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J'attire toujours les jalousies !

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J'attire toujours les jalousies ! D'après les psychanalystes, on n'aurait jamais été jaloux qu'une seule fois, dans sa toute petite enfance. D'où vient la jalousie ? Une jalousie si terrible qu'elle nous a marqués à vie. Lorsqu'on est jaloux, on ne ferait jamais que revivre cette douleur-là, celle du tout petit enfant qui ne supporte pas de voir sa mère se détourner de lui. Tout d'un coup, son monde s'écroule : il se sent abandonné, trahi. Pour Lacan, cette souffrance, nécessaire car elle permet de sortir de la fusion avec la mère, intervient à la fin de la période du sevrage, déjà difficile en soi, et au moment où l'enfant s'apprête à vivre un traumatisme important : réaliser qu'il n'est plus tout seul, qu'il existe un autre (par exemple, à l'arrivée d'un nouvel enfant dans la famille). Tout dépend donc de la manière dont cette première blessure aura été vécue. Que certains avalent des couleuvres plus difficilement que d'autres, et les voilà marqués au fer rouge du manque. Aucun amour ne sera jamais assez grand. Aucun être ne sera jamais assez fiable. Un manque de confiance en soi La jalousie est un problème de confiance en soi et d'estime de soi. C'est parce que nous nous sous-estimons, que nous sommes jaloux (se). Pour apprivoiser cette émotion excessive, on doit donc faire un travail de longue haleine sur soi-même.
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J'attire toujours les jalousies !

D'après les psychanalystes, on n'aurait jamais été jaloux qu'une seule fois, dans sa toute petite enfance.

D'où vient la jalousie ? Une jalousie si terrible qu'elle nous a marqués à vie. Lorsqu'on est jaloux, on ne ferait jamais que revivre cette douleur-là, celle du tout petit enfant qui ne supporte pas de voir sa mère se détourner de lui. Tout d'un coup, son monde s'écroule : il se sent abandonné, trahi.

Pour Lacan, cette souffrance, nécessaire car elle permet de sortir de la fusion avec la mère, intervient à la fin de la période du sevrage, déjà difficile en soi, et au moment où l'enfant s'apprête à vivre un traumatisme important : réaliser qu'il n'est plus tout seul, qu'il existe un autre (par exemple, à l'arrivée d'un nouvel enfant dans la famille). Tout dépend donc de la manière dont cette première blessure aura été vécue. Que certains avalent des couleuvres plus difficilement que d'autres, et les voilà marqués au fer rouge du manque. Aucun amour ne sera jamais assez grand. Aucun être ne sera jamais assez fiable.

Un manque de confiance en soi La jalousie est un problème de confiance en soi et d'estime de soi. C'est parce que nous nous sous-estimons, que nous sommes jaloux (se). Pour apprivoiser cette émotion excessive, on doit donc faire un travail de longue haleine sur soi-même.

Si vous subissez la jalousie de votre conjoint(e) et que vous n'en pouvez plus, essayez d'instaurer un dialogue avec la personne que vous aimez pour comprendre d'où cela vient (votre attitude, un manque de confiance, un problème d'estime de soi, etc.). Les causes de la jalousie peuvent être multiples et doivent être connues pour aller de l'avant et pour que votre partenaire ne vous empoisonne plus la vie.

Si nous ne sommes pas sûrs de nous, nous sommes jaloux lorsqu'un(e) ami(e), notre conjoint ou notre aimé(e) se trouve avec quelqu'un(e) d'autre que nous. C'est parce que nous ne sommes pas sûrs de notre valeur, pas sûrs de l'amour de l'autre pour notre « moi » et ainsi, nous n'avons pas confiance en l'autre, notre ami(e), notre conjoint, notre aimé(e). Nous avons peur que notre « moi » soit quitté...

