L'utilisation de la brique crue dans la Péninsule Ibérique durant la ...

Documents
20 pages
Obtenez un accès à la bibliothèque pour le consulter en ligne
En savoir plus

Description

133es échanges transdisciplinaires sur les constructions en terre crue. Table — ronde de Toulouse Editions de l'Espérou, Montpellier, 2 009, p. X à Y Maria Carme Belarte Franco ICREA – Institut Català d'Arqueologia Clàssica L'utilisation de la brique crue dans la Péninsule Ibérique durant la protohistoire et la période romaine sances sur les différentes régions sont assez inégales (fig. 1). Pour toutes ces raisons, j'ai choisi la présentation des quelques exemples où la documenta- Cet article est centré sur trois points de discussion principaux : la problématique sur l'origine de la brique crue en Ibérie ; la distinction entre les briques et autres éléments
  • briques crues
  • site phénicien de la fonteta
  • solins en pierre
  • passage des habitats de cabanes bâties en matériaux périssables aux constructions de plan qua- drangulaire
  • brique
  • briques
  • mur
  • murs
  • terre
  • terres
  • constructions
  • construction
  • site
  • sites
  • habitat
  • habitats

Sujets

Informations

Publié par
Nombre de visites sur la page 93
Langue Français
Signaler un problème

Maria Carme Belarte Franco
ICREA – Institut Català d’Arqueologia Clàssica
L’utilisation de la brique crue dans
la Péninsule Ibérique durant la
protohistoire et la période romaine
Cet article est centré sur trois points de être traité en bloc ; il est par ailleurs trop sances sur les différentes régions sont
discussion principaux : la problématique large pour tenter une analyse exhaustive assez inégales (fig. 1). Pour toutes ces
sur l’origine de la brique crue en Ibérie ; du sujet. Finalement, l’intensité de l’acti- raisons, j’ai choisi la présentation des
la distinction entre les briques et autres vité de recherche ainsi que les connais- quelques exemples où la documenta-
éléments à forme régulière et, enfin, les
utilisations de cet élément dans l’architec-
ture durant la protohistoire et la période
romaine.
L’utilisation de briques modelées durant 1
2
26 3
le Chalcolithique a été proposée pour 91027 524 22 621 423certaines régions du sud de la Péninsule 17 1120 15 7825 121819 16 14Ibérique ; de même, sur des sites catalans 1328
29de l’Âge du Bronze l’utilisation de briques
31
aux angles arrondis est attestée. A part
32 3330
34ces utilisations ponctuelles de briques mo-
55delées, la brique crue à proprement par-
51 35ler apparaît durant le Bronze Final et le 3654
52
37Premier Âge du Fer. L’utilisation des pre- 38
53 39
4044mières briques crue moulées est connue 43 4146 42
45depuis le Bronze Final dans la Vallée de
47l’Ebre et peu après dans le sud de la Pé-
50
49 48ninsule. Durant l’Âge du Fer, elle est un
élément fondamental dans la construction
et pour les aménagements domestiques.
Fond de carte, C. Sánchez, Casa de Velázquez, 1995
L’utilisation de la brique crue dans la
construction perdure sous la romanisa- Figure 1. Carte de la Péninsule Ibérique avec la situation des
tion, surtout durant la période romano- principaux sites mentionnés dans l’article :
errepublicaine, et dès le i s. apr. n. è. elle 1. Mas Castellar de Pontós ; 2. Empúries ; 3. Ullastret ; 4. Burriac et Can Rodon/Ca l’Arnau ;
sera lentement remplacée par la brique 5. Can Roqueta ; 6. Turó de la Font de la Canya ; 7. Alorda Park (Calafell) ; 8. Tarraco ; 9.
cuite. Els Missatges ; 10. Vilars d’Arbeca ; 11. Puig Roig ; 12. Castellet de Banyoles de Tivissa ;
13. Barranc de Gàfols ; 14. Coll del Moro de Gandesa ; 15. Turó del Calvari ; 16. Tossal
1. Les origines de la brique Montañés ; 17. Loma de los Brunos ; 18. Celsa ; 19. Contrebia Belaisca ; 20. Bílbilis ; 21. Alto
de la Cruz (Cortes de Navarra) ; 22. Numancia ; 23. Pintia ; 24. El Soto de Medinilla ; 25.
La problématique de l’introduction de la La Mota ; 26. Cuestos de la Estación ; 27. Mazada ; 28. Yecla ; 29. Las Cogotas ; 30. Raso de
brique dans la péninsule Ibérique est très Candeleda ; 31. Puig de la Nau ; 32. Castellet de Bernabé ; 33. Puntal dels Llops ; 34. Tossal
complexe à cause des grandes diversités de Sant Miquel ; 35. La Bastida de les Alcusses ; 36. Sa Caleta ; 37. Illeta dels Banyets (El
culturelles existant le long de l’Âge du Campello) ; 38. Illici ; 39. El Oral ; 40. La Fonteta ; 41. Saladares ; 42. Cerro de la Virgen ;
Bronze et de l’Âge du Fer ; le territoire est 43. Cerro del Real ; 44. Plaza de Armas de Puente Tablas ; 45. Cerro de la Encina ; 46. Cerro
trop partagé du point de vue culturel pour de la Cruz ; 47. Cuesta del Negro ; 48. Morro de Mezquitilla ; 49. Toscanos ; 50. Acinipo ;
