Étude économique de sept communes de la Haute-Marne - article ; n°1 ; vol.26, pg 3-18

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Économie rurale - Année 1955 - Volume 26 - Numéro 1 - Pages 3-18
16 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.

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Publié le 01 janvier 1955
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Langue Français
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J.-B. Chombart de Lauwe
M. Poitevin
Étude économique de sept communes de la Haute-Marne
In: Économie rurale. N°26, 1955. pp. 3-18.
Citer ce document / Cite this document :
Chombart de Lauwe J.-B., Poitevin M. Étude économique de sept communes de la Haute-Marne . In: Économie rurale. N°26,
1955. pp. 3-18.
doi : 10.3406/ecoru.1955.1375
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/ecoru_0013-0559_1955_num_26_1_1375.
ECONOMIQUE DE SEPT COMMUNES ETUDE
DE LA HAUTE-MARNE
à l'Ecole Assistant par Professeur M. Nationale J. à et la CHOMBART M. Chaire d'Economie d'Agriculture POITEVIN de Rurale LAUWE de Rurale Grignon
A la demande du Conseil Général de la Haute-Marne, le Comité d'Aménagement a fait pro
céder à des études sur sept communes du plateau de Langres, particulièrement touchées par l'exode
rural.
LA SOCIETE FRANÇAISE D'ETUDES AGRICOLES chargée de ce travail, après avoir établi
des rapports techniques, a demandé à M. CHOMBART de LAUWE, Professeur d'Economie Rurale à
l'Ecole d'Agriculture de Grignon, de procéder à une étude économique de la région., Bien secondé
par son assistant, M. POITEVIN, M. de LAUWE a fait une enquête sur place dont le
but principal était Vanalyse d'un groupe d'exploitations! agricoles replacé dans le cadre de la région.
La Société Française d'Etudes Agricoles et lé Comité du Plan d'Aménagement de la Haute-
Marne, ont bien voulu autoriser notre Société à publier ce rapport d'enquête qui, bien que n'étant
qu'un document de travail, offre un grand intérêt parce qu'il constitue une des premières études
systématiques des régions agricoles afin d'en déterminer les possibilités d'expansion.
Tout le mérite en revient à. ces deux organismes dynamiques que nous remercions bien vive
ment.
N. D. L. R.
SOMMAIRE
INTRODUCTION II. — L'analyse des exploitations : une agri
culture paysanne qui amorce sa réTerres cultivées et terres incultes
volution technique 11
Première Partie
Troisième Partie
LES POTENTIALITES DE LA REGION
PROGRAMME D'EXPANSION
I. — Les systèmes de production de la ré DES SEPT COMMUNES
gion 4
I. — Condition préliminaire : création d'un II. — Les potentialités naturelles et la ^ques
foyer de progrès technique agrition des terres incultes 5
cole à Langres Il 4 III. — Les économiques 7
IV. — Les potentialités humaines 9 II. — Les grandes lignes du programme
V. — Note d'ensemble sur les potentialités d'expansion des sept communes
de la région 10 pour une période de six ans .... 114
III. — Les mesures individuelles 114 Deuxième Partie
IV. — Les collectives 16 ANALYSE DES EXPLOITATIONS
V. — Investissements pour l'application du I. — Les revenus agricoles sont caractéris programme 16 tiques d'un région agricole margi
CONCLUSIONS nale 10 INTRODUCTION
TERRES CULTIVÉES ET TERRES INCULTES
la technique ne permettent pas de> freiner une évoLes plateaux de la Haute-Marne doivent être clas
lution catastrophique.- sés parmi les médiocres régions agricoles de la Franc
e. En un siècle, la population des sept communes
étudiées (1) a diminué vertigineusement de 3.100 à Mais, disons-le tout de suite, la remise en cul
1 .300 habitants (soit de 60 %), tandis que le ter ture des terres en friche na peut être effectuée que
ritoire cultivé suivait une évolution à peu près pa par les agriculteurs de la région. Toute colonisation
rallèle, passant de 5.400 ha à 2.700 ha (soit une d est exclue. C'est donc sur les exploitations agricoles
iminution de 50 %) (2). Si les terres, de la région qui ont résisté à la tourmente, que le principal effort
avaient été constituées par du bon limon des pla de modernisation doit porter. C'est par les agricul
teaux sous un climat régulier, aurions-nous enregist teurs de ces exploitations, assis sur des bases tech
ré une évolution aussi dramatique ? Certainement niques plus solides, qu'il faut envisager la très évent
non. Aussi bien, l'étude de la mise en valeur de la uelle remise en valeur de certaines terres incultes.
région doit-elle être menée avec une grande prudenc Comple tenu de ceo prémices, nous étudierons
e. Ni l'emplacement naturel, ni l'emplacement successivement : les potentialités de la région; la
économique n'ont été favorables au maintien de la situation actuelle des explorations agricoles ; le pr
population agricole. Reste à savoir si les progrès de ogramme d'expansion.
PREMIÈRE PARTIE
LES POTENTIALITES DE LA REGION
L'étude des potentialités de la région doit nous Système de production céréales-fourrages (princ
ipalement communes de Frettes et de Coublanc, à permettre de répondre à deux questions. Tout
sol reposant sur calcaires bajocien et bathonien). Les d'abord, est-il possible d'envisager une augmentat
ion des revenus agricoles des cultivateurs ? Autre céréales représentent 55 % de la surface agricole
ment dit, une intensification des terres cultivées a-t- utile e: les cultures fourragères 40 %. Pas ou peu
e!le des chances de succès ? Des investissements àe plantes sarclées. Le rendement brut à l'hectare
donneront-ils une augmentation plus rapide du re est de l'ordre de 50.003 fr., alors qu'il est de 60.000
ndement brut que des charges de production ? francs pour l'ensemble de la France, de 100.000 fr.
