Playdoyer pour un urbanisme tactique face enjeux sanitaires actuels.

Playdoyer pour un urbanisme tactique face enjeux sanitaires actuels.

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Monsieur le Maire de Besançon Mairie, 2, rue Mégevand 25034 Besançon Cedex à Besançon, le 10 avril 2020 Obje t: Playdoyer pour un urbanisme tactique face enjeux sanitaires actuels. Monsieur le Maire, La crise sanitaire que nous vivons opère des changements radicaux sur l'espace public et notre rapport à la rue. La domination de l'espace par l'automobile nous frappe plus que jamais durant cette période deforte réduction du trafic motorisé : cet espace n'a jamais été aussi excédentaire! Parallèlement, piétons et cyclistes ont, plus que jamais, besoin d'espace pour respecter les consignes de distanciation sociale. Trottoir et pistes cyclables doivent également accueillir celles est ceux qui évitent les transport en commun car tout.e.s n'ont pas de voiture. Marquage au sol des distances de sécurité sanitaire recommandé à Dublin. Combien de trottoirs à Besançon seraient suffisamment larges pour accueillir un tel marquage? Image : Brian Lawless, via the New York Times. Malgré ces changements, nombreux sont les automobilistes qui ne sont pas plus enclins que d'habitude à partager "leur" voie. Descendre du trottoir pour prendre ses distances avec les autres piétons, c'est s'exposer au risque de se faire renverser pour avoir empiété sur la sacro-sainte chaussée; quand bien même la largeur de la rue permettrait une coexistence paisible.

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Publié le 15 avril 2020
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Langue Français
Poids de l'ouvrage 2 Mo
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Monsieur le Maire de Besançon Mairie, 2, rue Mégevand 25034 Besançon Cedex
à Besançon, le 10 avril 2020
Obje t: Playdoyer pour un urbanisme tactique face enjeux sanitaires actuels.
Monsieur le Maire,
La crise sanitaire que nous vivons opère des changements radicaux sur l'espace public et notre rapport à la rue. La domination de l'espace par l'automobile nous frappe plus que jamais durant cette période de forte réduction du trafic motorisé : cet espace n'a jamais été aussi excédentaire! Parallèlement, piétons et cyclistes ont, plus que jamais, besoin d'espace pour respecter les consignes de distanciation sociale. Trottoir et pistes cyclables doivent également accueillir celles est ceux qui évitent les transport en commun car tout.e.s n'ont pas de voiture.
Marquage au sol des distances de sécurité sanitaire recommandé à Dublin. Combien de trottoirs à Besançon seraient suffisamment larges pour accueillir un tel marquage? Image : Brian Lawless, via the New York Times.
Malgré ces changements, nombreux sont les automobilistes qui ne sont pas plus enclins que d'habitude à partager "leur" voie. Descendre du trottoir pour prendre ses distances avec les autres piétons, c'est s'exposer au risque de se faire renverser pour avoir empiété sur la sacro-sainte chaussée; quand bien même la largeur de la rue permettrait une coexistence paisible. Pire, la fluidification récente du trafic entraîne une augmentation des vitesses et le stationnement sauvage nous paraît encore plus décomplexé qu'à l'ordinaire; la tolérance à son égard, elle, semble se perpétuer.
Face à ces états de faits, de nombreuses villes commeBogota,Mexico,New-York,Berlinou Calgaryoptent aujourd'hui pour unurbanisme tactiquevisant à redéfinir temporairement les usages. Des dispositifs simples et peu coûteux, tels que des plots, des barrières et des panneaux ont permis de tirer profit de l'espace libéré par le faible trafic routier pour déployer rapidement des kilomètres de pistes cyclables ou pour piétonniser de grands boulevards. L'erreur est permise car ces dispositifs éphémères, une fois évalués, sont faciles à réorganiser et, s'ils s'avèrent inopportuns, peuvent être supprimés du jour au lendemain.
Tweet du 9 avril dénonçant la recrudescence du stationnement sauvage dans la rue Battant, pourtant piétonne, pendant le confinement. crédit : @saltarrello
Si "nous sommes en guerre", il semble approprié que toute l'organisation sociale s'adapte à la crise et se donne les moyens de lutter efficacement contre la menace sanitaire. La rue ne doit pas faire exception! Aussi, nous vous enjoignons à faire usage de vos compétences en urbanisme pour agir en tacticien!
En particulier, notre demande porte sur un tronçon qui fait l'objet de demandes récurrentes de la part de nos adhérent.e.s, et qui ressort comme une priorité signalée dans la récente enquête Parlons Vélo : Le bas de la rue de Belfort.
Carte interactive des signalements de points noirs et des demandes d’aménagement recueillis dans l’enquête Parlons Vélo de 2019. Disponible sur :https://carto.parlons-velo.fr/
Cette rue dispose en effet de deux voies de circulation automobile dans le même sens entre la place de la Liberté et l'avenue Carnot. La neutralisation d'une de ces deux voies ne poserait aucun problème de congestion dans le contexte actuel. La pression piétonne en revanche reste élevée en ces temps de confinement et les trottoirs de cette rue, qui en temps normal sont déjà sous-dimensionnés, sont incompatibles avec l'application des mesures de distanciation sociales. Enfin, la création d'une voie cyclable dans la direction Ouest-Est, permettrait de rejoindre les quartier des Chaprais, des Cras, des Vaites et de Palente… depuis le centre gare.
Un ensemble de cônes et un marquages temporaires, comme ci-dessous, permettraient la création de ce contre-sens cyclable, qui plus est protégé par un dispositif physique. Le reste de l'espace réaffecté permettrait d'augmenter significativement l'espace piéton. La suppression du stationnement ne devrait pas poser de problème étant donné que les commerces sont fermés, que la pression est moindre, que le parking Isenbart à proximité est gratuit, et que le parking du casino des Chaprais est désormais ouvert à tous.
Moins satisfaisante, mais néanmoins intéressante serait l'option de maintenir le stationnement, mais de le déplacer sur la chaussée, libérant ainsi l'intégralité de la largeur du trottoir. Il resterait alors environ 1m de large pour créer une bande cyclable temporaire permettant de remonter la rue. (Notons au passage l'ironie d'en être amené à devoir dessiner des pictogrammes piétons sur le trottoir.)
Plus largement, nous aimerions voir des initiatives de ce type se multiplier à travers toute la commune, partout où c'est possible, pour rendre la ville plus sûre mais aussi plus agréable en ces temps difficiles. De nombreuse solutions de voirie temporaires émergent à travers le monde pour faire face à cette situation, comme la suppression des boutons d'appel - qui posent un risque sanitaire et imposent une attente inutile aux piétons - la suppression des feux de voirie aux carrefours qui incitent à la prise de vitesse, la création de passages piéton temporaire en diagonal... Autant de dispositifs dont nous serions bien avisés de nous inspirer.
Besançon pourrait être la première ville de France à adopter l'urbanisme tactique. En effet, si cette pratique est déjà développée dans d'autres pays, la France ne s'en est pas emparé. Peut-être que différents services d'urbanisme de villes françaises sont intéressés, mais hésitent à proposer ce genre d'aménagement en l'absence d'antécédent sur le territoire. Besançon pourrait innover et servir de référence à l'échelle nationale!
Dans l'attente d'une réponse, veuillez recevoir, Monsieur le Maire, l’expression de nos salutations distinguées.
Les Associations Vélo Besançon et Trottoirs Libres !