Rapport d'information fait (...) au nom de la mission d'information sur les immigrés âgés

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Dans son rapport, la mission parlementaire s'est donné pour objectif d'analyser la situation des populations immigrées aujourd'hui âgées. Elle a fait le choix de centrer ses travaux sur les immigrés âgés de plus de cinquante-cinq ans originaires d'États tiers à l'Union européenne, en raison de la spécificité de leur situation, de la singularité de leur histoire et de leur parcours migratoire, ainsi que de la précarité des conditions de vie d'une part importante d'entre eux.
Publié le : lundi 1 juillet 2013
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N° 1214
______

ASSEMBLÉE NATIONALE

CONSTITUTION DU 4 OCTOBRE 1958
QUATORZIÈME LÉGISLATURE

Enregistré à la Présidence de l’Assemblée nationale le 2 juillet 2013.



RAPPORT D’INFORMATION


FAIT

en application de l’article 145 du Règlement



AU NOM DE LA MISSION D’INFORMATION
(1)SUR LES IMMIGRÉS ÂGÉS


Président
M. DENIS JACQUAT,

Rapporteur
M. ALEXIS BACHELAY,


Députés.
___




(1) La composition de cette mission figure au verso de la présente page.
La mission d’information sur les immigrés âgés est composée de : M. Denis
Jacquat, président, M. Alexis Bachelay, rapporteur, Mme Danièle Hoffman-
Rispal, M. Patrick Mennucci, M. Philippe Vitel, vice-présidents, M. Pouria
Amirshahi, Mme Hélène Geoffroy, M. Jean-Christophe Lagarde, M. Jean-Marie
Tetart, secrétaires, M. Élie Aboud, M. François Asensi, M. Julien Aubert,
M. Philippe Bies, Mme Kheira Bouziane, M. Jean-Noël Carpentier, M. Sergio
Coronado, Mme Françoise Descamps-Crosnier, Mme Fanny Dombre Coste,
M. Philippe Doucet, Mme Françoise Dumas, M. Matthias Fekl, M. Claude
(1)Goasguen, M. Michel Issindou, M. Henri Jibrayel, M. Guillaume Larrivé ,
M. Bernard Perrut, Mme Martine Pinville, M. Fernand Siré, M. Dominique
(2)Tian , M. Daniel Vaillant, membres.




(1) Démissionnaire le 17 avril 2013.
(2) Démissionnaire le 12 avril 2013. — 3 —






SOMMAIRE
___

Pages


PRÉFACE DE M. CLAUDE BARTOLONE, PRÉSIDENT DE L’ASSEMBLÉE
NATIONALE ..................................................................................................................... 7
AVANT-PROPOS DE M. DENIS JACQUAT, PRÉSIDENT DE LA MISSION .......... 9
INTRODUCTION .............................................................................................................. 11
I.– L’ÉTABLISSEMENT DURABLE DES IMMIGRÉS DES PAYS TIERS N’A
PAS ÉTÉ ASSUMÉ ......................................................................................................... 15
A. LE « MYTHE DU RETOUR » ..................................................................................... 15
1. Une histoire singulière ....................................................................................... 16
2. Une présence longtemps pensée et vécue comme temporaire .................... 18
3. Des politiques de logement au risque de la relégation ................................... 20
4. Des mesures d’action sociale longtemps détachées du droit commun ........ 26
B. LA RÉALITÉ D’UNE INSTALLATION DURABLE ....................................................... 29
1. La fin de la « noria » .......................................................................................... 29
2. L’attribution progressive de droits sociaux ....................................................... 31
3. Le vieillissement d’une population installée depuis longtemps en France ........ 34
4. La prégnance d’une population masculine et ouvrière ................................... 36
5. La répartition géographique, reflet de l’histoire économique ................................ 39
II.– LA CONDITION SOCIALE DE NOMBREUX IMMIGRÉS ÂGÉS EST
AUJOURD’HUI FRAGILE .............................................................................................. 45
A. DES CONDITIONS DE VIE DIFFICILES POUR LA PLUPART .................................. 45
1. Une intégration imparfaite dans la société ....................................................... 46
2. Des pensions de retraite inférieures à la moyenne ......................................... 50
3. Un « mal-logement » manifeste ........................................................................ 54
4. Un « non-recours » aux droits sociaux fréquent .............................................. 57
5. Une santé fragile et un accès aux soins défaillant .......................................... 60
6. Des constats aggravés pour les femmes ......................................................... 67
7. Des difficultés comparables dans plusieurs pays européens ........................ 70 — 4 —

