Rapport sur - ASSEMBLÉE NATIONALE

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Rapport sur - ASSEMBLÉE NATIONALE
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08 décembre 2010

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The Project Gutenberg EBook of Rapport sur l'Instruction Publique, les 10,11 et 19 Septembre 1791, by Maurice Talleyrand-PérigordThis eBook is for the use of anyone anywhere at no cost and withalmost no restrictions whatsoever. You may copy it, give it away orre-use it under the terms of the Project Gutenberg License includedwith this eBook or online at www.gutenberg.orgTitle: Rapport sur l'Instruction Publique, les 10, 11 et 19 Septembre 1791       fait au nom du Comité de Constitution à l'Assemblée NationaleAuthor: Maurice Talleyrand-PérigordRelease Date: August 17, 2008 [EBook #26336]Language: FrenchCharacter set encoding: ISO-8859-1*** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK RAPPORT SUR L'INSTRUCTION ***Produced by Mireille Harmelin, Hélène de Mink and theOnline Distributed Proofreading Team at http://www.pgdp.net(This file was produced from images generously madeavailable by the Bibliothèque nationale de France(BnF/Gallica) at http://gallica.bnf.fr)Note au lecteur de ce ficher digital:Les erreurs clairement introduites par letypographe ont été corrigées. L'orthographed'origine a été conservée.La table des matièrs a été rajoutée dans cefichier.RAPPORTSUR(p.001)
M. DCC. XCI.PARM. DE T,ALLAncien Évêque d'Autun.PAR ORDRE DE L'.ASSEMBLÉE SRIA ,PARIDE L'I.MPEFAITAU NOM DU COMITÉ DE CONSTITUTIONA L'AS,Sles 10, 11 et 19 Septembre 1791,(p.002)THE FRENCH REVOLUTION RESEARCH COLLECTIONL'INSTRUCTION PUBLIQUE,LES ARCHIVES DE LA RÉVOLUTION FRANÇAISEAN EÉLBMALETIONTINAEALONE NAMERIALETIONYRED-ANRIPÉOGDR
MAXWELLHeadington Hill Hall, Oxford OX3 OBW, UKTABLE DES MATIÈRESRAPPORT.ÉCOLES PRIMAIRES.ÉCOLES DE DISTRICT.ÉCOLES DE DÉPARTEMENT.ÉCOLES POUR LES MINISTRES DE LA RELIGION.ÉCOLES DE MÉDECINE.ÉCOLES DE DROIT.ÉCOLES MILITAIRES.INSTITUT NATIONAL.PROGRAMME DES SCIENCES PHILOSOPHIQUES.PROGRAMME DES SCIENCES MATHEMATIQUES.MOYENS D'INSTRUCTION.RÉSUMÉ.PROJET DE DÉCRETS SUR L'INSTRUCTIONPUBLIQUE.ÉCOLES PRIMAIRES.ÉCOLES DE DISTRICT.DES PENSIONS GRATUITES.ÉCOLES DE DÉPARTEMENT.ÉCOLES DE MÉDECINE.TABLEAU DE L'ENSEIGNEMENTÉCOLES POUR L'ENSEIGNEMENT DU DROIT.ÉCOLES MILITAIRES.INSTITUT NATIONAL. PROJET DE DÉCRETS.TABLEAU DISTRIBUTION DES FONDSDES BIBLIOTHÈQUES.PRIX ET ENCOURAGEMENSMÉTHODESSPECTACLES.FÊTES.ÉDUCATION DES FEMMES.DES COMMISSAIRES(p.003)
LES pouvoirs publics sont organisés: la liberté, l'égalité existent sous la gardetoute-puissante des Lois; la propriété a retrouvé ses véritables bases; etpourtant la Constitution pourroit sembler incomplette, si l'on n'y attachoit enfin,comme partie conservatrice et vivifiante, L'INSTRUCTION PUBLIQUE, que sans douteon auroit le droit d'appeller un pouvoir, puisqu'elle embrasse un ordre defonctions distinctes qui doivent agir sans relâche sur le perfectionnement duCorps Politique et sur la prospérité générale.Nous ne chercherons pas ici à faire ressortir la nullité ou les vicesinnombrables de ce qu'on a nommé jusqu'à ce jour Instruction. Même sousl'ancien ordre de choses, on ne pouvoit arrêter sa pensée sur la barbarie denos institutions, sans être effrayé de cette privation totale de lumières, quis'étendoit sur la grande majorité des hommes; sans être révolté ensuite et desopinions déplorables que l'on jettoit dans l'esprit de ceux qui n'étoient pas tout-à-fait dévoués à l'ignorance, et des préjugés de tous les genres dont on lesnourrissoit, et de la discordance, ou plutôt de l'opposition absolue