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Parallèle entre Ronsard et Malherbe.

De
8 pages

Ronsard..le grand poète des amours perdues..réveille en moi le démon du passé..Malherbe,le cachottier Malherbe,le pointilleux Malherbe..mettra mes nerfs à rude épreuve..et pourtant je m'attache à lui passionnément...

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Ajouté le : 14 mai 2012
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Parallèle entreRonsard et Malherbe Dr.Mohamed Sellam(Université du 7 avril Zawiya (Libye
1 Ronsard et Malherbe étaient liés par un point commun: ils furent tous les deux chefs d'école, réformateurs éclairés et poètes de grande valeur... Mais, s'il existe en effet une certaine affinité entre leurs esprits, leurs tendances ou leurs œuvres, ils n'en sont pas moins séparés par des divergences d'aspects multiples et complexes. D'abord, Ronsard, en sa qualité de réformateur, s'insurge violemment contre les poètes ignorants qui pullulaient sur la scène; ces poètes, qui, n'ayant d'autre but que de déclamer des vers souvent ineptes et incongrus, cherchaient à avoir une petite place dans le peloton des poètes alors célèbres... Ce n'est pas tout, les courtisans aussi entrent en lice et, dans leur tentative à vouloir se faire poètes, écorchent les mots, torturent la langue et assassinent la poésie...Même les érudits, qui dans leur présomption, affichaient un souverain mépris pour la langue française et préféraient écrire en latin, sous couleur que le français n'est pas apte à exprimer suffisamment leurs pensées ou que son lexique est d'une telle indigence que toute communication en cette langue s'est avérée, selon leur prétention, impossible.,ces érudits se mêlaient pourtant en toute innocence à écrire de la poésie... Contre tous ces "mécréants" ces "fantoches"de l'esprit, Ronsard s’insurge et leur inflige des 2 brimades souvent agressives et violentes. .. Alors pour enrichir la langue, pour lui donner la vigueur, la sève dont elle a besoin pour s'épanouir, il fallait avant tout sacrifier son amour-propre, se mettre à l'oeuvre et glaner dans les langues grecque et latine des termes nouveaux, des néologismes adéquats et pertinents...Et pour qu'une telle entreprise se réalise effectivement, il convient que tout le monde s'y associe et contribue dans la mesure de ses propres capacités à la réalisation de cette œuvre universelle...c'était là en effet l'objectif fondamental de la fameuse "Pléiade"... Mais, curieusement, cet objectif même sera plus tard l'objet des attaques impitoyables de Malherbe lequel, de par sa nature, s'est montré profondément hostile à la notion même d'érudition (il lui arrivait fréquemment de conseiller à ses disciples l'ignorance totale)...Il s'est alors acharné sur l'école de Ronsard qui, selon lui, avait insidieusement corrompu la langue, en y insérant des mots 3 et des expressions biscornus, qui n'étaient pas puisés dans la culture et la tradition françaises ... Et dans ce contexte, Malherbe avait raison , car la langue n'est pas l'oeuvre d'une personne ou d'un groupe, c'est l'oeuvre de tout un peuple...Elle se fait, lentement, spontanément, instinctivement, en référence à l'esprit de ce peuple et non pas par des règles et des lois insignifiantes imposées arbitrairement... Malherbe s'attaquant ainsi avec véhémence à l'oeuvre de la Pléiade et par la à toute l'oeuvre de Ronsard, dont il releva patiemment mais aussi habilement d'innombrables erreurs, ainsi que des fautes de goût, des lacunes souvent impardonnables et en particulier le recours aussi constant à une nomenclature de néologismes antiques, revêches, rébarbatifs et foncièrement
1 1524 et il meurt en 1585Ronsard est né -Malherbe est né 1555 et il meurt en 1628 ,c’est-à-dire que Ronsard avait approximativement trente ans quand .naquit Malherbe 2 Ronsard fut le meilleur poéte de la Renaissance :il écrivit dans toutes les formes poétiques,même l’épopée dans-.laquelle il avait excellé avec sa célèbre Franciade 3 Les reprimandes de Malherbes n’étaient certes pas gratuites.Malherbe avait saisi l’ampleur de ces erreurs-.entreprit d’y remédier monumentales et par degrés