En second lieu, il s'agit de savoir si une autre pour le Bassin par'sien, de 150.000 fr. dans les très
torme d'intensification, la remise en valeur. des ter bonnes régions. Il s'agit donc d'un système de pro
duction- extensif qui appelé des améliorations., Le res incultes, est rentable.
Bien entendu, nous utiliserons pour ce':te étude, rendement brut est essentiellement composé par le
les conclusions lumineuses du rapport de M. Dumonl blé, 20 %, le lait, 35 %, et les animaux, 28 %.
tout en évitant, dans la mesure du possible, de répé Système de production herbager (qui semble doter le contenu de ce rapport. miner dans toutes les autres communes où les ter
res de lias sont importantes). Ici, les surfaces tou/ - Les systèmes de production jours en herbe sont très étendues avec 55 % de la
surface agricole utile ; mais les herbages ou prairde la région ies sont assez mal entretenus de telle sorte que le
La région est loin d'être homogène (voir rapport rendement brut à l'hectare n'est que de l'ordre de
Dumont). Nous sommes amenés à distinguer trois 45.000 fr. La spécialisation dans la production ani
male est encore plus marquée : le lait avec 45 % et systèmes de production :
les animaux avec 30 %, constituent presque tout le
rendement brut. (1) Coublanc, Frettes, Grenant, Saulles, Belmont, Tornay et
Gillet. Système de production pacager (sur sols à profon(2) II est d'ailleurs possible que des causes non agricoles,
deur limitée). Faut-il parler d'un troisième mode de notamment la disparition progressive de l'industrie du fer dans la
production consistant dans l'utilisation des friches Haute-Marne, aient accéléré la dépopulation. ■
.
par les animaux ? A l'heure actuelle, les effectifs tique des arbres fruitiers, mais il n'est pas certain
ovins sont très faibles, mais il y a peut-être une pos que, dans les situations les plus propices, il n'y au
sibilité de les accroître (voir ci-dessous). rait pas intérêt à encourager le maintien des ver
gers pour assurer le plein emploi de la main-d'œuvEn attendant, ces friches sont utilisées pour le
re des petites exploitations. pâturage des bovins, ce qui constitue rarement une
solution satisfaisante de leur emploi. B) Variations considérables de la fertilité des
terres Ainsi, à des degrés plus ou moins marqués, les
systèmes ds production de la région sont caractéri D'après les documents cadastraux, la répartition
sés par la prédominance de la production fourra du territoire serait actuellement la suivante pour les
gère. On ne peut guère parler d'une polyproduc- sept communes :
tion : le lait, les animaux, le blé constituent pres Terres labourables _ 1.800 ha 20% que toutes les spéculations. Essayons d'expliquer Surfaces toujours en herbe 885 ha 10 % cette situation. _
Surface agricole utile 2.694 ha 30% // - Les potentialités naturelles T erres incultes 3.781 ha 44%
Bois „ 2.125 ha et la question des terres incultes 26%
A) Le climat ne constitue-t-il pas un facteur Total général 8.600 ha 100%
limitant ? Ainsi, la surface cultivée ne représente que 30 %
du total; il s'agit donc bien, comme on le souhaitait M. Dumont caractérisa ainsi les précipitations a
en entreprenant l'étude, d'un des coins les plus tmosphériques du climat continental de cette région
défavorisés de la Haute-Marne puisque, pour l'eà tendance fourragère : « Les pluies sont, en moyenn
nsemble du département, le pourcentage de territoire e, assez importantes (800 mm environ) et la notion
cultivé est de 47 % (il est de 60 % pour la France). de milieu sec, généralement adnrse, dépend plus de
la nature du sol et du sous-sol et de l'épaisseur du Laissons de côté les bois qui n'entrent pas dans
sol que des précipitations. Cependant, celles-ci ont, le cadre ds cette étude et examinons successivement
souvent un caractère marqué d'irrégularité, comme les potentialités des terres cultivées et des friches.
viennent encore de le montrer ces dernières années: Les terres cultivées sont de qualités très inégales.
