Rapport d'information fait au nom de la Délégation aux droits des femmes et à l'égalité des chances entre les hommes et les femmes, sur les dispositions du projet de loi, adopté par l'Assemblée nationale, de financement de la Sécurité sociale pour 2010 relatives à la retraite des mères de famille

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La délégation aux droits des femmes et à l'égalité des chances entre les hommes et les femmes a été saisie par la commission des affaires sociales pour donner un avis sur les dispositions du projet de loi de financement de la sécurité sociale relatives à la retraite des mères de famille. Dans un contexte marqué par la persistance d'importantes inégalités de retraite entre les femmes et les hommes, elle considère que des mécanismes compensateurs sont nécessaires et légitimes et que ce n'est que lorsque l'égalité entre les sexes sera effective que le principe d'égalité pourra conduire à attribuer les avantages familiaux de retraite dans les mêmes conditions aux femmes et aux hommes. Aussi considère-t-elle que les majorations de durée d'assurance doivent aujourd'hui être sauvegardées, principalement au bénéfice des mères, tout en reconnaissant qu'il est légitime de permettre aux pères, qui ont assuré seuls et à titre principal l'éducation de leurs enfants, de compenser aussi d'éventuels préjudices de carrière.
Publié le : dimanche 1 novembre 2009
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N° 83   
SÉNAT SESSION ORDINAIRE DE 2009-2010 
Enregistré à la Présidence du Sénat le 3 novembre 2009 
 
RAPPORT D´INFORMATION 
FAIT
au nom de la délégation aux droits des femmes et à l’égalité des chances entre les hommes et les femmes (1) sur les dispositions du projet de loi, adopté par l’Assemblée nationale, definancement de lasécurité sociale pour 2010relatives à laretraitedesmèresdefamille,  
Par Mme Jacqueline PANIS,
Sénateur.
 ( 1 ) C e t t e d é l é g a t i o n e s t c o m p o s é e d e :M me i c h è l e M n d r é , A ;s i d e n t ep r é  J a c q u e l i n eM me P a n i s , M . A l a i n G o u r n a c , M me s C h r i s t i a n e K a m m e r m a n n , G i s è l e P r i n t z , M . Y a n n i c k B o d i n , M me s C a t h e r i n e M o r i n - D e s a i l l y , O d e t t e T e r r a d e , F r a n ç o i s e L a b o r d e ,v i c e - p r é s i d e n t s J o ë l l e M me ; G a r r i a u d - M a y l a m, M . P a t r i c e G é l a r d , ;r é t a i r e ss e c  A l q u i e r , N i c o l e B o n n e f o y , B r i g i t t ec q u e l i n e a  J me s M B o u t , M a r i e - T h é r è s e B r u g u i è r e , F r a n ç o i s e C a r t r o n , J a c q u e l i n e C h e v é , M M . Y v o n C o l l i n , R o l a n d C o u r t e a u , M me s M a r i e - H é l è n e D e s E s g a u l x , S y l v i e D e s ma r e s c a u x , M u g u e t t e D i n i , C a t h e r i n e D u ma s , B e r n a d e t t e D u p o n t , G i s è l e G a u t i e r , C h r i s t i a n e H u m m e l , B a r i z a K h i a r i , F r a n ç o i s e L a u r e n t - P e r r i g o t , C l a u d i n e L e p a g e , M . P h i l i p p e N a c h b a r , M me s A n n e - M a r i e P a y e t , C a t h e r i n e P r o c a c c i a , M i r e i l l e S c h u r c h , E s t h e r S i t t l e r , C a t h e r i n e T r o e n d l e , M . R i c h a r d Y u n g .
V o i r l e s n u m é r o s : Assemblée nationale(13èmelégisl.) : Sénat : 82(2009-2010)
1976,1994,1995et T.A.358 
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S O M M A I R E
 
Pages
INTRODUCTION....................................................................................................... 5..................