qui existoitentre ce qu'un enfant étoit contraint d'apprendre, et ce qu'un homme étoit tenude faire; enfin, de cette déférence aveugle et persévérance pour des usagesdès long-temps surannés, qui, nous replaçant sans cesse à l'époque où tout lesavoir étoit concentré dans les Cloîtres, sembloit encore, après plus de dixsiècles, destiner l'universalité des Citoyens à habiter des Monastères.Toutefois ces choquantes contradictions, et de plus grandes encore, n'auroientpas dû surprendre: elles devoient naturellement exister là oùconstitutionnellement tout étoit hors de sa place: où tant d'intérêts seréunissoient pour tromper, pour dégrader l'espèce humaine; où la nature duGouvernement repoussoit les principes dans tout ce qui n'étoit pas destiné àflatter ses erreurs; où tout sembloit faire une nécessité d'apprendre aux)04.0(p(p.005)LLTAe  dM.r pa, noitutitsnoC ed mitéu Coom dau nia tEUF,LBQI NUPpaDéemrturteu  dinimartsutuAdA,nvêque d'ancien ÉRÉGIRO,DYEARDNP-RUSTNI'LURTSOITCUBNPQULIRAE.ORPPED'LNITSURTCOI Pdet en.isar
hommes, dès l'enfance, à composer avec des préjugés, au milieu desquels ilsétoient appellés à vivre et à mourir; où il falloit les accoutumer à contraindreleur pensée, puisque la Loi elle-même leur disoit avec menace qu'ils n'enétoient pas les maîtres; et où, enfin, une prudence pusillanime, qui osoit senommer vertu, s'étoit fait un devoir de distraire leur esprit de ce qui pouvoit unjour leur rappeller des droits qu'il ne leur étoit pas permis d'invoquer: et telleavoit été, sous ces rapports, l'influence de l'opinion publique elle-même, qu'onétoit parvenu à pouvoir présenter à la jeunesse l'histoire des anciens Peupleslibres, à échauffer son imagination par le récit de leurs héroïques vertus, à lafaire vivre, en un mot, au milieu de Sparte et de Rome, sans que le pouvoir leplus absolu eut rien à redouter de l'impression que devoient produire cesgrands et mémorables exemples. Aimons pourtant à rappeller que, mêmealors, il s'est trouvé des hommes dont les courageuses leçons sembloientappartenir aux plus beaux jours de la liberté: et, sans insulter à de tropexcusables erreurs, jouissons avec reconnoissance des bienfaits de l'esprithumain, qui, dans toutes les époques, a su préparer, à l'insçu du despotisme,la révolution qui vient de s'accomplir.Or si, à ces diverses époques, dont chaque jour nous sépare par de si grandsintervalles, la simple raison, la saine philosophie ont pu réclamer, nonseulement avec justice, mais souvent avec quelque espoir de succès, deschangemens indispensables dans l'instruction publique; si, dans tous lestemps, il a été permis d'être choqué de ce qu'elle n'étoit absolument en rapportavec rien, combien plus fortement doit-on éprouver le besoin d'une réformetotale dans un moment où elle est sollicitée à la fois, et par la raison de tous lesPays, et par la constitution particulière du nôtre.Il est impossible, en effet, de s'être pénétré de l'esprit de cette constitution sansy reconnoître que tous les principes invoquent les secours d'une instructionnouvelle.Forts de la toute-puissance nationale, vous êtes parvenus à séparer, dans leCorps politique, la volonté commune ou la faculté de faire des Lois, de l'actionpublique ou des divers moyens d'en assurer l'exécution; et c'est là qu'existeraéternellement le fondement de la liberté politique: mais, pour le complémentd'un tel système, il faut sans doute que cette volonté se maintienne toujoursdroite, toujours éclairée, et que les moyens d'action soient invariablementdirigés vers leur but: or ce double objet est évidemment sous l'influence directeet immédiate de l'instruction.La Loi, rappellée enfin à