Le livre numérique peine à s'affranchir de Gutenberg

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PAYS : France RUBRIQUE : L'événement PAGE(S) : DIFFUSION : 4,5,6 192749 SURFACE : JOURNALISTE : 137 % Charles De Laubier PERIODICITE : Hebdomadaire 20 mars 2015 - N°124 L’ÉVÉNEMENT DISRUPTION Le livre numérique peine à s’affranchir de Gutenberg Le livre numérique peine à franchir le seuil des 5 % du marché global de l’éditionLES FAITS. en France, en termes de chiffre d’affaires, pour se situer autour de 135 millions d’euros en 2014. Éditeurs et libraires craignent que la dématérialisation ne génère un manque à gagner. LES ENJEUX. Malgré les freins, la dynamique est lancée : un Français sur dix lit des livres numériques, et les grands lecteurs sont séduits par des formules d’abonnement innovantes – bien que… hors-la-loi ! DOSSIER oussommesen2015 sixième industrie culturelle française – avec RÉALISÉ aprèsJésus-Christ; près de 6 milliards d’euros de chiffre d’afPAR CHARLES toute l’Europe a faires annuel, dont 2,6 milliards pour les DE LAUBIER « adopté le monde seuls éditeurs enchiffre d’affaires réalisé en @c2laubier nu m é r i q u e … France, le livre est la sixième industrie Toute? Non! Car culturelle, derrière les arts graphiques et uneindustrie culturelle peupléed’irréductibles plastiques, la télévision, la presse, la Gaulois résisteencoreet toujours à l’innova- musique et lespectacle vivant, mais devantN tion.

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Ajouté le 13 avril 2015
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Langue Français
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PAYS : France RUBRIQUE : L'événement
PAGE(S) : DIFFUSION : 4,5,6 192749
SURFACE : JOURNALISTE : 137 % Charles De Laubier
PERIODICITE : Hebdomadaire
20 mars 2015 - N°124
L’ÉVÉNEMENT
DISRUPTION
Le livre numérique peine
à s’affranchir de Gutenberg
Le livre numérique peine à franchir le seuil des 5 % du marché global de l’éditionLES FAITS.
en France, en termes de chiffre d’affaires, pour se situer autour de 135 millions d’euros en 2014.
Éditeurs et libraires craignent que la dématérialisation ne génère un manque à gagner.
LES ENJEUX. Malgré les freins, la dynamique est lancée : un Français sur dix lit des livres numériques,
et les grands lecteurs sont séduits par des formules d’abonnement innovantes – bien que… hors-la-loi !
DOSSIER oussommesen2015 sixième industrie culturelle française – avec
RÉALISÉ aprèsJésus-Christ; près de 6 milliards d’euros de chiffre
d’afPAR CHARLES toute l’Europe a faires annuel, dont 2,6 milliards pour les
DE LAUBIER « adopté le monde seuls éditeurs enchiffre d’affaires réalisé en
@c2laubier nu m é r i q u e … France, le livre est la sixième industrie
Toute? Non! Car culturelle, derrière les arts graphiques et
uneindustrie culturelle peupléed’irréductibles plastiques, la télévision, la presse, la
Gaulois résisteencoreet toujours à l’innova- musique et lespectacle vivant, mais devantN
tion. Et la vie n’estpasfacile pour lesgarni- le jeu vidéo, le cinéma et la radio, d’après le
sonsdespionniers du livre numérique telsque panorama E&Y – vient à peine de faire ses
Amazon, Google Livres, Youboox et bien premiers pasdans le monde numérique que
d’autres»…Ainsi pourrait-on parodier l’édi- déjàles plateformes donnant un accès«
illition française face à l’arrivée de nouveaux mité »par abonnement àdesbibliothèques
entrants, notamment les éditeurs de l’In- de livres numériques – moyennant de
ternet ( pureplayers), d’envergure mondiale 4,99 euros à 9,99 euros par mois –
comou pas,tant les craintes des éditeurs et des mencent à bousculer un peu plus la lecture
libraires sont nombreuses. et lesmaisons d’édition, tout en donnant un
Les crispations deslibrairies – 25000, dans coup de vieux à la réglementation française.