51. La Mata ; 52. Cancho Roano ; 53. Capote ; 54. Espinhaço de Cao ; 55. Zambujal.
es3 échanges transdisciplinaires sur les constructions en terre crue. Table — ronde de Toulouse 13
Editions de l’Espérou, Montpellier, 2 009, p. X à Yx
i
i
i
i
i
i
i
x
Dominique Benoit
tion sur ce sujet est plus abondante. indications précisées par les archéolo- bart et Sangmeister à Zambujal, dans
Le rapport avec la colonisation phéni- gues lors de la description des vestiges. l’Estremadura portugaise. Bien que la
cienne et grecque a été souvent men- recherche sur ce site se soit centrée sur
tionné à l’origine de l’introduction de la 1.1. Les témoins le plus anciens : des ses puissant remparts, les fouilleurs décri-
brique crue dans la péninsule Ibérique. briques du Chalcolithique et de l’Âge vent quelques maisons à l’intérieur de la
De même, une diffusion aux autres terri- du Bronze ? fortification, à plan ovale et dont seul les
toires péninsulaires aurait eu lieu depuis solins en pierre ont été conservés sur pla-
les régions qui auraient reçu l’influence Les sites les plus anciens où l’utilisation ce. L’existence de nombreux fragments
coloniale. Comme on le verra par la de la brique crue est mentionnée sont de briques à l’intérieur de l’espace déli-
suite, dans certaines régions méditerra- datés du Chalcolithique et de l’Âge du mité par les socles en pierre fait penser
nées – par exemple la Catalogne- ce Bronze, et sont situés dans le Sud pénin- à des voûtes en briques, dont les dimen-
rapport semble vraisemblable, et diffé- sulaire, plus précisément dans la provin- sions ne sont pas mentionnées (Schubart,
rents chercheurs, y compris moi-même, ce de Grenade. L’exemple le plus ancien Sangmeister 1 984, p. 28).
l’ont déjà suggéré dans des publications serait El Cerro de la Virgen (Orce, Gre- L’utilisation de la brique est plus tard
eantérieures (Chazelles 1 995, p. 51-54 ; nade), site de la fin du millénaire qui mentionnée sur les sites de El Cerro de
Belarte 1 997, p. 97 ; Belarte 2 001, présente un ensemble de constructions la Encina (Monachil, Grenade) et La
p. 30). Bien que la présence de briques à plan circulaire dont les murs seraient Cuesta del Negro (Purullena, Grenade),
ede l’Âge du Bronze dans des régions de bâtis, d’après les informations publiées, de la fin du millénaire. Dans le cas de
l’intérieur de la péninsule Ibérique ait en briques crues sur solins de pierres El Cerro de la Encina, les fouilleurs men-
été publiée depuis les années cinquante (Kalb 1 969, p. 217). Les murs ont des tionnent la présence de briques dans
edu siècle, la recherche sur l’architec- largeurs comprises entre 60 et 80 cm, et une couche de destruction de la phase
ture en terre a souvent considéré qu’il les briques, de modules divers, seraient Argar B (v. 1 200 av. n. è.) (Arribas et
s’agissait de briques modelées et que disposées séparées par des pierres ; al. 1 974, p. 26 et 38). Les briques ne
la brique moulée n’était pas attestée de deux à quatre rangées de briques sont pas décrites dans le détail, et les
avant l’Âge du Fer. Sur cette question, forment l’épaisseur du mur. Le fait que auteurs parlent aussi de murs de torchis ;
j’ai indiqué dans d’autres publications les briques possèdent des dimensions d’après Ángel Sánchez (1 999, p. 179),
(Belarte 2 001, p. 30) que, dans le cas variables, l’alternance de pierres dans le manque de précision dans la descrip-
péninsulaire, on doit accepter la possibi- la mise en oeuvre ainsi que les sections tion indiquerait une possible confusion
lité de différents noyaux d’origine ainsi publiées des cabanes font penser à des entre les termes argile et adobe. Dans le
que de processus parallèles dans des briques de forme irrégulière (c’est-à-dire, cas de La Cuesta del Negro, les fouilleurs
régions différentes, sans qu’une diffusion non parallélépipédique), probablement décrivent un mur fait de briques assez
par contact soit nécessaire dans tous les modelées et non moulées (fig. 2). compactes, dont la basse hauteur ainsi
cas. Egalement dans le Sud péninsulaire mais que son association avec des vases de
L’analyse de la première apparition de dans la région atlantique, l’utilisation de stockage et des graines carbonisées font
la brique dans chaque territoire est ren- la brique crue à cheval entre le IIIe et penser à une banquette (Molina, Pareja
edue difficile par le manque de précision le millénaire est mentionnée par Schu- 1 975, 28) ; ce mur appartient à un niveau
terminologique – surtout dans le cas
des publications anciennes, mais aussi,
et malheureusement, dans des travaux
récents - lors qu’il s’agit d’indiquer la
technique de construction des murs et,
en particulier, de distinguer entre des bri-
ques modelées et des briques moulées,
ou même lorsqu’il s’agit de distinguer
entre des briques et des fragments de
terre sans forme définie. Puisque la ter-
minologie employée pour designer les
matériaux de construction n’est pas suf-
fisamment fiable dans tous les cas, il est
important de tenir compte de toutes les
Figure 2. Relevé de l’élévation des
murs en briques des cabanes sur le site
Chalcolithique de El Cerro de la Virgen
(Orce, Grenade) d’après Kalb 1 969, p. 222.