son origine, est redevenue ce quelle n'eût jamais dûcesser d'être, l'expression de la volonté commune. Mais pour que cette volonté,qui doit se trouver toute dans les Représentans de la Nation, chargés par elled'être ses organes, ne soit pas à la merci des volontés éparses outumultueuses de la multitude souvent égarée; pour que ceux de qui toutpouvoir dérive ne soient pas tentés, ni quant à l'émission de la Loi, ni quant àson exécution, de reprendre inconsidérément ce qu'ils ont donné, il faut que laraison publique, armée de toute la puissance de l'instruction et des lumières,prévienne ou réprime sans cesse ces usurpations individuelles, destructives detout principe, afin que le parti le plus fort soit aussi, et pour toujours, le parti leplus juste.Les hommes sont déclarés libres; mais ne sait-on pas que l'instructionaggrandit sans cesse la sphère de la liberté civile, et, seule, peut maintenir la(p.006)(p.007)
liberté politique contre toutes les espèces de despotisme? Ne sait-on pas que,même sous la constitution la plus libre, l'homme ignorant est à la merci duCharlatan, et beaucoup trop dépendant de l'homme instruit; et qu'uneinstruction générale, bien distribuée, peut seule empêcher, non pas lasupériorité des esprits qui est nécessaire, et qui même concourt au bien detous, mais le trop grand empire que cette supériorité donneroit, si l'oncondamnoit à l'ignorance une classe quelconque de la société? Celui qui nesait ni lire, ni compter, dépend de tout ce qui l'environne: celui qui connoît lespremiers élémens du calcul, ne dépendroit pas du génie de Newton, et pourroitmême profiter de ses découvertes.Les hommes sont reconnus égaux: et pourtant combien cette égalité de droitsseroit peu sentie, seroit peu réelle, au milieu de tant d'inégalités de fait, sil'instruction ne faisoit sans cesse effort pour rétablir le niveau, et pour affoiblirdu moins les funestes disparités qu'elle ne peut détruire!Enfin, et pour tout dire, la constitution existeroit-elle véritablement, si ellen'existoit que dans notre code; si de-là elle ne jettoit ses racines dans l'âme detous les Citoyens; si elle n'y imprimoit à jamais de nouveaux sentimens, denouvelles mœurs, de nouvelles habitudes? Et n'est-ce pas à l'action journalièreet toujours croissante de l'instruction, que ces grands changemens sontréservés?Tout proclame donc l'instante nécessité d'organiser l'instruction: tout nousdémontre que le nouvel état des choses, élevé sur les ruines de tant d'abus,nécessite une création en ce genre; et la décadence rapide et presquespontanée des établissemens actuels qui, dans toutes les parties du Royaume,dépérissent comme des plantes sur un terrein nouveau qui les rejette, annonceclairement que le moment est venu d'entreprendre ce grand ouvrage.En nous livrant au travail qu'il demande, nous n'avons pu nous dissimuler uninstant les difficultés dont il est entouré. Il en est de réelles, et qui tiennent à lanature d'un tel sujet. L'instruction est en effet un pouvoir d'une natureparticulière. Il n'est donné à aucun homme d'en mesurer l'étendue; et lapuissance nationale ne peut elle-même lui tracer des limites. Son objet estimmense, indéfini: que n'embrasse-t-il pas? Depuis les élémens les plussimples des Arts, jusqu'aux principes les plus élevés du droit public et de lamorale; depuis les jeux de l'enfance jusqu'aux représentations théâtrales etaux fêtes les plus imposantes de la Nation, tout ce qui, agissant sur l'âme peuty faire naître et y graver d'utiles ou de funestes impressions, estessentiellement de son ressort. Ses moyens, qui vont toujours en seperfectionnant, doivent être diversement appliqués