Recherches sur une portion de l'enceinte du Bas-Empire de Bourges - article ; n°4 ; vol.3, pg 303-321

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Revue archéologique du Centre de la France - Année 1964 - Volume 3 - Numéro 4 - Pages 303-321
Jean FAVIERE,
Recherches sur une portion de l'enceinte du Bas-Empire de Bourges.

Une série de documents iconographiques du XVIe au XIXe siècle permet de restituer l'aspect extérieur de la partie de l'enceinte romaine du Bas-Empire de Bourges située de part et d'autre de la porte de Lyon. L'aspect de la face intérieure du rempart a pu être étudié au cours de fouilles faites en 1963 et 1964. La construction comprend sept rangs de libages en grand appareil de remploi surmontés d'un blocage parementé en petit appareil avec chaînage de briques. La fouille a permis de reconnaître l'existence d'une terrasse intérieure appuyée au rempart et construite avec des matériaux et des détritus provenant de l'agglomération antique. Les remblais formant cette terrasse ont été apportés au fur et à mesure de la construction du rempart. A chaque niveau correspondant aux étapes du chantier se retrouvent les traces de celui-ci : moellons, déchets de taille des moellons, couches de mortier. Aucun indice de datation n'a encore été mis au jour.
19 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.

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Publié le 01 janvier 1964
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Jean Favière
Recherches sur une portion de l'enceinte du Bas-Empire de
Bourges
In: Revue archéologique du Centre de la France. Tome 3, fascicule 4, 1964. pp. 303-321.
Résumé
Jean FAVIERE,
Recherches sur une portion de l'enceinte du Bas-Empire de Bourges.
Une série de documents iconographiques du XVIe au XIXe siècle permet de restituer l'aspect extérieur de la partie de l'enceinte
romaine du Bas-Empire de Bourges située de part et d'autre de la porte de Lyon. L'aspect de la face intérieure du rempart a pu
être étudié au cours de fouilles faites en 1963 et 1964. La construction comprend sept rangs de libages en grand appareil de
remploi surmontés d'un blocage parementé en petit appareil avec chaînage de briques. La fouille a permis de reconnaître
l'existence d'une terrasse intérieure appuyée au rempart et construite avec des matériaux et des détritus provenant de
l'agglomération antique. Les remblais formant cette terrasse ont été apportés au fur et à mesure de la construction du rempart. A
chaque niveau correspondant aux étapes du chantier se retrouvent les traces de celui-ci : moellons, déchets de taille des
moellons, couches de mortier. Aucun indice de datation n'a encore été mis au jour.
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Favière Jean. Recherches sur une portion de l'enceinte du Bas-Empire de Bourges. In: Revue archéologique du Centre de la
France. Tome 3, fascicule 4, 1964. pp. 303-321.
doi : 10.3406/racf.1964.1175
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/racf_0035-0753_1964_num_3_4_117514 - 25 I
RECHERCHES SUR UNE PORTION DE L'ENCEINTE
DU BAS-EMPIRE DE BOURGES
par Jean Favière
Très sensible sur les plans, l'enceinte dans laquelle s'enferma,
à la fin de l'Empire romain, l'agglomération urbaine de Bourges
est en grande partie conservée. Elle est, malheureusement, diss
imulée par les constructions que, depuis le xne siècle, les habitants
ont appuyées et édifiées sur elle, à la suite de l'autorisation que
leur donna Philippe-Auguste. Les parties visibles et accessibles de
cette enceinte consistent principalement en portions plus ou moins
dégradées ou transformées de la face externe du mur, en salles
basses de quelques tours, en galeries artificielles creusées au
Moyen Age pour extraire la pierre des fondations. Ces vestiges
ont été examinés et étudiés par A. Buhot de Kersers (1) et A. des
Méloizes (2). Plus récemment, M. Robert Boudet en a donné une
brève description assortie d'une hypothèse de datation (3). Selon
les auteurs, l'enceinte comptait 46 ou 49 tours reliées par des lon
gueurs irrégulières de courtines. Les tours seront désignées, dans
l'exposé qui suit, par un numéro à deux termes reprenant
l'ordre ceux de Buhot de Kersers et de A. des Méloizes. Les com
mentaires et observations ci-dessous intéressent la portion de
l'enceinte comprise entre les tours (44/18) et (4/24), de part et
d'autre de la porte traditionnellement appelée porte de Lyon (fig. 1 ) .