Jalousie amoureuse et dépendance affective Une relation amoureuse infernale, c'est notamment ce que vivent de nombreuses femmes face à des compagnons jaloux maladivement. Selon Violaine-Patricia Galbert, «la jalousie tient d'abord au désir de posséder l'autre ; le jaloux ne veut pas qu'il lui échappe ». Derrière cette volonté d'emprise se cache un état de dépendance affective.

Par dépendance affective, les psychologues entendent habituellement les relations affectives ou amoureuses excessives, qui font qu'une personne en arrive à n'exister que par l'autre. La personne qui aime l'autre sacrifie tout pour son amour : ses biens matériels, son corps, c'est-à-dire ses énergies physiques, sa santé, et son âme même, c'est-à-dire sa pensée personnelle, sa liberté intérieure, sa culture, ses convictions les plus profondes, notamment ses convictions morales, et jusqu'à ses croyances religieuses. L'amour ou plutôt l'attachement à l'autre est tel qu'il lui arrache sa propre vie, qu'il la désapproprie d'elle-même. Pour tant de dépenses physiques et morales, la personne dépendante affectivement attend un retour d'amour qu'elle ne reçoit jamais, ou du moins jamais comme elle le voudrait : ses attentes sont toujours déçues. Elle a un immense besoin d'être aimée. Ce besoin d'être aimée est si impératif en elle qu'il lui commande d'acheter l'amour de l'autre, quel qu'en soit le prix.

EXPERT

DANIELLE DALLOZ, psychanalyste et psychologue La jalousie est incontournable

« La jalousie est un sentiment universel autour duquel nous construisons notre relation à l'autre. C'est un sentiment absolument essentiel pour tous les êtres humains et nous avons tous à traverser le chemin de la jalousie. La jalousie, c'est la rencontre avec l'autre. La jalousie est incontournable et structurante. Dans notre société moderne, on a oublié, à tord, les deux sens du mot « jalousie ». Depuis son entrée dans les 7 péchés capitaux, nous entendons le mot « jalousie » au sens latin « zelus » : « vouloir détruire quelqu'un ». Mais l'autre sens, qui correspond à la deuxième phase de la jalousie signifie : « vouloir s'identifier à quelqu'un ».

Mais l'amour vrai ne s'achète pas. Le genre d'amour qu'on traite sans le vouloir en bien de consommation, à l'encontre du véritable amour, est destructeur de la personnalité. Conséquence : une personne dépendante affectivement tend à détruire la vie personnelle de son partenaire et à se détruire elle-même. Si deux personnes codépendantes unissent leur destinée, leur relation à l'intérieur du mariage est vite étouffante. Pour échapper à l'étouffement, on cherche fréquemment un exutoire dans une vie sociale ouverte à toutes sortes d'autres dépendances. C'est ce que nous racontent nos lectrices confrontées à des relations amoureuses infernales.

Jalousie, envie ou convoitise ? Dans les textes bouddhiques, la « jalousie » s'apparente à l'hostilité. La jalousie y est définie comme « une émotion perturbation trice focalisée sur ce que les autres ont accompli, que ce soient des accomplissements d'ordre personnel, matériel ou professionnel - comme leurs qualités, leurs possessions ou leurs succès - et sur l'incapacité à supporter leurs réussites à cause d'un attachement excessif à nos intérêts personnels ou au respect que nous pouvons recevoir. »

L'attachement signifie ici que nous nous focalisons sur un domaine de la vie dans lequel les autres ont mieux réussi que nous et que nous en exagérons les aspects positifs. Mentalement, nous faisons de ce domaine l'un des aspects les plus importants de la vie et nous faisons dépendre de lui notre confiance en nous. Une préoccupation de soi démesurée et un attachement à soi-même sont sous-jacents à cette attitude. Ainsi, nous sommes jaloux parce que nous sommes « attachés à nos intérêts personnels ou au respect que nous pouvons recevoir » en ce qui concerne ce domaine particulier de la vie. Par exemple, il se peut que nous fassions une fixasur notre argent ou sur notre apparence physique. D'autre part, la jalousie s'apparente à l'hostilité en ce sens qu'elle contient, en plus de cet attachement, un fort élément de ressentiment par rapport à ce que les autres ont atteint dans ce domaine. Elle est le contraire de se réjouir avec les autres et d'être content de leur succès.

