Pratiques éducatives et modes de socialisation en matière de santé : une étude auprès des adolescents et des adultes qui interviennent dans leur éducation

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Cette recherche apporte des éléments sur les comportements des adolescents en matière de santé et sur les relations qu'ils entretiennent avec les adultes qui interviennent dans leur éducation, parents et enseignants. L'étude s'appuie sur une enquête réalisée dans deux collèges.

Publié le : dimanche 1 décembre 1996
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Source : http://www.ladocumentationfrancaise.fr/rapports-publics/984000400-pratiques-educatives-et-modes-de-socialisation-en-matiere-de-sante-une-etude
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PRATIQUES EDUCATIVES ET
MODES DE SOCIALISATION EN
MATIERE DE SANTE
Une étude auprès des adolescents et des
adultes qui interviennent dans leur éducation
Laura Cardia-Vonèche et Benoit Bastard
Avec la collaboration de Béatrice Delanoy, Gwenaëlle Jacot-
Guillarmod, Marie-Annick Mazoyer, et Stefano Spinelli
Recherche réalisée pour le Ministère de l’Education nationale
(Direction de l’évaluation et de la prospective) et la MIRE
Centre national de la recherche scientifique
Centre de sociologie des organisations
19, rue Amélie, 75007 Paris
1996
La documentation Française : Pratiques éducatives et modes de socialisation en matière de santéREMERCIEMENTS
Cette étude n’aurait pas pu avoir lieu sans le concours des
adolescents et des adolescentes auxquels elle s’adressait, de
leur parents, ainsi que des enseignants et des personnels des
deux collèges qui nous ont chaleureusement accueillis. Que
chacun trouve ici l’expression de notre gratitude. Nos
remerciements vont plus spécialement aux chefs
d’établissement qui ont bien voulu soutenir notre travail et
nous ouvrir les portes nécessaires pour pouvoir le réaliser.
La documentation Française : Pratiques éducatives et modes de socialisation en matière de santéSOMMAIRE
Introduction 6
Chapitre 1 9
La prise en charge de la santé dans la famille
I - La famille comme cible et comme vecteur des
préoccupations de santé
les préoccupations de santé etII - Une tension normative entre
les impératifs du fonctionnement familial
III - Les préoccupations de santé comme expression du
fonctionnement familial
Chapitre 2 20
Une enquête à partir de deux collèges
I - La réalisation de l’enquête
II - Les instruments de recherche
Chapitre 3 23
Principes d’éducation et santé : le rôle des parents
I - Des portraits psychologiques
II - Un projet parental global
III - Des préoccupations en rapport avec le projet
parental
IV - Différents modèles d’éducation
V - Principes d’éducation et conception des risques
en matière de santé
VI - La place de la santé dans les stratégies éducatives
Chapitre 4 71
Les enseignants et la santé
I - Différentes conceptions du rôle de l’enseignant
II - de la santé
La documentation Française : Pratiques éducatives et modes de socialisation en matière de santéChapitre 5 119
Les adolescents dans leur univers : quelle place pour la santé ?
I - Les adolescents et leur manière de se situer dans leur
environnement proche
II - Les adolescents et la santé
Conclusion 172
Annexes 174
Bibliographie 178
La documentation Française : Pratiques éducatives et modes de socialisation en matière de santéINTRODUCTION
Cette recherche se propose d’apporter des éléments pour mieux comprendre les
comportements des adolescents en matière de santé ainsi que les relations qu’ils
entretiennent avec les adultes qui interviennent dans leur éducation, parents et
enseignants.
Parmi les préoccupations des éducateurs (parents, enseignants ou autres professionnels),
celles qui touchent à la santé des enfants et des adolescents ont acquis une acuité très
vive au cours des dernières décennies. On pense aux préoccupations touchant à l’usage
1du tabac et à la consommation de drogue et d’alcool , à celles relatives à la circulation
routière (le port du casque en vélomoteur par exemple), ou encore à la prévention des
2maladies sexuellement transmissibles, en particulier le sida .
Quel que soit le niveau des préoccupations exprimées face à de tels risques, force est de
constater que les parents et les professionnels concernés se montrent fréquemment
démunis pour agir dans ce domaine particulier de l’éducation pour la santé.
