Kumar (Radha), Divide and Fall? Bosnia in the Annals of Partition   ; n°1 ; vol.1, pg 67-68

Kumar (Radha), Divide and Fall? Bosnia in the Annals of Partition ; n°1 ; vol.1, pg 67-68

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Critique internationale - Année 1998 - Volume 1 - Numéro 1 - Pages 67-68
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Publié le 01 janvier 1998
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MALCOLM (NOEL)
Kosovo. A Short History
New York University Press, 1998,
XXXV-492 pages.
VICKERS (MIRANDA)
Between Serb and Albanian.
A History of Kosovo
Londres, Hurst, 1998, XVII-328 pages.
Deux excellents ouvrages sur le problème
du Kosovo (complémentaires de surcroît)
viennent combler une lacune dont souf-
fraient les études balkaniques. Celui de
Miranda Vickers sera le plus utile à un
large public. L’auteur, historienne recon-
nue de l’Albanie, présente une introduc-
tion très complète et vivante non seule-
ment à l’histoire du Kosovo, mais aussi
aux affrontements actuels. Son récit et
son analyse ne s’arrêtent que fin 1997.
Elle ne craint pas de prendre parti mais
l’essentiel de son propos est d’éclairer
les différentes faces du problème. Elle
fait un grand usage de la littérature secon-
daire, ce qui permettra au lecteur d’ap-
profondir son information.
Le livre de Noel Malcolm est, para-
doxalement, à la fois plus érudit, plus
original, et plus engagé. Auteur d’une
histoire de la Bosnie qui est probable-
ment la meilleure du genre, Malcolm se
distingue à nouveau par le caractère
exhaustif de sa recherche dans les sources
primaires, et par la vigueur de ses prises
de position et de son style. Bien qu’il ne
consacre qu’une vingtaine de pages à la
période post-titiste, son livre ne peut
manquer de susciter des réactions beau-
coup plus passionnées que celui de
M. Vickers. En effet, il s’attache, à l’aide
des recherches les plus récentes, à dis-
séquer et à dégonfler la plupart des
mythes auxquels les Serbes et les Albanais
attachent une importance vitale, qu’il
s’agisse des origines de ces derniers, de
leur comportement sous la domination
turque, de la bataille du « Champ des
Merles » (1389) ou du peuplement du
Kosovo au cours des six derniers siècles.
Comme la majorité des mythes qu’il
attaque appartiennent aux Serbes, c’est du
côté de ces derniers, comme pour le livre
sur la Bosnie, que sont venues les cri-
tiques les plus âpres.
P. H.
Le cours de la recherche
Notes
par Pierre Hassner, Romain Bertrand,
Jean-François Bayart
Lectures
Notes de lecture —
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TODOROVA (MARIA)
Imagining the Balkans
Oxford University Press, 1997,
XI-257 pages.
Ce petit livre est un véritable chef-
d’oeuvre. L’auteur, historienne bulgaro-
américaine de l’Empire ottoman, s’inscrit
dans la problématique des rapports entre
identité et altérité, entre représentation
et pouvoir. Elle prend la suite du célèbre
livre d’Edward Saïd sur l’orientalisme,
tout en s’en démarquant et sur le plan
méthodologique (car elle se refuse à une
vision totalisante de l’Occident) et sur le
plan du sujet traité, car elle oppose au
vague de la notion d’Orient le caractère
relativement concret, encore qu’ambigu,
des Balkans. Elle suit à la trace l’appari-
tion du mot (avec la conquête ottomane),
la découverte de la région par les voya-
geurs occidentaux, l’invention de la
notion ainsi que de celle, liée, de balka-
nisation (au lendemain de la Première
Guerre mondiale), leur réapparition avec
la décolonisation et surtout avec la fin
de l’Empire soviétique. Elle analyse avant
tout l’utilisation des Balkans comme
« autre constitutif » par les Occidentaux
et, plus récemment, par les pays de
l’Europe centrale. Mais elle ne néglige ni
l’auto-perception des Balkaniques ni
même les réalités objectives sur lesquelles
elle se fonde. Pour elle, l’unité des
Balkans, par delà les différences natio-
nales sur lesquelles elle insiste, est avant
tout celle de l’héritage ottoman qui, sou-
ligne-t-elle, a pu se traduire par des pla-
cages artificiels aboutissant à des rup-
tures radicales, ou donner lieu à des
symbioses durables, l’un ou l’autre pro-
cessus l’emportant selon les domaines.