I. BREF APERÇU : LA PRÉSERVATION DES MAJORATIONS DE DURÉE D’ASSURANCE DES SALARIÉES À TRAVERS L’ÉVOLUTION DE LA MOSAIQUE DES RÉGIMES DE RETRAITE....................................................................... 7
A. LES MAJORATIONS DE DURÉE D’ASSURANCE POUR ENFANTS DES SALARIÉES : UN DES SEULS AVANTAGES FAMILIAUX DE RETRAITE RÉSERVÉ AUX MERES........................................................................................................... 9 1. Les régimes de retraite accordent divers avantages aux assurés ayant eu des enfants............ 9 a) La plupart des avantages familiaux de ret raite bénéficient aux femmes comme aux hommes.............................................................................................................................. 9 b) Depuis leur création en 1971 dans le régime général, les majorations de durée d’assurance sont réservées aux femmes .............................................................................. 10 2. L’impact financier et économique des avantages familiaux..................................................... 12 a) L’estimation du coût global des avantages familiaux de retraite ......................................... 12 b) Les majorations de durée d’assurance représentent 20 % des retraites des femmes............. 13
B. L’ÉGALITÉ DES SEXES ET LES AVANTAGES FAMILIAUX DE RETRAITE : LA PRISE EN COMPTE DE NOUVELLES CONTRAINTES JURIDIQUES DEPUIS LE DÉBUT DES ANNÉES 2000..................................................................................................... 15 1. Les régimes spéciaux ont dû se conformer à l’exigence communautaire d’égalité de rémunération entre femmes et hommes................................................................................... 15 a) Le droit communautaire préserve les po ssibilités de protection spécifique des mères dans le régime général .............................................................................................. 15 b) La « mise aux normes communautaires» des régimes spéciaux dans un contexte de persistance des écarts de retraite ......................................................................................... 16 (1) Le « minimalisme » de la réforme des retraites du 21 août 2003 en matière de réduction des avantages de retraite réservés aux femmes...................................................................... 16 (2) L’extension aux hommes, sous la contrainte communautaire, du dispositif de retraite anticipée réservé aux femmes fonctionnaires a été différé jusqu’en 2004................................. 17 (3) L’alignement des régimes spéciaux par voie réglementaire a été effectué en 2008..................... 17 2. En 2003 la volonté de préserver les av antages de retraites bénéficiant aux mères salariées a été jugée conforme à la Constitution..................................................................... 18 a) Le législateur peut régler de façon différente des situations différentes .............................. 18 b) Il appartient au législateur de prendre en compte les inégalités de fait dont les femmes ont jusqu’à présent été l’objet................................................................................ 18
C. RAPPEL DE L’AMPLEUR DES INÉGALITÉS DE PENSION ET DE RÉMUNÉRATION.................................................................................................................... 20 1. 1 000 € de pension en moyenne pour les femmes, 1 600 € pour les hommes............................ 20 2. Un reflet des inégalités professionnelles................................................................................. 21 a) La progression de l’activité féminine s’est largement effectuée à temps partiel .................. 21 b) La persistance des inégalités salariales ............................................................................... 22 3. Une répartition encore très déséquilibrée des tâches ménagères............................................ 22
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II. L’ARTICLE 38 DU PROJET DE LOI PREND EN COMPTE UNE NOUVELLE EXIGENCE JURIDIQUE EN TIRANT LES CONSÉQUENCES DE LA PERSISTANCE DES INÉGALITÉS....................................................................................... 25
A. UN RÉAMENAGEMENT COMPLEXE QUI S’EFFORCE DE CONCILIER DES EXIGENCES JURIDIQUES, FINANCIÈRES ET SOCIALES CONTRADICTOIRES.............. 25 1. Une nouvelle exigence formulée par la chambre civile de la Cour de cassation...................... 25 a) Le principe de la relativité de la chose jugée a été mis en avant jusqu’à la fin de l’année 2008 pour justifier le statu quo ............................................................................... 25 b) L’arrêt du 19 février 2009 renforce les chances de succès d’un éventuel afflux de recours intentés par des pères salariés................................................................................. 27 2. La prise en compte simultanée de multiples objectifs explique la complexité du texte soumis au Parlement28. .............................................................................................................. a) Cinq principes ont guidé ce réaménagement ....................................................................... 28 b) L’article 38 du projet de loi initial comporte plus de 30 alinéas pour modifier un droit en vigueur condensé en une phrase............................................................................. 29
