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11 Campagne d'évaluation 2011-2014 Unité de recherche : dossier unique PROJET (Partie I : Projet scientifique) EA 3656 AMERIBER SOMMAIRE I. PRÉSENTATION GÉNÉRALE …………………………………………………… 2 Politique scientifique de l'unité ………………………………………….. . 2 II. AXES DE RECHERCHE 1 MOUVANCES ET MOUVEMENTS DANS LES SOCIÉTÉS, LES ARTS ET LES LETTRES DE L'AMÉRIQUE HISPANIQUE ET DE LA CARAÏBE ……………………. 5  1.1.Écritures et figurations du Mouvement dans les Arts, les Lettres et les Sociétés de l'Amérique hispanique…........................................ 9  1.2.
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1
Campagne d’évaluation 2011-2014
Unité de recherche : dossier unique
PROJET
(Partie I : Projet scientifique)
EA 3656 AMERIBER
SOMMAIRE
I. PRÉSENTATION GÉNÉRALE …………………………………………………… 2
Politique scientifique de l’unité ………………………………………….. . 2
II. AXES DE RECHERCHE
1 MOUVANCES ET MOUVEMENTS DANS LES SOCIÉTÉS, LES ARTS ET LES LETTRES
DE L’AMÉRIQUE HISPANIQUE ET DE LA CARAÏBE ……………………. 5
 1.1.Écritures et figurations du Mouvement dans les Arts, les Lettres et les
Sociétés de l’Amérique hispanique…........................................ 9
 1.2. Caraïbe Plurielle : dynamiques et mouvances …................ 12
- Cartographies mouvantes des cultures et des langues de la
Caraïbe…………………………………………………………….. 14
- Dynamiques sociétales et géopolitiques caribéennes (XVIII-XXIe) 17
 1.3.Transports, échanges et mobilités dans les Amériques (1800-1914)
.................................................. ................................................. 21
2 CONSTRUCTION DISCURSIVE DU RÉEL ET STRATÉGIE D’APPROPRIATION.
L’IMAGINAIRE DE LA MODERNITÉ ET SES DÉPASSEMENTS DANS LE MONDE
HISPANOPHONE…………................................................................................................ 26
 2.1.Dissimuler, détourner et insinuer : les ruses de l’écriture et la pensée
subreptice ……………..................................................................... 27
 2.2.La construction sociale des figures de l’ordre et du désordre … 29
 2.3.Construction sociale du genre et des identités dans les mondes
hispaniques……………………………..…………………………. 30
3 LA PAROLE ALTERNÉE …………………………………………………… ………. . . 32
4 BASES DE DONNÉES ET CORPUS NUMÉRIQUES........................................... 38
4. 1. Corpus numérique judéo-espagnol ............................................ 38
4. 2. Numérisation de la poésie espagnole post-baroque ................... 40
III. MISE EN ŒUVRE ………………………………………………………....... 42
IV. DOCUMENT ANNEXE…………………………………………………………… 46
Rattachement le 13 octobre 2009 du centre GIRLUFI (issu du LAPRIL)
12
1. PRÉSENTATION GÉNÉRALE
POLITIQUE SCIENTIFIQUE DE L’UNITÉ
AMERIBER a privilégié les objectifs suivants pour le quadriennal 2011-2014 :
- Restructuration :
Réaliser une restructuration interne pour que l’unité gagne en cohérence et pour faciliter une
évolution vers une recherche sur projets. Pour des raisons historiques, AMERIBER était jusqu’à présent
structurée en 5 centres (ERSAL, CARHISP, GRIAL, ERPI et CIM) ayant leurs thématiques propres
auxquelles s’ajoutait un axe transversal. Sa structure cloisonnée et le fait que quatre de ces axes
correspondaient à des aires géographiques (Amérique latine, Espagne, Méditerranée) étaient un obstacle
pour certains axes portant conjointement sur deux aires géographiques, espagnole et hispano-
américaine.
Désormais l’unité s’organise selon une logique d’axes de recherche dont le nombre peut varier
d’un quadriennal à l’autre. La mention des anciens centres est conservée au niveau d’un axe (GRIAL)
ou d’une de ses composantes (ERSAL, CARHISP, ERPI) afin de préserver une visibilité vis-à-vis des
partenaires étrangers, mais elle n’a pas d’incidence sur le fonctionnement interne de l’unité.
