objectif en
les réconciliant. Cette troisième voie est plus difficile à
comprendre parce qu’on ne fait pas l’expérience directe
(immédiate, spontanée) du pôle absolu comme c’est le cas des pôles
subjectif et objectif. Toutefois, la simple logique implique sa
réalité. En effet, la philosophie essaie de comprendre :
comprendre, c’est unifier, mettre de l’ordre dans le désordre, de
l’unité dans la multiplicité. Donc, la compréhension ultime de
19
toute chose (projet prétentieux en apparence) suppose
l’unification ultime qui réconcilie les deux domaines du sujet et
de l’objet. Il va donc de soi que le dernier mot des choses
dépasse nécessairement le dualisme sujet-objet.
L’objet de cette troisième voie concerne les questions de
l’être, de la totalité des choses, de l’universalité, de l’infini, de
l’existence et de la nature de Dieu, du statut des valeurs
universelles. Certains esprits chagrins estiment que ces discussions
sur l’absolu sont abstraites, que c’est une science qui fait
abstraction de certains aspects de la réalité, ce qui est le cas de
toutes les sciences particulières… puisqu’elles sont
particulières ! La seule science non abstraite est donc bien celle qui
s’occupe ni plus ni moins de l’absolu puisque rien n’est mis de
coté au départ. Seul l’absolu est concret ! Cela fait un peu
sourire les esprits soi-disant pratiques. Tant pis pour eux (Thomas
D’Aquin, Heidegger, Bruaire).
Trois points de vue différents
Faisons un pas de plus dans notre réflexion sur ces trois
voies. En fait, elle ne recouvre pas trois domaines distincts de
l’existence. Ce sont plutôt trois points de vue différents, trois
points de départ pour engager une réflexion totale. Toutes les
questions philosophiques peuvent être abordées sous l’angle
cosmologique, anthropologique et métaphysique. Voyons cela
à partir de quelques exemples.
Dans le domaine du vrai, soit l’énoncé « la somme des
angles d’un triangle égale 180° ». On peut se poser la question
de l’origine d’une telle vérité. Les philosophes, sensibles à la
voie cosmologique, feront remarquer qu’une telle vérité trouve
son fondement dans la réalité matérielle, il faut bien l’exprimer
sur un papier avec un stylo ou un crayon, la vérifier sur un
dessin sensible, la lire ou l’écrire dans un livre, l’expliquer
avec une craie sur un tableau. Bref, pas de vérité géométrique
sans un support matériel objectif. La voie anthropologique fait
remarquer qu’une telle vérité trouve son fondement dans
l’effort intellectuel du savant et qu’elle ne peut donc exister
sans l’intervention d’un sujet. Le point de vue métaphysique,
20

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