Les enfants d'abord : 100 propositions pour une nouvelle politique de l'enfance

De
Publié par

Ce rapport a été rédigé dans le cadre de la préparation du sommet mondial de l'enfance du mois de mai 2002. La première partie est consacrée à une analyse de l'action des pouvoirs publics dans le domaine de l'enfance et à une présentation des dispositifs existants. On trouvera dans la seconde partie une série de recommandations pour la prochaine décennie. Sont envisagés ici : la périnatalité et l'accueil de la petite enfance, la solidarité familiale, la protection de l'enfance, les enfants handicapés, la lutte contre l'illettrisme et les difficultés d'apprentissage, la protection contre les phénomènes sectaires, l'accueil des jeunes migrants, la santé, la politique européenne de l'enfance et la coopération internationale.
Publié le : vendredi 1 février 2002
Lecture(s) : 12
Source : http://www.ladocumentationfrancaise.fr/rapports-publics/024000071-les-enfants-d-abord-100-propositions-pour-une-nouvelle-politique-de-l-enfance
Licence : En savoir +
Paternité, pas d'utilisation commerciale, partage des conditions initiales à l'identique
Nombre de pages : 465
Voir plus Voir moins

LE PRÉSIDENT DE LA RÉPUBLIQUE
Madame Marie-Thérèse Hermange
Député au Parlement européen
Paris, le 28 février 2000
Madame le député,
Les Nations unies ont convoqué en septembre 2001 une session
extraordinaire de leur Assemblée générale afin d’examiner les progrès
accomplis dans la réalisation des objectifs du Sommet mondial pour les
enfants.
J’attache la plus haute importance à la mobilisation de la com-
munauté internationale au service de cette cause, car les enfants sont les
premières victimes des guerres, de la faim, de la pauvreté, de la violence,
des violations des droits de l’homme, du sous-développement. Nous som-
mes loin du respect universel de la Convention sur les droits de l’enfant.
eLors de la commémoration du X anniversaire de ce texte, en
décembre dernier, j’ai souhaité pouvoir participer personnellement au
rendez-vous de 2001. J’ai voulu ainsi affirmer la volonté de la France de
s’engager le plus activement possible dans la préparation de cette réu-
nion, qui doit permettre d’intensifier l’action internationale au service de
l’enfant.
Les Nations unies recommandent que les chefs d’État ou de
gouvernement affectent un représentant personnel au comité préparatoire
de cette session. Connaissant votre engagement, j’ai souhaité, en accord
avec le gouvernement, vous confier cette mission. Vous participerez à la
préparation, par les autorités françaises, du bilan du Plan d’action adopté
en 1996 et de propositions pour l’avenir. Vous me représenterez aux ses-
sions du comité préparatoire et me rendrez compte de leur déroulement.
Votre expérience et votre détermination faciliteront, j’en suis sûr, l’adop-
tion de décisions ambitieuses lors de la session extraordinaire.
Je vous remercie d’accepter cette mission qui me tient à cœur
et vous prie de bien vouloir agréer, Madame le Député, l’expression de
mes hommages.
Jacques CHIRAC
3Sommaire
Préface
Quel nouveau siècle pour nos enfants ? 7
Avertissement ........................ 11
Avant-propos ......................... 13
Première partie
Constat .............................. 19
Chapitre I
De la naissance à la petite enfance,
lorsque l’enfant arrive................... 21
Chapitre II
En grandissant, lorsque l’enfant
devient vulnérable...................... 41
Chapitre III
Tout au long de son parcours,
lorsque l’enfant nécessite soins .......... 131
Chapitre IV
Pour les enfants d’ici et d’ailleurs,
lorsque le partage s’impose.............. 161
Deuxième partie
Recommandations..................... 215
Préalables............................ 217
Chapitre I
Mieux accueillir avant, pendant et après
la naissance : vers une culture d’enfance .. 221
Chapitre II
Mieux prendre en charge les situations
de vulnérabilité : vers une culture
de la prévenance....................... 243
Chapitre III
Mieux soigner : vers une culture
de la prévoyance 301
5SommaireChapitre IV
Mieux partager ressources, savoirs
et compétences : vers une culture
de la reliance ......................... 317
Conclusion ........................... 333
Témoignages ......................... 337
Bibliographie 357
Remerciements....................... 369
ANNEXES ............................ 375
Annexe A