creux, qui s'étaient infiltrés mécaniquement dans la langue, en provoquant inévitablement son abâtardissement imminent... Dès lors, Malherbe n'a rien trouvé de mieux que de s'ingénier davantage dans cette oeuvre de redressement , de réhabilitation, suscitant à l'époque le mépris général non seulement à l'encontre de Ronsard, mais à l'encontre de tous les poètes de la Pléiade, allant de Du Bellay jusqu'à Desportes... Malherbe a merveilleusement réussi dans sa tâche, dans son oeuvre de dénigrement, dans sa lutte contre ses fameux prédécesseurs, au point de provoquer l'éclipse de Ronsard et de son école pour plus de deux siècles... Ce qui nous paraît fort singulier, c'est que les romantiques seront les héritiers potentiels et directs de Ronsard, non pas de sa terminologie baroque (la langue en sera expurgée d'elle -même au fil du temps) mais de l'élégance de son style, de l'expression des sentiments, de la manière dont il avait traité la nature, de sa conception de l'amour, et surtout les genres qu'il avait abordés avec bonheur et qui lui ont valu la notoriété dont il jouissait durant sa vie...C'est alors que ce n'est ni de Marot, ni de Villon, ni non plus de l'école lyonnaise, c'est de lui seul que les romantiques prendront le flambeau et s'engageront hardiment dans cette féconde révolution qui est le 4 "romantisme "...Tandis que Malherbe léguera sa fortune poétique, sa passion pour la vérité et la pureté du langage, son exubérance dans la censure, son pointillisme à dévoiler les menus détails, enfin son ironie que masquait souvent un sourire hypocrite, à cet imbattable critique, du nom de Boileau,qui affichait toujours une rigueur intransigeante tout comme l’avait fait son maître Malherbe... Cependant, si ce dernier avait amorcé la critique littéraire sous forme de reproches et de remontrances souvent impitoyables, Boileau, par contre, inaugurera ce genre et lui donnera son 5 droit de cité dans le monde de la littérature ... Malherbe était un critique occasionnel et c'est sa passion pour la langue, son indignation de la voir se corrompre, se gâter entre les mains d'une génération de poètes novices, qu'il a été amené à remédier à ces déviations et à ces extravagances insoutenables...Boileau, s'il a été un poète, un poète génial, il n'en fut pas moins un grand critique...Il a balayé tous les ouvrages qui ne respectent pas les règles de l'art... Il les a décortiqués, épluchés à fond, pour en mettre en évidence 6 les imperfections et les défauts qui y sont attachés ... Malherbe s'intéresse au premier chef à l'esprit de la langue, Boileau se passionne non seulement pour la langue et sa pureté, mais aussi et c'est là ce qui est essentiel à ses yeux, la prosodie et la forme... Ronsard, abstraction faite de son culte pour l'antiquité, a stimulé les esprits des poètes...Il leur a inspiré, par ses multiples tentatives, en particulier "la Franciade" qui reste pourtant inachevée, de grandes ambitions...Ce qui est frappant, c'est que Voltaire avec sa "Henriade" nous fournit une preuve indéniable de cette émulation bénéfique...La plupart des romantiques ont entamé des poèmes épiques similaires et cela, grâce au génie, à l'esprit d'ubiquité de Ronsard, demeuré pourtant longtemps méconnu... De plus, si Malherbe, a entrepris d'épurer la langue de tous les déchets accumulés pendant des décennies par le zèle conscient ou inconscient d'un Ronsard, ambitieux, toujours assoiffé d'une langue extrêmement riche, même aux dépens de la souplesse, du naturel et de la clarté, si Malherbe s'est fait un devoir d'assurer l'unité de la langue, en la fortifiant, en lui donnant les caractéristiques intrinsèques qui lui sont spécifiques, si enfin Malherbe crut
4 .avec un goût délicat par les futurs romantiquesSeuls les thèmes ronsardiens seront appréciés et traités -5 Les critiques s’attachaient souvent à la pureté et à la fluidité de la langue ,jamais à la thématique traitée .Pour eux,la-.langue ou le langage prime tout,pour le reste,ils ne s’en souciaient guère 6 Malherbe était un puriste jusqu’au fanatisme;Boileau,par contre,s’est attaqué à ses ennemis d’abord par esprit de-vengeance,ensuite pour montrer combien cette catégorie d’écrivains qui n’étaient pas naturellement doués pour .l’écriture,perdaient leur temps égaler un Corneille,un Molière ou un Racineà vouloir