P. H.
KUMAR (RADHA)
Divide and Fall ?
Bosnia in the Annals of Partition
Londres, New York, Verso, 1997,
XI-207 pages.
Il y a deux livres dans ce brillant essai
d’à peine deux cents pages. D’abord une
histoire minutieuse de la guerre de
Bosnie, centrée sur les entreprises de par-
tage de Milosevic et Tudjman et sur les
plans de la communauté internationale
résignée à organiser ce partage pour se
dégager. Elle n’a pas de mal à montrer
que ces efforts n’ont fait que prolonger
les hostilités et les souffrances des popu-
lations, et que les accords de Dayton
s’inscrivent dans cette triste logique si
leur autre aspect (aide économique mas-
sive, liberté de mouvement, retour des
réfugiés) ne vient pas contrebalancer cette
dynamique de division.
Mais ces chapitres centraux sont enca-
drés par une introduction et une conclu-
sion beaucoup plus générales où, partant
de cas comme le partage de son pays
d’origine, l’Inde, ceux de Chypre, de
l’Irlande, de la Palestine (attribués en
grande partie à une tradition de la diplo-
matie britannique), l’auteur s’efforce
d’établir que les partages ethniques, les
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Critique internationale
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déplacements de frontières et de popu-
lations aggravent toujours (quand ils ne
les créent pas) les maux qu’ils préten-
dent guérir. Ici sa démonstration, beau-
coup moins détaillée, est aussi moins
convaincante. On ne peut que l’approu-
ver de pourfendre ceux pour qui tous les
conflits sont ethniques et n’ont de solu-
tion que dans la séparation de popula-
tions supposées incapables de vivre
ensemble. Mais elle semble parfois
condamner également les efforts visant à
l’autonomie à l’intérieur d’un ensemble
fédéral. Ses positions sur l’Irlande ou la
Palestine sont quelque peu flottantes. Et
peut-on condamner les séparations en
toutes circonstances ? L’ex-Yougoslavie,
la Bosnie, la Croatie, la Serbie et le
Kosovo doivent certes être abordés de
la même façon au nom du droit des indi-
vidus. Mais sur la question du statut poli-
tique ou juridique, peut-on affirmer que
ces différents cas sont tous justiciables
de la même solution ?
P. H.
LOOMBA (ANIA)
Colonialism / Postcolonialism
Londres, Routledge, 1998,
XVIII-289 pages.
Ania Loomba retrace le parcours des
«
postcolonial studies
», une branche, peu
connue en France, des «
literary studies
».
Trois fils conducteurs donnent à l’ou-
vrage son unité analytique et sa saveur
polémique. En premier lieu, Loomba
refuse de succomber aux séductions de
l’analogie textuelle, ainsi que le fait Homi
Bhabha, et s’évertue à rappeler que
« l’étude du discours colonial devrait
nous amener à une meilleure compré-
hension des institutions coloniales, et
non nous éloigner de ces dernières ». En
second lieu, attentive aux trajectoires dif-
férentielles des projets coloniaux et à
l’historicité des rhétoriques d’assujettis-
sement, elle attire l’attention sur les mul-
tiples phénomènes de « créolisation »
entre les colonisés et les colonisateurs et
souligne que l’image fluctuante de l’Autre
des Tropiques n’a pas seulement joué
comme système de mise à distance de
l’étrangeté antipodique mais a aussi fonc-
tionné comme stratégie de construction
d’un Moi européen idéal. La hiérarchie
des races aurait ainsi accrédité, en Occi-
dent, la double hiérarchie des classes et
des sexes. En troisième lieu, elle propose
de concevoir en termes dialectiques et
non d’antagonisme absolu la relation
entre la protestation anticoloniale et
l’affirmation colonialiste. L’auteur s’ins-
pire de la psychanalyse, et en particulier
de Frantz Fanon, pour montrer com-
ment les mécanismes de frustration et
d’auto-dénigrement des colonisés, mais
aussi les psychoses et les fantasmes des
colonisateurs, nous renseignent sur la
réalité des situations coloniales.