février, avril, juillet et octobre sont assez secs, mais En essayant de chiffrer les indications de M. Dumont
août et surtout juin en moyenne bien arrosés ». Et nous distinguons :
M. Dumont ajoute : « La vraie distinction vient du — les terres du lias à vocation herbagère (que l'on sous-sol qui tranche le terroir des sept communes en retrouve princ'palement sur les communes de deux bandes d'aptitudes nettement différentes ». Belmont et Saulles). Ce sont des terres de hautes-
Ceci entraîne la distinction entre les deux systèmes potentialités qui, médiocrement exploitées acde production herbager et céréales-fourrages. tuellement, ne donnent probablement pas plus
A ces constatations, nous voudrions ajouter quel de 2.000 unités fourragères et qui pourraient, pro
ques remarques : bablement, en fournir 4 à 5.000;
a) L'irrégularité des pluies et l'insuffisance des — les terres d' alluvions du Saolon, dont une partie
pâtures ont poussé les agriculteurs à palPer \e man aurait besoin d'être assainie et qui pourrait aussi
que de ressources fourragères en envoyant les an donner une production fourragère satisfaisante;
imaux sur les friches pendant la belle saison. Mais — les terres épaisses ou herbues, reposant sur cal
le cheptel souffre de cette pratique : le rendement caires bajocien et bathonien, qui sont de bonne
en lait baisse sensiblement de septembre à octobre. qualité; elles rendent à l'heure actuelle, une
Un aménagement de l'assolement permettrait cer vingtaine de quintaux de blé en moyenne avec
tainement de donner le complément de fourrage 30 quintaux dans les bonnes années; on pourr
vert pendant la saison sèche. ait, sans doute, en tirer une moyenne de 27-28
quintaux avec des pointes à 35 quintaux; b) Notons, d'autre part, que l'abondance des
pluies du mois d'août devrait permettre l'extension — les terres minces ou rougets, reposant aussi sur
de cultures dérobées qui, par ailleurs, s'intercalent calcaires bajocien et bathonien. Il y a là des
fort bien dans le plan de travail des exploitations. terroirs moyens qui donnent 15 quintaux de blé-
hectare et qui pourraient monter à 20 quintaux ; c) Incontestablement; les gelées sont, sous ce cl
mais il y a aussi des terres très médiocres qui ne imat continental, tardives au printemps et précoces
font guère que 1Q quintaux et dont on ne voit à l'automne. Pourtant, dans la plupart des commun
pas bien, à cause de leur épaisseur, les possibiles, il y a une quantité imprsss:onnante d'arbres
ités d'amélioration. fruitiers (cerisiers, prun:ers, pommiers) qui ne sont
Nous serions tentés de dire que sur les 30 % de pas exploités, à l'exception d'un verger à Frettes.
terres cultivées des sept communes, il y a en un tiers On ne peut certes préconiser une extension — 6 —
qui a de fortes potentialités, c'est-à-dire sur lesquell Reprenant les solutions éunmérées par M. Du
es on pourrait obtenir un rendement brut de l'ordre mont, nous pouvons envisager : la remise en cultu
de 90.000 fr.; la moitié, sur lesquelles on pourrait re ; le pâturage par les bovins ; l'utilisation par les
atteindre 55 à 65.000 fr. et le reste qui ne vaut pas troupeaux ovins communaux; le reboisement.
grand chose. Il est très important de constater qu'on Envisageons ces hypothèses en essayant d'apport
cultive encore des terres très médiocres; ceci nous er des précisions.
conduit à l'étude des friches (par exemple à Saulles). a) Remise en culture. — Rappelons tout d'abord
Faut-il cultiver Ï6s ? qu'à Grignon, où nous établissons une comptabilité
La structure agricole de la Haute-Marne est mouv à prix de revient, nous avons ca'culé . qu'avec des
ante : l'équilibre agro-sylvo-pastoral est instable. frais de production \ peu près égaux, les bonnes
Est-il possible de changer la tendance plus que sécul terres nous donnaient 41 quintaux de blé, alors que
aire et caractérisée par l'extension de la forêt et les mauvaises n'en fournissaient que 29 quintaux,
surtout des friches au détriment des terres cultivées ? soit une rente différentielle de 1 2 quintaux en faveur
Au premier abord, ni la pression démographique des bonnes terres. Ici, avec des friches remises en
dans le cadre national, ni V élargissement des dé culture donnant 10 à 15 quintaux, aurons-nous de
bouchés ne semblent justifier une intensification. quoi payer les charges de production ? Oui, dans
C'est donc surtout du côté de la technique qu'il faut certains cas : 1) s'il s'agit de coins de terres oubliés
nous tourner pour savoir si ses récents progrès per loin du village et dépassant quelque peu les 15 quin
mettent de mettre en valeur des terres submarginal taux; 2) s'il s'agit de terres cultivées par des agricul
es mais, disons-le tout de suite, la technique est teurs motorisés et disposant d'une trop petite surface
impuissante quand l'épaisseur du sol est trop faible. pour amort;r les frais fixes de leur matériel (bien que
■ Essayons de voir en quoi consistent les 3.800 ha dans la" plupart des cas, on aurait avantage à tra
de friches représentant les 44 % du territoire des vailler chez le vosin ou à avoir du matériel en co
sept communes. propriété).
Notons tout d'abord qu'au moment de la confec On peut donc espérer ainsi récupérer quelques
tion du cadastre, les sept communes comptaient déjà combes plus fertiles que le reste. On a déjà com
1.092 ha de friches. Ainsi, à une époque où la Fran mencé, mais cela n'ira jamais très loin. Il y a au
ce était proche de passer par son maximum de terri jourd'hui 38 tracteurs dans les sept communes; on
toire cultivé, il y avait 28 % des frches actuelles qui peut penser qu'il y en aura 60 dans quelques années.