B. L’ANALYSE DU DISPOSITIF DE L’ARTICLE 38 DU PROJET DE LOI................................ 30 1. Le dispositif transitoire................................0 3........................................................................... 2. Le « cœur » du dispositif et la nouvelle rédaction de l’article L. 351-4 du code de la sécurité sociale 3......0................................................................................................................. a) Une majoration de quatre trimestres par enfant se rattache à la maternité ........................... 31 b) Une majoration de quatre trimestres pour l’éducation de l’enfant ....................................... 31 c) Les enfants adoptés......................................................................................................... .... 32 d) Les cas particuliers............................................................................................................. 32 e) Les majorations de durée d’assurance et la retraite anticipée .............................................. 33 3. Les autres aménagements apportés au code de la sécurité sociale.......................................... 34 a) La coordination entre les régimes ....................................................................................... 34 b) L’extension du dispositif de MDA aux professions libérales et aux avocats ....................... 34 4. Les principales modifications introduites par l’Assemblée nationale...................................... 35 a) Le délai de prise en compte de l’éducation de l’enfant a été ramené de quatre à trois ans.............................................................................................................................. 35 b) La clarification des modalités d’in tervention de la Cai sse d’assurance vieillesse en cas de désaccord des parents............................................................................................... 35 c) L’attribution au parent survivant des trimestres de majoration « éducation » ...................... 36 d) La prise en compte de certaines majorations pour l’ouverture de droits aux retraites anticipées.............................................................................................................. 36
C. LE POINT DE VUE DE LA DÉLÉGATION : UN POTENTIEL D’AGGRAVATION DES ÉCARTS DE RETRAITE .................................................................................................. 37 1. Le nouveau dispositif franchit un pas en direction des pères qui peuvent également subir un préjudice de carrière................................................................................................. 37 2. Un risque d’érosion des majorati ons de durée d’assurance au détriment des mères............... 37 3. La durée de l’éducation de l’enfant prise en compte au titre des majorations......................... 37 4. La prise en considération des accidents de la vie.................................................................... 38
RECOMMANDATIONS ADOPTÉES PAR LA DÉLÉGATION............................................... 39
EXAMEN EN DÉLÉGATION.................................... 4..1................................................................
ANNEXES 4..3....................................................................................................................................
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INTRODUCTION
Mesdames, Messieurs,
La délégation aux droits des femmes et à l’égalité des chances entre les hommes et les femmes se félicite d’ avoir été saisie des dispositions du projet de loi de financement de la sécur ité sociale pour 2010 relatives aux retraites des mères, en application de l’article 6septies l’ordonnance de n° 58-1100 du 17 novembre 1958 relative au fonctionnement des assemblées parlementaires. La remise en question des majora tions de durée d’assurance pour enfants, qui bénéficient aujourd’hui à 90 % des salariées, appelle nécessairement un examen attentif sous l’angle de la préservation de l’égalité des chances. En effet, de façon générale, les inégalités de retraites entre les genres, apparaissent tout d’abord comme un reflet et un « révélateur » de l’évolution des inégalités professionnelles à travers les générations. En outre, très concrètement, les éca rts de pensions entre femm es et hommes, de l’ordre de 40 %, demeurent deux fois plus accentués que les inégalités de rémunération, ce qui constitue une des préoccupations ma jeures de la délégation depuis sa création. Dans un contexte de persist ance de ces décalages depuis la fin des années 1990 et de ralentissement économique immédiat, il peut sembler paradoxal que le principe d’égalité puisse être mis en avant pour justifier une aggravation potentielle de ces écarts considérables. L’examen d’une disposition largement dictée par la nécessité de prévenir un risque cont entieux et financier de déséquilibre des caisses de retraite est ainsi propice au rappel, par la voie parlementaire, des réalités auxquelles doit faire face une majorité silencieuse de mères salariées: l’accumulation de « doubles journée s de travail » aboutissant en fin de carrière à une pension de retraite réduite au mi nimum contributif pour 60 % d’entre elles. La délégation se réjouit donc que, su r proposition de sa présidente, la commission des affaires social es ait décidé, au cours de sa réunion du 29 septembre 2009, de recueillir son avis sur les conséquences de l’article 38 de ce projet de loi sur les droits des femme s et sur l’égalité des chances entre les hommes et les femmes.
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I. BREF APERÇU : LA PRÉSERVATION DES MAJORATIONS DE DURÉE D’ASSURANCE DES SALARI ÉES À TRAVERS L’ÉVOLUTION DE LA MOSAIQUE DES RÉGIMES DE RETRAITE
Le réaménagement des majorations de duré e d’assurance pour enfant du régime général de base (MDA) intervi ent tout d’abord, à l’évidence, dans un contexte financièrement restrictif. Globalement, l’équilibre des régimes de retraites est avant tout dominé pa r l’évolution démographique. Or, comme le souligne le rapport de synthèse sur des pensions adéquates et viables publié en 2006 au titre des documents de travail de la commission européenne :« en 2050, la population européenne, bien qu’un peu moins nombreuse, sera nettement plus âgée. On comptera alors deux travailleurs pour une personne âgée, au lieu de quatre pour une à l’heure actuelle ». Dans ce cadre, l’extension des avantages familiaux de retraites aux hommes est, le plus souvent, conçue en diminuant ceux des femmes. Il convient en outre de préciser , pour mieux la situer, quela présente réforme ne concerne directement que les MDA du régime général de base, même si elle peut avoir de s incidences sur les autr es caisses de retraite. Pour mémoire, on peut rappeler qu’en Fra nce, selon les données publiées par le Groupe d’intérêt public en charge de l’inform ation sur les retraites, il existe une trentaine de régimes de base ou complémentaires de retraite qui représentent 99,5 % des assurés. La totalité des droits à pension qu’ils gèrent est estimée àtrois années de produit intérieur brut (PIB), soit environ 6 000 milliards d’euros, les cotisations de retraite correspondant à environ 12 % du PIB.