B. DES CONDITIONS DE VIE INDIGNES POUR CEUX QUI VIEILLISSENT EN FOYER
DE TRAVAILLEURS MIGRANTS .............................................................................. 72
1. Une population en grand isolement .................................................................. 72
2. Un vieillissement ignoré ..................................................................................... 76
3. Des améliorations insuffisantes ........................................................................ 86
III.– DES POLITIQUES PUBLIQUES RÉORIENTÉES DOIVENT AMÉLIORER
SIGNIFICATIVEMENT LA SITUATION DES IMMIGRÉS ÂGÉS ............................... 95
A. PROMOUVOIR UNE MÉMOIRE PARTAGÉE AU SERVICE D’UNE MEILLEURE
INTÉGRATION ........................................................................................................... 95
1. Inscrire pleinement l’histoire de l’immigration dans l’histoire nationale ......... 95
a) Diffuser et valoriser le patrimoine de l’immigration ......................................... 97
b) Favoriser la transmission ................................................................................. 101
c) Encourager la recherche .................................................................................. 104
2. Assurer les conditions d’une meilleure intégration au niveau national ................. 107
a) Réfléchir à l’assouplissement du cadre juridique du regroupement familial ...... 107
b) Promouvoir la délivrance de la carte de résident permanent ............................ 110
c) Faciliter l’accès à la nationalité française des immigrés des pays tiers
ascendants de Français et présents depuis longtemps sur le territoire .............. 112
3. Ancrer la politique de l’intégration au niveau territorial ................................... 117
a) Favoriser la participation des immigrés âgés à la vie locale ............................. 117
b) Revenir sur la scission entre politique d’intégration et politique de la ville ....... 119
c) Poursuivre la relance des programmes régionaux et départementaux
d’intégration des populations immigrées .......................................................... 121
B. ASSURER AUX IMMIGRÉS VIEILLISSANTS DES CONDITIONS DE LOGEMENT
ADAPTÉES ............................................................................................................... 129
1. En finir avec l’anomalie du vieillissement en foyer de travailleurs migrants . 129
a) Mener à son terme le plan de traitement des foyers de travailleurs migrants ..... 129
b) Aménager les règles relatives à l’organisation intérieure des logements-foyers 139
2. Encourager le développement de résidences sociales et des services offerts
par celles-ci ........................................................................................................ 145
a) Adapter les structures accueillant des immigrés âgés au vieillissement et à la perte
d’autonomie ..................................................................................................... 145
b) Renforcer les partenariats avec les gestionnaires de résidence ......................... 151
3. Insérer dans la ville les structures accueillant des immigrés âgés ................ 155
a) Éloigner les risques de relégation ..................................................................... 155
b) Mieux articuler le travail social aux opérations de requalification des quartiers
anciens dégradés ............................................................................................. 159 — 5 —