nécessaire ou plutôt impérieux de donner une assise solide à la langue, en faisant son choix des mots dans la réserve exclusive du fonds national, afin de perpétuer la pureté de la langue et de son caractère spécifique, Ronsard, de son côté, n'en a pas fait œuvre négative, au contraire, il avait fait peut être plus que n'en a fait Malherbe, puisque, outre ses nombreuses traductions (Pindare, 7 Anacréon) dont il avait fait connaître les oeuvres au public français, comme le fera plus tard l'Abbé Prévost pour les romans de Richardson, il a consacré des genres jusque-là inconnus, en déterminant leur spécificité, et en leur attribuant un cadre nouveau répondant à l'esprit français, avec une démarcation nettement définie... De plus, son œuvre ne s'arrête pas là, il a enseigné, et c'est là ce qui reste fondamental pour nous, la technique de la poésie, en explicitant en détails les 8 mécanismes complexes de cette technique ... Alors que Ronsard, un poète, un vrai poète, dont les créations, si multiples et si diversifiées, souvent empreintes de vérité et de couleur, (Eglogues, Odes, Amours), poursuivait inlassablement sa marche dans le sens de l'innovation et du perfectionnement poétique, désireux qu'il était de devenir le Pindare français, toute l'oeuvre de Malherbe est par contre une oeuvre de circonstances, composée essentiellement de petites pièces, bien que raffinées et subtiles dans leur composition, élégantes dans leur expression, n'en demeurent pas moins foncièrement éloignée du 9 sentiment véritable, entièrement dénuée de conscience poétique réelle ... Ronsard, poète authentique, ayant vécu du début jusqu'à la fin d'une carrière, bien remplie, au cours de laquelle il a montré que la poésie est une oeuvre de goût, de lutte pour la vie: ses "discours sur les misères de ce temps" nous révèle en lui un témoin impartial de son époque, nous dévoilent en même temps sa nature et son caractère d'homme sensible à tout ce qui se faisait autour de lui, s'apitoyant sur le sort du pays déchiré par la guerre, sympathisant avec le peuple qui gémissait sous le poids de cette calamité sempiternelle; tandis que Malherbe, ne quittant plus la chaude intimité de Henri IV depuis son entrée triomphale dans la cour, se complaît à y mener une vie heureuse et agréable, une vie de courtisan influent, mais malicieux et intrigant, sans se soucier 10 le moins du monde de la vie en dehors de son charmant petit univers ... La tâche de Ronsard ne se borne pas à créer, mais aussi à imiter les œuvres de l'antiquité, qu'il avait par ailleurs pris pour modèles, en particulier celles de Horace et d'Anacréon... Les imitations qu'il a faites de ces écrivains sont de vrais joyaux, dépassant en beauté même les pièces originales,car Ronsard était menti d'un don infaillible d'imitation, une ingéniosité qu'il avait 11 acquise par une pratique constante des œuvres latines et grecque ... En toute sincérité, si Malherbe a posé les fondements de la tradition classique, en s'ingéniant à épurer, à conférer à la raison une valeur primordiale, en délivrant la poésie du poids inutile qui l'embarrassait et l'alourdissait depuis l'ère médiévale, en la dépouillant enfin de ces fadaises et mesquineries cocasses qui en gâtaient lamentablement la beauté, Ronsard, de son côté, avait fait avant lui, une oeuvre immense non pas au niveau de la production poétique, mais aussi au niveau même de l'affirmation et de la consécration de la langue française, cette langue à laquelle il a consacré presque toute sa vie pour l'élever à un haut degré de perfection et son voeu le plus ardent était de l'égaler aux langues grecque et latine…
7 .Cf Gandar 1932½Ronsard,imitateur de Pindare et d’Homère.╗ José Corti -8 Il serait ridicule de mettre l’oeuvre de Ronsard et celle de Malherbe sur le même plan ou même d’établir une-quelconque comparaison entre les deux ,puisque la différence qui existe entre les deux ,est un fait indiscutable,et ne saurait être mise en question.Cf Sainte-Beuve et son fameux ½Tableau de la poésie française au XVIe siécle ╗ .Edition Gallimard 1976 9 cf ½Les Oeuvres Complètes de Malherbe╗ Edition Garnier-Flammarion 1950 ainsi que les ½Les Oeuvres-.Complètes de Ronsard╗ par le même éditeur en 1933 10 .Dans sa vie intime,Malherbe se vantait d’être le courtisan le plus influent dans la cour de Henri IV-11 Les humanités antiques étaient la seule source de savoir et la Renauissance ne s’était constituée une assise solide-.ce vaste patrimoine gréco-romainquen traduisant,compilant et méditant