suivant les lieux, le temps,les hommes, les besoins. Plusieurs sciences sont encore à naître; d'autresn'existent déjà plus; les méthodes ne sont point fixées; les principes dessciences ne peuvent l'être, les opinions moins encore; et, sous aucun de cesrapports, il ne nous appartient d'imposer des lois à la postérité. Tel estnéanmoins le pouvoir qu'il faut organiser.A côté de ces difficultés réelles, il en est d'autres plus embarrassantes peut-être, par la raison que ce n'est pas avec des principes qu'on parvient à lesvaincre, et qu'il faut en quelque sorte composer avec elles. Celles-ci naissentd'une sorte de frayeur qu'éprouvent souvent les hommes les mieuxintentionnés à la vue d'une grande nouveauté; toute perfection leur sembleidéale; ils la redoutent presqu'à l'égal d'un système erroné, et souvent ils(p.008)(p.009)
parviennent à la rendre impraticable, à force de répéter qu'elle l'est.C'est à travers ces difficultés qu'il nous a fallu marcher; mais nous croyonsavoir écarté les plus fortes, en réduisant extrêmement les principes, et en nousbornant à ouvrir toutes les routes de l'instruction, sans prétendre fixer aucunelimite à l'esprit humain, aux progrès duquel on ne peut assigner aucun terme.Quant aux autres difficultés, ceux qu'un trop grand changement effraye, netarderont pas à voir que, si nous avons tracé un plan pour chaque partie del'instruction, c'est que dans la chose la plus pratique il falloit se tenir en gardecontre les inconvéniens des principes purement spéculatifs; qu'il ne suffisoitpas de marquer le but, qu'il falloit aussi ouvrir les routes: mais en même tempsnous avons pensé qu'il étoit nécessaire de laisser aux divers Départemens, quiconnoîtront et ce qu'exigent les besoins, et ce que permettent les moyens dechaque lieu, à déterminer le moment où tel point en particulier pourra êtreréalisé avec avantage, comme aussi à le modifier dans quelques détails; carnous voulons que le passage de l'ancienne instruction à la nouvelle se fassesans convulsion, et sur-tout sans injustice individuelle.Pour nous tracer quelque ordre dans un sujet aussi vaste, nous avonsconsidéré l'instruction sous les divers rapports qu'elle nous a paru présenter àl'esprit.L'instruction en général a pour but de perfectionner l'homme dans tous lesâges, et de faire servir sans cesse à l'avantage de chacun et au profit del'association entière les lumières, l'expérience, et jusqu'aux erreurs desgénérations précédentes.Un des caractères les plus frappans dans l'homme est la perfectibilité; et cecaractère, sensible dans l'individu, l'est bien plus encore dans l'espèce: carpeut-être n'est-il pas impossible de dire de tel homme en particulier, qu'il estparvenu au point où il pouvoit atteindre, et il le sera éternellement de l'affirmerde l'espèce entière, dont la richesse intellectuelle et morale s'accroît sansinterruption de tous les produits des siècles antérieurs.Les hommes arrivent sur la terre, avec des facultés diverses, qui sont à-la-foisles instrumens de leur bien-être et les moyens d'accomplir la destinée àlaquelle la société les appelle; mais ces facultés, d'abord inactives, ont besoinet du temps, et des choses, et des hommes pour recevoir leur entierdéveloppement, pour acquérir toute leur énergie; mais chaque individu entredans la vie avec une ignorance profonde sur ce qu'il peut et doit être un jour;c'est à l'instruction à le lui montrer; c'est à elle à fortifier, à accroître ses moyensnaturels de tous ceux que l'association fait naître, et que le temps accumule.Elle est l'art plus ou moins perfectionné de mettre les hommes en toute valeur,tant pour eux que pour leurs semblables; de