Encore une vie après 53 ans!

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24 L’interview La Gruyère /Mardi 26 mai 2009 / www.lagruyere.ch «Jaimedevoirmadapter» NICOLE NIQUILLE.Première femmecependant éviter de vous replonger BIO EXPRESS dans le passé, pour «éviter une cer-guide de montagne de Suisse, fondatrice taine douleur, une émotion un peu 13 mai 1956.Naissance à Fribourg. d’un hôpital au Népal, on ne présente négative»… plus la Gruérienne. A 53 ans, elle publieAu quotidien, je l’évite. Pour le21 mars 1975.Un accident de moto livre, ça a été une remise en ques-endommage sa jambe gauche, la pri-un ouvrage biographique, notamment en tion. Je me suis obligée à revoir cevant de certaines terminaisons ner-lien avec l’accident qui l’a privée d’une que j’ai fait, à ne pas avoir de re-veuses et d’une partie de ses muscles. partie de sa mobilité.gret en imaginant ce que j’aurais Fin des années 1970.Nicole Niquille pu faire. Lors des rencontres avec SOPHIE ROULIN écume les falaises des Gastlosen avec Aimé Corbaz, qui est l’auteur des Erhard Loretan. textes, j’ai pris sur moi. Mais en triant mes photos, quand j’étais 1985.Expédition au Pakistan avec toute seule, j’ai souvent pleuré sur comme objectif le K2, avec Erhard Lo-les moments difficiles ou doulou-retan, Pierre Morand, Jean Troillet, reux. Je me suis plongée dans Jacques Grandjean, Marcel Ruedi et beaucoup d’albums, de boîtes, Norbert Joos. que je n’avais plus retouchés de-ourquoi ce livre?puis l’accident. 1986.Nicole Niquille devient la pre-Nicole Niquille.C’est la troi-mière femme guide de montagne de sième fois que les EditionsQuand vous parlez de l’accident, Suisse. Favre me sollicitaient. La pre-vous évoquez ce caillou tombé P19ditlaclree9eriecya7rllhed.laàymecherahcedesnongipmoit,reçounnernevl,reuusselnvEE.cresâredeVouvry,dansières.aaamnsinodehCraenurapelldrepmsailob-eElleuoti.ézNicolevre«Che mière fois, ils m’avaient appro-d’une falaise qui vous a clouée surAoût 1986.Nouvelle expédition hima-chée juste après mon accident. Aune chaise, en 1994. En lisant le li-t. ce moment-là, je n’avais aucunevre, on s’étonne de l’entrée en ma-8 mai 1994.Nicole Niquille, en balade envie de raconter ma vie ni cet épi-tière. Vous commencez par évoquer sode. J’avais sur tout autre choseun accident, mais pas celui-ci. Pour-à faire, avec ce corps que je devaisquoi ce choix? à nouveau apprivoiser. Mais là, jeParce que je crois que c’est cet me suis dit pourquoi pas.accident de moto, survenu quand j’avais 19 ans, qui a déterminé ma », un res-Vous sentiez que c’était le bon mo-vie. Avant cela, je ne savais pas taurant en pleine nature, au bord du ment?qu’on pouvait avoir mal à ce point. lac Tanay, au-dessus Oui, pour plusieurs raisons.Je ne m’étais jamais projetée dans Chablais valais D’abord, parce que maintenant,la peau de quelqu’un souffrant j’ai quelque chose à dire à ceuxd’une infirmité. C’était un entraî-2001.Naissance du projet de l’hôpital qui souffrent d’un handicap. Jenement! (n.d.l.r.: après douze opé-de Lukla, au Népal. veux leur transmettre un messagerations, sa jambe gauche est res-d’espoir: le handicap n’est pas in-tée atrophiée. Mais sa légère 2005.Inauguration de l’hôpital. surmontable. Il reste toujours unclaudication n’a pas empêché Ni-choix, même s’il est limité. Lacole Niquille de pratiquer l’esca-n deuxième raison, c’est que ce livrelade et la montagne, bien auNicole Niquille: «Le handicap n’est pas insurmontable. Il reste toujours est un moyen de faire connaîtrecontraire.)un choix, même s’il est limité.»CLAUDE HAYMOZ encore plus l’hôpital de Lukla. Avec 3000 exemplaires, ce sont au-Vos premiers mots dans l’ouvrage: tant de personnes nouvelles quisemble vous avoir portée à bout de«Je ne crois pas à la fatalité. Les ac-On n’a jamais fini d’avancer et de faire peuvent être touchées.cidents n’arrivent qu’à ceux quibras: marcher à nouveau. Vous y peuvent les supporter.» Vous y allezdes efforts si l’on veut vivre et ne pascroyez encore? Et pour vous personnellement?fort!Je ne dis pas que je ne marche-se contenter d’exister. Préparer un livre comme celui-Ces paroles n’engagent querai plus. Mais je dis de moins en NICOLE NIQUILLE, DANSET SOUDAIN, UNE MONTAGNE DANS LE CIEL... ci, c’est faire le point sur sa vie, surmoi, mais elles viennent aussi demoins souvent que je remarcherai. la manière dont on a géré les op-ce qui m’a été donné d’observerL’année dernière, j’ai fait un travail portunités. Celles qui nous ont étédurant les deux ans que j’ai pas-intensif avec des électrodes pour données