Tatevin et les gisements des environs de Chanteuges - article ; n°3 ; vol.11, pg 222-247

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Revue archéologique du Centre de la France - Année 1972 - Volume 11 - Numéro 3 - Pages 222-247
J. VIRMONT,
Tatevin et les gisements des environs de Chanteuges (Haute-Loire).

Cette étude comprend une note préliminaire sur le site de Tatevin à Chanteuges, où des sondages effectués en 1971 ont livré d'abondantes séries lithiques appartenant le plus souvent au Magdalénien supérieur. Elle fait le point sur les travaux récents de prospection et de sondages effectués dans ce secteur, et reprend la publication des séries recueillies par P. de Brun en 1898 et 1899 à Tatevin et à Saint-Arcons.
Les résultats des derniers sondages et l'examen des séries anciennes montrent toute la richesse et la diversité de l'occupation magdalénienne du secteur de Chanteuges et de Saint-Arcons. L'étude de ce groupe de gisements permettra de mieux connaître le paléolithique supérieur de la haute vallée de l'Allier.
26 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.

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Publié le 01 janvier 1972
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Langue Français
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Jacques Virmont
Y. Guérin
Jean-Pierre Daugas
A. Laborde
Alain Quinqueton
Tatevin et les gisements des environs de Chanteuges
In: Revue archéologique du Centre de la France. Tome 11, fascicule 3-4, 1972. pp. 222-247.
Résumé
J. VIRMONT,
Tatevin et les gisements des environs de Chanteuges (Haute-Loire).
Cette étude comprend une note préliminaire sur le site de Tatevin à Chanteuges, où des sondages effectués en 1971 ont livré
d'abondantes séries lithiques appartenant le plus souvent au Magdalénien supérieur. Elle fait le point sur les travaux récents de
prospection et de sondages effectués dans ce secteur, et reprend la publication des séries recueillies par P. de Brun en 1898 et
1899 à Tatevin et à Saint-Arcons.
Les résultats des derniers sondages et l'examen des séries anciennes montrent toute la richesse et la diversité de l'occupation
magdalénienne du secteur de Chanteuges et de Saint-Arcons. L'étude de ce groupe de gisements permettra de mieux connaître
le paléolithique supérieur de la haute vallée de l'Allier.
Citer ce document / Cite this document :
Virmont Jacques, Guérin Y., Daugas Jean-Pierre, Laborde A., Quinqueton Alain. Tatevin et les gisements des environs de
Chanteuges. In: Revue archéologique du Centre de la France. Tome 11, fascicule 3-4, 1972. pp. 222-247.
doi : 10.3406/racf.1972.1802
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/racf_0220-6617_1972_num_11_3_1802TATEVIN ET LES GISEMENTS
DES ENVIRONS DE CHANTEUGES
par J. Virmont, Y. Guérin et Coll.
En quittant le massif de Mercoir (1.425 m) non loin des affleur
ements de calcaire jurassique, l'Allier creuse dans les assises cristallo-
phylliennes (granit et gneiss) une vallée encaissée, dominée fréquem
ment par des coulées basaltiques post-villafranchiennes. A la base de
ces falaises prismées l'érosion quaternaire a dégagé des grottes et abris
utilisés par l'homme *• 2.
Après un parcours de quelque 60 km, cette vallée s'élargit au
confluent de la Fioule et de la Desge à proximité de Saint-Arcons et de
Chanteuges, la plaine alluviale étant dominée à l'Ouest par la table
basaltique de Chanteuges et à l'Est par la falaise de Tatevin, provenant
de l'émission volcanique du mont Briançon. Plus au Nord se succèdent
les bassins sédimentaires de Langeac et de Brioude.
En 1966, M. H. Delporte, Directeur des Antiquités Préhistoriques
d'Auvergne, notait dans une première synthèse sur le Paléolithique supé
rieur de la haute vallée de l'Allier l'existence des gisements du « groupe
Saint-Arcons - Chanteuges » 1. Mais, sans disposer alors de leur indust
rie, il indiquait tout l'intérêt qu'il y aurait à reprendre les recher
ches. Ayant entrepris à la demande du Directeur des Antiquités une
prospection et des sondages à Tatevin, il nous est apparu utile de publier
les résultats obtenus en 1971, et de répertorier les séries existantes pro
venant de ce gisement. Nous avons été conduits par la même occasion
à faire le point des travaux effectués à ce jour sur les sites voisins, à
savoir les abris de la Roche à Tavernat, de Combrai (connus aussi sous
le nom de Grottes de Saint-Arcons), et du Rond de Saint-Arcons (fig. 1).
En effet ces deux derniers gisements n'ont bénéficié à l'époque de leur
découverte que de publications partielles 2< 3. 4.
Nous limiterons la présente note à l'étude des séries magdalé
niennes (gisements de Tatevin, de la Roche de Tavernat et de Combrai).
Le site du Rond de Saint-Arcons fera l'objet d'un chapitre ultérieur.