Le programme présenté ci-dessous comporte quatre axes dont certains volets sont assurés par des
membres d’AMERIBER tandis que d’autres impliquent la collaboration de membres qui ne sont pas
rattachés à l’unité et sont donc transversaux. Les thématiques transversales ont été incluses dans les
axes de façon à en souligner les synergies.
Un des objectifs du CQR 2011-2014 est de renforcer à Bordeaux les études américaines dans le
cadre d’un environnement régional favorable. C’est pourquoi trois programmes complémentaires
concernant l’Amérique ont été regroupés dans l’axe 1 intitulé « Mouvances et Mouvements dans les
Sociétés, les Arts et les Lettres d’Amérique latine et de la Caraïbe » qui se subdivise en trois volets
conçus autour des deux notions de mouvance et de mouvement. Le premier intitulé « Écritures et
figurations du Mouvement dans les Arts, les Lettres et les Sociétés de l’Amérique hispanique» concerne
l’ensemble de l’Amérique hispanique. Le second intitulé « Caraïbe Plurielle : dynamiques et
mouvances », s’inscrit dans le sillage des travaux du PPF « Caraïbe Plurielle » qu’il prolonge ; c’est un
premier volet transversal de l’axe qui regroupe de nombreux collaborateurs rattachés à d’autres équipes
de l’université Michel de Montaigne –Bordeaux 3 (EA CLIMAS, UMR « Europe, Européanisation,
Européanité »), à d’autres universités françaises et étrangères comme cela apparaît dans sa présentation.
Le troisième volet, étroitement lié à la thématique de l’axe, correspond à la collaboration
d’AMERIBER avec un projet régional de l’Institut des Amériques, TEMA, consacré aux transports au
XIX° siècle, dont le porteur, Isabelle Tauzin, est membre d’AMERIBER.
Les deux autres ne reposent pas sur un ancrage géographique mais sur des concepts partagés et une
méthodologie. Un dénominateur commun à l’ensemble de l’unité est le fait que les différents axes
placent les langages – verbaux et non verbaux – au c œur de leur démarche. Linguistes, littéraires et
historiens se sont donné dès le départ comme orientation de la recherche l’étude des liens entre
« Poétiques » et « Politiques » dans le monde hispanique et hispano-américain. Cette orientation est
affichée dans l’axe 2 intitulé « Construction discursive du réel et stratégies d’appropriation :
l’imaginaire de la modernité et ses dépassements dans le monde hispanophone ». Adoptant une
démarche pluridisciplinaire, cet axe applique la notion d’appropriation, outil conceptuel développé par
l’historien Roger Chartier dans son approche de la lecture à la construction sociale d’un imaginaire de
la modernité et à l’émergence de catégories qui le mettent en cause dans le monde hispanophone.
L’étude portera sur les matrices langagières des représentations sociales et des stratégies discursives par
lesquelles elles s’affirment.
Cette attention prêtée aux langages trouve son couronnement dans l’axe 3 intitulé « La parole
alternée », qui présente la particularité de développer au sein d’AMERIBER une théorie et une
méthodologie d’analyse du discours, la « littéralité », forgée par les hispanistes bordelais, sous
l’impulsion de Nadine Ly, et qui jouit, dans la discipline, d’un rayonnement national et international.
23
Cette méthodologie, applicable à tout objet littéraire et, de façon plus large à tout discours, et qui
s’articule autour des notions de dialogue, dialogisme et dialogicité dans un corpus hispanophone, entre
en consonance avec les deux autres axes dans les rapports qu’elle entretient avec le rythme (axe 1
consacré au Mouvement) et, dans l’axe 3, avec la dimension argumentative du dialogue (atelier
« Dissimuler, détourner et insinuer »). En outre, grâce à sa teneur théorique et méthodologique, cet axe
a une vertu formatrice évidente pour l’ensemble des doctorants de l’unité dont les recherches portent
sur l’analyse du discours.
Le quatrième axe intitulé « Bases de données et Corpus numériques », lui aussi transversal et
spécifique de par sa nature (établissement / développement de corpus numériques), concerne l’ensemble
de l’unité à plus d’un titre. Les acquis théoriques et pratiques qu’il exige seront mis au service de
l’ensemble des chercheurs par des opérations de formation. Ces nouvelles compétences peuvent
déboucher sur la conception de nouveaux programmes émergents. Enfin, les corpus constitués par les
deux volets de l’axe et mis à la disposition de la communauté scientifique sont exploitables dans les
autres axes.