C. FAIRE BÉNÉFICIER PLEINEMENT LES IMMIGRÉS DES DROITS SOCIAUX
OUVERTS AUX PERSONNES ÂGÉES .................................................................... 161
1. Garantir l’accès des immigrés âgés à leurs droits .......................................... 161
a) Éviter les ruptures de droits lors du passage à la retraite ................................. 161
b) Insérer les immigrés âgés dans les schémas gérontologiques ............................ 164
c) Sécuriser les partenariats des pouvoirs publics avec les acteurs associatifs ...... 166
d) Favoriser une coopération avec les services consulaires des pays d’origine ..... 168
e) Faire des immigrés âgés des acteurs des politiques sociales ............................. 170
2. Faciliter l’accès à la prévention sanitaire et aux soins .................................... 173
a) Renforcer l’accompagnement social vers les soins ............................................ 173
b) Faciliter l’accès à la CMU-C et à l’assurance complémentaire santé ............... 175
c) Inscrire le vieillissement des immigrés dans les actions menées contre
les maladies neurodégénératives ...................................................................... 178
d) Faire de l’accès aux soins à domicile une priorité ............................................ 179
D. PERMETTRE LE LIBRE CHOIX ENTRE PAYS D’ACCUEIL ET PAYS D’ORIGINE .. 181
1. Ouvrir le passage de la « double absence » à la « double présence » ........ 181
2. Écarter le soupçon de fraude pesant sur les immigrés vivant dans l’aller-
retour ................................................................................................................... 182
3. Assurer l’entrée en vigueur de l’« aide à la réinsertion familiale et sociale
des anciens migrants dans leur pays d’origine » ............................................ 198
4. Maintenir les droits sociaux des titulaires de la carte de séjour « retraité » . 205
5. Renforcer la coopération avec les pays d’origine dans l’accompagnement
du vieillissement .................................................................................................. 210
6. Garantir le libre choix du lieu d’inhumation ...................................................... 214
LISTE DES PROPOSITIONS ......................................................................................... 219
EXAMEN DU RAPPORT ................................................................................................ 229
ANNEXE 1 : NOMBRE DE PERSONNES AYANT ACQUIS LA NATIONALITÉ
FRANÇAISE ..................................................................................................................... 249
ANNEXE 2 : DÉPLACEMENTS EFFECTUÉS PAR LA MISSION ............................ 251
ANNEXE 3 : SIGLES ET ABRÉVIATIONS .................................................................. 255

COMPTES RENDUS DES AUDITIONS……………………………………………..... 261

— 7 —

PRÉFACE DE M. CLAUDE BARTOLONE,
PRÉSIDENT DE L’ASSEMBLÉE NATIONALE
Il est des questions, rares il est vrai, que l’Assemblée nationale n’a jamais
eu l’occasion d’examiner. La situation, dans notre pays, des personnes immigrées
et âgées faisait partie de celles-là.
Pourtant, les difficultés éprouvées par nombre d’entre elles paraissent
évidentes et multiples : manque de reconnaissance de leur apport au
développement économique et social de la France, faibles pensions de retraite,
accès aux droits défaillant, conditions de logement indignes, santé précaire et
dépendance précoce, solitude et isolement…
Ces difficultés posent bien sûr question en elles-mêmes. Mais elles mettent
également en cause nos politiques d’intégration, à destination de ces personnes
comme de leurs descendants. Elles jouent enfin le rôle de révélateur des faiblesses
de nos politiques sociales dans leur ensemble. J’ai la conviction qu’en résolvant
les difficultés éprouvées par les personnes immigrées âgées, nous contribuerons à
résoudre celles que vivent tous les bénéficiaires de ces politiques.
Fort de ces constats et de cette conviction, confortés lors de la visite que
j’ai effectuée, accompagné de plusieurs députés, dans un foyer de Bobigny le
19 novembre 2012, j’ai proposé à la Conférence des présidents de l’Assemblée
nationale, qui l’a acceptée, la création d’une mission d’information sur les
immigrés âgés.
Soucieux de faire jouer pleinement à l’Assemblée nationale le rôle de
contrôle du Gouvernement et d’évaluation des politiques publiques que la
Constitution lui confie aux termes de son article 24, je me félicite que notre
assemblée se soit saisie, de façon consensuelle, d’un sujet fondamental et qui met
en jeu de nombreuses politiques publiques. C’est l’idée que je me fais de la
mission de contrôle dévolue aux assemblées parlementaires qui, loin d’être le
champ des seules luttes politiques, doivent s’efforcer de faire progresser les
connaissances pour mieux légiférer.
À l’occasion de la remise des conclusions de la mission, je veux donc
saluer le travail accompli par celle-ci. Elle a, pendant plusieurs mois et sans
précipitation, entendu et rencontré sur le terrain les principaux acteurs et experts
du sujet, afin d’en identifier les contours, d’en cerner les problématiques et de
proposer, in fine, plusieurs grands axes de réforme.
La mission a pu prendre la mesure des difficultés, bien souvent ignorées,
qui frappent les immigrés âgés. Trop longtemps, ces personnes, qui ont donné leur
force de travail à la France, séparées parfois durablement de leur famille restée au
pays, semblent avoir été purement et simplement « oubliées » par les décideurs
publics. Il est temps de rompre avec l’illusion du retour au pays, entretenue aux — 8 —

