2005 : le choc démographique, défi pour les professions, les branches et les territoires

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Quel sera l'impact sur le marché du travail du choc démographique attendu dans la décennie à venir et résultant du départ en retraite des générations nombreuses nées dans l'après-guerre ? Comment cette sortie massive d'actifs va-t-elle jouer sur le comportement de tous les acteurs du marché du travail ? Existe-t-il des degrés de liberté pour faire face à ce défi ? L' atelier Effets démographiques sur l'offre de travail du Commissariat général du plan s'est attaché à éclairer ces questions et présente ici ses analyses. Le rapport est complété par une série d'annexes.
Publié le : dimanche 1 décembre 2002
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Source : http://www.ladocumentationfrancaise.fr/rapports-publics/024000617-2005-le-choc-demographique-defi-pour-les-professions-les-branches-et-les-territoires
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QUALIFICATIONS&PROSPECTIVE
2005 : le choc démographique, défi pour les professions, les branches et les territoires
Novembre 2002
QUALIFICATIONS&PROSPECTIVE
Président de l atelier Michel Amar Direction de lanimation de la recherche, des études et des statistiques
Rapporteurs Christine Afriat Commissariat général du Plan
Jean-Marc Grando Centre détudes et de recherches sur les qualifications
Robert Pierron Conseil régional dAquitaine
Lucile Richet-Mastain Direction de lanimation de la recherche, des études et des statistiques
Sommaire
Introduction..................................................................29
Première partie Le contexte démographique et macro-économique.............................................. 11
Quelles perspectives pour la population active à lhorizon 2010 ? .............. 15
Quel cadre macro-économique pour ce choc démographique ? .................................. 25
Deuxième partie Les taux d activité et leurs déterminants................................................ 31
Le comportement des actifs ........................................ 37
Le comportement des entreprises .............................. 49
Le comportement des pouvoirs publics
......................
65
Troisième partie Hétérogénéité et concurrence des métiers, des secteurs et des territoires.......... 71
Métiers et niveaux de qualification touchés par lemploi et les départs en retraite.......................... 77
Les concurrences entre secteurs ................................ 99
Une polarisation régionale .......................................... 111
Quatrième partie La mobilisation des acteurs.................................... 123
La mobilisation des entreprises .................................. 129
La mobilisation dans les régions ................................ 139
La mobilisation des pouvoirs publics .......................... 151
Conclusion .................................................................. 159
Annexes ......................................................................
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Introduction
Quel sera l'impact sur le marché du travail du choc démographique attendu dans la décennie à venir et résultant du départ en retraite des générations nombreuses nées dans laprès-guerre? Comment cette sortie massive d'actifs va t-elle jouer sur le comporte-ment de tous les acteurs du marché du travail ? Existe-t-il des degrés de liberté pour faire face à ce défi ? Ce sont toutes ces questions que le groupe de Prospective des métiers et des qualifications auprès du Commissariat général du Plan a demandé à l'atelier "Effets démographiques sur l'offre de travail" d'éclairer. Les évolutions à moyen terme de la population française en âge de travailler, celle des 20-64 ans, sont connues. Les générations les plus nombreuses de l'après-guerre vont, dès 2005, passer le seuil des 60 ans et entrer massivement en retraite. Compte tenu du fait que les générations entrant simultanément sur le marché du travail sont d'ef-fectifs moins nombreux, à terme, le volume de la population active devrait diminuer. Cette situation risque de devenir problématique au regard des besoins en main-d'uvre du système productif et pose le problème de l'interaction entre l'évolution de la population active et les perspectives de croissance. D'une part, un ralentissement ou même une baisse de la population active contraint la croissance potentielle de l'économie et d'autre part, les tensions du marché du travail peu-vent modifier les comportements d'activité et attirer sur le marché du travail plus de jeunes, plus de femmes ou plus de seniors. C'est pour-quoi dansla première partiesont abordées les perspectives démogra-phiques et macro-économiques de notre pays. Ces perspectives démographiques amènent alors à poser la question des déterminants des comportements d'activité : peut-on envisager d'infléchir ces comportements, du côté des jeunes, des femmes ou