et celles à côté desquel-sés au centre de réhabilitation deMême si l’accident m’a assagie,handicap m’a appris qu’on a be-stimuler mes muscles et pouvoir à les on est passé.Bâle. J’ai constaté que quand uneje pense, j’ai encore envie de bou-soin des autres. Un ami paraplégi-nouveau me tenir debout. Avec ce personne doit affronter un acci-ger, de découvrir, de voyager. J’aique m’avait avertie que je devraismétier de fou qu’on fait ici à Tanay, La première partie de l’ouvrage re-envie de retourner en Mongolie oùapprendre à demander. Finale-c’est difficile de prendre du temps.dent qui implique un changement trace votre enfance et surtout votrede vie, elle développe deux typesj’avais fait un trek à cheval. En fait,ment, qu’on soit valide ou handi-Quand il y a un moment de répit, vie d’alpiniste. Plus loin, vous ditesj’ai plutôt envie de me coucherd’attitude. Soit elle surmonte l’ac-capé, on est dépendant des autresj’aime affronter de nouvelles situa-cident, elle le transgresse et elletions et devoir m’adapter. C’est çaet cela n’a rien de négatif.pour récupérer que de faire de la transforme en énergie positive cetqui me motive.physio, donc la tendance est à la événement et ses conséquences.Vous écrivez aussi que la chaiserégression. Peut-être que je vais en Ou alors, la personne acceptevous a rendue plus accessible…que vous avez dû faire en ou-Ce refaire un de mes buts, de prendre d’emblée sa nouvelle situation etvrant «Chez Nicole», votre restau-du temps pour m’occuper de monAvant, pour me voir, il fallait trouve son bonheur ainsi.rant de Tanay, au-dessus de Vouvry?corps. Par contre, je n’ai pas dufaire de la montagne. Maintenant, Tout à fait. Dans un restaurant,je suis là au restaurant, en salle outout envie de retourner dans un Vous le dites vous-même, avantle défi est quotidiennement diffé-sur la terrasse. Je suis devenuecentre de réhabilitation.l’accident, votre vie était «très agi-plus sociable…rent. Et puis, j’ai aussi dû adapter tée». A lire le livre, on n’a pas l’im-mon caractère. Je me suis ouverte.Nicole Niquille et Aimé Corbaz, pression que votre quotidien estJusque-là, je pensais que c’étaitDurant les premiers mois qui ontEt soudain, une montagne moins mouvementé aujourd’hui…bien d’être une sauvageonne. Lesuivi votre accident, un objectifdans le ciel…, Editions Favre
Encore une vie après 53 ans!
Comment vous sentez-vous avec la Nicole que vous êtes devenue après l’accident? Je me sens en accord avec moi-même. Mais ce n’est pas nouveau, j’ai toujours choisi ce que je faisais et j’assumais ce choix. Au-jourd’hui, je suis pluscarpe diemque par le passé. Ce qui ne m’empêche pas de faire des projets. Parce que c’est un moment de bonheur d’être dans le rêve. Au fond, je suis une rê-veuse. Mais je sais aussi que si un projet me tient à cœur, je peux le réaliser. C’est le cas de l’hôpital de Lukla.
Où en est justement ce projet? Une fois l’hôpital construit, on imaginait pouvoir le r emettre à la population. Ce qui resteunbut.Maispourcela,nousdevonstoru-ver un comité incorruptible sur place et ce n’est pas le cas pour l’instant. Nous avons bien
trouvé quelques personnes fiables et nous fai-sons tout un travail auprès du personnel pour lutter contre la corruption, qui est monnaie courante au Népal. Le chemin semble encore long.
D’autres projets vous trottent-ils dans la tête? Pour l’hôpital, nous souhaitons organiser ré-gulièrement des camps de chirurgie.
Et personnellement? Il y a un rêve qui deviendra réalité l’année prochaine. Je vais participer à nouveau à une expédition dans l’Himalaya. Je seraibase camp managerd’une expédition entièrement féminine – cinq Népalaises et cinq Suissesses – qui vise le Baruntse à plus de 7000 mètres. La doctor esse Monika Brodmann, que j’ai
connue au centre de réhabilitation de Bâle et qui est restée une amie, est l’organisatrice et elle m’a proposé ce rôle. Je les rejoindrai au camp de base et j’assur erai le lien entr e les équipes lorsqu’elles seront dans les différents camps. Et je les coacherai aussi pour l’assaut final.
Vous vous dites rêveuse, vous dites aimer vous adapter à de nouvelles situations. Cela signifie-t-il que vous pourriez quitter Tanay? J’avais besoin de faire le point avec ce livre. Peut-être que cela augur e un changement. A 53 ans, ma vie n’est pas finie! J’exploite ce res-taurant depuis treize ans maintenant et c’est sûr qu’il y aura autre chose. Mais quoi? Repren-dre l’enseignement, me replonger dans des étu-des, exploiter une cabane d’altitude… Ce ne sont pas les idées qui manquent!SR