Rapport d'information déposé par la Commission des affaires européennes, sur le paquet énergie-climat (E 3452, E 3494, E 3573, E 3756, E 3771, E 3772, E 3774 et E 3780)

De
Le rapport fait le point sur les principales dispositions du paquet énergie-climat proposé par la Commission européenne en janvier 2008, qui vise à mettre en œuvre les ambitions européennes dans le domaine de la lutte contre le changement climatique. Il aborde ensuite les questionnements suscités par cet ensemble de textes, au stade de la négociation. Enfin, Il souligne les enjeux de la préparation de la conférence de Copenhague, chargée de définir le régime post-Kyoto pour l'après 2012.
Publié le : samedi 1 novembre 2008
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No1260 _______
ASSEMBLÉE NATIONALE CONSTITUTION DU 4 OCTOBRE 1958 TREIZIEME LEGISLATURE
Enregistré à la Présidence de l'Assemblée nationale le 18 novembre 2008
RAPPORT D'INFORMATION
DÉPOSÉ
PAR LA COMMISSION CHARGEE DES AFFAIRES EUROPEENNES (1),
surle paquet énergie-climat (E 3452, E 3494, E 3573, E 3756, E 3771, E 3772, E 3774 et E 3780),
ET PRÉSENTÉ
PARMM. BERNARDDFELEESLELSSETJÉRÔMEBMALT,ER
Députés.
________________________________________________________________ (1) La composition de cette Commission figure au verso de la présente page.
La Commission chargée des affaires européennes est composée de :M. Pierre Lequiller,président; MM. Daniel Garrigue, Michel Herbillon, Pierre Moscovici, Didier Quentin,ecivérp-edisnts Desallangre, Jean Dionis du; MM. Jacques Séjour, secrétaires ;M.Alfred Almont, MmeChantal Brunel, MM. Christophe Caresche, Bernard Deflesselles, Michel Delebarre, Daniel Fasquelle, Pierre Forgues, Mme Jean-Claude Fruteau, Hervé Gaymard, GuyArlette Franco, MM. Geoffroy, Mmes Juanico,Annick Girardin, Elisabeth Guigou, MM. Régis MmeMarietta Karamanli, MM. Marc Laffineur, Jérôme Lambert, Robert Lecou, Céleste Lett, Lionnel Luca, Noël Mamère, Jacques Myard, Christian Paul, Didier Quentin, MmesValérie Rosso-Debord, Odile Saugues, MM. Schneider, André Philippe Tourtelier, Gérard Voisin.
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SOMMAIRE _____
Pages
INTRODUCTION.................................................................... 7
PREMIERE PARTIE : PRESERVER LAMBITION DU PAQUET ENERGIE-CLIMAT ................................................ 15
I.
UN ENSEMBLE COHERENT ET AMBITIEUX......... 17
A.La réforme du système communautaire déchange des quotas démission .......................................................... 181)de la première phase de lETSLe bilan positif  ....................... 18a)Le carbone a désormais un prix effectif ................................. 19b)LETS devrait permettre à lEurope datteindre les objectifs fixés par le protocole de Kyoto................................ 19c)Le prix du carbone a eu un impact limité sur la compétitivité industrielle........................................................ 20
2)adaptation nécessaire pour atteindre lobjectif 2020 ..... 21Une a)Un champ dapplication étendu.............................................. 21b)Une attribution des quotas par secteurs dactivité .................. 24c)Une mise aux enchères progressive de lintégralité des quotas ..................................................................................... 25
B.Des obligations de limitation des émissions imposées aux secteurs non couverts par lETS.................................. 26
C.Lobligation de porter à 20 % la part des énergies renouvelables dans la consommation énergétique ............ 281)Une contrainte très rigoureuse ................................................. 28
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2) 31Des mesures dallègement de la contrainte .............................