existaient déjà. Disons tout de suite que ces friches Si chacun cultivait 5 ha en plus (et cela nous paraît
éternelles seraient beaucoup mieux placées dans le un maximum bien difficile à atteindre), cela repré
territoire non agricole. senterait quelques 250 ha : à peine 7 % des friches
actuelles. Bien entendu, ces terres marginales deOutre ces friches éternelles, il y aurait, en extra vraient être remises en culture avec la rotation ex- polant les notes de M. Dumont et en les recoupant lensive' et prudente proposée par M. Dumont. par nos observations, 1.030 ha au maximum qui .s
eraient utilisés comme pâtures encloses ou intermit b) Pâturage par les bovins. — Nous avons déjà
tentes pour les bovins. Ces friches fournissent des énvs des doutes sur la valeur de cette utilisation
unités fourragères d' occasion dans tous les sens du dans un système d'élevage en voie de perfectionne
mot, c'est-à-dire qu'elles apportent éventuellement ment. Nous admettons bien volontiers que des amél
un complément de nourriture mais que ce complé iorations peuvent être apportées à ces friches-pâtu
ment est non seulement de fort mauvaise qualité, rages et qu'on pourra ainsi garder 500 ha sur les
mais encore récupérable seulement en faisant faire 1 .000 ha existant actuellement. Mais il y a tout lieu
aux troupeaux des marches fatigantes. A la vérité, de penser que le reste sera abandonné, le jour où
cette pratique , nous paraissait conciliable avec des les disponibilités en fourrage seront plus important
vaches laitières rustiques donnant 1 .500 litres de lait es sur les terres cultivées.
par an, mais elle ne l'est plus avec des animaux dont c) Troupeaux communaux ovins. — L'utilisation on espère, dans un avenir proche, 3.50O à 4.000 l des terres pauvres pour les moutons est classique ; il itres de lait par an. est donc souhaitable de développer l'élevage ovin,
Ainsi, nous pouvons dire que l'utilisation actuelle mais nous voudrions, toutefois, en montrer les dif
des friches est la suivante : ficultés et indiquer les profits qu'on peut en atten
—éternelles 1 . 100 ha dre.
— friches pâturées par les bovins . . 1 .000 ha Ce ne sont pas les difficultés techniques (choix de
—inutilisées 1 .700 ha l'espèce, approvisionnement en hiver, risques de
maladie, débroussaillement des friches) qui sont les
Total \ . . 3.80D ha plus grandes, ce sont- les difficultés psychologiques.
On est en effet contraint de créer une coopérative II y aurait donc 1.700 ha de friches qui sont tout
dont l'activité est multiple et permanente, alors que à fait improductives, sans compter les friches éter
les coopératives qui réussissent le mieux sont celles nelles. Peut-on changer cette situation? dont l'activité est spécialisée et occasionnelle. Ici, coopérateurs propriétaires de friches. La part de
il faut trouver un bon berger (ce qui est rare) et réa- chacun constituerait donc un revenu d'appoint non
l:ser continuellement l'accord des coopérateurs sur négligeable, mais insuffisant pour maintenir des pet
les effectifs à entretenir, sur la fourniture des affo its exploitants sur le point d'abandonner le village.
uragements, etc. Malgré ces remarques un peu pessimistes, il est
Quant aux. profits, ils peuvent être, si la coopérat hautement souhaitable que, dans toute la mesure
ive réussît, importants en valeur absolue, mais ils du possible, les 600 ha de friches, par leur situation
ne sauraient modifier profondément les revenus des jugée propre à l'élevage ovin, soient mis en valeur.
agriculteurs. Ains:, à Belmont, où l'on compte mett d) Reboisement. — Une étude très approfonde a re sur une friche de 200 hà, un troupeau de 150 à été faite par MM. de Grandcourt et Roths qui pro
200 brebis, on ne peut espérer, compte tenu des posent, après étude minutieuse sur le terrain, de
conditions d'exploitation, qu'un bénéfice net de reboiser immédiatement 400 ha « en ne prenant que 25D.000 à 600.000 fr. (voir ci-après le compte d'ex des terrains qui ont été manifestement et unanimeploitation prévisionnel du troupeau ovin coopératif ment indiqués comme ne pouvant pas servir au pade Belmont). cage, ni maintenant, ni plus tard ». Et les auteurs
COMPTE D'EXPLOITATION PREVISIONNEL ajoutent que, dans les terrains qui leur ont été pré
DU TROUPEAU OVIN COOPERATIF sentés, ils n'ont pu en retenir qu'une faible partie,
le reste étant impropre au reboisement (ceci nous DE BELMONT
conduit à penser que les friches éternelles que nous" Troupeau de 150 mères, représentant un capital avons * hiffrées à 1.100 ha, sont certainement plus
DEPENSES' de 1.5001.000 francs * Frs étendues).