Les parents, même s’ils mettent en garde les enfants et insistent sur le respect des règles
et des prescriptions de nature à garantir la santé, restent précisément "parents". Ils sont
de ce fait souvent mal placés pour intervenir efficacement dans ces domaines.
Les établissements scolaires ont du mal à faire une place à l’éducation pour la santé à
l’intérieur des programmes d’enseignement, qui restent principalement orientés vers la
transmission de connaissances intellectuelles ou de compétences techniques. Les
limitées dont ils disposent, notamment celles qui sont affectées à la médecineressources
scolaire, ne facilitent pas la mise en place de dispositifs permettant la diffusion de
préventifs. L’action de certains professeurs ou certaines interventionscomportements
spécifiques trouvant leur place dans les établissements, prennent certes en compte les
préoccupations de santé d’une façon prioritaire, mais sans s’intégrer véritablement à
3l’enseignement dispensé .
En dehors de la famille et de l’école, il faut encore mentionner les interventions de
professionnels spécialisés - en matière d’éducation sexuelle ou de circulation routière, par
La documentation Française : Pratiques éducatives et modes de socialisation en matière de santéexemple. De telles actions, bien que capables d’avoir un impact très significatif, restent
néanmoins ponctuelles.
Quelle que soit l’action éducative considérée, il existe de grandes difficultés pour définir
les messages appropriés et pour les faire passer auprès des jeunes intéressés afin qu’ils
adoptent des comportements conformes aux attentes de la prévention.
Les difficultés rencontrées proviennent d’abord du fait que l’intégration des
préoccupations relatives à la santé suppose, de la part des individus, une capacité à
percevoir les états du corps et à anticiper les risques qu’ils encourent, de manière à en
4tenir compte . Elles tiennent ensuite à la situation d’éducation, dans laquelle on cherche
non seulement à obtenir que l’enfant, pour son bien, adopte les comportements
mais encore qu’il le fasse en assumant lui-même la responsabilité et la gestionappropriés,
de ces comportements. De ce point de vue, l’éducation pour la santé s’inscrit dans la
mouvance des pratiques éducatives contemporaines et elle se trouve donc confrontée aux
mêmes débats quant à la mise en oeuvre et à l’efficacité d’une telle démarche.
L’analyse des modalités selon lesquelles les risques pour la santé des adolescents sont
perçus et, le cas échéant, pris en considération de différentes manières, tant par les
parents et les spécialistes de l’éducation que par les jeunes concernés, constitue donc à la
fois un révélateur et un enjeu essentiel des pratiques d’éducation.
Afin d’examiner les difficultés rencontrées pour faire une place aux préoccupations de
santé dans les pratiques éducatives, la présente recherche s’appuie sur une enquête
réalisée à partir de deux collèges. Cette enquête vise à comprendre comment s’articulent
les attitudes des parents et des enseignants à l’égard de la santé avec celles des
adolescents dont ils ont la charge. La recherche comporte donc deux volets dont le
s’adresse aux parents et aux professionnels de l’éducation, tandis que le secondpremier
s’adresse aux adolescents.
Le premier volet de ce travail examine la manière dont les adultes font passer leurs
préoccupations relatives à la santé auprès des adolescents. Nous nous sommes
interrogés, en particulier, sur la question de savoir comment parents et enseignants
perçoivent les risques pour la santé encourus par les enfants, quels messages ils élaborent
et comment ils s’organisent pour les faire passer. A quel type de justifications - de
"leviers" - recourent-ils ? Font-ils état des risques pour la santé et de quelle manière ?
Font-ils appel à la responsabilité des adolescents ? Au respect des normes sociales ou
légales ?
Le second volet de la recherche porte sur les attitudes et les comportements des jeunes
adolescents. Il s’agira de se demander comment les interventions ayant pour objet la santé
sont reçues. Les enfants sont-ils "sur la même longueur d’onde" que les éducateurs ?
Mettent-ils en pratique des comportements conformes aux préceptes préventifs en faisant
La documentation Française : Pratiques éducatives et modes de socialisation en matière de santéréférence aux messages reçus ? Ou bien quelles sont les logiques selon lesquelles ils se
comportent dans les différents domaines où leur santé est en jeu ? Quelle représentation
ont-ils des problèmes qui se posent à eux ? A quels référents font-ils appel ? A des
notions relatives à la santé ? Quelle part de leurs attitudes face au risque découle de la
conformité à un comportement de groupe ?