leur apprendre à jouir pleinementde leurs droits, à respecter et remplir facilement tous leurs devoirs; en un mot, àvivre heureux et à vivre utiles; et de préparer ainsi la solution du problème, leplus difficile peut-être des sociétés, qui consiste dans la meilleure distributiondes hommes.On doit considérer en effet la Société, comme un vaste attelier. Il ne suffit pasque tous y travaillent; il faut que tous y soient à leur place, sans quoi il y aopposition de forces, au lieu du concours qui les multiplie. Qui ne sait qu'unpetit nombre, distribué avec intelligence, doit faire plus et mieux qu'un plusgrand, doué des mêmes moyens, mais différemment placé? La plus grande de(p.010)(p.011)
toutes les économies, puisque c'est l'économie des hommes, consiste donc àles mettre dans leur véritable position: or il est incontestable qu'un bon systèmed'instruction est le premier des moyens pour y parvenir.Comment le former ce système? Il sera sans doute, sous beaucoup derapports, l'ouvrage du temps épuré par l'expérience; mais il est essentiel d'enaccélérer l'époque. Il faut donc en indiquer les bases, et reconnoître lesprincipes dont il doit être le développement progressif.L'instruction peut être considérée comme un produit de là Société, comme unesource de biens pour la Société; comme une source également féconde debiens pour les individus.Et d'abord, il est impossible de concevoir une réunion d'hommes, unassemblage d'êtres intelligens, sans y appercevoir aussitôt des moyensd'instruction. Ces moyens naissent de la libre communication des idées,comme aussi de l'action réciproque des intérêts. C'est alors sur-tout qu'il estvrai, de dire que les hommes sont disciples de tout ce qui les entoure: mais cesélémens d'instruction, ainsi universellement répandus, ont besoin d'être réunis,combinés, et dirigés, pour qu'il en résulte un art, c'est-à-dire, un moyen promptet facile de faire arriver à chacun, par des routes sûres, la part d'instruction quilui est nécessaire. Dans une heureuse combinaison de ces moyens réside levrai système d'instruction.Sous ce premier point de vue, l'instruction réclame les principes suivans.1º. Elle doit exister pour tous: car puisqu'elle est un des résultats, aussi bienqu'un des avantage de l'association, on doit conclure qu'elle est un biencommun des associés: nul ne peut donc en être légitimement exclus; et celui-là, qui a le moins de propriétés privées, semble même avoir un droit de pluspour participer à cette propriété commune.2º. Ce principe se lie à un autre. Si chacun a le droit de recevoir les bienfaits del'instruction, chacun a réciproquement le droit de concourir à les répandre: carc'est du concours et de la rivalité des efforts individuels que naîtra toujours leplus grand bien. La confiance doit seule déterminer les choix pour les fonctionsinstructives; mais tous les talens sont appellés de droit à disputer ce prix del'estime publique. Tout privilège est, par sa nature, odieux: un privilège, enmatière d'instruction, seroit plus odieux et plus absurde encore.3º. L'instruction, quant à son objet, doit être universelle: car c'est alors qu'elleest véritablement un bien commun, dans lequel chacun peut s'approprier lapart qui lui convient. Les diverses connoissances qu'elle embrasse, peuvent nepas paroître également utiles; mais il n'en est aucune qui ne le soitvéritablement, qui ne puisse le devenir davantage, et qui par conséquent doiveêtre rejettée ou négligée. Il existe d'ailleurs entr'elles une éternelle alliance,une dépendance réciproque; car elles ont toutes, dans la raison de l'homme,un point commun de réunion, de telle sorte que nécessairement l'une s'enrichitet se fortifie par l'autre: de là il résulte que, dans une société bien organisée,quoique personne ne puisse parvenir à tout savoir, il faut néanmoins qu'il soitpossible de tout apprendre.4º. L'Instruction doit exister pour l'un et l'autre sexe; cela est trop évident: car,puisqu'elle est un bien commun, sur quel principe l'un des deux pourroit-il enêtre déshérité par la Société protectrice des droits de tous?p.012)