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- Introduction -
des seniors ? Cette situation nouvelle aura-t-elle des effets sur les dis-positifs de sortie anticipée du marché du travail ? Permettra-t-elle de répondre aux objectifs du niveau européen visant à augmenter le taux d'activité des travailleurs les plus âgés ? Ce nouveau contexte aura-t-il un impact sur les politiques de formation professionnelle, notam-ment celles visant les plus de 40 ans ? Cela concerne certes la puis-sance publique mais aussi tous les autres acteurs du marché du tra-vail, les entreprises, comme recruteurs, comme gestionnaires des res-sources humaines et comme prescripteurs et financeurs de la forma-tion professionnelle, mais aussi les salariés et leurs organisations. L'ensemble de ces thèmes sera abordé dansla seconde partie. Cette problématique ne se pose pas de manière uniforme dans chaque marché du travail, dans toutes les professions, toutes les branches et dans tous les territoires. Certains métiers connaîtront une croissance forte en termes d'emploi, d'autres seront confrontés à des flux importants de départs en retraite, d'autres pourraient connaître les deux situations. Qui plus est, dans un contexte plus tendu, les concur-rences entre métiers seront plus vives, à partir de l'attractivité que sau-ront déployer les différents acteurs. Ce sont ces concurrences qui expliquent les difficultés de recrutement signalées de manière récur-rente dans certaines branches, et qui pourraient s'aggraver dans les dix ans à venir. Ce sont toutes ces dimensions qui seront abordées dansla troisième partie. Enfin, dansla quatrième partieon développera l'idée que les atouts,, les leviers pour agir, pour réagir et s'adapter au nouveau contexte sont aussi variables, d'un métier à l'autre, d'un secteur à l'autre, d'un terri-toire à l'autre. On insistera tout particulièrement sur la dimension terri-toriale, essentielle quand on arrive à des propositions d'actions visant à répondre à ces tensions futures, en s'appuyant sur trois exemples de pratiques régionales. En effet, s'il nous est possible ici de cerner les principales évolutions par grands secteurs ou métiers, c'est ensuite au niveau local, au sens d'une zone géographique ou d'une branche bien spécifique, soumise à une situation difficile, pour des raisons démo-graphiques ou économiques, qu'il conviendra ensuite d'affiner le dia-gnostic pour l'action.
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Première partie
Lecontexte démographique etmacro-économique
Synthèse
Malgré quelques incertitudes, le contexte démographique et macro-économique auquel vont être confrontés dans les dix prochaines années les acteurs du marché du travail peut être ainsi esquissé.
Compte tenu du ralentissement passé de la natalité, et des évolutions de long terme des comportements dactivité en phase dinsertion et en fin de carrière, la croissance de la population active devrait sessouf-fler, puis sinverser à partir de 2006. Cette perspective, à laquelle est confronté lensemble des pays européens, peut être quelque peu inflé-chie si, dune part les comportements dactivité, notamment en fin de carrière, se modifiaient ou si, dautre part les flux migratoires augmen-taient. Les inflexions des comportements dactivité pourraient résulter, soit de lapparition de tensions sur le marché du travail, qui de ce fait attireraient vers lactivité plus dinactifs, soit dun changement de com-portement de lensemble des acteurs (salariés, employeurs, pouvoirs publics) vis-à-vis des préretraites et de lemploi des travailleurs âgés.
Ces perspectives démographiques influencent largement les prévi-sions macro-économiques. En effet, sur le long terme, la croissance potentielle de notre économie est conditionnée par deux facteurs, laugmentation de la population active et lévolution tendancielle de la productivité. De ce fait, pour la France comme pour ses partenaires européens, le retournement démographique pèsera sur la croissance économique à partir de 2006. Mais, pour le début de période étudiée, ce seront les incertitudes actuelles pesant sur léconomie mondiale, en rupture avec la période 1997-2001, qui risquent de contraindre notre dynamique économique.
In fine, selon les scénarios, les perspectives de croissance du PIB seraient respectivement, pour la période 2000-2010, de 2,4 % et de 2,9 %, le taux de chômage à lhorizon 2010 de 5,5 % et de 7,9 %.
Quelles perspectives pour la population active à lhorizon 2010 ?