Ainsi, compte tenu de ces différentes hypothèses, — Berger . . . . . 350.000
l'ut:lisation des friches pourrait être la suivante : — Nourriture des animaux pendant l'hiver 465.000
— Vétérinaire et traitements 25.000 — Friches remises en culture (?) 300 ha — - Frais de tonte 7.5GO —pâturées par les bovins ( ?) 500 ha — Divers (entretien des locaux pour abri — Friches pour les troupeaux ovins ( ?) 60D ha
ter les animaux pendant l'hiver, etc.) 30.000 —reboisées projet actuel > 400 ha
— Dépenses de débroussaillage : extension (?) 400 ha
Amortissement et intérêt de la débrouss — Friches non agricoles ou éternelles . . 1 .600 ha
ailleuse payée 600.000 fr. et amortie
en 6 ans 130.000 3.800 ha
Frais de fonctionnement de la débrouss
Nous sommes donc > amenés à conclure que les ailleuse (500 heures à 150 fr., non
potentialitées des friches sont bien faibles : quelcompris le salaire du conducteur) . . 75.C|ÛO
ques centaines d'hectares seront peut-être remis — Charges d'intérêt des emprunts pour la
en culture, quelques centaines d'hectares pourront constitut'on du troupeau (750.000 fr. à
être utilisés pour les animaux. Une fracton import2 % — 750.000 fr. à 3,5 %) 41.250
ante doit être reboisée, une grande partie est inuti
lisable. En dehors des reboisements, il n'y a pas 1.123.750
à attendre de cette « remise en valeur », une grande RECETTES Frs
augmentation de richesses pour la collectivité, ni — Animaux :
pour les agriculteurs de la région. Lç principal ef111 agneaux vendus à 8.000 fr. (1) .. 888.000
fort doit être réalisé sur les terres qui sont déjà culti30 brebis de réforme à 7.000 fr 210.000
vées et qui ont de réelles potentialités. Un maintien laine (150 têtes x 1 ,5 kg x 400 fr.) .... 90.000
de l'agriculture de la région doit être réalisé par les — Recettes diverses :
exploitations viables qui constituent les points de Location de la débroussailleuse 100.000
résistance contre la marée montante des terres incul
tes. 1. 388.000
Bénéfice net 264.250
III - Les potentialités économiques N.B. — Un accroissement des effectifs des brebis se
traduirait, évidemment, par une augmentation A) Malgré la concentration résultant de l'exode
plus que proportionnelle des bénéfices puisque les rural, la dimension moyenne de l'exploita
frais fixes, qui sont très élevés, seraient répartis tion reste faible (21 ha). sur un plus grand nombre d'unités produites. Oh
pourrait peut-être atteindre 600.000 francs. La répartition des exploitations en nombre est la
Les bénéfices devraient être partagés entre les 15 suivante (cette statistique très approximative, doit
être présentée avec les plus expresses réserves; elle
ne tient pas compte des friches, même celles qui sont (1) 150 naissances: 30 agnelles pour le renouvellement, 9 agnel
les pour -remplacer 6 % de mortalité, 111 agneaux vendus. pâturées) : '
— 8 —
5 à 10 ha (pour mémoire 15) production (lait, animaux de boucherie, blé) sont
10 les suivantes : à à 40 20 ha ha 80 38 30 % 20 a) Lait. — Par rapport aux autres régions françaiplus de 40 ha 64% 8 ses ts lait, à cause de l'utilisation pour la fabrica6%
tion du gruyère, est bien payé.
Mais, à l'intérieur des sept communes, il y a des à exploitations Total 10 ha) (non compris inférieures les 126 100%
différences très sensibles suivant que le producteur
livre à telle ou telle laiterie. A Genevrières, com
Si l'on ne compte pas les exploitations inférieu mune linrtrophe des sept communes, le prix du litre
res à 10 ha (qui ne sont pas, le plus souvent, de aurait été de 32 fr pour la campagne écoulée, alors
réelles exploitations agricoles), les exploitations de qu'à Frettes il n'a été seulement que de 24 fr. Du
20 à 40 ha dominent avec 64 % du total; et les ex point de vue du transformateur, la différence s'ex
ploitations de 10 à 20 ha, avec 30 %, représentent plique du fait qu'à Genevrières on fabrique du
presque tout le reste. Il n'y a qu'une grande exploi gruyère alors qu'à Frettes on fait du beurre et une
tation de plus de 100 ha et 7 autres de l'ordre de autre catégorie de fromage. Mais, du point de vue
50 ha environ. En somme, il s'agit d'une structure de l'agriculteur, étant donné que le lait représente
agricole caractérisée, compte tenu de la fertilité de 40 % du rendement brut, un écart de 8 fr. au litre
la terre, par des exploitations familiales moyennes be traduit, dans une exploitation de 20 ha, par une
ou trop petites. différence de recette de 140.000 fr., dont peut dé
pendre le bien-être de la famille paysanne. Pourtant, la concentration est très rapide depuis
une cinquantaine d'années; la motorisation lui don- Pratiquement, chaque commune. a sa laiterie, coorfc* une impulsion nouvelle : tous les propriétaires de pérative ou laiterie industrielle, qui ne traite qu'une tracteurs cherchent à s'agrandir aux dépens de leurs quantité dérisoire de lait (1 .000 ou 2.000 litres de voisins, plutôt qu'à cultiver les friches. Cer lait par jour) et qui, de ce fait, a un coût de transtains « gros » font des projets de dépècement des formation très élevé, surtout quand le matériel n'est « petits » devenus submarginaux. pas amorti. Cette situation anachronique appelle
Comme nous le verrons plus loin, il est probable une réorganisation des zones de ramassage et une
que la concentration se poursuivra au cours des pro concentration des entreprises.
chaines années et déterminera une nouvelle poussée b) Animaux de boucherie. — L'écoulement de la d'exode rural. production se fait soit sur Dijon, soit plus souvent
B) L'excessif parcellement appellerait un sur l'Est. En ce qui concerne les veaux et les^ porcs,
les conditions de vente sont à peu près acceptables, membrement, mais celui-ci est psycholog
car les agriculteurs connaissent les cours par la presiquement difficile à réaliser.
se locale et sont capables d'apprécier la valeur de
La dimension moyenne des parcelles de culture leurs animaux. Par contre, les animaux de réforme
(structure en lanières) est de l'ordre de 50 ares; ceci sont vendus aux marchands de bestiaux dans de
rend coûteux d'emploi des tracteurs et d'autres matér très mauvaises conditions. Il est souhaitable que les iels tels que les moissonneuses-batteuses et les ra- projets du Comité d'expansion de la Haute-Marne
masseuses-presses. Le remembrement serait nécess pour l'organisation de ce marché, soient rapide
aire, mais les petits agriculteurs y sont opposés ment mis à exécution. En tous cas, l'établissement
parce qu'ils ont moins besoin de grandes parcelles, de bascules publiques dans les communes, éviterait préfèrent avoir des parcelles dispersées dès maintenant la fraude sur le poids, qui est fré
dans la commune pour limiter les risques, parce quente. qu'ils craignent d'avoir des terres moins bonnes du c) Blé. — Le blé est livré à la coopérative de Lan- fait que leurs intérêts ne sont pas toujours défendus
gres par l'intermédiaire des négociants. dans la commission communale du remembrement.