14i
i
x
i
i
v
i
i
i
x
i
v
Dominique Benoit
edaté du Bronze Final (x siècle av. n. è). le doute sur la technique précise d’élabo- jour la séquence chronologique du site
Ces exemples du Chalcolithique et de ration des adobes, des sites de la Haute et de confirmer que les briques les plus
e el’Âge du Bronze sont rares, souvent iso- Vallée de l’Ebre et de la Vallée du Duero anciennes sont datées du x – s. av. n.
lés dans le temps durant des siècles (Sán- ont également livré des témoins de bri- è. (fig. 3 et 4). La brique serait employée
chez 1 999, p. 179), et correspondent ques moulées de la fin de l’Â du Bronze depuis le Bronze Final dans d’autres sites
parfois à des fouilles anciennes. L’ensem- ou du Premier Âge du Fer. de la Vallée de l’Ebre, par exemple à
ble de circonstances autour de ces don- Le site de Alto de la Cruz (Cortes de Loma de los Brunos (Caspe, Zaragoza)
nées a fait souvent douter de la fiabilité Navarra) est d’importance majeure par (Asensio 1 995, p. 28).
de ces informations. rapport à cette problématique. Les tra- Sur la Vallée du Duero, des sites tels
vaux de Maluquer de Motes (1 954, que El Soto de Medinilla (Valladolid) ou
1.2. La haute vallée de l’Ebre et la 1 958) avaient déjà permis d’attester Cuestos de la Estación (Benavente, Za-
evallée du Duero : des briques autoch- des briques au moins depuis le siè- mora) ou La Mota (Medina del Campo,
tones de la fin de l’Âge du Bronze cle (Maluquer de Motes 1 954), et les Valladolid) ont livré des témoins de bri-
fouilles postérieures de Francisco Gracia ques du Premier Âge du Fer sans contact
A part ces cas de briques du sud péninsu- et Gloria Munilla (Munilla, Gracia, Gar- avec les colonisations phéniciennes et
laire, dont l’ancienneté des fouilles crée cia 1 994-1 996) ont permis de mettre à puniques. Dans le cas de El Soto de
Figure 3. Constructions en briques
edu Xe — s. av. n. è. (phase PIV
– PIIIa) du site de Alto de la Cruz,
à Cortes de Navarra (F. Gracia).
eFigure 4. Mur en briques du s.
av. n. è. du site de Alto de la Cruz,
à Cortes de Navarra (F. Gracia).
15i
v
i
i
i
v
i
v
i
v
i
i
x
i
i
i
i
i
i
i
x
i
i
v
i
i
v
v
v
i
i
i
Dominique Benoit
Medinilla, les premières briques seraient asso- 1.3.1. Le Sud et le Sud-est de la Péninsule
ciées à des cabanes en matériaux périssables, Ibérique
correspondant aux niveaux inférieurs du site Dans le sud et le sud-est de la Péninsule Ibéri-
e( siècle) ; d’après les fouilleurs, il pourrait que, l’introduction de la brique a été souvent
s’agir de briques modelées et non encore associée au commerce et à la colonisation
1moulées , tandis que les briques moulées ap- phénicienne. Les premiers contacts sporadi-
paraissent vers 700 av. n. è (Delibes, Romero ques dans cette région sont attestés à la fin du
e1 995, p. 158 ; Romero Carnicero, Sanz Mín- s. av. n. è., et la présence coloniale propre-
e eguez 2 007, p. 20) (fig. 5). ment dite se produit durant le et le siè-
cles.
C’est aussi durant ces siècles que la brique
Figure 5. Mur en briques dans moulée est attestée avec certitude sur les fon-
une maison circulaire à Soto dations phéniciennes méridionales, par exem-
de Medinilla (Valladolid). ple à El Morro de Mezquitilla (briques de 52
Photo : F. Romero (publiée x 36 x 12 cm datées de la deuxième moitié du
edans Romero Carnicero, Sanz s.) ou à Toscanos (briques de 40 x 20 x
Mínguez 2 007, p. 19). 12 cm datées également de la deuxième moi-
etié du s.) (Díes Cusí 2 001, p. 81).
Sur le site phénicien de la Fonteta (Guarda-
mar del Segura, Alicante), récemment publié
(Rouillard, Gailledrat, Sala 2 007), la brique
est attestée depuis la phase la plus ancienne
(v. 725-700 av. n. è.) bien que, pour les pre-
miers temps d’occupation du site, les données
soient fragmentaires et que parfois les briques
ne soient pas associées à des restes d’architec-
ture en place. Les dimensions de ces premiers
adobes sont de 26 x 15-0,16 x 08 cm pour
la première phase, et de 42-43 x 30-32 m
pour la phase suivante (700 – 650 av. n. è)
(Gailledrat 2 007, p. 99-100).