l’Hexagone – sont au livre dématérialisé ce Les plates-formes françaises Youboox,
que furent cellesdesdisquaires lors del’avè- Youscribe, Izneo, ePoints ou encore Publie.
nement de la musique en ligne ou net n’ont pasattendu le lancement par
Amaaujourd’hui celles des salles obscures à zon, en décembre dernier, de Kindle
Unlil’égard du cinéma à la demande. Et cette mited, pour proposer des livres
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niques (e-books) par abonnement et viennent aux dispositions législatives» (lire
visualisables immédiatement (en streaming), page 6). Le premier visé est Amazon, l’avis
sur le modèle desSpotify, Deezer ou Qobuz ayant été demandé par la ministre en
dans la musique, et desNetflix, CanalPlay décembre, juste après le lancement en
ou Videofutur dans le cinéma. France de Kindle Unlimited. C’est à se
demander si Amazon avecses e-booksn’est
pas…le bouc émissaire du gouvernement
français, lequel, jusque là, n’avait pas jugéLA LECTURE NUMÉRIQUE SOUS
bon deseposer la question dela légalité desSURVEILLANCE COMMERCIALE
offres d’abonnement françaises pourtant
Le forfait est le plus gros défi qu’ait à rele- lancées bien avant.
ver aujourd’hui l’édition française depuis Un écrivain français à succèset aux 30
milprès de trente-cinq ans, depuis que la « loi lions delivres vendus dans le monde – Marc
Lang » du 10août 1981a donné le pouvoir Levy – illustre bien l’esprit de défiance de
aux seuls éditeurs de fixer le prix la France vis-à-vis de la révolution
numé« unique » des livres imprimés – pouvoir rique de Gutenberg. « C’estpeut-être parce
de régulation qui fut étendu en 2011 aux quej’ai travaillé pendanttrès longtempsdans
livres numériques. Or selon la médiatrice la Silicon Valley aux
premièresheuresdel’indu livre, Laurence Engel, qui a rendu un formatique que j’ai entrevu plus facilement
rapport le 19février à la ministre de la l’avenir du numérique et sonrapport avecle
Culture et de la Communication, Fleur papier. Et eu le pressentiment que le papier
Pellerin, « les offres d’abonnement dont le pouvait être mis en danger», a déclaré
l’auprix n’est pas fixé par l’éditeur contre- teur du livre à succèsEt si c’étaitvrai…, dont
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Selon un sondageIfop d’octobre 2014,avec
le Groupement pour le développement de
la lecture numérique (GLN), pour l’Hadopi,
11% des Français – soit un sur dix – se
déclarent lecteurs de livres électroniques.
Pourtant, le numérique ne compensepasle
recul desventes de livres imprimés, et n’est
pas encoreperçu comme un relais de
croissance pour les éditeurs dont le chiffre
d’affaires global baissedepuis 2008 (de l’ordre
de - 2% l’an dernier, encore) et le nombre
de lecteurs s’érode depuis les années 1990
(alors que paradoxalement, la publication
de livres augmente).
DES E-BOOKS PLUS CHERS
QU’EN ÉDITION DE POCHE
Si la demande est là, le faible essor du
marché français du livre numérique est aussià
aller chercher du côté de l’offre qui apparaît
insuffisante : en 2013,200000 livres
numériques ont été publiés par les éditeurs
français, dont 100000 proposés aux
biblioMollat,ce fut le premier roman publié, en 2000. estimations du Syndicat national de l’édi- thèques à travers différents modèles de
à Bordeaux, estToujours édité aux éditions Robert Laffont, tion (SNE), les ventes de livres numériques prêt. Autre frein au décollage de la
e-lecla plus grandefiliale du groupe Editis, deuxième plus peinent àfranchir en 2014le seuil des5% du ture : le prix trop élevé des livres
numélibrairie
grand éditeur de France derrière Hachette, chiffre d’affaires de l’édition, pour sesituer riques. Leurs nouveautés sont proposées
indépendante
il intervenait ainsi le 9 octobre dernier lors autour de 135millions d’euros (et encore, au-delà du seuil psychologique desde France.