I. — La face externe du rempart
Une vue d'ensemble de cette partie de l'enceinte est donnée par
l'un des trois croquis d'une feuille d'album (4) de Joris Hoefnagel
1. A. Buhot de Kersers, Histoire et Statistique monumentale du département
du Cher, Bourges, 1883, tome II.
2. A. des Méloizes, Bourges à travers les âges, p. 52-33. (Ce travail inachevé
ii été publié en supplément au Bulletin de la Société photographique du Centre,
1906-1908).
3. R. Boudet, L'enceinte romaine de Bourges dans Celticum VI, Ogam,
Hennés, 1962, p. 297-306.
4. Je remercie très vivement le docteur Thobv, de Nantes, d'avoir bien
voulu me communiquer une photographie de ce précieux document. 304 JEAN I AVIERE
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Fig. 1. Plan sur Le tracé lequel de situation de ont l'enceinte été du reportées terrain est sur celui en lequel pointillés donné sont par les effectuées le tours cadastre détruites les recherches. de anté1813
rieurement, mais dont l'emplacement est connu (Dessin M. Steiner). DU BAS-EMPIRE DE BOURGES 305 ENCEINTE
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datable des environs de 1561 (5). On y voit (fig. 2) l'énorme masse
cylindrique de la Grosse Tour construite par Philippe-Auguste do
miner le mur d'enceinte lui-même ; celui-ci, sur toute sa longueur,
surplombe une large dénivellation formant fossé dont on sait que
le comblement amorcé vers l'est au xvn* siècle pour établir le
jardin de l'Archevêque ne s'achèvera, à l'ouest, qu'au xvin" et
même au début du xixe siècle. Pour une partie au moins, la muraille
nous est restituée dans son élévation complète avec des courtines
crénelées, dépassées par les étages supérieurs des tours. Certes, il est
difficile de faire la part de la construction antique et des adjonc
tions médiévales. Néanmoins quelques notations du dessinateur
semblent manjuer les chaînages horizontaux de briques des pare
ments ; d'autre part, certains détails, confirmés par des documents
ultérieurs, plaident pour l'exactitude et même une certaine pré
cision du travail de l'artiste.
Le dessin d'Hoefnagel est le seul document où figure la
tour 44/18 démolie en 1684-1686 pour créer face à la place Sérau-
court une sortie de ville, nommée alors porte Saint-Michel. Une
tranchée de canalisation électrique en a coupé les fondations en
1956 (6) ; comme ailleurs, elles sont faires de pierres de grand
appareil remployées, dont certaines moulurées et sculptées.
La courtine à la suite vers l'est et la tour 45/10 sont demeur
ées debout jusqu'au milieu du xix* siècle. Le peintre Hazé en a
donné une vue d'ensemble (fig. 3) qui les montre arasées au même
niveau, mais bien conservées vers 1845 (7). Une autre gravure, un
peu plus ancienne, donne plus de détails sur l'aspect et l'état de
la tour elle-même (fig. 4); un seul rang de libages en grand appareil
est visible au-dessus du sol. Les chaînages sont faits, soit d'un
triple rang de briques superposées directement, soit d'un triple
rang de briques séparées par un rang de moellons, soit double de par deux rangs de moellons. Les espaces
entre les chaînages comportent 6, 10 ou 8 rangs de moellons de
petit appareil régulier. Cette tour et quelques cinquante mètres de
courtine de part et d'autre furent abattus en 1856-1857 (8). De leurs
fondations furent extraits de nombreux fragments d'architecture
antique dont quelques morceaux décorés sont aujourd'hui conservés
5. Joris Hoefnagel, né à Anvers en 1545, circula dans le Centre, en Poitou
notamment, en 1561. Ses dessins furent utilisés dans un traité de géographie
de Braun, Civitates orbis terrarum in aes incissae et excusae, et descriptione
topografia, morali et politica illustratae, puhlié à Cologne de 1572 à 1618. Cet
ouvrage contient une vue générale de Bourges qui a été étudiée par Paul Chenu,
Les vues anciennes de Bourges dans Mém. de la Soc. des Ant. du Centre,
t. XXVII (191.3), p. 154.
6. XIXme circonscription archéologique. Rapport du directeur dans (uillia,
XIV, 1956, fasc. 1, p. 323.
7. Album historique et monumental du département du Cher, Bourges, 1845.
Planche intitulée : Caserne (ancien grand séminaire), vue prise de la place
Séraucourt.