Si l’unité d’AMERIBER est assurée par des synergies évidentes entre ses différents axes de
recherche, elle est aussi assurée par le fonctionnement interne de l’unité :
 grâce à un décloisonnement et à la circulation des chercheurs entre les différents axes
 par l’impulsion qui sera donnée à la réalisation d’opérations communes entre les trois axes
propres et dans le cadre des transversalités qui impliquent d’autres équipes voire des
institutions internationales avec lesquelles AMERIBER collabore
 par l’organisation, tout au long des quatre années, de séminaires communs à l’ensemble de
l’équipe dont les objectifs seront :
o une réflexion méthodologique sur les concepts clé utilisés dans les axes et sur des
stratégies récurrentes (telles qu’insinuation, langages obliques et subliminaux, etc.). Cette
réflexion méthodologique contribuera à la formation méthodologique des doctorants de l’unité
o L’émergence de nouvelles thématiques et de nouvelles transversalités au sein
d’AMERIBER et avec d’autres unités de recherche. Les axes propres et les axes transversaux
permettent de préparer au cours du quadriennal des projets en réseaux et des projets ANR
nécessaires à l’avenir de l’unité et à son financement.
o Un des objectifs de ces séminaires communs est aussi de dégager, de façon non
artificielle, la thématique d’une opération scientifique commune de clôture du CQR (colloque
ou publication). L’année 2013 sera consacrée plus particulièrement à cette manifestation qui
sera le couronnement de la réflexion commune aux 4 axes d’AMERIBER, réflexion qui aura
été menée de manière sous-jacente et constante parallèlement et en interaction avec les études
particulières de chacun des axes et sous-axes.
- Il conviendra de renforcer encore le lien entre formation et recherche en introduisant en Master
davantage de questions en rapport avec les axes du CQR et en favorisant l’émergence de sujets de
mémoires de Master et, plus encore, de thèses centrés sur ces axes. En outre, l’équipe est à même
d’assurer pour les doctorants et les enseignants-chercheurs une formation en lexicométrie. En effet,
Raphael Estève propose une formation à l’analyse lexicométrique à partir de l’utilisation de deux
logiciels interfacés, LEXICO et COOCS. Ces logiciels permettent notamment, en traitant des textes
préalablement numérisés, de réaliser les tâches suivantes :
-Comparaison du vocabulaire spécifique entre un texte et un ensemble d’autres textes, ou entre
les différentes segmentations (chapitres, actes, locuteurs, etc.) d’un même texte.
-Établissement de la proximité lexicale entre plusieurs textes ou différentes segmentations d’un
même texte à partir de l’Analyse Factorielle des Correspondances.
-Définition « contextuelle » de vocables par le calcul des cooccurrents les plus spécifiques, c’est-
à-dire des mots revenant le plus fréquemment au contact, par exemple phrastique, d’un terme
donné).
Cette méthode d’analyse est habituellement appliquée au discours littéraire (et notamment théâtral),
aux textes historiques (notamment dans le domaine du discours idéologique), et aux écrits
philosophiques. C’est un instrument utile à tous les axes de l’unité qui ont en commun, et c’est là, on l’a
34
dit, un lien puissant entre les différentes thématiques, de placer le discours au centre de leurs
recherches.
- Au cours du quadriennal précédent, AMERIBER s’est dotée d’une collection aux Presses
Universitaires de Bordeaux qui contribue à sa visibilité. Elle veillera au cours des années à venir à la
qualité scientifique des ouvrages publiés dans ce cadre et à éviter une politique du « tout
colloque » ainsi que des publications exclusivement locales.
- L’université de Bordeaux travaille à l’élaboration d’un projet de « Maison des Langues et des
Cultures » qui doit comporter un volet recherche. AMERIBER est disposée à y collaborer.
Potentiel EC.
Au premier janvier 2011, AMERIBER peut compter sur 38 membres permanents (36 en poste + 2
emplois vacants au 01/09/09 dont la publication est demandée). L’unité perdra deux professeurs qui
rejoindront d’autres équipes dont les programmes sont plus en adéquation avec leurs compétences.