C) Les débouchés locaux de la région sont très D) L'approvisionnement en moyens de product
limités, les débouchés éloignés meilleurs et ion se ressent de l'isolement.
la transformation du lait en gruyère consti
Les négociants qui viennent solliciter le cultivatue un avantage exceptionnel.
teur ne manquent pas, mais il. ne semble pas que
Une très faible densité de la population et l'éloi- celui-ci soit bien préparé à défendre ses intérêts. Il
gnement des centres urbains (la petite ville de Lan- se laisse vendre des engrais composés et des aliments
gres est à 25 km), font qu'il est très malaisé d'écoul complets qui ne correspondent pas à ses besoins et
er avantageusement les produits secondaires qui qui sont '.rcp chers; il semble qu'il aurait intérêt à
constituent souvent une part importante de la pro recourir plus souvent soit à la coopérative d'appro
duction des petites exploitations (volailles, œufs, visionnement de Langres, soit à celle de la Haute-
produits laitiers, légumes et fruits). Saône, mais celles-ci ne sont pas toujours très bien
achalandées. Notons, cependant, quelques achats de Les conditions d'écoulement des trois principales scories faits par wagons par des groupes d'agricul A) L'isolement de la région et la psychose
teurs. d'abandon.
A no.er que, quelle que soit la source d'approvi Pas de ville à proximité : Chaumont, le chef -lieu sionnement, les prix des produits sont grevés de frais du département, est à 6G| km. et Langres à 25. Ce de transport élevés, à cause de l'éloignement des sont des communes oubliées « au bout du départecentres de production ou des magasins (de 30 à 50 ment ». francs par qu'ntal). Les plus favorisées d'entre elles - (Coublanc et
Frettes) bénéficient de la proximité d'une ligne sE) Peut-on dire que le loyer de la terre soit
econdaire de chemin de fer ou d'une route à faible faible ?
trafic touristique. Les autres villages, isolés dans
Le loyer à l'hectare est de l'ordre de 1 quintal de leur vallée ou tassés contre leur colline, en friche,
blé; il est quelquefois inférieur, mais il atteint 1,25 ne voient guère passer que les attelages et le fac
quintal dans les meilleures terres (à Frettes par teur. Le centre rural groupant le Crédit Agricole
exemple) et, exceptionnellement, 1,7 quintal pour et la Coopérative- d'approvisionnement est Fayl-
des questions de convenances personnelles. Notons Billot à 6 km. pour les plus proches et 15 km. pour une tendance très nette à l'augmentation des loyers les plus éloignéesj
pour les prairies : 300 à 400 litres de lait, so:t 7.500 Tout est loin : le docteur, les services du Ministà 10.000 fr-ha. A n'en point douter, ces fermages ère de l'Agriculture, le vétérinaire, les magasins, qui paraissent exorbitants aux agriculteurs, sont pro etc..
portionnellement plus avantageux que ceux des min Faut-il ajouter que l'on s'ennuie ? Il n'y a pas ces rouge'.s sur lesquels on fait un rendement brut de distractions : pas de fêtes de villages, des foide 20 ou 30.000 fr à l'hectaie. Pour les friches qui res désertées, des réunions de famille où l'on comptse vendent sur la base de 2.000 fr-ha, on ne perçoit e les absents. C'est certes la pauvreté des terres qui
pas de loyer. Cela est significatif. a déterminé l'exode, mais c'est aussi cette psychose
d'abandon qui fait déserter les villages. Comme l'a F) La rareté de la main-d'œuvre appelle la
calculé M. Brennez, la population a baissé de 60 % motorisation, mais la médiocrité de la terre en un siècle. y est un obstacle.
Cet isolement de la région fait aussi que les possBien que sensiblement plus faibles que dans la ibilités d'emploi en dehors de l'agriculture sont
région parisienne (ou même dans certaines régions fort restreintes. Il n'y a pas d'industries à une disde Bretagne), les salaires apparaissent très élevés tance assez proche pour qu'un membre d'une faaux agriculteurs (270.000 fr. pour l'ouvrier non logé mille agricole à court de revenu puisse aller y cherni nourri). On ne peut pas payer de salaires conve cher un appoint. La seule activité complémentaire nables à cause de la mauvaise qualité de la terre est la vannerie qui occupe dans les sept communes
et du retard des techniques. Aussi bien il y a très une vingtaine de personnes ; elle est certes la sour
peu d'ouvriers et encore moins de temporaires. ce de revenus appréciables pour les familles - qui
Ainsi, dans la commune de Frettes, où l'on compte en bénéficient, mais il n'y a pas trop d'illusions à
une trentaine d'agriculteurs, il n'y a qu'un seul ou avo'r sur le maintien de ce genre d'activité artisa
vrier temporaire, malgré deux périodes de pointe nale à plus ou moins bref délai.
de travail, la fenaison et la moisson.