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Panorama des régimes de retraites (source : GIP info retraites)
Dans cet ensemble, le régime général occupe une place importante : il représente plus de la moitié des bénéficiaires des régimes de base et environ le tiers des financements des pensions de base ou complémentaires. Cette diversité alimente, en particulier, les polémiques sur les comparaisons entre les régimes spéci aux et le régime général, tout en les rendant complexes : schématiquement, les régimes spéciaux apparaissent en
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effet plus avantageux que le régime général de base, mais la prise en compte des régimes complémentaires amène à nuancer fortement cette appréciation.
Quelques ordres de grandeur Lapension moyenne (avantage principal de droit direct), tous régimes confondus, a été estimée par la DREES à1 108 € fin 2007. Le montant duminimum vieillesse, allocation différentielle servie sous conditions de ressources du ménage à partir de 65 ans, est de677 € par mois pour une personne seule. Quant auminimum contributif,dont bénéficient 60 % des retraitées parties en 2005, son montant est de 590 € et de 645 € avec majoration. À ce montant, s’ajoute le montant, variable, de la retraite complémentaire (environ 200 € pour une carrière complète au SMIC). 15 % des femmes de la génération 1930 n’entraient jamais sur le marché du travail. Ce chiffre n’est plus que de 5 % pour les femmes nées en 1960.
A. LES MAJORATIONS DE DURÉE D’ ASSURANCE POUR ENFANTS DES SALARIÉES : UN DE S SEULS AVANTAGES FAMILIAUX DE RETRAITE RÉSERVÉ AUX MERES
1. Les régimes de retraite accordent divers avantages aux assurés ayant eu des enfants
Pour brosser un très rapide tablea u d’ensemble, on peut distinguer deux catégories d’avantages familiaux.
a) La plupart des avantages familiaux de retraite bénéficient aux femmes comme aux hommes • Desmajorations de pension sont accordées à tous les assurés, femmes et hommes, ayant élevé au moins trois enfants; économiquement, ces majorations se rattachent à la volonté du législateur de compenser un déficit d’épargne. Le rapport du Conseil d’orientation des retraites (COR), publié en décembre 2008, a souligné que les majorations pour trois enfants et plus, attribuées aux deux membres d’un couple, apportaient un avantage plus grand aux pères dès lors qu’elles sont calculées sur des salaires supérieurs à ceux de leurs compagnes : euros deles hommes percevaient, en moyenne 123 majoration mensuelle en 2004 contre 56 euros pour les femmes. Selon le même rapport, les majoratio ns de pension pour trois enfants et plus représentaient en 2006, 3 % à 4 % de la masse des pensions de droit propre de la plupart des régimes, soit milliardsun coût global d’un peu moins de 6,5 d’euros, comparable à celui des majora tions de durée d’assurance.
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Lerégime général de base du salariés applique une majoration de 10 % des montant de la retraite des femmes ou des hommes pour 3 enfants et plus. S’agissant desrégimes complémentaires salariés, si le retraité a eu au des moins trois enfants, le total de ses points de retraite Arrco est majoré de 5 %, sur la partie de carrière postérieure au 31 décembre 1998 ; à l’Agirc la majoration se chiffre à 8 % pour 3 enfants, 12 % pour 4 enfants, 16 % pour 5 enfants, 20 % pour 6 enfants et 24 % pour 7 enfants et plus. Dans lafonction publique, trois enfants, ouvrent droit à une majoration de 10 % du montant de la pension, à laquelle s’ajoutent 5 % par enfant à partir du quatrième : ainsi, pour 5 enfants, la majoration est de 20 %.