5º. Enfin elle doit exister pour tous les âges. C'est un préjugé de l'habitude dene voir toujours en elle que l'institution de la jeunesse. L'instruction doitconserver et perfectionner ceux qu'elle a déjà formés: elle est d'ailleurs unbienfait social et universel; elle doit donc naturellement s'appliquer à tous lesâges, si tous les âges en sont susceptibles: or qui ne voit qu'il n'en est aucunoù les facultés humaines ne puissent être utilement exercées, où l'homme nepuisse être affermi dans d'heureuses habitudes, encouragé à faire le bien,éclairé sur les moyens de l'opérer: et qu'est-ce que tous ces secours, si ce n'estdes émanations du Pouvoir instructif?De ces principes qui ne sont, à proprement parler, que des conséquences dupremier, naissent des conséquences ultérieures et déjà clairement indiquées.Puisque l'Instruction doit exister pour tous, il faut donc qu'il existe desétablissemens qui la propagent dans chaque partie de l'Empire, en raison deses besoins, du nombre de ses habitans, et de ses rapports dans l'associationpolitique.Puisque chacun a le droit de concourir à la répandre, il faut donc que toutprivilège exclusif sur l'Instruction soit aboli sans retour.Puisqu'elle doit être universelle, il faut donc que la Société encourage, facilitetous les genres d'enseignement, et en même-temps qu'elle protègespécialement ceux dont l'utilité actuelle et immédiate sera le plus généralementreconnue et le plus appropriée à la constitution et aux mœurs nationales.Puisque l'instruction doit exister pour chaque sexe, il faut donc créerpromptement des écoles, et pour l'un, et pour l'autre; mais il faut aussi créerpour elles des principes d'instruction: car ce ne sont pas les écoles, mais lesprincipes qui les dirigent, qu'il faut regarder comme les véritables propagateursde l'instruction.Enfin, puisqu'elle doit exister pour tous les âges, il faut ne pas s'occuperexclusivement, comme on l'a fait jusqu'à ce jour parmi nous, d'établissemenspour la jeunesse; il faut aussi créer, organiser des institutions d'un autre ordrequi soient pour les hommes de tout âge, de tout état, et dans les diversespositions de la vie, des sources fécondes d'instruction et de bonheur.L'Instruction, considérée dans ses rapports avec l'avantage de la Société,exige, comme principe fondamental, qu'il soit enseigné à tous les hommes:1º. A connoître la Constitution de cette Société;—2º. A la défendre;—3º. A laperfectionner;—4º. Et, avant tout, à se pénétrer des principes de la morale quiest antérieure à toute Constitution, et qui, plus qu'elle encore, est la sauve-garde et la caution du bonheur public.De-là diverses conséquences relatives à la constitution Françoise.Il faut apprendre à connoître la Constitution. Il faut donc que la Déclaration desdroits et les principes constitutionnels composent à l'avenir un nouveaucatéchisme pour l'enfance, qui sera enseigné jusques dans les plus petitesécoles du Royaume. Vainement on a voulu calomnier cette Déclaration: c'estdans les droits de tous que se trouveront éternellement les devoirs de chacun.Il faut apprendre à défendre la Constitution. Il faut donc que par-tout lajeunesse se forme, dans cet esprit, aux exercices militaires, et que par(p.013)(p.014)