Les agriculteurs sont donc tentés de se motoris B) L'individualisme est moins poussé qu'on le
er, ma:s, avec des terres qui ne donnent actuell pense généralement.
ement que 50.000 fr. de rendement brut à l'hectare, Grâce aux coopératives laitières, personne n'ignol'opération risque d'être dangereuse si la dimens re les avantages et les servitudes de l'association. ion de l'exploitation n'est pas suffisante. 38 agri Quelques agriculteurs groupent les commandes culteurs sur 126 ont franchi cette étape, mais quel de scories pour les faire venir par wagons compques-uns peut-être imprudemment.
lets et bénéficier du tarif réduit. La faible dimens
ion des exploitations, la pauvreté de leurs ressourIV - Les potentialités humaines ces ont poussé beaucoup d'agriculteurs à faire l'ac-
quisiion de certains matériels en copropriété. Il n'est Dans notre optique, nous entendons, par potent
pas rare de voir une batteuse et une lieuse pour ialités humaines de la région, la réceptivité des
deux exploitations, un épandeur d'engrais pour trois agriculteurs au progrès technique, qui est
ou quatre et un appareil de traitements pour sept. la condition primordiale de l'expansion économi
C'est le premier pas vers la OU. M. A. que. Ici, la situation peut être résumée de la ma
nière suivante : dans un milieu appauvri par un C) Une certaine curiosité technique et un exode rural massif, il existe une assez forte propor besoin de conseils chez les meilleurs. tion d'agriculteurs qui, malgré leur isolement actuel,
Dans les sept communes, bien peu d'agriculteurs sont capables de se moderniser relativement rap
idement. ' employaient des engrais il y a cinq ans ; les trac- .
1
— 10 —
teurs étaient rares il y a trois ans ; aujourd'hui, la ques agriculteurs capables de faire très rapidement
majorité des agriculteurs emploient des engrais (très des. progrès et une bonne moitié qui serait proba
insuffisamment et très mal, il est vrai) et 38 agricul blement susceptible de faire quelque chose si on
teurs sur 126 sont motorisés. L'évolution est donc les stimulait un peu. De nombreux agriculteurs ont
très rapide. exprimé le désir d'être suivis 'et conseillés.
Les visites de M. Dumont ont fait naître l'i
nquiétude, source de progrès ; le problème de V - Note d'ensemble
ntensification fourragère est posé, sinon résolu. Les
sur les potentialités de la région agriculteurs chez. lesquels nous avons procédé à une
étude approfondie des exploitations n'ont pas hési Rien de brillant. Des terras en friche dont l'utili
té à sortir leurs factures, leurs carnets de lait et leurs sation est difficile et surtout fort limitée. Des ter
cahiers de notes pour que nous puissions établir res en culture où domine le mauvais dans du méd
leur budget. La confiance s'établit plus rapidement iocre avec quelques places de bon. Un climat
qu'ailleurs. irrégulier. Des exploitations souvent trop petites, Voici comment nous serions tentés de répartir malgré la récente concentration ; des terres à rles 126 agriculteurs des sept communes : emembrer. Pas de débouchés sur place et peu à
Nombre proximité, mais la grande chance (dont on sait mal
Dynamiques profiter) de pouvoir transformer avantageusement
Intéressés, mais un peu passifs . . ton lait en gruyère.
Routiniers Une paysannerie désorganisée par l'exode rural,
mais cependant un noyau d'agriculteurs réceptifs
126 100 % qui, lorsque leurs exploitations sont assez grandes,
En somme, il y a un bon tiers de routiniers, pourraient bien faire.
DEUXIÈME PARTIE
ANALYSE DES EXPLOITATIONS
/ - Les revenus agricoles soit Bien très que faible, la surface elle constitue, cultivée comme des sept nous communes l'avons
sont caractéristiques / vu, un milieu très hétérogène. Pour qu'une analyse
des exploitations fournisse, dans un tel milieu, des d'une région agricole marginale
résultats indiscutables, il aurait fallu en visiter une En nous fondant sur l'analyse des 18 exploita
soixantaine, alors que nous n'en avons pu en étu tions et en la complétant par d'autres informations,
dier que 18. Nous devons donc être très prudents nous allons essayer de donner un ordre de gran
dans nos conclusions. Nous pouvons, cependant, deur des revenus agrico.es des cultivateurs de la
région. Les résultats présentés au tableau I corredonner une vue d'ensemble des revenus agricoles
spondent à une bonne année ; la moyenne serait inet déceler les points faibles des systèmes de pro
férieure. Nous laissons de côté les exploitations duction.
inférieures à 10 hectares.