Ronsard, pour égayer sa poésie, lui donner un ton et une nuance sublimes, élevés, réservés à une élite d'intellectuels délicats, usait d'un langage puisé même dans l'usage quotidien, mêlé il est vrai, d'un lexique archaïque dans le dessein évident de capter l'attention du lecteur, Malherbe cependant préconisera le même procédé et au lieu de reconnaître l'apport monumental de Ronsard et de son école, cherchera à dénigrer, à annihiler même cet apport: un tel comportement n'est pas par ailleurs étranger à Malherbe, puisqu'il est doué d'un génie 12 incontestable et d'une nature hypocrite et basse Ronsard n'était pas seulement un poète sincère et véridique, mais il était aussi un authentique réformateur, comme Malherbe le sera aussi plus tard, en adoptant l'attitude d'un rival irréductible… Ronsard n'était pas un chef d'école, Malherbe le sera à plus d'un titre: Or les deux se rejoignent au même axe: leur reforme. La réforme du premier, si minime fut-elle, consista à nourrir la langue d'un nouvel apport lexical substantiel, d'introduire dans la poésie des genres qui avaient fait leur preuve dans des temps lointains, alors que la réforme du deuxième a consisté à mettre sur pied un nouveau système de poésie, une poésie sûre, virile, pleine de vitalité et de force, égalant la poésie latine par son charme et son élégance… Tous les deux, en effet, ont entrepris cette oeuvre, mais à des degrés divers… Si Ronsard traite ses "disciples" ou les poètes qui prétendaient l'être, tels que Remi Belleau, Antoine de Baif ou même ce fameux et inoubliable du Bartas, avec beaucoup de sollicitude et de paternalisme qui frise la complaisance, leur laissant ainsi pleine liberté dans leur action, sans contrainte ni discipline, Malherbe, en revanche, prendra étrangement le contre-pied du comportement de Ronsard et sans ménagement, imposera une discipline draconienne à ses disciples les plus proches, Racan et Mathurin: cette sévérité si rebutante, si farouche, laissera de tristes vestiges dans le souvenir de ses disciples, si bien qu'ils ressentent, chaque fois qu'ils se rappellent cette discipline intransigeante, un malaise psychologique aigu… Ainsi entre Ronsard, "le maître" si gentil, si affable, se comportant avec un mérite exemplaire avec son entourage, et Malherbe, le maître autoritaire, si rude, si discourtois, incompréhensif et intransigeant, la différence est nette, tranchante et plausible… De plus, Malherbe ne traite pas seulement ses disciples avec rigueur il va encore plus loin, dépassant les limites de son comportement plus qu'insolite, pour aller jusqu'à dénigner, 13 vitupérer et vilipender férocement les poètes rivaux Contre eux, il employait des moyens souvent agressifs, ironiques et narquois, au point de susciter leur indignation et leur ire… Pour lui, ce fut un plaisir, un plaisir profond, inépuisable, que de provoquer ainsi leur protestation indignée et de les mettre en colère en les laissant se débattre dans une situation désespérée, condamnés au silence et au mutisme absolu, car le fauteur de leur colère, celui qui les accable de critiques virulentes, qui les traîne dans la boue et la honte, est un homme immunisé, hautement protégé, inabordable et investi d'une citadelle inexpugnable... La plupart de ses rivaux étaient les représentants de la poésie d'avant 1560, c'est-à-dire avant son apparition victorieuse dans la cour du roi Henri IV... Or, toute la poésie d'avant cette date, était en effet la cible de ses critiques incisives, véhémentes et qui vont jusqu’à l'attaque ouverte et l'invective... Il la vouait à tous les diables, disant q'elle ne valait rien et que son sort était de s'ensevelir dans l'oubli à jamais... Ronsard même n'en fut pas épargné, puisque la plupart de ses attaques étaient dirigées délibèrement contre Ronsard et les membres en vogue de la Pléiade...
