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Faut-il en vouloir aux banques ?

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Faut-il en vouloir aux banques ? La finance détruit le commerce par ses injustices et ses vexations, par l'excès de ce qu'elle impose ; mais elle le détruit encore indépendamment de cela, par les difficultés qu'elle fait naître et les formalités qu'elle exige». Ce n'est pas la phrase éclairée d'un économiste actuel, mais une pensée de Montesquieu écrite dans Vesprit des Lois. Comment ne pas être frappé par la criante actualité de cette analyse datant de plus de deux siècles? Parmi les pouvoirs régaliens, le Frapper monnaie en est un des fondamentaux, celui, malheureusement, que nos gouvernants ont accepté d'abandonner. L'engrenage fatal de la Toute puissance financière Les deux dernières crises financières que nous venons de traverser n'ont fait qu'accroître les conséquences délétères dues à l'effacement progressif de l'État dans le domaine financier : destruction des valeurs industrielles, surendettement des ménages, précarisation des entrepreneurs... Face à une telle situation, nous aurions pu imaginer que la prise de conscience collective aurait conduit nos hommes politiques sur le chemin de la raison. Loin de là, hélas... Nous nous apprêtons en effet à laisser mettre en place de nouvelles normes Bâle 3 qui, plus que jamais vont condamner nos TPE et PME à mort. En effet, ces nouvelles normes ont été conçues au détriment de toute concertation pour répondre aux exigences d'une profession qui nie les réalités.
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Faut-il en vouloir aux banques ?
La finance détruit le commerce par ses injustices et ses vexations, par l'excès de ce qu'elle impose ; mais elle le détruit encore indépendamment de cela, par les difficultés qu'elle fait naître et les formalités qu'elle exige».Ce n'est pas la phrase éclairée d'un économiste actuel, mais une pensée de Montesquieu écrite dansVesprit des Lois.
Comment ne pas être frappé par la criante actualité de cette analyse datant de plus de deux siècles? Parmi les pouvoirs régaliens, le Frapper monnaie en est un des fondamentaux, celui, malheureusement, que nos gouvernants ont accepté d'abandonner.
L'engrenage fatal de la Toute puissance financière
Les deux dernières crises financières que nous venons de traverser n'ont fait qu'accroître les conséquences délétères dues à l'effacement progressif de l'État dans le domaine financier : destruction des valeurs industrielles, surendettement des ménages, précarisation des entrepreneurs... Face à une telle situation, nous aurions pu imaginer que la prise de conscience collective aurait conduit nos hommes politiques sur le chemin de la raison. Loin de là, hélas... Nous nous apprêtons en effet à laisser mettre en place de nouvelles normes Bâle 3 qui, plus que jamais vont condamner nos TPE et PME à mort.
En effet, ces nouvelles normes ont été conçues au détriment de toute concertation pour répondre aux exigences d'une profession qui nie les réalités.
Le constat accablant de l'Observatoire du financement des entreprises
Dans son rapport 2010, l'Observatoire du financement des entreprises exprime son inquiétude sur l'avenir de l'offre de financement.
Trois raisons essentielles sont mises en avant :1-Le recul du capital développementLe segment amont du capital développement (tout particulièrement le capital risque) peine à lever de nouveaux fonds et se repose aujourd'hui principalement sur l'épargne des particuliers ou sur la place
grandissante prise par les acteurs publics;2- La baisse des investissements en actions des assureursassureurs semblent limiter leurs in-vestissements en actions, en partie par Les anticipation d'une régulation qui rendra ce type d'investissement plus coûteux en fonds propres ;3-La frilosité des banquiers Les banquiers risquent de suivre une voie identique, en devenant particulièrement méfiants. Avec pour risque, une évolution négative dans leur activité de crédit aux entreprises.
Ces conclusions rappellent, qu'au moment où de nombreux économistes insistent sur la nécessité pour les économies européennes de disposer de financements longs à risque, les principaux acteurs du financement pourraient adopter des attitudes plus restrictives.
Les mesures à prendre d'urgence pour sauver l'économie
II est donc essentiel de réagir rapidement, pour la survie de notre économie. Trois actions sont à mettre en oeuvre en priorité : 1-La reprise et la finalisation des démarches engagées dès 2004 sur la contribution des assureurs aux financements en fonds propres des entreprises ; 2-La mise en place d'un plan de soutien public en fonds propres et quasi-fonds propres adaptés aux TPE et aux petites PME; 3-L'adaptation des incitations fiscales des particuliers permettant un effort d'investissement plus sélectif et efficace dans le cadre des contraintes de finances publiques.
Pour un nouvel humanisme de la Finance
Une fois de plus, la sphère publique prouve par ce rapport que l'implication et la proximité de l'État avec la réalité du monde de l'entreprise constitue le seul rempart aux dérives de la technocratie financière.
En abandonnant toute souveraineté dans le monde de la finance, nous acceptons la mise sous tutelle de nos politiques économiques.
Une telle perspective est inconcevable, nous devons garder à l'esprit que la finance n'est que le mandant de notre épargne publique.
Il semble indispensable dans ce contexte de privilégier l'investissement de notre épargne dans des secteurs d'intérêts publics, parmi lesquels nos petites entreprises sont une priorité nationale. Une initiative visant à la création d'un fond d'investissement public sur fonds privés pourrait constituer une première réponse ; De plus, comment également ne pas nous interroger sur la concentration du système bancaire? Cet état de fait est réducteur pour la concurrence. Ses conséquences sont préoccupantes pour les chefs d'entreprises qui appellent de leurs voeux la renaissance d'établissements bancaires de proximité, dédiés exclusivement au financement de l'économie locale et régionale. Toutes les pistes de réflexions doivent être ouvertes rapidement et les prochaines échéances électorales constituent pour chacun d'entre-nous une occasion qu'il faut mettre à profit pour permettre l'émergence de telles initiatives. Car, pour paraphraser, un autre de nos penseurs français, Rabelais dont on connaît le célèbre cri du coeur«Science sans conscience n'est que ruine de l'âme»,osons affirmer aujourd'hui que«Finance sans conscience n'est que ruine de l'homme».
Christian Ciganer-Albeniz, a conseillé au cours de sa carrière de grands groupes industriels et financier s parmi lesquels Framatome, Axa en passant par Lagardère, Crédit Foncier ou Accor. Il a par ailleurs participé à la rédaction de plusieurs textes ou rapports de référence, dont récemment le Rapport d'Information sur l'Epargne Retraite (mai 2003), la proposition « la cession du patrimoine public au service de la défense du système de retraite » (juin 2004), ou le rapport « Prévention des difficultés d'entreprises, sécurisation du financement des PME » (décembre 2004).
5 mesures pour relancer l'économie 1- Laisser les assureurs participer aux financements en fonds propres des entreprises 2- Lancer un plan de soutien public en fonds propres et quasi-fonds propres adaptés aux TPE et aux petites PME 3- Proposer des incitations fiscales aux investisseurs particuliers 4- Créer un fond d'investissement public sur fonds privés 5- Développer des établissements bancaires de proximité, dédiés exclusivement au financement de l'économie locale et régionale.