TABLEAU I
REVENUS AGRICOLES DES EXPLOITATIONS
Petites exploitations Moyennes exploitations Grandes exploitations
(10 à 20 ha) (20 à 40 ha) (plus.de 40 ha)
Bonnes Mauvaises Mauvaises Bonnes Bonnes Mauvaises
45' 8 30 35 6 2
.58.000 Rendement brut à l'hectare 39.000 60.000 45.000 53.000 42.000 brut par unité travail
leur ; 590.000 318.000 661.000 360.000 620.000 825.000
— 21.000 — 10.000 Profit pur par hectare + 3.000 + 8.000 — 8.000) + 8.500
Revenu agricole de la famille .... 735.000 327.000 1.05(M)00 50(0.000 720.000 2.050.000 par travailleur de
300.000 163.000 1170.000 260.000 la famille 340.000 512.000 — — 11
Petites exploitations de 10 à 20 hectares. comme prévu, le niveau de vie de la population
augmente, les agriculteurs de ces exploitations Une exploitation sur quatre seulement nous par chercheront à émigrer dans un délai impossible à aît, disposer d'un revenu agricole acceptable, c'est-
préciser et à un rythme plus ou moins accéléré. à-dire assez élevé pour permettre à la famille de
Leurs terres seront reprises par les voisins ou abanvivre décemment et' pour rémunérer convenable
données. ment le travail de ses membres et les capitaux en
On ne saurait donc trop insister, une fois de plus, gagés. sur le fait que la limitation de l'extension des terDans !a région, on peut estimer à 270.000 francs res incultes est liée au maintien des exploitants agripar an le^ salaire de l'ouvrier non logé ni nourri.
coles. Dans les petites exploitations qui sont bien gérées, Notons cependant que quelques agriculteurs ayant le revenu agricole par travailleur de la famille, des exploitations supérieures à 30 hectares et amélc'est-à-dire en fait, la rémunération de son travail, iorant leurs méthodes de travail, ont un niveau de est un peu plus élevée que le salaire de l'ouvrier.
vie très satisfaisant. La meilleure preuve en est Au contraire, dans les petites exploitations qui sont
qu'ils ont fait assez d'économies pour se motoriser en difficulté, le revenu agricole par travailleur est sans emprunter et pour aménager convenablement très faible. En se fondant sur une base annuelle de leur logement. » travail de 3.000 heures, on trouve un salaire horai-
Il s'agit maintenant de préciser les causes d'inle de 54 francs, ce qui est tout à fait insuffisant. succès d'un grand nombre d'exploitations.
Moyennes exploitations de 20 à 40 hectares.
La situat'on est meilleure que dans la catégorie // - L'analyse des exploitations :
précédente, mais il y a encore plus d'une exploi
une agriculture paysanne qui amorce tation sur deux dans laquelle les revenus agricoles
sont très faibles, proches de ceux obtenus dans les sa révolution technique
petites exploitations. Par contre, les agriculteurs de Afin d'analyser les exploitations, nous avons étacstte catégorie qui. sont dans de bonnes conditions bli un tableau comparant, d'une part, une bonne tirent de leurs terres ce qui est nécessaire pour vivre et une mauvaise exploitation -du système herbager fort aisément.
(petites exploitations), d'autre part, deux bonnes et
Grandes exploitations de plus de 40 hectares. une mauvaise du type céréales-fourra
ges (moyennes exploitations). Sous toutes réserves, Sur les 8, il n'y en a que deux mauvaises, pri
nous pensons que les exploitations choisies sont à ncipalement à cause d'une gestion déficiente. Il est
peu près représentatives de l'ensemble (tableau II). évident que même sur les meilleures terres et avec
de grandes exploitations, les paresseux et les mal Nous allons essayer de déterminer les éléments
adroits perdont toujours de l'argent. Mais, dans clejs qui commandent le profit dans les deux sys
des conditions normales, une famille devrait tirer tèmes de production, c'est-à-dire les éléments sur
un revenu acceptable d'une exploitation de plus de lesquels il faut agir pour redresser la situation. Voici
40 hectares dans cette région. * le résumé de nos conclusions :
î . — Les éléments clefs des deux systèmes de proBref, la situation des exploitations de la région duction sont sensiblement les mêmes. n'est pas très brillante ; notre estimation, fort ap Les systèmes de production sont différents : dans proximative il est vrai, montre que 49 exploitations le système herbager, les surfaces toujours en herbe seulement sur 126 ont des revenus agricoles satis
représentent près de la moitié de la surface totale, faisants. Mais il ne faut pas interpréter ces données
alors que dans le système céréales-fourrages leur numériques d'une façon trop rigide. Souvent, les
étendue est très faible ou nulle. Mais notre tableau revenus d'appoint, surtout sous la forme d'alloca
comparatif fait apparaître les mêmes points faibles tions familiales (même dans les familles peu nomb dans les deux systèmes : les écarts dans les résulreuses) (1) complètent les revenus agricoles. De
tats proviennent surtout du fait que les exploitations plus, les besoins sont faibles et les occasions de
n'ont pas les mêmes dimensions. Nous pouvons dépenses sont rares ; le logement est médiocre,
donc procéder à une analyse d'ensemble en signamais il est gratuit.
lant quelques points particuliers. Toutefois, l'attention ne saurait trop être attirée
2. — Le rendement brut à Fhectare est en relation sur le fait que, dans cette région à terres pauvres,
près de la moitié des exploitations sont submargi directe avec le profit.
nales et marginales. Ceci veut dire que, si le pro Dans les deux systèmes de production, le 'rend
grès technique n'améliore pas les revenus et si, ement brut à l'hectare est bien plus élevé^dans les
bonnes exploitations que dans les mauvaises et dans
une proportion considérable. Ajoutons que, même (1) Dans une des communes étudiées, la vannerie fournit un dans les bonnes exploitations, il n'est pas assez élecomplément non négligeable aux très petites exploitations. Dans
vé. // faut intensifier. Et notre analyse doit nous per- les autres, cette source secondaire de revenus est trè* faible.