Renée-Paule Debaisieux-Zémour, spécialiste de grec moderne, a choisi, suite à la restructuration
d’AMERIBER, de rejoindre l’UMR 5222 « Europe, Européanité, Européanisation » pour le CQR 2011-
2014. Pour conserver son ouverture européenne, et en attendant de pouvoir recruter de nouveaux
membres sur cette aire, AMERIBER devra développer la collaboration avec cette UMR, notamment
avec Renée-Paule Debaisieux et avec Sandro Landi (Italien) avec lequel l’ERPI collabore déjà. Par
ailleurs, une historienne spécialiste du Moyen Âge, Françoise Lainé, qui s’était rattachée à AMERIBER
lors de la dissolution de l’UMR TEMIBER en décembre 2004, a choisi de rejoindre en 2011 l’UMR
5607 AUSONIUS (Institut de Recherche sur l’Antiquité et le Moyen Âge), unité plus conforme à sa
spécialité. Cette évolution est, pour les hispanistes spécialistes de cette période (Ghislaine Fournès, PR
et Marta Lacomba, MCF) une invitation à resserrer les liens, déjà existants, avec les médiévistes de
Lettres et d’Histoire.
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II AXES DE RECHERCHE
AXE 1 :
MOUVANCES ET MOUVEMENTS DANS LES SOCIÉTES, LES ARTS ET LES LETTRES DE
L’AMERIQUE HISPANIQUE ET DE LA CARAÏBE :
Porteur de l’axe : Elvire Gomez-Vidal
Cet axe comprend 3 volets :
1.1. Écritures et figurations du Mouvement dans les Arts, les Lettres et les Sociétés de
l’Amérique hispanique (ERSAL)
Porteur de ce volet interne: Elvire Gomez-Vidal
1.2.Caraïbe Plurielle : dynamiques et mouvances (CARHISP/ CARAIBE PLURIELLE)
Porteurs de ce volet transversal: Michèle Dalmace et Eric Dubesset
1.3. Transports, échanges et mobilités dans les Amériques, 1800-1914 (TEMA)
Porteur de ce volet transversal: Isabelle Tauzin
Présentation générale
Le choix du thème est lié à la conjonction d’un objectif scientifique – analyser les notions de
« mouvement » et de « mouvance » particulièrement pertinentes lorsqu’elles sont appliquées à
l’Amérique hispanique et à la Caraïbe – et d’une opportunité – la synergie qu’il établit avec deux
programmes transversaux, le programme régional TEMA, dont le porteur (I. Tauzin) est membre de
l’unité et le programme inter-unité, inter-universités et international « Caraïbe plurielle » dont les
porteurs sont également membres de l’unité.
Les concepts de « mouvance » et de « mouvement » entrent en résonance directe avec les aires de
el’Amérique hispanique et de la Caraïbe. Aires surgies du néant pour les Européens de la fin du XV
siècle qui voyagent jusqu’à elles en ignorant leur existence préalable et s’en emparent, les intégrant
dans leur « mouvance » ; aires dont les contours ne seront parfaitement délimités qu’après d’incessants
parcours des découvreurs et des voyageurs de toute espèce ; vaste espace divisé en ensembles aux
identités bien marquées mais reliés par des échanges de multiple nature, tissant ainsi des réseaux
d’influences, animé par une volonté d’unité qui s’est maintes fois manifestée dans des projets politiques
visant à un rassemblement général. C’est là l’ancrage premier, géographique, culturel et politique qui
apporte une cohérence légitime à la réflexion puisque ni l’Amérique Latine ni la Caraïbe ne sauraient
être appréhendées sans avoir recours à ces concepts de mouvement et de mouvance essentiels à leur
constitution et à leurs évolutions.
Le thème « Mouvances et Mouvements dans les Sociétés, les Arts et les Lettres de l’Amérique
hispanique et de la Caraïbe » couvre toutes nos disciplines, littérature, histoire, civilisation, peinture,
cinéma, arts plastiques. Il s’agit d’une problématique très large, novatrice dans les groupes de recherche
américanistes même si certains de ses aspects, notamment dans les domaines de l’histoire, de
l’ethnologie et de la sociologie (tels que les migrations ou les déplacements de populations tant dans la
période précolombienne que dans l’actualité) ont pu être traités ponctuellement. On peut d’ores et déjà
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affirmer qu’il pourra se décliner en de nombreux travaux de recherche et de thèses dans une diversité
qui ne pourra entamer l’harmonie de l’ensemble tant ces deux concepts cernent la structure même de
l’Amérique hispanique et de la Caraïbe. Il permet en outre d’associer dans une grande liberté, en
favorisant des échanges riches et fructueux, historiens, civilisationnistes, plasticiens et littéraires.