12 Ce qui est vraiment étonnant,c’est que Ronsard dans son oeuvre de réforme avait usé d’un lexique grec et-latin,alors que Malherbe a eu recours à la masse du peuple pour lui emprunter des termes bas et trivials,qu’iil .jugeait plus exotique et plus conforme à l’esprit français 13 Je l’ai déjà souligné plus haut:c’était dans la nature de Malherbe et ce comportement lui fut vraisemblablement-.assidu de la coursa fréquentation dicté par
Ronsard lui même, au début de la mise en place de la célèbre Pléiade avait jugé nécessaire, pour bâtir les éléments d'une poésie originale et éclatante d'une sève nouvelle, de 14 rompre avec la tradition poétique inhérente au moyen-âge ... Malherbe, imitant en cela l'action déterminante de Ronsard, croyait, probablement par amour propre et égoîsme, pouvoir ériger à la place laissée ainsi vide, une poétique nouvelle, 15 répondant à l'esprit du temps et lui attirant l'apothéose qu'il escomptait ... A la mort de Ronsard, Malherbe avait trente ans; l'un pousse ses études relativement assez loin, si bien que, pour pouvoir les parachever, il entreprend des voyages à Heidelberg et à Bâle, alors que l'autre, simple page, ne quitta sa ville natale que pour suivre ses maîtres: Jacques Stuart en Ecosse, et en Angleterre, Guillaume de Langeais au Piémont et devenu brusquement sourd à l'âge de dix-sept ans, se vit exonérer de la sinécure de page pour se consacrer, sous la direction vigilante du célèbre heléniste Daurat, à l'étude de la poésie et de la langue grecque... Ame passionnée pour la culture antique, il s'y livra avec enthousiasme, jusqu'à la création 16 avec Du Bellay de ce groupe qu'on appellera plus tard la "Pléiade" ... Alors que Malherbe, une fois ses études finies, s'insinua dans l'entourage du duc d'Angoulème, dont il devint son secrétaire le plus assidu, au point de le suivre au coeur même de la Provence. Il y resta la plus grande partie de sa vie, partagé entre le culte de la poésie et les affaires administratives de son maître, jusqu'au jour où, arraché à cette paisible retraite, s'embarqua en compagnie d'un ami et sur instruction du bien aimé roi Henri IV, pour être jeté dans le tourbillon vertigineux mais plein de charme magique de la cour... Dès lors, et à partir de ce jour, Malherbe va devenir peu à peu le courtisan le plus intime du roi et occuper des fonctions diverses, qui le mettront à l'abri de la colère et de l'indignation des poètes qu'il allait désormais vilipender sans ménagement... Le poète grammairien, le poète réformateur, trouvera la voie largement ouverte devant lui et qui lui permettra d'édicter en toute liberté ses lois propres et imposer à tous sa volonté... Et tout cela sous l'oeil complaisant d'un roi affable, entiché lui aussi de poésie et amoureux de la discipline et de la prééminence de la raison toute chose... Ronsard, grâce à la protection éclairée de Charles IX, avait alors pu faire avancer la poésie à un stade qu'il voulait pousser encore plus loin, n'eût été la mort soudaine de ce roi bienveillant, survenue à un moment crucial de l'évolution de l'oeuvre ronsardienne et qui, malheureusement, ruina tout espoir chez le grand poète, au point d'interrompre l'achèvement de son oeuvre magistrale "la franciade"... Cependant, Malherbe, à la mort de Henri IV, n'en continua pas moins son oeuvre d'épuration de la langue, mais il perdit de son enthousiasme d'antan pour se concentrer sur des 17 préoccupations d'intérêts matériels et de préséances ... En vérité, Ronsard n'était pas courtisan de Henri II, encore moins de Charles IX, bien que surtout sous le règne de ce dernier, il atteignît à l'apogée de sa gloire, au point que, fasciné par la notoriété du grand poète, le Tasse, en 1575, lui rendit visite dans sa résidence pour lui en faire hommage (Marie Stuart même du fond de sa captivité lui adressa des félicitations ardentes et même des présents de grande valeur)... Par contre Malherbe étcourtisan et il l'était en effet par nature non par humeur ou désinvolture et il le restera jusqu'au terme de son existence...