L’adoption de la brique est, de manière géné-
Ces dernières sont parfois associées à des rale dans ces régions, parallèle au passage
constructions de plan ovale, incluant même la des habitats de cabanes bâties en matériaux
présence de poteaux porteurs. À Los Cuestos périssables aux constructions de plan qua-
de la Estación, l’utilisation de briques est as- drangulaire à murs mitoyens et bâties en dur.
sociée à des cabanes, dans un contexte du Ce processus est très bien attesté dans l’aire
e ePremier Âge du Fer ( – siècle av. n. e.) tartessienne par exemple à Acinipo (Ronda,
(Celis Sánchez 1 993, p. 97-98). Quant à La Màlaga) durant le VIIIe et le VIIe av. n. è. La
Mota, des briques de 40 x 25 x 20 cm y ont même situation se produirait dans l’aire de
eété attestées dans des niveaux du s. av. n. l’Alentejo, où des sites à plan complexe ap-
ee. (Seco, Treceño 1 993, p. 139). Finalement, paraissent à partir du s. av. n. è. dans un
il faut signaler un cas particulier d’utilisation contexte orientalisant, l’utilsation de la brique
de la brique dans ce contexte chronologique, étant attestée sur certains de ces sites, par
récemment publié : sur le site de La Corona/ exemple à Espinhaço de Cao (Alandroal)
El Pesadero (Manganeses de la Polvorosa, (Mataloto à paraître). L’interprétation la plus
Zamora), des briques peintes disposées selon courante est que les mutations dans l’architec-
des figures géométriques ont été identifiées à ture indigène se produiraient de manière assez
l’intérieur de cabanes à plan circulaire, avec rapide après les premiers contacts coloniaux.
une interprétation de lieu de culte (Romero Cependant, la cause de ces transformations
Carnicero, Sanz Mínguez 2 007, p. 24). n’est pas toujours évidente : dans quelques
cas, la brique est attestée juste avant l’arrivée
1.3. Les rapports entre la brique crue et des premières influences orientales et pour-
les influences coloniales (grecques et phé- rait indiquer qu’il s’agît d’un élément autoch-
1 Communication personnelle niciennes) tone. C’est le cas par exemple à Saladares
de Fernando Romero. (Arteaga, Serna 979-1 980, p. 78-79) ou,
16v
i
i
Dominique Benoit
plus au nord, mais encore dans le Pays Va- l’hasard. Bien que les résultats soient sembla-
lencien, à Vinarragell (Mesado 1 974, 146 ; bles dans les différents sondages, c’est seule-
Mesado, Arteaga 1 979, 27 ; Mesado 1 988, ment sur des fouilles en extension que l’on peut
289-292), où la brique est attestée, toujours affirmer avec certitude quels matériaux sont
dans des sondages stratigraphiques, dans absents durant une phase quelconque.
les couches immédiatement antérieures aux Encore un exemple à mentionner en rapport
premières importations phéniciennes, dans un avec cette problématique serait l’habitat de El
contexte culturel donc indigène. Cerro del Real (Galera, Grenade), composé
À Saladares (Alicante), les briques sont em- de cabanes à plan ovale, et où les fouilles
ployées dans des constructions isolées anté- conduites par Pellicer et Schüle (1 962, p. 8)
rieures à l’apparition de maisons mitoyennes ; mentionnent l’existence de murs, banquettes et
d’après les fouilleurs, la brique serait un élé- piliers faits de briques de 35 x 35 x 10 cm,
ment autochtone, peut-être provenant d’une dans un contexte antérieur à la période orien-
autre région de la péninsule Ibérique mais non talisante. Sur ce site, la technique de la brique
introduite par les phéniciens (Arteaga, Serna coexiste avec la construction à base de po-
979-1 980, p. 84). teaux enduits de torchis.
Le cas de Vinarragell est aussi intéressant : Il n’y a pas de photos publiées correspondant
après une phase (phase I) où l’habitat attesté à ces structures en briques, mais elles sont
consiste en des cabanes bâties en matériaux visibles sur le plan et représentées de forme
périssables (Mesado Arteaga, 1 979, p. 24) régulière, parallélépipédique ; ce fait plus les
la phase suivante (phase II) possède des dimensions indiquées dans la publication fait
constructions à plan rectangulaire et des murs penser à la possibilité de briques moulées
en briques de 45 x 40 x 12 cm (Mesado, Ar- (fig. 6). Dans ce cas, il s’agit encore une fois
teaga, 1 979, p. 27) ; dans ces deux phases, d’une fouille ancienne, mais les chercheurs
la céramique est exclusivement non tournée. mentionnent l’utilisation d’eau à la fouille, ce
La phase postérieure (phase III), correspond qui suggère que les travaux ont été dévelop-
déjà à un faciès caractérisé par la présence pés de manière minutieuse, et que les archéo-
d’importations phéniciennes et de murs en logues auraient pu identifier les constructions
brique sur solin de pierre (Mesado, Arteaga, en terre de manière assez précise.
1 979, p. 54).
Les données sur ces deux sites doivent être 1.3.2. L’embouchure de l’Èbre, le
considérées avec prudence, étant donné que commerce phénicien et l’utilisation de la
les fouilles ont été faites sous forme de sonda- brique
eges de dimensions réduites, et que l’absence À partir du milieu du siècle av. n. è., sur les
de matériaux phéniciens associés aux premiè- aires les plus méridionales de la Catalogne
res architectures en brique pourrait relever du littorale, le nord du Pays Valencien et le Bas
Figure 6. Plan d’une cabane
du site de Cerro del Real
(Galera, Grenade) d’après
Pellicer, Schüle 1 962.
17v
i
Dominique Benoit
Aragon, l’utilisation de la brique crue moulée étudiée- est celui de Barranc de Gàfols. Ce site
eest attestée de manière claire pour la première fut détruit durant le premier quart du siècle
fois. Parmi les sites qui ont livré des données par un incendie qui provoqua la cuisson des
abondantes sur l’utilisation de briques du briques et autres éléments en terre (fig. 8). Les
Premier Âge du Fer nous pouvons mention-récupérées complètes correspondent
ner Barranc de Gàfols (Ginestar, Tarragona) à divers modules, parmquels nous avons pu
(Sanmartí et al. 2 000), Puig Roig (El Masroig, identifier quatre grands groupes (Sanmartí et
Tarragona) (Genera 1 995), El Calvari (Vilal- al. 2 000, p. 127) :
ba dels Arcs, Tarragona) (Bea, Diloli, Vilaseca - grandes briques rectangulaires
2 002) (fig. 7) ou Tossal Montañés (Valdel- de 60 x 40 x 10-14 cm
tormo, Teruel) (Belarte 2 006).