R. B.
Notes de lecture —
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LITVAK (MEIR)
Shi’i Scholars of Nineteenth Century Iraq.
The « Ulama » of Najaf and Karbala
Cambridge University Press, 1998,
XIV-255 pages.
Alors que la succession des plus hautes
autorités politico-religieuses et le
contrôle de l’institution cléricale consti-
tuent l’un des grands enjeux de la lutte
factionnelle en Iran, cette étude érudite
des deux grandes villes saintes du chiisme,
Najaf et Kerbela, au XIX
e
siècle, vient à
point nommé. Sur la base d’une docu-
mentation de première main, l’auteur
analyse l’affirmation de la suprématie de
Najaf comme centre théologique et lieu
de pèlerinage, l’influence croissante qu’y
exercent les clercs iraniens, la centrali-
sation toute relative du
leadership
reli-
gieux et ses mécanismes aléatoires de
transmission, le fonctionnement des
réseaux de patronage, le poids des cli-
vages ethniques ou régionaux en leur
sein, le jeu d’équilibre des ulema entre le
pouvoir ottoman, la monarchie qajar et
les autorités britanniques qui convoient
l’
Indian money
collecté auprès des chiites
du royaume d’Awadh. Riche d’ensei-
gnements sur l’histoire de l’« Interna-
tionale chiite » (Chibli Mallat), ce livre
relativise l’opposition des ulema des deux
villes saintes à la dynastie qajar (ils en
dépendaient trop pour en contester la
légitimité) et insiste sur le rôle des mar-
chands et des étudiants dans la structu-
ration de leurs réseaux de patronage et
leurs choix politiques. Dégageant la spé-
cificité de leur organisation cléricale par
rapport à celle qui prévalait dans les
Empires ottoman et qajar (rôle central de
l’enseignement, renouvellement de l’élite
par cooptation informelle sur la base du
savoir et du mérite, faiblesse des
vaqf
), il
permet en outre de mieux comprendre les
conflits contemporains en République
islamique d’Iran et l’arrière-plan histo-
rique des échanges croissants entre celle-
ci et les pays du Golfe, le sous-continent
indien et le Proche-Orient.
J.-F. B.
FRANK (ANDRE GUNDER)
ReORIENT : Global Economy
in the Asian Age
Berkeley, University of California Press,
1998, XXIX-416 pages.
Andre Gunder Frank, le retour ! Le
héraut de l’école dite de la dépendance,
le pourfendeur de la science politique
libérale nord-américaine, dont la thèse
sur le « développement du sous-déve-
loppement » avait tenu en haleine
l’
establishment
tiers-mondiste des années
soixante-dix, n’a rien perdu de sa superbe
après une éclipse due à la maladie. Le
propos est ambitieux : il s’agit de jeter les
fondements d’une histoire mondiale et
d’une économie politique véritablement
globale (ou « holiste », dans les termes
de l’auteur) grâce à une perspective
« globologique » qui reconnaisse à la
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Critique internationale
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« structure » du système mondial son
pouvoir explicatif. On peut trouver la
démarche agaçante, et parfois pathétique
comme un concert des Rolling Stones
au Stade de France. D’autant plus que
la crise asiatique ébranle au moins une
partie de l’argumentation relative au
caractère éphémère de l’hégémonie occi-
dentale. Mais le souci d’analyser l’impé-
rialisme européen à la lumière d’une plus
longue durée, dans la continuité d’une
économie mondiale systémique anté-
rieure au XV
e
siècle, et l’insistance mise
sur la prééminence asiatique jusqu’à la
fin du XVIII
e
siècle – l’Europe ayant
pour l’essentiel « employé son argent
américain à s’acheter un billet pour le
train asiatique » – forcent l’attention
grâce à l’ampleur de la documentation
citée et méritent réflexion. Même si la
valeur ajoutée de cette démonstration,
assez répétitive, par rapport aux travaux
de Marshall Hodgson, Janet Abu-
Lughod et K. N. Chaudhuri n’est pas
toujours évidente et ne rend pas moins
naïves les philippiques de l’auteur contre
l’« arrogance » (
sic
) de l’eurocentrisme
des sciences sociales.
J.-F. B.