14 .Cette Rupture ne fut consommée que difficiilement-15 En vérité,le peuple qui végétait dans l’ignorance ne lisait absolument pas.Or les lecteurs des poétes étaient-.presque dans leur majorité issus de la gentry,de la grande aristocratie 16 Il va sans dire que ce n’était pas Ronsard qui avait stimulé le goût pour l’Antiquité,mais tout un peloton d’érudits-.les écrivains et les intellectuels à de grande renommée,ont incité la réserve antiquepuiser dans 17 Malherbe n’écrivait de la poésie que dans la mesure où elle lui procurait honneur et fortune,ce qui contrastait-.avec le comportement quasi désintéressé d’un Ronsard
Mais c'était un courtisan sournois, flatteur jusqu'à l'hypocrisie, adulateur chévronné, et ce qui est grave, matérialiste jusqu'au bout des ongles, prenant en considération en toute chose ses propres intérêts, sollicitant toujours davantage de subsides, extorquant au roi par des moyens peu avouables des privilèges auxquels il n'avait guère droit... Pire encore, il ne fut pas seulement flagorneur de haute volée, mais il fut encore un ingrat, d'une ingratitude inexorable, féroce et haineuse: ceux qu'il avait de tout temps accablés d'éloges et de flatteries, seront plus tard l'objet de ses virulentes attaques, de dénigrement et d'injures.Il stigmatisa et couvrit d'opprobre Henri III après sa mort; il n'épargna pas de Luynes de ses saillies sarcastiques, en lui infligeant une kyrielle 18 de remontrances et de calomnies injustes ... Même à l'égard de "Marie de Médicis" vis-à-vis de laquelle il jugea opportun, juste au milieu de la crise la plus difficile que traversait le royaume,de prendre ses distances par lâcheté et couardise... Si Ronsard fut un poète d'une conduite saine et irreprochable, parfaitement intègre, désintéressé au point de n'avoir jamais cherché à s'enrichir, bien qu'il ait été témoin occulaire de quatre règnes successifs, Malherbe, en revanche, était presque tout le temps obsédé par la "question matérielle", comme s'il vivait lui et sa famille, dans une indigence extrême, alors que Malherbe, grâce à la largesse ininterrompue du roi Henri IV, il était comblé plus d'une fois de sommes considérables, surtout toutes les fois qu'il offrait de nouveaux poèmes au roi... De plus Ronsard, dans son mépris pour la matière, ne chercha pas à rester au bas de l'échelle, il aspirait toujours à élever la poèsie à un degré plus haut, et c'est dans ce dessein qu'il entreprit de rendre la poésie quasiment inaccessible à la masse du public, en y parsemant des nuances d'une subtilité incompréhensible, étayée d'un langage souvent sibyllin, impénétrable pour 19 un public profane ... Cet isolement délibéré est accentué par cette volonté de fuir le vulgaire, ignare et imperméable aux choses de l'esprit... Ainsi Ronsard, contrairement à Malherbe, qui ne considère la poésie que comme une source de revenus et non comme une nourriture de l'esprit faite pour perfectionner le genre humain, faisait de la poésie une haute conception et la mit au-dessus de toutes les considérations matérielles ou politiques... C'est de lui encore que s'inspireront les écrivains du siècle de Louis XI c'est de lui qu'ils recueilleront dévotement, ce principe divin, cet amour extraordinaire qu'ils voueront au culte de l'art et à l'œuvre bien faite... En revanche, Malherbe , dont l'esprit est celui d'un misanthrope, à tendance nihiliste et agressive, méprise au plus haut point la poésie et ne s’y applique qu'à contrecœur, dans un intérêt exclusivement mercantile, et toute création poétique, que ce soit un poème quelconque, un simple sonnet ou même une épigramme, est entreprise uniquement dans le but de pouvoir recueillir des présents ou de se voir combler d'une grosse somme d'argent... Cet esprit d'intérêt, d'arrogance et de misanthropie farouche, se trouvera encore enlaidi par son caractère fait de rusticité et de méfiance haineuse... Au niveau de la conception de l'œuvre, chacun des deux poètes à ses propres défauts, plus ou moins ostensibles, en fonction évidemment du thème traité: Ronsard dans ses "amours" montrait en vérité moins d'ardeur, moins de chaleur véhémente moins de pittoresque et de pathétique qu'un Malherbe dans la plupart de ses courtes pièces surtout celles inspirées de la mort d'un des membres de sa famille et en particulier cette pièce intitulée "les larmes de Saint-Pierre", car l'un affiche pour de bon des sentiments sincères et émouvants, exprimés avec verve et