Avant de présenter les premiers résultats obtenus, on reprendra le cadre conceptuel de
cette recherche dans ses grandes lignes et on évoquera les modalités de l’enquête.
La documentation Française : Pratiques éducatives et modes de socialisation en matière de santéCHAPITRE 1
LA PRISE EN CHARGE DE LA SANTE DANS LA
FAMILLE
Cette recherche porte sur les relations entre préoccupations de santé et fonctionnement
familial. Elle s’intéresse précisément à la question de savoir comment est pensée
l’articulation de ces deux ensembles. Il s’agit là d’une question cruciale pour les études et
les politiques qui s’inscrivent dans une perspective de prévention - mais d’une question
qui ne fait généralement pas l’objet d’une élaboration particulière de la part de ceux qui
promeuvent les pratiques de santé. Il leur semble en effet acquis que la famille se
préoccupe de la santé de ses membres et la prend en charge et que les politiques de santé
peuvent s’appuyer sur la famille et compter sur elle. La famille est implicitement
considérée comme un lieu de socialisation, et donc comme un lieu de transmission des
valeurs et des manières de faire appropriées en matière de santé ainsi que comme un lieu
de prise en charge de toutes les activités liées à la santé (hygiène, alimentation, élevage
des enfants, prise en charge de la maladie et du handicap, etc.)
Mais de quoi est faite la relation entre santé et famille ? La réponse à cette question
que l’on s’accorde sur ce que l’on entend par santé et par famille. Sans qu’il noussuppose
appartienne de définir ce qu’est la santé, on considérera, pour les besoins de ce travail,
cette notion renvoie à des états physiques individuels - idéalement, le "bien-être" - enque
même temps qu’à un ensemble de connaissances scientifiques et de savoirs pratiques
orientés vers le mieux-être de l’individu - savoirs portés par un ensemble d’institutions et
par des professionnels plus ou moins spécialisés.
Quant à la famille, on s’accorde sur le fait qu’elle est constituée d’un ensemble d’individus,
réunis souvent, mais pas exclusivement, par les liens du sang et qui partagent des
ressources pratiques, symboliques et affectives, bref un projet de vie en commun. La
famille, on le sait, est en pleine mutation. On ne peut plus considérer aujourd’hui qu’il
existe une seule manière d’être en famille. On pense autant aux formes de cohabitation
alternatives aux mariages qu’à la diversité des constellations familiales issues de la
séparation et du remariage. On pense aussi aux travaux des sociologues de la famille qui
portent sur les diverses modalités de l’être en famille, en faisant ressortir les différences
qui s’observent du point de vue tant de la régulation interne du groupe familial que de
5son inscription dans le tissu social .
La documentation Française : Pratiques éducatives et modes de socialisation en matière de santéPour répondre à la question de l’articulation entre santé et fonctionnement familial, il
nous semble utile, en nous appuyant sur les travaux qui portent sur la santé dans le cadre
familial et en suivant notre propre expérience de recherche, de montrer que cette relation
peut être pensée de différentes manières en fonction de la place respective que l’on
assigne aux deux termes « santé » et « famille » : considère-t-on que la santé est dotée
d’un primat tel qu’elle subordonne entièrement les pratiques familiales contemporaines ?
Ou bien que le fonctionnement familial est doté d’une logique propre qui s’oppose à
l’émergence des pratiques de santé, quelle que soit leur force ? Ou encore que les
préoccupations de santé n’existent que pour autant qu’elles sont mises au service de la
logique du fonctionnement familial ?
L’analyse proposée ici ne prend pas en considération le rôle des membres de la famille
6dans la prise en charge de la santé au quotidien , mais envisage principalement la manière
dont la famille reçoit les messages préventifs et intègre les conseils, les injonctions, les
nouvelles manières de faire en matière de santé. Autrement dit, dans cette analyse, nous
prendrons en considération, dans l’ensemble des éléments qui relèvent du domaine de la
santé, uniquement les préoccupations, les messages, les représentations qui sont
véhiculés par les professionnels - dans le champ de la santé ou de l’éducation - aussi bien
que par les personnes profanes, à travers les médias ou à travers des contacts plus
directs.