Le site de cette période qui a livré un volume de 30-40 x 12-14 x 12 cm
majeur de documentation – que j’ai moi-même - briques rectangulaires allongées
Figure 7. Élévation en briques
sur le mur de refend du site du
Premier Âge du Fer de Turó
del Calvari (Vilalba dels Arcs,
Tarragone) (M. C. Belarte).
Figure 8. Couche d’effondrement
de briques à l’intérieur
d’une des maisons du site
du Premier Âge du Fer de
Barranc de Gàfols (Ginestar,
Tarragona) (M. C. Belarte).
18i
v
i
i
v
Dominique Benoit
de 22-30 x 14-20 x 12 cm la figure humaine sont représentées sur en bauge car aucun fragment de brique
- briques rectangulaires allongées les briques (Maluquer de Motes 1 954, n’a été récupéré dans les couches de
de 30 x 20 x 12 cm p. 158). destruction. De même, à Sant Jaume-Mas
Cette diversité contraste avec l’uniformité En Catalogne méridionale, les nouveau- d’en Serrà (Alcanar, Tarragona), qui a
des briques identifiées sur d’autres habi- tés dans les techniques de construction également livré un important volume
tats, par exemple el Puig Roig (également sont attestées juste après l’arrivée des d’amphores phéniciennes – 30 % du
détruit par un incendie), dont les adobes, premières importations d’amphore phé- nombre de fragments (Garcia, Moreno
d’après les informations publiées, corres- nicienne provenant du sud de la pénin- 2 008, p. 219)-, l’habitat est composé
pondaient toujours à un même module sule Ibérique (zone de Málaga), et sont par des habitations possédant un étage
dont les dimensions seraient 46-50 x 19- accompagnées par la présence des pre- supérieur dont les murs auraient été com-
20 x 15-16 cm (Genera 1 995, p. 32). mières céramiques tournées. L’aire du plètement bâtis en pierre (ibid. 2 008,
Le site de Tossal Montañés montre plutôt Bas Ebre, où nombre de sites ont livré p. 216). En effet, les murs en pierre sont
une uniformité dans les dimensions des des céramiques de production phénicien- conservés sur des hauteurs importantes
briques, avec deux modules qui varient ne – notamment des amphores-, montre et aucune trace de brique n’a été identi-
seulement dans la longueur : un module de manière claire ce processus. fiée, même si les couches de destruction
autour de 22 cm et l’autre autour de Je voudrais préciser que l’adoption de la du site ont permis de récupérer la plupart
38 cm ; les largeurs se situant des brique n’est pas automatique et immédia- du mobilier sur place ; il faut préciser que
12 cm et les hauteurs étant toujours de te après les premiers contacts coloniaux, la terre a été largement employée sur cet
8 cm (Belarte 2 006, p. 37). et que son utilisation n’est pas adoptée habitat, non seulement dans l’architecture
Cette diversité pourrait répondre à des dif- sur certains sites à forte influence phé- (par exemple, dans les toitures ou dans
férences dans la mise en oeuvre (toujours nicienne ni sur certains sites phéniciens. l’élaboration d’enduits) mais aussi dans
en panneresse à Puig Roig ; alternance Ceci est clair dans le cas d’Aldovesta, la fabrication d’objets. Un autre exemple
de et boutisse à Barranc de établissement proche à l’embouchure de à mentionner est celui de Tossal de Mor-
Gàfols et Tossal Montañés ?), à une plus l’Ebre, contenant un important volume tórum (Cabanes, Castelló), un établisse-
e grande variabilité des épaisseurs des d’amphores phéniciennes ainsi que des ment du - siècle voué à l’exploitation
murs à Barranc de Gàfols ou, enfin, à objets en bronze destinés à la refonte. Sa des mines de fer et de galène et dont
une diversité majeure d’utilisations sur ce fonction serait celle de centre d’échan- les échanges avec les phéniciens sont si-
dernier site (les briques ne seraient pas ges et de redistribution, parmi les popu- gnalés par une présence d’importations
employées seulement dans l’élévation lations locales, de produits provenant qui se rapproche des 30 % ; les auteurs
des murs mais aussi pour l’élaboration des sites phéniciens du sud péninsulaire, signalent l’absence d’indices concernant
de banquettes ou autres aménagements probablement en échange de métaux l’utilisation de la brique (Aguilella, Miral-
domestiques). (Mascort, Sanmartí, Santacana 1 991). les, Arquer, 2 005, p. 119). Enfin, il est
Dans la plupart des cas connus, les Sur ce site, qui comporte un seul bâti- important de remarquer que la brique
briques sont mises en œuvre à l’aide d’un ment, les murs possédaient des bases en crue est très peu utilisée sur l’habitat phé-
liant fait de terre, qui souvent adhère en pierre avec probablement des élévations nicien de Sa Caleta (Eivissa), où l’étude
partie aux briques. La présence de stries,
faites probablement avec les doigts,
sur un des côtés des briques a souvent
été expliquée par une augmentation
de l’adhérence du liant (Sanmartí et al.