conséquent il existe un grand nombre d'écoles générales, où toutes les partiesde cette science soient complettement enseignées: car le moyen de fairerarement usage de la force est de bien connoître l'art de l'employer.Il faut apprendre à perfectionner la Constitution. En faisant serment de ladéfendre, nous n'avons pu renoncer, ni pour nos descendans, ni pour nous-mêmes, au droit et à l'espoir de l'améliorer. Il importeroit donc que toutes lesbranches de l'art social pussent être cultivées dans la nouvelle instruction;mais cette idée, dans toute l'étendue qu'elle présente à l'esprit, seroit d'uneexécution difficile au moment où la Science commence à peine à naître.Toutefois il n'est pas permis de l'abandonner, et il faut du moins encouragertous les essais, tous les établissement partiels en ce genre, afin que le plusnoble, le plus utile des arts ne soit pas privé de tout enseignement.Il faut apprendre à se pénétrer de la morale, qui est le premier besoin de toutesles Constitutions. Il faut donc, non-seulement qu'on la grave dans tous lescœurs par la voie du sentiment et de la conscience, mais aussi qu'onl'enseigne comme une science véritable, dont les principes seront démontrés àla raison de tous les hommes, à celle de tous les âges. C'est par là seulementqu'elle résistera à toutes les épreuves. On a gémi long-temps de voir leshommes de toutes les nations, de toutes les religions, la faire dépendreexclusivement de cette multitude d'opinions qui les divisent. Il en est résulté degrands maux: car en la livrant à l'incertitude, souvent à l'absurdité, on l'anécessairement compromise, on l'a rendue versatile et chancelante. Il esttemps de l'asseoir sur ses propres bases; il est temps de montrer aux hommesque, si de funestes divisions les séparent, il est du moins dans la morale unrendez-vous commun où ils doivent tous se réfugier et se réunir. Il faut donc enquelque sorte la détacher de tout ce qui n'est pas elle, pour la rattacher ensuiteà ce qui mérite notre assentiment et notre hommage, à ce qui doit lui prêter sonappui. Ce changement est simple; il ne blesse rien; sur-tout il est possible.Comment ne pas voir en effet qu'abstraction faite de tout système, de touteopinion, et en ne considérant dans les hommes que leurs rapports avec lesautres hommes, on peut leur enseigner ce qui est bon, ce qui est juste, le leurfaire aimer, leur faire trouver du bonheur dans les actions honnêtes, dutourment dans celles qui ne le sont pas, former enfin de bonne heure leur espritet leur conscience, et les rendre l'un et l'autre sensibles à la moindreimpression de tout ce qui est mal. La nature a pour cela fait de grandesavances; elle a doué l'homme de la raison et de la compassion: par lapremière, il est éclairé sur ce qui est juste; par la seconde, il est attiré vers cequi est bon: voilà le double principe de toute morale. Mais cette nouvelle partiede l'instruction, pour être bien enseignée, exige un ouvrage élémentaire,simple, à la fois clair et profond. Il est digne de l'Assemblée Nationaled'appeller sur un tel objet les veilles et les méditations de tous les vraisPhilosophes.L'instruction, comme source d'avantages pour les individus, demande quetoutes les facultés de l'homme soient exercées; car c'est à leur exercice bienréglé qu'est attaché son bonheur, et c'est en les avertissant toutes, qu'on estsûr de décider la faculté distinctive de chaque homme.Ainsi l'instruction doit s'étendre sur toutes les facultés, physiques,intellectuelles, morales.Physiques. C'est une étrange bizarrerie de la plupart de nos éducations(p.015)(p.016)
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