Le mouvement, que l’on ne saurait séparer du rythme (Platon disait que « le rythme est l’ordre du
mouvement »), est une articulation de concepts métaphysiques et physiques complexes, qui doivent être
revus théoriquement avec, comme point d’appui, les études des penseurs grecs de l’Antiquité comme
Héraclite (les fragments et les travaux ultérieurs suscités par ses pensées), Platon et Aristote qui
continuent d’inspirer nombre de travaux contemporains (Le rythme grec d’Héraclite à Aristote de
Pierre Sauvanet), mais également du Siècle des Lumières, avec Diderot et d’Alembert, mais encore,
bien plus près de nous, celles de Gaston Bachelard, (L’intuition de l’instant, 1932 ; Dialectique de la
durée, 1963) ou encore de Blanchot, de Merleau-Ponty, de Deleuze, et, pour ce qui relève du langage,
d’Henri Meschonnic (Critique du rythme, anthropologie historique du langage, 1982), parallèlement à
la recherche d’une délimitation concrète de ses domaines et des interactions entre rythme et mouvement
grâce à l’établissement d’un corpus précis. On retiendra dès à présent le caractère dynamique du
mouvement en tant que déplacement, activité, évolution, agitation et variation des esprits et des choses,
accélération, ralentissement, changement, mutation, etc.
La mouvance, qui provient de la même racine latine que « mouvement », n’est pas pour autant une
simple redondance de ce dernier. Le terme de « mouvance » renvoie, quant à lui, au discours historique
et judiciaire, puisque son sens premier, attesté dans tous les dictionnaires consultés, est celui de
dépendance d’un fief à l’égard d’un autre, et de ce fait, il englobe par extension toutes les formes de
domination et de résistance qu’il s’agisse de la période précolombienne, de la Conquête, des Guerres
d’Indépendance, ou de l’époque contemporaine.
1A la suite de Paul Zumthor, « la mouvance » , qui prend là un nouveau sens, apparaît comme le
phénomène majeur de la culture médiévale, tant les textes, dans leurs variations, font de l’auteur une
figure fuyante. La « mouvance » peut donc également s’entendre par extension comme réécriture,
intertextualité, échanges entre les textes, interpénétration entre les différentes expressions artistiques.
Dans le concept de « mouvance », s’insère également ce qui est par définition mouvant, frontières
instables, changeantes, incertaines, courants de pensée informels, circulation des idées et des savoirs,
sphères d’influence. Il est intéressant de relever dès à présent que si « mouvement » se traduit par
« movimiento » en espagnol, terme qui recouvre toutes les significations et les résonances du mot
français, il n’en va pas de même pour « mouvance ». En effet, le terme « mouvance » ne peut être
traduit que par un ensemble d’expressions détaillant l’éventail de son sémantisme : « dependencia de
2feudo », « esfera de influencia », « movilidad », « movida » , l’adjectif « movedizo », etc.
Cette étude générale des concepts de Mouvement, de Mouvance et de leurs corollaires devrait se
maintenir sur toute la durée du quadriennal en interaction avec les recherches forcément plus délimitées
et ponctuelles des trois sous-axes que nous décrivons à la suite (« Écritures et figurations du
Mouvement dans l’Amérique hispanique » ; « Caraïbe plurielle : dynamiques et mouvances » ;
« Transports, échanges et mobilités dans les Amériques, 1800-1914 ») et avec celles de chacun des
membres de l’équipe. Elle permettrait d’enrichir et de donner une belle cohérence à l’ensemble des
1
« La mouvance, phénomène majeur de la culture médiévale, déroute le lecteur moderne habitué à la stabilité
(relative) de l' œuvre imprimée. Au Moyen Âge, l'auteur reste le plus souvent une figure évanescente dont la part de
responsabilité est difficile à établir, car son texte, transformé et déformé par les interventions des copistes, change
d'un manuscrit à l'autre. Il varie au rythme des dialectes et au fil des siècles, alors que la langue elle-même évolue,
passant de l'ancien français au moyen français (XIVe-XVIe siècles). », Jean Glenisson (dir.), Le livre au Moyen Age,
Paris, Presses du CNRS, 1988, p. 57.