2 000, p. 128).
Les murs en briques de ces sites présen-
tent toujours des restes d’enduit de terre
qui, dans le cas de Barranc de Gàfols,
parfois possède un décor peint, com-
posant normalement des motifs géomé-
triques (des bandes, des lignes parallè-
les…) (fig. 9). Ces décors peints, toujours
en rouge, sont conservés de manière
très partielle, et souvent les fragments
de peinture visibles ne permettent pas
la restitution des motifs représentés, qui
dans quelques cas pourraient avoir été
plus complexes. Plus à l’intérieur, mais
toujours dans la vallée de l’Ebre, à Cor-
tes de Navarra, des schématisations de Figure 9. Décor peint en rouge sur une des briques de Barranc de Gàfols (M. C. Belarte).
19v
i
v
i
i
v
i
i
v
i
v
Dominique Benoit
des matériaux de construction en terre a seu- Deux exceptions doivent être mentionnées
lement permis d’identifier trois fragments de pour cette région plus septentrionale : le site
brique, dont deux avaient des dimensions très de Turó de la Font de la Canya (Avinyonet del
petites (Morer de Llorens 2 007, p. 357-358) ; Penedès, Barcelone) et celui de Can Roqueta
la brique est en général presque absente sur (Sabadell, Barcelone).
l’île d’Eivissa (Ibiza) (Dies Cusí 2 001, p. 83).
Tout d’abord, le site de Turó de la Font de la
1.3.3. Emporion et l’aire littorale du nord- Canya est composé d’un ensemble de silos de
est l ‘Âge du Fer. Une de ces structures est com-
Sur la partie nord du littoral méditerranée pé- blée au premier Âge du Fer par des briques
ninsulaire (c’est-à-dire, les aires correspondant et autres matériaux de construction (fig. 10)
aux actuelles provinces de Gérone et Barce- (Asensio, Cela, Morer 2 005, p. 184, fig. 4)
lone) l’introduction de la brique ne se produit
epas avant la fin du s. av. n. è., ce qui a été
traditionnellement mis en rapport avec la fon-
dation d’Emporion et le contact avec le monde
colonial grec.
Sur le site même de la Palaia Polis d’Emporion
(aujourd’hui Sant Martí d’Empúries), un ha-
bitat indigène formé de maisons juxtaposées
de plan sub-rectangulaire, dont les murs pos-
sèdent des socles en pierre et des élévations
Figure 10. Briques à l’intérieur en terre, est attesté entre la deuxième moitié
e ed’un silo comblé durant le Premier du s. et les premières décennies du s. av.
Âge du Fer, sur le site de Turó de n. è., après l’arrivée des premières importa-
la Font de la Canya (Avinyonet del tions exogènes, d’origine étrusque ainsi que
Penedès, Barcelone) (D. Asensio). phénicienne du sud péninsulaire. À partir de
580 av. n. è., des maisons à plan rectangu-
laire dont les murs possèdent des élévations en
briques et correspondant à la fondation pho-
céenne sont attestées (Aquilué 1 999).
Dans la zone nord du littoral de la Catalogne,
l’habitat en cabanes de matériaux périssa-
bles perdure tout le long du Bronze Final, et sans que l’habitat associé ait été pour l’instant
2la brique ne s’introduit qu’après les premiers identifié . Parmi les céramiques récupérées
contacts coloniaux. Les deux sites protohistori- dans ce silo, on doit signaler la présence
ques bien connus et fouillés dans la commune d’amphore phénicienne. Le site de Turó de la
d’Ullastret (Illa d’en Reixac et Puig de Sant Font de la Canya serait pour l’instant le plus
Andreu) servent à illustrer ce phénomène : sur septentrional où la brique soit attestée anté-
etous les deux, des groupements de cabanes rieurement au siècle av. n. è.
en torchis sont attestés durant le Bronze Final,
et la brique sera employée dans la construc- À Can Roqueta, un habitat formé par un ensem-
etion des murs à partir de la fin du siècle ble de cabanes, les fouilleurs ont mentionné
2 Le site a été récemment publié (c’est-à-dire, après les premières utilisations de la présence de fragments de briques, parfois
(Asensio et al. 2 005), mais les la brique crue à Empúries), dans un contexte récupérées dans des silos, dans ce cas-là dans
briques n’y sont pas décrites ni culturel ibère et après un changement radical un contexte où les importations phéniciennes
mentionnées (même si la coupe de la morphologie des sites, désormais à ca- sont complètement absentes. Les auteurs dé-
du silo qui les contenait apparaît ractère urbain (Martín 1 991, p. 36 ; Martín, crivent des fragments de briques aux arêtes
publiée dans la figure 4 de l’article Sanmartí-Grego 1 976-1 978). arrondies, de 10 x 13 x 12 cm et 10 x 15 x
cité). J’ai pu observer directement Dans d’autres cas, les habitats du Bronze Final 8 cm. Les photos publiées (Carlús et al. 2 007,
les briques grâce à l’amabilité composés de cabanes en torchis sont abandon- p. 102 et p. 66, fig. 57a) ne sont pas assez
de David Asensio et Jordi Morer, nés à la fin de cette période ou tout au début parlantes pour pouvoir distinguer s’il s’agit de
a qui je dois également la de l’Âge du Fer, et les nouveaux sites ibères où briques crues moulées ou non, mais j’incline
photo que je montre dans cette les maisons sont formées par des murs en pierre plutôt à y voir des briques modelées, ou peut-
publication, ainsi que les précisions et parfois des élévations en briques sont dans la être des fragments d’aménagements bâtis en
concernant la chronologie. plupart des cas de nouvelles créations. terre modelée.