dépens de toute action cohérente à leur égard. Nous avons, à l’inverse, le devoir de
reconnaître la réalité de leur vieillissement en France et d’en tirer toutes les
conséquences. Les propositions visant à rapprocher ces personnes des dispositifs
sanitaires et sociaux de droit commun, desquels elles sont souvent très éloignées,
vont dans ce sens.
Il nous appartient également de résoudre le problème du logement d’une
partie des immigrés âgés. Installés à leur arrivée en France dans des foyers déjà
peu confortables – c’est un euphémisme – situés souvent à la périphérie des villes
et, partant, en marge du reste de la société, certains y vieillissent aujourd’hui dans
des conditions indignes de notre pays. Au-delà de l’indispensable transformation
de ces établissements, il est temps de mettre fin au principe même du logement
réservé aux populations immigrées, en contradiction avec les valeurs de notre
République.
Nous ne pouvons pas davantage ignorer l’aspiration de ceux qui, une fois
parvenus à l’âge de la retraite, souhaitent partager leur temps entre la France et
leur pays d’origine, afin de prolonger le mode de vie qui était le leur tout au long
de la vie active. Il est de notre devoir de laisser à ces personnes la possibilité de
choisir le lieu où elles souhaitent vivre leurs vieux jours. C’est pourquoi, il nous
faut supprimer les obstacles à l’aller-retour et faire en sorte que les populations
immigrées désormais âgées se sentent chez elles à la fois « ici » et « là-bas ». Dans
cette perspective, le Gouvernement doit publier les décrets d’application des
articles 58 et 59 de la loi du 5 mars 2007 instituant le droit au logement opposable
et portant diverses mesures en faveur de la cohésion sociale, dite « loi DALO »,
afin de permettre aux immigrés isolés vivant en foyer de résider principalement
dans leur pays d’origine tout en y percevant une aide financière au titre de la
solidarité nationale. Plus de six ans après leur vote unanime par notre assemblée, il
est grand temps que ces dispositions voient le jour. Il nous revient également
d’encourager la coopération avec les pays d’origine afin, entre autres, de créer des
synergies dans la prise en charge du vieillissement des populations.
Enfin, nous ne parviendrons pas à régler la question de l’intégration des
jeunes issus de l’immigration, qui ont souvent la nationalité française, tant que
nous n’aurons pas fait aux anciens la place qui est la leur dans notre société. Ce
devoir de reconnaissance, il est de notre responsabilité collective de l’assumer,
tout en nous assurant que l’histoire de l’immigration et de ses acteurs, trop peu
connue, soit pleinement intégrée à l’histoire nationale.
Je me réjouis que les nombreuses propositions formulées par le rapporteur,
Alexis Bachelay, aient été guidées par la volonté de donner aux immigrés âgés les
moyens de vivre librement et dignement leur vieillesse, en France, dans leur pays
d’origine, ou entre les deux. Je me réjouis également qu’elles aient été adoptées
par l’ensemble de la mission.
— 9 —