Convention internationale des droits
de l’enfant 377
Annexe B
Questionnaire transmis à chaque État
partie par la directrice générale
mede l’Unicef, M Carol Bellamy ........... 397
Annexe C
Rapport d’examen national – France –
sur les progrès accomplis depuis
le Sommet mondial pour les enfants ...... 403
Annexe D
Concours de l’Éducation nationale ........ 439
Annexe E
Concours du Journal des enfants,
Cahier spécial « Droits de l’enfant »....... 443
Annexe F
Questionnaire du groupe de travail
« L’enfant et l’accès aux soins », envoyé
à l’ensemble des hôpitaux pédiatriques .... 455
6 SommairePréface
Quel nouveau siècle
pour nos enfants ?
À la fin du dernier siècle, nous étions plutôt optimistes. Nous
avons beaucoup festoyé. Comme si nous nous étions dit : « Enfin, ce siècle
s’en va ! ».
Mais le siècle passé nous accable toujours de ses retombées...
la guerre, la maladie, la famine, la haine. Elles continuent à frapper les
enfants. Notre inquiétude n’est donc pas prête de s’apaiser mais, s’agissant
des enfants, nous nous sentons toujours plus motivés.
De toute éternité, les enfants ont besoin d’être défendus. Dans
l’Antiquité, les parents les sacrifiaient pour plaire aux dieux ou pour se
faire pardonner. Ils étaient sûrs que les dieux aimaient les petits enfants
morts. Deux siècles plus tard, on les destinait aux monastères ou à l’armée,
loin, seuls.
Chaque fois que j’épouse une cause liée aux droits de l’homme,
c’est que, quelque part, un enfant me donne son visage. Car je me souviens
d’une époque où les enfants étaient les premières cibles. Ce sont toujours
eux qui souffrent, que l’on tue. Pour les enfants, le siècle dernier fut
chargé de plus de malédictions et de malheurs que d’espérances. Par les
guerres qui l’ont ravagé. Partout les adultes se haïssaient et les enfants
tombaient dans le trou noir de l’Histoire. Pendant l’ère nazie, les
souffraient plus que les adultes et, en mourant, c’était une part de notre
avenir qu’ils emportaient. Ceux qui avaient la chance de survivre étaient
plus vieux que les plus vieux de leurs maîtres.
Après la guerre, il y eut une nouveauté dans l’Histoire : d’habi-
tude, quand une guerre se terminait, les enfants et les vieillards survivaient
car seuls les adultes avaient combattu. Cette fois, ce fut différent. Il y eut
une génération sans enfants et sans grands-parents.
Dans les périodes plus ou moins calmes, la mort refuse toute-
fois de ralentir son rythme. Les accords de diplomates n’ont aucun effet
7Préface
Quel nouveau siècle pour nos enfants ?sur la démarche de la mort. À chaque instant un enfant meurt quelque part
sur la planète, de famine, de maladie ou de violence. Cette image me hante
et m’oppresse. Chaque minute qui passe, un enfant disparaît. Combien
pourraient être sauvés ? Un grand nombre, c’est certain. Si seulement on
pouvait leur envoyer de la nourriture, des médicaments plus efficaces. Si
seulement on éprouvait à leur égard un sentiment de compassion, de soli-
darité. Mais la société dans laquelle nous évoluons a d’autres soucis. Elle
veut des armes plus meurtrières mais l’arme la plus visible et la plus meur-
trière est la faim.
Il existe dans le livre d’Ezekiel une expression : « La honte de
la faim ». Pourquoi celui qui est affamé doit-il souffrir de honte ? C’est la
question que je me suis longtemps posée. Et j’ai compris : ce n’est pas
l’homme qui a faim qui doit avoir honte mais nous, ceux qui n’ont pas
faim et mille fois plus s’il s’agit d’enfants affamés. Et cela vaut aussi pour
la violence dirigée contre les enfants. Battre un enfant c’est l’humilier.
Faire souffrir un enfant est contre la Loi. Le laisser mourir est contre la
nature.
Pourquoi cette violence existe-t-elle ? Est-ce parce que lorsque
le langage échoue c’est la qui le remplace ? La violence est-elle le de ceux qui ne sont plus capables de s’exprimer en paroles ?
Est-ce en cela que gît la carence des adultes de ce siècle naissant ? Est-ce
parce que nous ne savons plus nous adresser aux enfants ?
Et que dire des enfants auteurs de violence ? Un enfant de huit
ans qui vient à l’école armé d’un revolver, et qui ouvre le feu sur ses cama-
rades, que cela veut-il dire ? Que nous révèlent les enfants esclaves sur la
qualité morale de notre société ? Et les 500 000 soldats de par le
monde ?
À la frontière cambodgienne, dans un camp pour réfugiés, j’ai