1. Delporte (H.). — Le Paléolithique dans le Massif Central - I : le
lénien des vallées supérieures de la Loire et de l'Allier. Bull. S.P.F.
T. LXIII, 1966, pp. 181-207.
2. Virmont (J.). — La prospection de la haute vallée de l'Allier, 1965-1967.
Bull. Groupe Arch. Forez-Jarez, 1967, pp. 15-27.
3. Brun (P. de). — Notes sur quelques grottes magdaléniennes de la haute
vallée de l'Allier. Bull. S.P.F., T. XXXIII, 1936 ; n° 9, pp. 521-525.
4. Boule (M.) et Vernière (A.). — L'abri sous roche du Rond, près Saint-Arcons-
d'Allier (Haute-Loire). L'Anthropologie, T. X, 1899, pp. 385-396. TATEVIN ET GISEMENTS DE CHANTEUGES 223
Fig. 1. — Carte de répartition des sites préhistoriques dans le secteur de
Saint-Arcons de de Chanteuges :
D : Desge F : Fioule
T : Tatevin R : le Rond de Saint-Arcons
R' : la Roche de Tavernat C : Combrai J. VIRMONT, Y. GUÉRIN ET COLL. 224
TATEVIN
Fig. 2. — (a) plan du site de Tatevin (grottes et abri Tl à T3).
La zone P marque l'emplacement du dépôt de pente,
(b) coupe de la grotte T 2 et des terrasses. TATEVIN ET GISEMENTS DE CHANTEUGES 225
I. — NOTE PRELIMINAIRE
SUR LE SITE DE TATEVIN A CHANTEUGES (HAUTE-LOIRE)
par J. Virmont et Y. Guérin
Le site de Tatevin (commune de Chanteuges) comprend une longue
falaise basaltique de hauteur irrégulière, mais bien exposée au Sud-Ouest,
qui domine de 30 m environ la rive droite de l'Allier en aval de Saint-
Arcons, face à la butte de Chanteuges 5. Le long de cette falaise se
trouvent 5 grottes et 3 abris connus à ce jour, la plupart d'entre eux
contenant encore un remplissage important. Nous avons numéroté ces
grottes et abris de TO à T 7 d'aval en amont (fig. 2).
La pente entre la falaise et l'Allier fut autrefois aménagée en ter
rasses pour la culture de la vigne et, chaque parcelle de ce sol bien
exposé étant précieuse, le surplus de biocaille basaltique non utilisé
pour la construction des murettes de soutènement (fig. 2) fut accumulé
dans les grottes à une époque déjà ancienne; cet amas de biocaille pro
tège ainsi les niveaux archéologiques, de chaque côté d'un passage cent
ral. Les terrasses de culture sont actuellement en friches.
Dès 1898, alors que M. Boule et A. Vernière fouillaient l'abri du
Rond à Saint-Arcons 4, P. de Brun remarqua la présence de silex taillé
à Tatevin, vraisemblablement sur les terrasses à proximité des grottes.
Il effectua alors un sondage dans la grotte T 1 (dite de Tatevin) et vida
la grotte T 4 (ou grotte de la Vigerie) de son contenu archéologique,
recueillant une industrie du Magdalénien supérieur 3' 6. 7.
En 1949, P. Bout effectua à l'entrée de la grotte T 4 un sondage
qui ne fournit qu'une lame retouchée. Il recueillit dans la grotte T 1
6 outils de silex 8.
En 1966, à la demande du Directeur des Antiquités d'Auvergne,
J.-P. Daugas effectua un sondage dans le passage central de la grotte
T 1. Il recueillit 19 outils dans un remplissage remanié. De même, en
1966 A. Laborde et A. Quinqueton tamisèrent des sédiments du dépôt
de pente (fig. 2), réunissant une série de 211 outils 9. Entre 1966 et 1969,
Y. Guérin recueillit 580 outils sur ce même dépôt de pente 9.
Par ailleurs, entre 1966 et 1970 des fouilles clandestines furent
effectuées en divers points du site, entamant largement en particulier
avec l'aide de l'érosion le dépôt de pente. Ceci nous conduisit à entre
prendre avec l'autorisation du Directeur des Antiquités des travaux de
protection dès 1970, avec pose d'une clôture. En 1971 nous obtenions
une autorisation de sondage qui nous a permis d'entreprendre des tra
vaux de reconnaissance d'une portée limitée en divers points du site 10.
5. Coordonnées 694,6 et 309,1 (carte Langeac, feuille XXVI-35).
6. Voir l'étude de ces séries dans la troisième partie de cet article.
7. Perreau (A.). — L'Age du Renne en Auvergne dans le bassin de l'Allier.
Revue des Sciences Naturelles d'Auvergne, vol. IX, 1943, pp. 86-116.
8. Matériel déposé au Musée Crozatier au Puy. C'est grâce à l'obligeance de
M. Gounot, conservateur, que nous avons pu examiner ces pièces qui
comprennent notamment un grattoir double, un grattoir-burin, un burin
sur troncature oblique et deux lames tronquées.