D.Lencadrement juridique du stockage et du captage du carbone ............................................................................ 32
II.RÉTICENCES ET REMISE EN CAUSE ...................... 35A. ........................................................ 36Des débats constructifs1)Linsuffisance du volet efficacité énergétique ......................... 36a)................................espotentialitésDeoftr................73.............b)Préserver un signal-prix ......................................................... 392) 43Des discussions dordre technique. ..........................................a) 43La part réservée aux mécanismes de flexibilité......................b)La durabilité des biocarburants .............................................. 47c)de captage et de stockage duLe financement des projets carbone ................................................................................... 50
B.Des tentations de remise en cause ....................................... 521)Des oppositions variées.............................................................. 55a)Les craintes liées aux enchères imposées au secteur de la production électrique .......................................................... 55b)Les inquiétudes liées à la compétitivité de secteurs industriels exposés à la concurrence internationale................ 562)Une demande précoce d«ajustement aux frontières » ......... 573) ........................................... 59Des difficultés à ne pas surestimera)Des prix de lélectricité peu dépendants du taux des enchères.................................................................................. 60b)Un accord préalable sur les émissions de CO2 des véhicules automobiles ............................................................ 64 4)Transformer les contraintes du paquet énergie-climat en des atouts pour lEurope...................................................... 69a)Le coût de linaction............................................................... 69b)Les potentialités dune croissance verte ................................. 70
III. :CONCLUSION DE LA PREMIÈRE PARTIE Quelles possibilités pour un accord européen sous présidence française ?....................................................... 73
A.Sur limpact de la mise aux enchères dans le secteur de la production électrique.................................................. 74
B.la préservation de la compétitivité des industriesSur électro-intensives ou fortement consommatrices dénergie ............................................................................... 77
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DEUXIEME PARTIE : DES NEGOCIATIONS INTERNATIONALES DONT LE RESULTAT DEMEURE INDECIS ................................................................ 81
I.LES ETATS-UNIS PEU ENCLINS À SIGNER UN ENGAGEMENT INTERNATIONAL CONTRAIGNANT ........................................................... 85
A.Une économie durablement carbonée ................................ 86
B.Une échéance prématurée pour la nouvelle Administration ..................................................................... 90
C.Un Congrès toujours réticent par rapport aux engagements internationaux ............................................... 911)Un débat détaché des appartenances partisanes .................... 912)La perception dune menace pour la sécurité du pays........... 93D. ......................... 94Une priorité accordée à laction nationale1) 94De nombreuses initiatives publiques et privées ......................2)Une loi nationale avant un accord international..................... 963)Un soutien à la recherche.......................................................... 97
II.LE JAPON PROMOTEUR DE LAPPROCHE SECTORIELLE................................................................ 99A. 99Des objectifs nationaux modestes .......................................1)Des difficultés pour sacquitter des engagements de Kyoto......................................................................................... 1002) ............................... 102Des programmes aux ambitions limitéesB.Des efforts de recherche soutenus dans le solaire et lhydrogène......................................................................... 104
C.Un acteur mesuré dans les négociations internationales.................................................................... 1051) ............................................................. 105Lapproche sectorielle2)Le souci dassocier les Etats-Unis aux négociations ............. 1063)La volonté dassumer un rôle moteur en Asie ...................... 106
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III.LES SITUATIONS HÉTÉROGÈNES DES PAYS EN DÉVELOPPEMENT .................................... 107A. 107Des responsabilités communes mais différenciées...........
B.pays émergents sont-ils encore des pays enLes développement ?................................................................. 109
C.Des actions nationales mises en uvre par les pays émergents............................................................................ 112
IV. :CONCLUSION DE LA SECONDE PARTIE Quelle stratégie pour lEurope ? ................................... 115A.Préserver le rôle exemplaire de lEurope......................... 116
B.Privilégier une alliance avec les pays en développement.................................................................... 118
TRAVAUX DE LA COMMISSION .................................. 121
PROPOSITION DE RESOLUTION ................................. 127
ANNEXE : Liste des personnes entendues par les rapporteurs......................................................................... 131
INTRODUCTION
Mesdames, Messieurs,
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En cette fin dannée 2008, la présidence française de lUnion européenne doit faire face à deux dossiers cruciaux : la crise financière et économique internationale et ladoption du paquet énergie-climat, déclinaison européenne des mesures à mettre en uvre au niveau mondial pour lutter contre le réchauffement climatique. Les négociations communautaires menées au cours des dernières semaines ont illustré les interactions entre ces deux dossiers puisque plusieurs de nos partenaires ont fait part de leurs craintes de voir le paquet énergie-climat peser sur la compétitivité des entreprises européennes.
Plus profondément, ces débats prouvent que lheure de la « fin de lhistoire » annoncée par Francis Fukuyama na pas encore sonné. Avec la révolution industrielle, nos sociétés occidentales ont cru pouvoir se préserver des aléas climatiques. Laugmentation de la productivité agricole et louverture des marchés ont permis déloigner les menaces qui jusqualors pesaient sur les économies de subsistance. Un printemps pluvieux, un été caniculaire ou un hiver rigoureux  et surtout la succession de ces intempéries  nétaient plus systématiquement à lorigine des disettes, famines et épidémies provoquant des dégâts effroyables sur la mortalité des populations (souvenons-nous, par exemple, quen 1692-1693, le mauvais temps a causé la mort de 1 300 000 personnes dans le Royaume de France, soit autant de décès que le premier conflit mondial sur une période deux fois plus courte et sur une population totale deux fois moins nombreuse ).