La question que nous nous posons est alors de savoir comment ces préoccupations, qui
s’adossent à la sphère biomédicale et qui sont très largement diffusées, sont reçues dans
familiale, réinterprétées, le cas échéant, par les individus et mises en pratique.la sphère
Dans cette perspective, il nous semble possible de distinguer différentes manières
le lien entre préoccupations de santé et fonctionnement familial.d’approcher
Dans la première approche, qui donne le primat à la santé sur la famille, la question
centrale est celle de savoir comment s’effectue la diffusion des messages préventifs en
direction des membres de la famille et quelles difficultés rencontre cette communication.
La seconde approche met particulièrement en évidence la tension entre des principes
normatifs de nature distincte dans la sphère familiale et dans la sphère de la santé.
Enfin, dans la troisième perspective, qui met l’accent sur l’autonomie des logiques
relationnelles dans le couple ou dans la famille, c’est l’appropriation des contenus de santé
par les membres de la famille et leur mise en oeuvre en fonction de stratégies qui se
développent dans la sphère familiale, qui se trouvent au coeur de l’analyse. On reprendra
chacun de ces modèles en l’illustrant par des travaux de recherche.
La documentation Française : Pratiques éducatives et modes de socialisation en matière de santéI - LA FAMILLE COMME CIBLE ET COMME VECTEUR DES
PREOCCUPATIONS DE SANTE
Dans la première perspective, c’est la santé qui s’impose à la famille. La recherche porte
sur les conditions dans lesquelles les messages préventifs sont construits, véhiculés et
reçus par les membres de la famille.
Cette perspective, en fait, ne se démarque guère des programmes d’éducation pour la
santé. Ceux-ci ont pour objectif d’améliorer l’état de santé d’une population - en
l’occurrence, ici, la famille - à partir de l’identification des comportements adéquats et de
la diffusion des informations pertinentes. On repère donc les besoins en matière de santé.
On élabore les consignes appropriées et on veille à leur diffusion et à leur mise en
oeuvre. On vise à accroître la conscience qu’ont les individus des problèmes de santé et
leur capacité d’intervention dans ce domaine.
Citons Michel Manciaux, professeur de pédiatrie préventive et sociale et ancien directeur
général du Centre international de l’enfance :
Il faut une information objective, neutre, non-directive, non-culpabilisante,
produite par des professionnels du développement de l’enfant et des techniciens
de la communication, travaillant en équipe et prenant la peine d’écouter les
parents, de dialoguer avec eux, de leur donner la parole en leur apportant en
retour non des recettes, mais une véritable aptitude à résoudre eux-mêmes, dans
toute la mesure du possible, les problèmes de santé et de développement de leur
enfant. (Manciaux, 1981)
Cette idée que la clef de la prévention se trouve dans une communication efficace est
reprise, par les travaux de recherche, très nombreux encore aujourd’hui, qui, sans opérer
une réelle rupture épistémologique, s’attachent à analyser les conditions de la diffusion
des messages de santé ainsi que les obstacles qui risquent de la perturber. Il n’y pas lieu
de citer ici davantage d’exemples des travaux qui adoptent ce point de vue. Indiquons
seulement, que nous-mêmes avons été partie prenante de cette perspective, en
contribuant à l’analyse des attitudes et des "besoins d’informations" des jeunes à l’égard
des drogues (Cardia-Vonèche et al., 1983).
travaux, la famille est vue comme un ensemble d’individus qui sont à la foisDans tous ces
les destinataires et les vecteurs de messages de santé. La famille est vue comme un
relais, de différentes façons. On met en évidence la manière dont les parents peuvent
contribuer à transmettre les messages de santé en direction des enfants. On montre aussi
comment les enfants peuvent avoir en retour une action sur les parents.
Toute la question est alors de savoir quelles sont les conditions adéquates pour que les
familles reçoivent les messages qu’on leur destine et pour qu’elles les mettent en pratique.
Il s’agit alors de mettre en évidence les facteurs de résistance à la compréhension et à la
mise en pratique des messages de prévention.
La documentation Française : Pratiques éducatives et modes de socialisation en matière de santé

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