8. ,Buhot de Kersers dit inexactement : 1862. Les fragments extraits des
fondations furent dessinés et puhliés par Alfred de la Chaussée, Dumoutet
et Romagnesi en 1857. DU BAS-EMPIRE DE BOURGES 307 ENCEINTE
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Fig. 4. — La tour 43/19 vers 1820.
Lithographie d'Engelmann, d'après Jorand. DU BAS-EMPIRE DE BOURGES 309 ENCEINTE
Fig. 5. — La tour ouest de la Porte de Lyon (N° 4f>/20).
Dessin de Thiollet (1840).
mpl-
Fig. fi. — Périgueux. reproduit La Porte par (îrenier, de Mars, Manuel, d'après V, un fig. dessin 24 bis. de F. de Verneilli, ,310 JEAN FAVIÈRE
au Musée du Berry (9). Un échantillon du parement, sans grande
signification, a été conservé et soigneusement encadré dans le nou
veau mur édifié par l'Administration militaire.
La courtine rejoignait ensuite la tour ouest de la Porte de
Lyon (n° 46/20) reconnaissable sur la lithographie de Hazé (fig. 3)
à son comble à la Mansard. Elle différait des autres tours par sa
construction en grand appareil et par les six pilastres qui en
ornaient le pourtour. Ces pilastres, nettement visibles sur la vue
d'Hoefnagel, ont été dessinés avec précision par Thiollet en 184!)
(fig. 5) à l'occasion du Congrès archéologique tenu à Bourges celte
année-là (10) ; larges d'environ 0,30 ni, ils avaient dû posséder
bases et chapiteaux ; la seule base conservée est figurée par Thiollet.
L'antiquité de ce décor architectural a été contestée par Kersers,
sans argument décisif (11) ; l'étroite parenté entre cette ordon
nance et celle de la porte de Mars à Périgueux, actuellement invi
sible, mais connue par un dessin du milieu du xixe siècle (12), serait
plutôt une présomption favorable (fig. 6).
La tour Est de la porte de Lyon (N" 1/21) marquait un chan
gement d'orientation de l'enceinte qui, à partir d'elle, prenait la
direction du Nord. Cette tour servit de carrière dès le xvn" siècle,
mais sa destruction totale ne fut consommée qu'au milieu du
xix" siècle. Il ne semble pas que ses fondations aient été touchées,
car les récents travaux de démolition (cf. infra) ont fait apparaître
plusieurs pierres de Hbages. Son parement fut-il refait au Moyen
Age ? la vue d'Hoefnagel n'indique pas les pilastres que l'on aurait
pu attendre.
On sait que la courtine à la suite, percée d'une poterne pour
le service de la Grosse Tour, fut très tôt démolie. La tour 2/22, par
contre, ne disparut totalement qu'en 1863. Thiollet en a dessiné les
ruines en 1849. Son croquis la montre éventrée, mais indique que
deux baies étaient percées dans ses parties hautes, baies en plein
cintre aux claveaux alternés de briques et de pierre, (fig. 7) ana
logues à celles conservées dans la tour 28/1 (palais Jacques-Cœur).
Des fondations de cette tour ont été extraits un certain nombre de
fragments, dont l'inscription de Cavia Quicta, provenant sans doute
de l'amphithéâtre (13). Le dessin d'Hoefnagel montre une large
brèche à la suite de la tour 2/22, puis, après un morceau de cour
tine en bon état, la tour 3/23 qui portait le chevet de l'église prieu-
rale de Notre-Dame de Sales. Ce sanctuaire fondé, croit-on, au
vne siècle, reconstruit au xne, puis au xvne siècle, a été démoli en
î). La plupart de ces fragments ont été dessinés et lithographies dans un
recueil de planches intitulé : Monuments romains de la Ville de Bourges ;
fragments d'architecture et de sculpture provenant de l'ancienne enceinte,
Paris, 1857. Cf. également Espérandieu, Recueil, t. II, n° 1440, 1441, 1442.
10. Congrès archéologique de France, séances tenues à Bourges en 184!),
planche A., fig. 4.
11. Kersers, loc. cit., II, p. 72.
12. Manuel d'archéologie préhistorique, celtique et gallo-romaine, .1. Deche-
l1"*" partie, p. 554, fig. 214 bis. lette, V., Archéologie gallo-romaine, par A. (îrenier,
13. Musée du Berry. C. I.C. XIII, n° 1197. ENCEINTE DU BAS-EMPIRE DE BOURGES 311
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