20v
i
i
i
i
i
v
i
i
i
i
i
i
v
i
i
i
v
i
i
v
Dominique Benoit
1.4. Réflexion finale sur les origines répandue dans la culture ibérique, étant seulement 7 cm (Ribas 1 964, p. 19).
attestée dans des utilisations assez di- Dans d’autres cas les briques auraient
A partir des cas de figure ici présentés il verses sur les sites correspondant à cette eu des dimensions intermédiaires entre
eparaît évident qu’il n’existe pas un seul période (depuis la fin du jusqu’au ces deux modules : à Castellet de Ba-
enoyau d’introduction ou « invention » siècle av. n. è., la plupart des données nyoles (Tivissa, Tarragone), des briques
e ede la brique, avec une diffusion univo- appartenant aux et siècles) sur l’aire uniformes de 35 x 25 x 10 cm sont men-
que de son utilisation dans la Péninsule méditerranéenne de la Péninsule. tionnées durant les fouilles anciennes
Ibérique. Des processus différents in- L’utilisation la plus courante est dans (Vilaseca, Serra Ràfols, Brull, 1 949,
terviennent sans doute dans des aires l’élévation des murs, normalement sur p. 17) ; à Puig de la Nau de Benicarló,
différenciées du point de vue culturel et solin de pierres, aussi bien pour les murs deux modules de 25 x 17 x 12 cm et 25
géographique. de maisons que pour les remparts. Dans x 10 x 12 cm ont été attestés, le dernier
Si, dans les régions méditerranéennes, le cas des remparts, les briques sont at- correspondant à un mur de refend (Oli-
l’influence des phéniciens et des grecs testées par les élévations des parements ver 2 006, p. 126). Sur d’autres sites, les
pourrait expliquer l’introduction, parmi mais également dans des blocages in- dimensions des briques présentent plus
d’autres, de cette nouvelle technique térieurs, ce dernier usage étant connu de diversité ; par exemple à Alorda Park
econstructive, sa présence dans des ré- depuis le siècle à Els Vilars (Arbeca, (Calafell), avec un minimum de trois mo-
gions éloignées de la côte ainsi que Lleida) (Junyent et al. 1 994, p. 86). Les dules différents : 40 x 25 x 10 cm ; 26-
dans les aires méditerranéennes anté- remparts auront des élévations en brique 28 x 16-18 x ? et 60 x 30 x ? (Belarte
rieurement aux contacts coloniaux parle durant toute la période ibérique, par 1 997, 85). Encore plus de diversité ap-
en faveur d’une création autochtone. exemple dans le cas de Plaza de Armas paraît sur l’habitat de Mas Castellar de
de Puente Tablas, à Jaén (Ruiz, Molinos, Pontós, le long des diverses utilisations
2. L’utilisation de la brique du- Choclán 1 991, p. 115), à Puntal dels du site, comme l’indique la monogra-
rant l’Âge du Fer Llops à Olocau (Valence) (Bonet, Mata phie du site (Pons 2 002, p. 63-64). Ex-
2 002, p. 104), ou à l’Illa d’en Reixac ceptionnellement, sur le site de Cerro de
Si l’Âge de Bronze et le premier Âge du (Ullastret, Gérone) (Chazelles 1 999, la Cruz (Almedinilla, Córdoba), daté du
eFer est une époque d’introduction où la p. 80). Très rarement, des élévations en s. av. n. è., à part trois modules de bri-
brique est attestée parfois de manière briques sans solin de pierre sont attestées, ques parallélépipédiques, un quatrième
sporadique, à partir de la deuxième par exemple dans un mur à Puig de la Nau module triangulaire a été identifié. Les di-
emoitié du siècle av. n. è. elle sera em- de Benicarló (Oliver 2 006, p. 127). mensions des trois premiers avaient des
ployée sur toute la géographie péninsu- En ce qui concerne les dimensions des moyennes de 44 x 28,5 x 11 cm, 36 x
laire, étant énormément répandue non briques, plusieurs modules ont été signa- 32 x 8-9 cm et 26 x 19 x 12,5 (avec
seulement sur les sites de la côte médi- lés pour les sites de la période ibérique une diversité importante à l’intérieur de
e eterranéenne (les sites ibères) mais aussi pleine ( – siècles av. n. è.), même si chaque module) et les triangulaires me-
dans l’aire celtique et celtibère. Cepen- les données sont plutôt rares par rapport suraient 44 x 22 x 10 cm (Vaquerizo
dant, dans la partie nord et nord-ouest au nombre de sites où la brique était em- 1 999, p. 82, note 33).
de la Péninsule cette technique sera plus ployée. La cause de cette relative rareté Les différences de modules sur un même
rarement employée. est due au fait que les dimensions des habitat peuvent correspondre à des
Pour cette période, nous avons des don- pièces conservées ne sont pas toujours adaptations aux besoins imposés par les
nées très abondantes sur les dimensions indiquées dans les publications (Belarte éléments à bâtir (par exemple, des bri-
des briques et leur mise en œuvre. La 1 997, p. 84). ques plus petites pour les angles ou des
seule étude globale jusqu’à maintenant a Les données publiées suggèrent qu’une formes plus carrées pour des aménage-
été faite par José Angel Asensio (Asensio certaine diversité de modules était cou- ments domestiques). En ce qui concerne
Esteban 1 995), qui a mis en évidence la rante, parfois sur un même site. Les les différences entre les sites, on doit se
grande diversité de modules existant du- contractions subies par le matériau poser la question sur les variations régio-
rant l’Âge du Fer. Il manquerait une mise durant le séchage rendent difficile de nales et les possibles influences exter-
à jour de cette problématique, étant don- préciser les dimensions des modules ori- nes (helléniques, puniques, italiques…).