• Il en va de même de l’assuranc e vieillesse des parents au foyer  (AVPF) ainsi que de la possibilité pour les parents de trois enfants de liquider leur retraite après 15 ans de carrière dans les f onctions publiques et certains régimes spéciaux.
b) Depuis leur création en 1971 dans le régime général, les majorations de durée d’assu rance sont réservées aux femmes Lessalariées du régime général base bénéficient pour leur de retraite d’une majoration de durée d’assurance (MDA) de 2 ans par enfant, qu’elles aient arrêté ou non de travailler. Historiquement, la « bonificat ion » pour enfants a été mise en place en 1924 pour les seules femmes foncti onnaires sur la base d’une bonification d’âge et de service d’un an par enfan t : cet avantage a longtemps constitué un privilège desrégimes spéciaux. Il n’a été introduit dans lerégime général que par laloi « Boulin » du 31 décembre 1971 nsions de vieillesse du portant amélioration des pe régime général de sécurité sociale et du régime des travailleurs salariés agricoles, sous l’appellati on « majoration de durée d’assurance », avec une valeur substantiellement différente puisqu’ell e est de deux ans par enfant élevé. La Cour des co mptes indiquait cependant dans son rapport public particulier d’avril 2003 que« les niveaux moyens de retraite supplémentaire qui en résultent sont cependant proches entre le ré gime général et celui des fonctionnaires de l’État, en raison des modalités différentes de calcul des pensions. » Lors de la présentation de ce projet de loi fin 1971, le ministre avait souligné grande injustice dont sont victimes en France les femmes qui« la travaillent (…) : 56 % des femmes mises à la retraite à 65 ans n’ont cotisé au régime de retraite que pendant 25 ans à peine. Pourquoi cela ? Parce qu’elles ont admirablement rempli leur devoir de mères de familles, qu’elles sont restées au foyer pour élever leurs enfa nts en bas âge, et qu’elles n’ont
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commencé à travailler qu’après que ces enfants eurent été élevés »(Assemblée nationale, séance du 1erdécembre 1971). Un document de travail du Conseil d’orientation des retraites (utilisé lors de sa séance plénière du 7 juin 2006) évoque « l’ambiguïté originelle de la loi Boulin » en constatant que ses travaux préparatoires manifes tent à la fois le souci de corriger les inégalités de droit à pension des femmes et la volonté de valoriser la femme au foyer. Il ajoute qu’Edgar Faure avait mis en évidence le choix qui consiste à reconn aitre une fonction sociale à la femme en tant que mère de famille : du sexe pour le fondamental avez écarté le critère« Vous remplacer par celui non moins fondamental de la charge de maternité. C’est un choix, mais on peut raisonner autrement. Vous avez es timé, étant donné les espérances de vie et la durée différente du temps de travail pour les femmes, que vous ne deviez pas vous arrêter au seul critère du sexe. Vous (…) avez retenu le critère de la femme en tant que mère de famille élevant ses enfants au foyer ».(Assemblée nationale, séance du 1erdécembre 1971) Insistant plus concrètement sur le cu mul des tâches professionnelles et familiales des salariées, M. Christian Poncelet, au cours de la même séance, plaidait pour un élargissement de la MDA :« il faut faire encore davantage pour la femme au travail, qui accuse souve nt, à âge égal, une usure plus marquée que son compagnon. N’oublions pas qu’elle a porté, pendant sa vie active, le double fardeau de ses tâches domestiques et de son activité salariée. En outre, en raison notamment d’un manque de formation professionnelle, cette activité s’est le plus souvent exercée, dans des tâches d’exécution peu exaltantes, entraînant lassitude, ennui et fatigue nerveuse. Elle a aussi connu les deux guerres et vécu notamment la seconde avec une intensité douloureuse, comme ép ouse, comme mère de famille. C’est pourquoi il me semble nécessaire et équitabl e d’accorder un avantage supplémentaire aux mères de famille, envers lesquelles notre sollicitude ne s’exprimera jamais assez. Je souhaiterais en cons équence, et je suis sûr en la circonstance de traduire le sentiment général de l’Asse mblée, que les bonifications prévues s’appliquent non plus à partir du troisième enfant, mais du deuxième ».Cette demande ayant été satisfaite en 1971, le dispositif a été étendu en 1975 au premier enfant et la majoration portée à deux ans. Trente ans plus tard, en dépit de l’affirmation du principe d’égalité de rémunération entre femmes et hommes et de la légitimité d’un partage des tâches domestiques et familiales plus équitable, la persistance de considérables inégalités de retraite entre les genres a justifié, lors de l’examen de la loi portant réforme des retraites du 21 août 2003, le maintien de ce dispositif dans le régime général, alors qu’il a ét é aménagé dans le régime de la fonction publique, conformémen t à une exigence spécifique imposée par le droit communautaire. (cf.infra).
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