18 Il était un thuriféraire de bas étage,mais ce n’était pas tout,il décriait férocement ceux qu’il avait encensé,dès que-.étaient tombés en disgraceceux-ci perdaient leur influence dans la cour ou qu’ils 19 C’est ce que j’ai avancé dans ma thèse intitulée ½Contribution à l’étude des Origines de la poétique-mallarméenne.╗,mais entre le symbolisme,en tant que technique artistique nouvelle,et la poésie ronsardienne,la .différence subsiste au niveau du fond et non de la forme
profondeur l'autre en écrivant, n'éprouvait aucun sentiment sincère, puisque tout chez lui, était 20 factice, imaginaire, entreprit notamment dans un dessein d'application théorique ... Mais si Ronsard était nanti de cette intuition souvent heureuse, qui le mettait en effet en présence du meilleur choix et l'orientait judicieusement vers le bon goût, Malherbe, la plupart du temps se laisse égarer dans ses tournures et expressions, et sous sa plume, il perd cette élégance, cette finesse que l'on trouve dans quelques-uns de ses poèmes, même ceux conçus dans un dessein commercial... Cependant, tous les deux sont désertés par l'inspiration: ce don divin exceptionnel leur manque terriblement et pour pallier cette lacune regrettable, ils sont amenés à inventer, forger des images triviales en vue de remplir le vide de leurs poèmes. Pa ailleurs, ce n'est pas seulement cette faculté suprême qui leur fait défaut, mais aussi les idées, qui sont indispensables dans un poème, que l'on considère à juste titre comme un "joyau" de l'esprit destiné à insuffler en nous l'esprit, la joie et les nobles sentiments... Car un poème dépourvu d'idées, est un poème insignifiant, insipide et ne mérite pas qu'on lui attribue cette appellation de "poème" qui devrait, à plus forte raison, être une source de vives émotions, de 21 pensées faisant appel à l'intelligence du lecteur et à sa faculté d'appréciation ... Néanmoins, en dépit de ces manquements et de ces imperfections absurdes, Ronsard, tout autant que Malherbe, avait déclenché une vraie révolution dans l'univers de la poésie... Le XVIIe siècle, bien qu'il ait puisé à profusion dans la poétique de Ronsard et sucé avidement la sève de sa théorie (le XVIIe siècle professait le même goût pour l'imitation des anciens et il avait le même respect pour l'antiquité) affichait à son égard une attitude d'indifférence et d'ingratitude, que la génération des romantiques, qui a réhabilité Ronsard, en reconnaissant en lui un des plus grands pionniers de la poésie française, n'a pu supporter aisément et a décidé de prendre sa revanche, après plus de deux siècles d'oubli et de négligence... Ce qu'il y a de paradoxal dans cette confrontation, c'est que Ronsard et Malherbe, étaient doués, dans certains aspects de leur talent, quasiment des mêmes qualités... Ils avaient tous les deux, comme d'un commun accord, servi la langue et la poésie française. Tous les deux étaient jaloux du prestige et de la grandeur de la France en Europe et dans le monde et enfin, ensemble, presque avec le même esprit et la même abnégation, ils se sont passionnés pour le culte de l'art et l'amour sincère de la forme... Car tous les deux portent la forme, dans leurs œuvres poétiques, par l'éclat et la correction de leurs vers, l'harmonie de la strophe lyrique, la souplesse ingénieuse de leur langue,à une perfection ultime... La forme, chez eux, est plus que parfaite... Elle a atteint un degré de perfection suprême, auquel nul, parmi leurs contemporains, n'a pu parvenir... La postérité, au fil des siècles, n'omettra pas d'apprécier leurs oeuvres, à travers lesquelles, elle admirera la vigueur de l'esprit, la finesse des tournures expressives, les nuances toujours vivaces des sentiments, même irréels et fictifs, et enfin ce goût remarquable pour le ..pittoresque et le sublime
20 Malherbe pratiquait la fiction dans sa poésie,Ronsard,,plus sincère et plus réaliste que Malherbe,usait des nuances-.où l’esprit artistique prévalut sur toutes les autrezs considérations 21 La poésie doit être le creuset où s’amorce la fusion de tous les problèmes de la condition humaine:c’est là le but-.impératif de ne serait la poésie,autrement elle qu’un jeu inculte et stérile
REFERENCES BIBLIOGRAPHIQUES
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M.MOHAMED Sellam « Synopsis d’analyse et critique littéraires