d’un colloque organisé par « Culture les livres professionnels représentent envi- dix euros, la moyenne étant d’un peu plus
©TRIPELON-JARRY
Papier », une organisation de lobbying des ron la moitié des ventes dématérialisées). de 7 euros. C’est plus cher que les livres de
industriels du papier, dont il est président Alors qu’aux États-Unis, les e-bookspèsent poche (6 à 7 euros), voire prohibitif par
rapd’honneur… Et le romancier s’en estpris au déjà 27% du marché du livre, et 15% en port aux nouvelles offres d’abonnement
livre numérique : « Chaque fois que nous Angleterre. En France, il faut ajouter les illimité, à environ 7 euros par mois. D’après
lisonsun livre sur uneliseusenumérique,notre revenus des abonnements professionnels le baromètre annuel sur les usagesdu livre
lecture est espionnée par les sitesde commer- en ligne (ouvrages juridiques, médicaux, numérique (Sofia/SNE/SGDL), les lecteurs
cialisation delivres électroniques.Sans verser scientifiques…) pour atteindre, toujours déclarent qu’ils achèteraient plus d’e-books
dans John le Carré ou Orwell , la vitesse à pour l’an dernier, un total de l’ordre de s’ils étaient moins chers.D’autant plus que
laquellenouslisons,lechapitre sur lequelnous 400 millions d’euros (lire l’interview de les e-books font faire des économies aux
noussommesarrêtés,lesmotsque nousavons Vincent Montagne, page7). éditeurs car ils ne nécessitent
pasd’impressoulignésou recherchés, sontautantd’informa- Mais si l’on s’en tient à la littérature, l’ins- sion, de stockage et de distribution, ces
tions collectées sur chaqueliseuseet renvoyées titut d’étudesGfK n’enregistre que 63,8mil- trois postes de dépenses représentant 15%
aux éditeurs.» Et l’informaticien devenu l’un lions d’euros de ventesde livres numériques à 20% du coût du livre.
desécrivains français dont les livres sont les en France en 2014 – un montant inférieur Amazon, qui s’apprête à lancer en France
plus vendus dans le monde de conclure : aux prévisions, malgré un nombre d’ache- sa propre maison d’édition (Amazon
« C’estau législateur,aprèsnousavoir mis en teurs d’e-books estimé à 1 million. Quant Publishing France), plaide dans le sens
gardecontretoutessortesdemaux, qu’ilrevient aux liseuses à encre électronique et écran d’une baissedesprix deslivres numériques.
decréer un cadrejuridique sur la surveillance non réfléchissant (pour un confort de Or la loi française donne aux éditeurs le
commercialedenoslecturesnumériques.» longue lecture et une concentration équi- pouvoir de fixer seuls les prix de leurs livres
valente à celle offerte par le papier), elles (imprimés et numériques) et interdit de
vont dépasser pour la première fois cette faire des réductions de plus de 5% sur ce
année en France 1 million d’unités, soit un prix « unique » initialement fixé. Même auxUN PETIT CHIFFRE D’AFFAIRES
DE 135 MILLIONS D’EUROS taux de 3,5%de pénétration des28 millions États-Unis, le géant du e-commerce a été
de foyers français équipés.Et les livres élec- en conflit avec la filiale américaine de
Quoi qu’il en soit, l’e-book reste encore troniques peuvent aussi se lire sur des Hachette, laquelle voulait garder le contrôle
marginal en France, malgré une croissance tablettes (dans 35% desfoyers) ou sur des sur les prix de ses e-books (de 12,99 à
à deux chiffres : d’après les premières smartphones (49%). 19,99 dollars, contre un maximum de
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POCUS
HOCU
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FOTOLIAREPÈRES
©
ePub 3 : un
format ouvert
et multimédia Tous les contrats signés en France
erLe Syndicat national du livre depuis le 1 décembre 2014 doivent
(SNE), qui représente se conformer aux nouvelles règles
650 maisons d’édition en France, entourant le contrat d’édition
prône l’interopérabilité des formats étendu au numérique (ceux
antéet suit pour cela depuis 2012 rieurs seront amendés). L’éditeur
les travaux du consortium IDPF s’engage à exploiter l’œuvre
(International Digital Publishing en livre numérique et à opérer
Forum) sur le développement du une reddition annuelle
ePub. Il s’agit d’un standard ouvert des comptes à l’auteur,
et interopérable, qui en est en y distinguant les recettes
à sa troisième version : ePub 3 générées par le numérique.