vu en 1979 un groupe de jeunes garçons de huit à quatorze ans qui vivaient
en reclus dans leur baraque. Ces enfants étaient des Khmers rouges, des
tueurs, certains avaient exécuté leurs propres parents. En les regardant,
tout en moi frissonnait. Qu’est-il pire ? Voir des enfants victimes ou des
enfants tortionnaires ?
La réponse la voici : malheur à une société où les enfants n’ont
que le choix d’être les bourreaux ou les victimes.
Les maux du monde moderne, le Sida, la drogue, la misère
semblent nous laisser désarmés alors que nous devrions nous sentir outrés.
Les enfants attendent de nous de se sentir rassurés, aidés.
Dostoïewski a-t-il raison de dire que la mort d’un seul enfant
permet de mettre en doute l’existence de Dieu ? Ce qui est certain c’est
qu’elle met en question l’humanité des hommes.
Les enfants concernent aussi bien les médecins que les pédago-
gues, les scientifiques ou les philosophes car ce qui caractérise le médecin
c’est l’humanisme de sa vocation. Quand les enfants vont mal c’est, en
dernier compte, vers les médecins qu’on les conduit et, parfois, il est trop
tard.
8 Préface
Quel nouveau siècle pour nos enfants ?À quel âge l’enfant découvre-t-il la puissance du mal ? La
banalité de l’amour et la laideur de la vie ? La fragilité du bonheur, la
proximité de la mort violente ?
Autrefois, la société antique percevait les maladies comme plus
liées à l’âme qu’au corps. Elles étaient le fruit de transgressions ou de
péchés. C’est pourquoi dans l’Écriture, c’est le prêtre qui guérit. Être
malade voulait dire avoir violé la loi divine. Aujourd’hui ces maladies por-
tent un nom médical : psychosomatiques. Sont-elles pour autant moins
pénibles pour celui qui en est atteint ? Les maux dont souffrent les enfants
sont bien réels. Ils représentent nos carences, nos faiblesses à nous, adul-
tes. Quand trop d’enfants sont rejetés par la vie, c’est que nous sommes
malades.
Les enfants sont-ils trop protégés, trop choyés ? Le roi Salo-
mon avait un fils qui s’appelait Adonia qui, à la tête d’une armée, se
révolta contre lui. Pourtant le roi aimait son fils. Il l’aimait tant qu’il ne
voyait pas la révolte monter chez son enfant. On peut aimer sans regarder.
Un commentateur dit que si Salomon avait, à l’occasion, montré un visage
sévère, rien de grave ne serait arrivé. Un enfant fait parfois des choses gra-
ves simplement pour attirer l’attention de ses parents.
Ce qui me fait le plus peur, c’est le suicide des enfants. On en
parle mal. C’est leur manière de dire non à l’humanité, non à l’histoire,
non à la vie qui nous est commune. C’est aux médecins, conscients de ce
qui nous arrive, de réfléchir mieux à ce phénomène.
Quelque part en Pologne, il y avait un très grand maître. Il dit
un jour à ses disciples :
« Savez-vous où j’ai découvert le sens de l’Amour ? Dans une
taverne. Un soir, j’y ai vu deux ivrognes qui buvaient. L’un des deux
s’adressa à son voisin et lui demanda :
– Ivan, est-ce que tu m’aimes ?
– Bien sûr Alexeï, je t’aime, répondit l’autre.
Ils burent deux verres. Quelques minutes plus tard :
– Ivan, est-ce que tu m’aimes ?
– Bien sûr Alexeï je t’aime répondit l’autre une nouvelle fois.
Cinquième verre, dixième verre, toujours la même question et
la même réponse et finalement Alexeï se fâche :
– Puisque tu dis que tu dis que tu m’aimes, comment se fait-il que tu ne
saches pas ce qui me fait mal ? ».
Nous aimons nos enfants...
Mais puisque nous les aimons tant, comment se fait-il que nous
ne sachions pas ce qui leur fait mal ?
Elie WIESEL
9Préface
Quel nouveau siècle pour nos enfants ?Avertissement
Ce rapport, rédigé dans le cadre de la préparation du Sommet
mondial de l’enfance qui devait avoir lieu les 19, 20, 21 sep-
tembre 2001, a été remis au Président de la République le
6 septembre et à la ministre déléguée à l’enfance et à la famille
le 7 septembre.
Les graves événements internationaux ont conduit l’organisa-
tion des Nations Unies à reporter le prochain sommet au 8 mai
2002.
Depuis la remise de ce document, certains aspects de la poli-
tique de l’enfance, reprenant parfois les propositions formu-
lées dans ce document, ont fait l’objet soit de modifications
législatives, soit de débats ou de rencontres internationales.
Elles sont mentionnées en note de bas de page.
Marie-Thérèse Hermange
11Avertissement

Soyez le premier à déposer un commentaire !

17/1000 caractères maximum.