Cerner les évolutions possibles de la population active est un exerci-ce préalable nécessaire à tout diagnostic sur les perspectives futures du marché du travail. En effet la dynamique démographique condi-tionne directement la croissance potentielle que peut espérer connaître léconomie nationale et les transformations qui affecteront le marché du travail. Et cela dautant plus que sur la période concernée (1950-2010), selon le scénario tendanciel de lINSEE, ces évolutions sont loin dêtre linéaires : la chute de la fécondité dans les années 1970 a été suivie dune certaine remontée de la natalité, laugmenta-tion constante de lespérance de vie entraîne un accroissement régu-lier du poids démographique des anciens. Au cours de cette période, lâge de départ en retraite ou de sortie dactivité a baissé, le taux dac-tivité des femmes a augmenté, la durée des études des jeunes sest allongée jusquau milieu des années 1990, les flux migratoires se sont stabilisés et le départ en retraite des baby-boomeurs est attendu à partir de 2005 quand les premières générations nombreuses de laprès-guerre fêteront leurs 60 ans. Tous ces phénomènes doivent être pris en compte pour tracer nos perspectives démographiques.
Une population totale encore croissante jusqu en 2020, mais vieillissante
Selon lINSEE, la population totale française devrait continuer à aug-menter sur la période considérée. Mais cette croissance serait moins vive que celle observée pour la période antérieure (+ 0,3 % de crois-sance annuelle de 2000 à 2025 contre + 0,35 % de 1990 à 2000).
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- Quelles perspectives pour la population active en 2010 ? -
Ce scénario s'appuie d'abord sur l'hypothèse d'une fécondité stabi-lisée1au niveau moyen des 20 dernières années (1,8 enfant par femme). Il s'appuie aussi sur l'hypothèse d'une poursuite de l'augmen-tation de l'espérance de vie. L'espérance de vie à la naissance passe-rait pour les femmes de 83 ans en 2000 à 89 ans en 2035 et de 75 ans à 82 ans pour les hommes. De ce fait, la croissance ralentie de la popu-lation totale s'accompagne de son vieillissement puisque le poids démographique des plus de 65 ans passera de moins de 14 % en 1990 à 21 % en 2020(cf. tableau 1). Enfin, en termes d'immigration, l'INSEE a retenu l'hypothèse d'un solde migratoire faible, égal à celui qui a été observé au cours de la dernière période. Au total, du fait de ce vieillis-sement, c'est après 2015 que la population en âge de travailler, celle des 20-64 ans, devrait commencer à décliner(cf. graphique 1). Tableau 1 Population française totale et répartition par âge
1990 2000 2010 2020
Population totale
56 577 58 774 61 061 62 734
Part des 20-64 ans (en %) 58,3 58,4 59,2 56,5
Part des 65 ans et plus (en %) 13,9 16 17 21
Source : INSEE Graphique 1 Évolution de la population des 20-64 ans de 1950 à 2025
40000
30000
20000
10000
0
populat ion des 20-64 ans
Source : INSEE (1) La fécondité, si elle est inférieure à celle du baby-boom, se redresse en fin de période (1995-2000) et nous situe dans le peloton de tête des pays européens.
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- Quelles perspectives pour la population active en 2010 ? -
Symétriquement, la part des moins de 20 ans dans la population tota-le, qui recule depuis 1990, verra cette tendance se poursuivre et pas-ser de 28 % en 1990 à 24% en 2010 et à 22 % en 2025. Cependant, cela ne se traduira pas immédiatement par une réduction du flux de jeunes sortant du système éducatif, qui devrait être stable jusqu'en 2010, autour de 750 000 par an.
Si on compare ces perspectives à celles de nos principaux partenaires de l'OCDEfaite des États-Unis en raison de ses flux migra-(exception toires importants et du dynamisme démographique), on constate de grandes similitudes. Mais du fait d'une fécondité plus élevée, le retour-nement de la population en âge de travailler interviendra plus tardive-ment pour la France(cf. graphiques 2 et 3).
Graphiques 2 et 3 Évolution de la population totale et de celle des 15-64 ans de quelques pays de l'OCDE de 1980 à 2020 Base 100 en 1980
140
130
120
110
100
90
80
140 130 120 110 100 90
1980
80 1980
Source : OCDE
1990
1990
2000
2000
2010
2010
2020
2020
Et at s-Unis Japon Royaume-Uni France
It alie Allemagne
Et at s-Unis
Japon
Royaume-Uni
France
It alie
Allemagne
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