Ces dangers semblaient définitivement écartés. Il subsistait bien quelques risques (tempêtes, inondations, orages violents ) mais très ponctuels et dampleur limitée. La science de la météorologie améliorait la fiabilité des prévisions à court terme et laissait entendre quil serait peut-être envisageable de maîtriser les cycles climatiques. Or, depuis la dernière décennie du XXesiècle, il
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apparaît que cette même révolution industrielle pourrait être à lorigine dun brusque réchauffement climatique, dont nous ne pouvons pas encore mesurer toutes les conséquences.
Comme lobserve, le professeur Emmanuel Le Roy Ladurie, les événements climatiques simposent à nouveau, «comme la donnée de base par excellence de lHistoire, comme la trame même de létoffe sur laquelle lhumanité inscrit sa destinée, certes autonome».
Aujourdhui, le réchauffement climatique nest plus guère contesté. Il subsiste quelques voix discordantes  les rapporteurs ont ainsi entendu M. Claude Allègre ou M. Joe Barton, Représentant du Texas au Congrès des Etats-Unis, mettre en doute les travaux du Groupe dexperts intergouvernemental sur lévolution du climat (GIEC)  mais même ces derniers ne nient pas lexistence, pour le moins, dun « changement climatique ».
Le temps du constat est désormais dépassé. Il appartient à présent aux décideurs politiques de prendre les mesures datténuation et dadaptation aux conséquences de leffet de serre.
Les causes et les implications du changement climatique ont effectivement été bien cernées dans les rapports successifs du GIEC (1990, 1995, 2001 et 2007). Sous la précédente législature, en 2006, lAssemblée nationale avait également fait le point sur ce sujet grâce à une mission dinformation sur leffet de serre (rapport n° 3021). Il en ressort que le phénomène naturel de leffet de serre(1)a connu une amplification sans précédent depuis le commencement de lère industrielle au milieu du XIXesiècle. Les concentrations de gaz carbonique dans latmosphère ont ainsi atteint des niveaux jamais enregistrés depuis 650 000 ans : 379 parties par million (ppm) en 2005 contre 280 ppm avant lère industrielle.
(1)Le soleil rayonne de lénergie solaire sur la Terre. A son tour, la Terre « renvoie » une partie de cette énergie dans lespace sous forme de rayonnement infrarouge. Les gaz à effet de serre contenus dans latmosphère (vapeur deau, dioxyde de carbone, méthane, protoxyde dazote et ozone troposphérique) interceptent et piègent une partie des infrarouges émis. Sans leur action, les températures sur Terre seraient inférieures à - 18 degrés.
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Cet accroissement des gaz à effet de serre (GES) a eu pour conséquence une augmentation de la température moyenne mondiale de 0,74° C au cours des cent dernières années, traduisant une fluctuation bien plus sensible que celles connues lors du dernier millénaire, comme en témoigne la fameuse courbe dite de la (2) « crosse de hockey ».
Reconstitution des températures de l'hémisphère Nord. Source :GIEC 2001.
Les émissions globales de GES ont crû considérablement au cours des dernières décennies (+ 70 % entre 1970 et 2004) et, parallèlement, il est constaté une hausse des températures moyennes annuelles dans notre pays.
(2) courbe vient dêtre actualisée par ses auteurs dans une étude publiée par la Cette revueProceedings of the National Academy of Sciences, vol. 105, n° 36, septembre 2008, qui fait mieux apparaître le « petit optimum médiéval ».
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EVOLUTION DES TEMPERATURES MOYENNES ANNUELLESPAR DECENNIE ENFRANCE
13,5
13 12,5 12 11,5 11 10,5
Source :MétéoarF-ecn.
Daprès les modèles des scientifiques du GIEC, la température moyenne annuelle du globe pourrait sélever de 1,1° C à 6 4° C dici , 2100. Limpact de ce réchauffement serait dautant plus grave que lélévation de la température moyenne serait importante et, en tout état de cause, serait fortement ressenti si une augmentation de 2 °C au moins se produisait. Le tableau suivant récapitule les incidences prévisibles des variations de la température moyenne du globe.
Source :GIEC.
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Pour sen tenir à la France, il suffit de citer une étude réalisée par une équipe du Centre national de recherches météorologiques à la suite de la canicule de 2003, qui estime quen été, la fréquence de dépassement du seuil de 35 °C se situait à la fin du XXesiècle entre 1 % et 5 % pour le sud de la France et en dessous de 1 % pour le nord ; pour la fin du XXIe siècle, ces fréquences pourraient être entre 15 % et 30 % pour le sud et entre 5 % et 15 % pour le nord, ce qui augmente dun facteur de 5 la probabilité doccurrence dune canicule.
Confrontée à ces prévisions alarmantes, la communauté internationale a décidé dagir, dautant que malheureusement  ou heureusement  la crise climatique se double dune crise énergétique, liée à lépuisement progressif des réserves en hydrocarbures et à une prise de conscience accrue des risques pesant sur la sécurité énergétique des grandes économies occidentales.
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