AVANT-PROPOS DE M. DENIS JACQUAT,
PRÉSIDENT DE LA MISSION
Selon une image commune, les immigrés ne semblent être chez eux ni ici,
ni là-bas, en transit permanent, engagés dans une « navette » entre leur pays
d’origine, qui n’est plus le leur, et leur pays d’accueil, qui n’est pas devenu leur
pays, installés durablement dans le provisoire, invisibles et stigmatisés,
indispensables et oubliés, relégués dans un espace oscillant entre folklorisation et
indifférence.
Ancienne, l’histoire de l’immigration en France est, il est vrai, une histoire
de mouvements. Nombreux furent les travailleurs qui franchirent nos frontières
pour apporter leur concours aux travaux des champs ou au développement de
l’industrie avant, une fois un pécule obtenu, de rentrer chez eux et de laisser la
place à d’autres. Belges, Allemands, Italiens, Algériens, Polonais, Espagnols,
Portugais, puis Algériens de nouveau, Marocains, Tunisiens, Sénégalais, Maliens,
Mauritaniens, Chinois, Pakistanais, Sri Lankais… se succédèrent ainsi, prêtant
leur force de travail à notre économie.
Mais l’histoire de l’immigration en France est aussi une histoire
d’installation et d’intégration. Les arrivées se sont traduites par des départs, mais
également par l’ancrage de populations nombreuses en certains points puis sur
l’ensemble de notre territoire. Très nombreux même sont celles et ceux qui sont
devenus français.
Longtemps négligé, volontairement ou non, par les politiques publiques,
ce phénomène d’installation durable a conduit, le temps faisant son œuvre, au
vieillissement, en France, d’une part de la population immigrée, désormais âgée,
voire très âgée. Si le vieux travailleur, ancien ouvrier spécialisé ou agricole,
installé dans un foyer depuis plusieurs décennies, en mauvaise santé, éloigné de sa
famille, vivant dans des conditions indignes de notre République, en constitue le
représentant emblématique, cette population est très diverse, dans ses attentes
comme dans ses besoins. Elle n’en demeure pas moins, généralement, dans une
situation difficile, qui interroge notre modèle social dans son entier et nos
politiques d’intégration en particulier.
C’est pourquoi, je me suis personnellement félicité de la mise en place de
cette mission d’information sur les immigrés âgés des États tiers à l’Union
européenne, mission que j’ai eu l’honneur de présider. Elle est née de la volonté
du président de l’Assemblée nationale, Claude Bartolone, et a été créée, sur le
fondement de l’article 145, alinéa 4, du Règlement, par la Conférence des
présidents. Conformément aux prescriptions de ce dernier, sa composition a reflété
la configuration politique de notre assemblée. — 10 —

Ses travaux, qui ont duré plus de six mois, se sont déroulés de manière très
constructive, consensuelle, marquant l’urgence et l’importance que reflète, pour
notre pays et aux yeux de tous les groupes politiques, cette question.
Avec le rapporteur, Alexis Bachelay, nous nous sommes efforcés de faire
de cette mission parlementaire, la première à se pencher de manière transversale
sur cette problématique, le point de départ d’une prise de conscience. Cette prise
de conscience passait d’abord par la nécessité de rendre visibles ceux qui
paraissaient invisibles, d’écouter celles et ceux qui ont tant contribué à l’histoire
économique et sociale de notre pays et auxquels on n’a pas assez donné la parole
et qui, dans leur digne réserve, ne sont pas prompts à s’en emparer.
De la même manière, nous nous sommes efforcés de prendre la mesure de
cette question dans tous ses aspects politiques, historiques, économiques, sociaux,
et culturels, et la population immigrée âgée dans sa très grande richesse d’origines,
de situations, d’aspirations. Nous nous sommes intéressés à l’émigré et à
l’immigré, à celui qui est rentré au pays comme à celle qui est installée en France,
au travailleur et au retraité, à l’ouvrier et au travailleur agricole, à la personne
vieillissante et à la personne âgée, à la femme et à l’homme seul comme à celui
qui vit en famille, au mal logé en foyer ou en habitat diffus, au malade et à tous
ceux qui les rencontrent, les aident… Tous sont venus vers nous, répondant
volontiers à la myriade de questions que nous n’avons cessé de nous poser et nous
sommes allés vers eux, dans toute la France ainsi qu’au Maghreb, dont la plupart
sont originaires.
Nos analyses comme nos propositions ont pour fil rouge la ferme volonté
de permettre à chaque personne immigrée âgée de vivre sa vieillesse dans la
dignité et dans son unité, comme tout un chacun. Il s’agit de créer, dans des
parcours souvent heurtés, un continuum entre vie de travail, vie familiale, vie
culturelle… mais aussi entre les générations, conditions indispensables pour que
chacun se réalise comme individu et membre du corps social, trouve sa place dans
notre pays et dispose des moyens d’exercer sa liberté de choix, entre ici et là-bas.

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