En anglais, selon l'une des définitions de la jalousie, la jalousie est « un sentiment d'hostilité envers une personne dont on croit qu'elle a la jouissance d'un certain avantage ». Cette définition ne recouvre qu'en partie la définition bouddhique car il y manque le facteur d'attachement au domaine dans lequel l'autre personne est avantagée. La définition implique seulement qu'il peut s'agir, ou non, d'un avantage véritable, mais ne remet pas en question l'importance véritable du domaine du dit avantage, pas plus que la préoccupation de « soi ».

D'autre part, la jalousie telle qu'elle est définie dans le bouddhisme recouvre en partie, mais pas complètement, le mot anglais envy ou « envie » en français. Le terme « envie » est un peu plus large. Il comprend en plus ce que le bouddhisme appelle « convoitise ».

La convoitise est un « désir excessif envers quelque chose que quelqu'un possède ». En anglais, la définition de l'envie est la suivante : « l'envie est la conscience douloureuse et empreinte de ressentiment par rapport à un avantage dont jouit une autre personne et le souhait de jouir du même avantage. » Autrement dit, en plus de notre incapacité à supporter la réussite des autres dans un domaine particulier de la vie dont, comme le bouddhisme le souligne, nous exagérons l'importance, l'envie est le désir de jouir nous-mêmes de cette réussite. Il se peut que nous soyons défavorisés ou que nous ayons un manque dans ce domaine, ou encore il se peut aussi que nous soyons suffisamment pourvus ou même que nous dépassions la moyenne dans ce domaine, mais si nous sommes envieux et que nous en voulons davantage, alors notre convoitise devient de l'avidité. Souvent, bien que pas nécessairement, l'envie contient le souhait que les autres soient privés de leur réussite pour que nous en ayons la jouissance. Dans ce cas, il y a un ingrédient de plus qui vient se greffer à cette émotion : c'est celui de la méchanceté.

De la jalousie à la concurrence L'envie, en tant que mélange de jalousie et de convoitise, conduit à la concurrence. Ainsi, Trungpa Rinpotché parlait de la jalousie comme d'une émotion perturbatrice qui pousse à entrer en forte concurrence avec les autres et à travailler fanatiquement pour se dépasser soi-même ou pour dépasser les autres. Ceci va de pair avec un comportement en force : c'est ce qui s'appelle la « famille karmique ». Parce que nous sommes jaloux et envieux de ce que les autres ont accompli, nous nous poussons nous-mêmes ou nous poussons les autres qui sont sous notre autorité, à faire toujours plus, comme dans les compétitions de sports extrêmes ou dans la concurrence commerciale. C'est pourquoi le bouddhisme utilise le cheval comme symbole de la jalousie. Mû par sa jalousie, le cheval fait la course contre les autres chevaux. Le cheval ne supporte pas qu'un autre cheval coure plus vite que lui.

Retenons enfin que la jalousie rend les gens amers. Pire encore, elle leur fait commettre de mauvaises actions. La jalousie est la manifestation de l'égocentrisme et de l'égoïsme. C'est exactement comme le dit ce vieil adage : « Les familles qui accumulent les bonnes actions sont vouées aux bénédictions alors que les familles qui accumulent les mauvaises actions sont bonnes pour les rétributions ».

Si vous attirez de nombreuses jalousies, retenez qu'elles ne sont que le résultat d'un manque de confiance en eux des autres et de « l'effet miroir » que vous renvoyez sur eux. En vous regardant, ces personnes voient avec d'autant plus de clarté leurs défauts et cela leur est insupportable, d'où l'envie même inconsciente de vous abattre. En vous montrant sous votre vrai jour avec vos défauts, vos doutes, vos incohérences, vous pourrez en partie régler le problème, à condition d'être vraiment convaincante sur votre « non supériorité » et votre « humanité » !