né que le nombre de sites ayant livré des ginaux (Asensio Esteban 1 995, p. 28). L’existence d’une correspondance entre
données sur ce sujet dans les dernières Parmi les mesures mentionnées, un mo- les différentes ethnies et l’utilisation de
années est assez abondant, bien que sou- dule de 40 x 30 x 10 cm est indiqué à modules divers paraît vraisemblable,
vent les dimensions des briques ne soient Puntal dels Llops (Bonet, Mata 2 002, mais à l’heure actuelle les données pu-
pas précisées dans les publications. p. 104) et à Illa d’en Reixac (Chazelles bliées ne sont pas suffisantes pour pro-
1 999, p. 82), le module de 30 x 20 x poser des hypothèses dans ce sens. Les
2.1. La construction en brique dans 10 cm étant également attesté à Puntal recherches sur la métrologie ibère sont
les territoires des ibères dels Llops (Bonet, Mata 2 002, p. 104) encore naissantes mais des travaux pu-
et à Burriac, même si dans ce dernier cas bliés (Moret 1 998) ainsi que des études
La technique de l’adobe est énormément les briques étaient moins épaisses, avec en cours (Olmos à paraître) suggèrent
21i
i
i
i
i
i
i
v
Dominique Benoit
l’existence de modules différents dans la plani- En ce qui concerne la mise en œuvre dans les
fication de l’urbanisme en fonction des régions murs, encore à Puntal dels Llops, les adobes
ou ethnies ibères. D’autre part, sur le site de étaient exclusivement disposés en boutisse
Castellet de Bernabé, une évolution des modu- (Bonet, Mata 2 002, p. 108) ; sur le site de
les employés a été signalée par Pierre Guérin : l’Illa d’en Reixac (Ullastret), les seules briques
les briques les plus anciennes (appartenant attestées sur place étaient disposées en panne-
e eà la phase du - siècle) présentent des di- resse (Chazelles 1 999, p. 80). Enfin, à Castel-
mensions de 45 x 33 x 10 cm tandis que les let de Bernabé (Llíria, Valence), des briques en
plus récentes (datées autour de 200 av. n. è.) boutisse et en panneresse sont indistinctement
appartiennent à deux modules : 40-41 x 30- attestées (Guérin 2 003, p. 228).
32 x 8-10 cm 40 x 17 x 10 cm, ce dernier Comme pour les périodes précédentes, les
correspondant à la moitié du premier (Guérin briques étaient mises en œuvre à l’aide d’un
2 003, p. 222). En tout cas, pour vérifier les liant de terre. La présence de stries sur les ado-
hypothèses sur l’évolution ou les différences ré- bes (probablement faites avec les doigts) – at-
gionales dans les modules il faudra attendre le testée depuis le premier Âge du Fer dans la
développement de ces recherches et commen- région du Bas Èbre- est aussi attestée pour la
cer à confronter les dimensions des briques période ibérique, par exemple à Puntal dels
avec le reste des informations sur les systèmes Llops ou El Oral (San Fulgencio, Alicante). Il
de mesure employés sur les sites ibères. existe plusieurs interprétations possibles pour
De manière générale, les habitats du Pays expliquer leur présence : pour certains cher-
Valencien ont livré de bons exemples d’éléva- cheurs, elles pourraient servir à une meilleure
tions de murs en briques conservés en place, adhérence du liant (Bonet, Mata 2 002, 104) ;
qui ont été suivis d’études détaillées, par exem- pour d’autres, il s’agirait de marques faites par
ple à Puntal dels Llops (Olocau, Valence) ou le maçon (Guérin 2 003, p. 222).
à Castellet de Bernabé (Llíria, Valence). Sur le Les murs faits de briques étaient toujours en-
premier des sites, un mur conservait huit assises duits de terre ; sur les enduits, des témoins de
en place, avec une hauteur de 90 cm (Bonet, peinture ont été attestés dans quelques cas. Le
Mata 2 002, p. 107). À Castellet de Bernabé, décor était parfois fait de chaux (Bonet, Mata
plusieurs élévations de briques sont également 2 002, p. 109) mais des pigments étaient aussi
conservées sur les solins en pierre, notamment utilisés sur quelques sites, les couleurs étant le
dans la pièce « departamento 2 », interprétée rouge – par exemple à Puig de la Nau (Oliver
comme un espace de culte domestique (Gué- 2 006, p. 128), el Oral ou el Campello (Bo-
rin 2 003, p. 261), où la hauteur des murs a net, Mata 2 002, p. 109) et le vert-bleu à Bas-
permis d’identifier la présence d’une niche ser- tida de les Alcusses (Díes et al. 1 997, 241).
vant peut-être à ranger les objets liés au culte Les briques sont également utilisées pour cou-
(fig. 11). vrir des sols, quoique de manière ponctuelle.
Figure 11. Élévation d’un mur
en briques, contenant une
niche, sur le site de Castellet
de Bernabé (Llíria, Valence).
e s. av. n. è. (M. C. Belarte).
22