supporte les enrichissements
interactifs et multimédias tels que
les vidéos, les animations, Une chronologie
les fenêtres pop-up pour les notes,
ou encore des fonctionnalités des médias
pour les personnes handicapées
visuelles. La fondation Readium, pour e-books ?
elle, œuvre pour le développement En devenant maison d’édition avec
et la diffusion de ce format ouvert. Amazon Publishing France, le géant
du e-commerce devient « club
du livre », comme France LoisirsUn contrat ou Le Grand livre du Mois, soumis
à une « chronologie des médias »d’édition (comme dans le cinéma). La loi
« Lang » de 1981(livre papier)numérique leur accorde en effet un délai
de neuf mois avant de pouvoir
baisser les prix par rapport au prix
éditeur, ou des rabais supérieurs
à 5 % au bout de deux ans.
L’abonnement pourrait relancer
l’idée de chronologie des médias
pour les e-books.
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déverrouillage des9,99 dollars voulu par Amazon). Après
livres numériques etun bras defer, les deux groupes ont
finalede leurs liseuses, enment enterré la hache de guerre le
favorisant l’adoption13novembre dernier sur un compromis.
du format ePub,un standard ouvert et
interopérable.
Si rien n’est fait pour développer une offreLES FORMATS PROPRIÉTAIRE
légale suffisante d’e-books , y compris parINTERDISENT LA COPIE PRIVÉE
abonnement, avecdesprix attractifs et une
garantie d’interopérabilité, les e-lecteursEn France, où le taux de TVA des livres
pourraient – si cela n’estpas déjàfait – s’en-numériques est aligné sur celui réduit du
gouffrer dansla brèchedu piratageen ligne :livre papier (5,5%), les velléités de baisse
selon l’étude Hadopi/GLN déjà citée,de prix des e-bookspourraient être
contra34% deslecteurs déclarent seprocurer leursriées par la décision que la Cour de Justice
livres numériques de façon illicite. Lesde l’Union européenne (CJUE) a rendu le
erreurs de la musique et du cinéma vis-à-vis5 mars dernier : à savoir que la France doit
du numérique à sesdébuts n’auraient alorsrevenir aux 20% de TVA pour les e-books
passervi de leçon ausecteur du livre. (lire l’encadré, page 5).
Autre obstacle pour l’essordu marché
dématérialisé du livre enFrance : le problème de
l’interopérabilité. « Sont notamment mis en
cause,outre l’existence deformats propriétaire
non interopérablesqui empêchentdecirculer
aisémentd’un terminal oud’unenvironnement
à un autre, l’existencedemodesdeprotection 34 %
des lecteurs déclarent
qui exigent du lecteur (…)qu’il demeuredans
se procurer leurs livres
un systèmetotalement fermé. Lesmécanismes numériques de façon illicite.
deprotectiondetypeDRM [systèmedegestion
dedroit d’auteur,ndlr] (…)empêchent certains
usagesqu’affectionnentleslecteurs,commela
possibilité deprêter desouvragesau sein du
cerclefamilial ouamical », afait remarquer la
médiatrice du livre dans son avis defévrier.
Les formats propriétaire AZW du Kindle
d’Amazon, iOS d’Apple ou encore Android
de Google, lorsque ce n’est pasle streaming
des nouvelles offres d’abonnement,
empêchent notamment les e-lecteurs
d’exercer leur droit de copie privée (la
possibilité dedupliquer et departager en famille
ou entre amis).
« L’interopérabilité desformats est parfois un
casse-têtepour les utilisateurs deservicesen
ligne quenous sommestous. Elle doit être un
objectif pour l’Europe, afin d’échapper aux
mondes clos dans lesquels aimeraient nous
enfermer lesgéantsdu
numérique », a aussi
dénoncé Fleur
Pellerin, le 12janvier. Les
éditeurs et le SNE
militent pour le
Tous droits de reproduction réservés