9. Voir l'étude de cette série dans la deuxième partie de cet article.
10. Nous remercions vivement M. H. Delporte, qui a bien voulu nous autoriser
à procéder à des sondages. 226 J. VIRMONT, Y. GUÉRIN ET COLL.
14
Fig. 3. — Industrie lithique de la grotte T 1 (sondage de 1971)
n° 1 à 10. de la terrasse de la grotte T 2 :
n° 11 à 14 (13 et 14 : quartz). TATEVIN ET GISEMENTS DE CHANTEUGES 227
Fig. 4. — Industrie lithique de la grotte T 2 (sondage de 1971) :
n° 1 à 5 : grattoirs ; n° 6 à 8 : burins ; n° 9 : grattoir-burin ;
n° 10 : lame retouchée ; n° 11 et 12 : perçoirs ; n° 13 à 18 : lamelles à dos. 228 J. VIRMONT, Y. GUÉRIN ET COLL.
Ce sont les premiers résultats de ces sondages que nous nous propo
sons d'exposer ici.
Abri T 3 : Un sondage effectué dans des niveaux en partie remaniés
a fourni éclats de silex, tessons de céramique et fragments d'os humains,
le tout étant difficilement datable dans l'état actuel des travaux.
Grotte T 1 : Elle se situe sur la propriété de M. H. Boyer (fig. 2).
Trois sondages nous ont permis de recueillir de l'industrie lithique dans
un remplissage remanié. Nous avons pu d'autre part individualiser un
niveau archéologique en place qui sera fouillé au cours des prochaines
années. Le matériel lithique provenant de ces sondages pourrait appar
tenir au magdalénien (fig. 3).
Grotte T 2 : Un sondage dans le passage central de la grotte (par
celle de M. R. Vizade) a permis de mettre au jour un niveau archéolo
gique riche qui se prolonge sous les amas de blocaille dans un secteur
important de la grotte. Ce niveau contient des traces abondantes de
charbon de bois et d'ocre, des esquilles d'os et des dents; il a livré une
série lithique comprenant 42 outils de silex (fig. 4 et 7), auxquels s'ajoute
du quartz débité. Cette industrie appartient à un magdalénien supérieur.
Un sondage a montré la présence sur la terrasse de T 2 d'une industrie
lithique à prépondérance de quartz (fig. 3).
Dépôt de pente (parcelle de M. R. Vizade) : II est situé au pied
de la pente en dessous de la grotte T 2 (fig. 2) et un sondage a été
entrepris dans la partie médiane de ce dépôt, qui voit affleurer le socle
de micaschiste, et qui sera susceptible de fournir des indications géolo
giques et stratigraphiques précises au cours des prochaines années. La
fouille de ce dépôt de pente, avec tamisage à l'eau des sédiments, a
fourni une industrie lithique remarquable par le nombre et la qualité
de l'outillage (fig. 5, 6, 7 et 8) :
— outils lithiques : 1.305,
— éclats retouchés : 2.031,
— nucleus : 31.
La nature du silex est extrêmement variée, et nous notons également
parmi d'autres matières premières la présence de résinite de Laps (iden
tique à celle utilisée à Enval, commune de Vic-le-Comte) et celle de
quelques éclats d'une matière rappelant le jaspe, éclats en tous points
semblables à ceux recueillis à La Bade (15- Collandre) dans la région
de Riom-ès-Montagne. Il ne semble pas que ce « jaspe » ait été une
matière première très utilisée par les habitants préhistoriques du site
de Tatevin, mais il a pu être apporté au cours de déplacements estivaux
par les plateaux entre Cantal et Cézallier.
Analyse typologique de l'industrie du dépôt de pente :
Les grattoirs sont au nombre de 87 (IG = 6,7 %), avec large prédo
minance des grattoirs sur bout de lame, très peu de grattoirs carénés,
et un seul grattoir unguiforme.
Les perçoirs et becs (33) représentent 2,5 % de l'industrie, et se
caractérisent par leurs faibles dimensions; nous notons par ailleurs la
présence de 9 microperçoirs finement retouchés.
Les burins (142) constituent 10,9 % de l'outillage; les burins dièdres
(6,9 %) prédominent largement par rapport aux burins sur tronca
ture (4 %).
Les lamelles à dos (ou fragments), au nombre de 799, forment la
majorité de l'industrie (61 %). Elles comprennent notamment des dos ET GISEMENTS DE CHANTEUGES 229 TATEVIN
Fig. 5. — Industrie lithique du dépôt de pente (sondage de 1971) :
n° 1 à 12 : grattoirs ; n° 13 à 18 : lamelles à dos ; n° 19 à 21 : « pointes 230 J. VIRMONT, Y. GUÉRIN ET COLL.
Fig. 6. — Industrie lithique du dépôt de pente (sondage de 1971) :
n° 1 à 8 : burins ; n° 9 et 10 : grattoirs-burins ; n° 12 à 18 : perçoirs et
microperçoirs.