2
Le terme « movida », que l’on a traduit en français par « nuit madrilène » ou que l’on a conservé tel quel dans
notre langue (« la movida madrilène ou espagnole»), provient de la même racine latine mais se révèle extrêmement
restrictif puisqu’il désigne un mouvement de libération des m œurs et de la pensée surgi en Espagne juste après la fin
du franquisme à la fin des années 70 et dans les années 80. Par ailleurs, de manière générale, le vocable « movida »
peut prendre le sens de « trucs » ou « affaires » parfois illicites (« está metido en una movida de droga »),
d’agitation, de « fête » souvent bruyante, de « scandale » même, et parfois de « mouvance » (en tant que mouvement
socioculturel en marge des valeurs dominantes). On ne pourra donc l’inclure dans les traductions de « mouvance »
qu’avec précaution.
67
travaux menés à bien, en tant que grille conceptuelle les sous-tendant qui contribuerait à dégager, grâce
à la mise en regard des deux concepts, leurs spécificités, leurs affinités voire leurs incompatibilités, le
tout posé sur des réalités sociopolitiques et culturelles qu’ils ne manqueront pas d’éclairer de manière
novatrice car, on l’a dit, ces deux aires, l’Amérique hispanique et la Caraïbe, en sont pétries et les
intègrent dans leur essence même.
Mouvance et mouvement mettent en jeu le temps et l’espace, leurs évolutions et leurs accidents,
leurs ruptures et leurs équilibres. Bien évidemment, tout texte, voire tout discours étant faits eux aussi
de temps et d’espace, ils entrent de plain-pied dans cette thématique.
Dans les récits de fiction, le mouvement concerne bien entendu tout ce qui relève des représentations
du réel de ce point de vue : à savoir, les déplacements des personnages et les objets qui les permettent
(marche, cheval, carrosse, train, voiture, etc.), de telle sorte que l’inclusion dans cette thématique des
livres de chevalerie et des chevaliers errants par exemple va de soi. Si bien évidemment il n’y eut pas de
romans de chevalerie latino-américains, l’imaginaire de ces mondes fictionnels imprégna les récits des
3chroniqueurs, récits factuels pourtant, découvrant de fabuleuses contrées . La représentation fictionnelle
du Mouvement concerne également son évocation même, à savoir, le récit du voyage ou de la quête
entrecoupés de haltes, en lien avec les métamorphoses qu’ils peuvent engendrer ou les rencontres qu’ils
favorisent, source d’intrigues romanesques à rebondissements ; la promenade bien sûr ou la
déambulation dans des villes, ou encore dans des lieux naturels, en lien parfois avec l’exercice de la
description. La ville est ainsi souvent l’espace privilégié du parcours dans le roman contemporain mais
elle est aussi lieu de métamorphoses (espace en constante évolution, grossi par les migrations rurales, ce
qui donne lieu à des métissages et des hybridations ; villes « monstrueuses », où la modernité et le
développement se heurtent à la fragmentation et au chaos, villes portuaires ouvertes sur l’Europe et sur
le monde). La mouvance et le mouvement s’entrelacent pour renvoyer tout naturellement à ce qui relève
des évolutions et des métamorphoses chez les personnages et dans les intrigues en association avec
l’immobilité ou le statisme, la monotonie, la frénésie, etc. Ils entrent donc en résonance avec les
passages, les bifurcations, les crises et les transgressions ; car le mouvement est aussi mouvement de
l’âme, émotions, pulsions, passions et nécessite des formes rhétoriques, des procédures discursives
propres à les exprimer (style direct, récit à la première personne, etc.). Toujours dans les récits de
fiction, l’association rythme / mouvement englobe toutes les dynamiques de l’écriture et de la narration
proprement dites (soit le découpage en chapitres, séquences, etc.), l’équilibre ainsi obtenu et ses
significations ; tous les écarts et les décalages entre l’avancée vectorisée de la lecture et l’ordre des
événements racontés ; vitesse du récit, prolepses, analepses, mises en abyme, répétitions, énumérations,
mise en vis-à-vis de l’incipit et de l’excipit d’une œuvre, etc.) et on ne peut que songer aux romans du
Boom, à la rénovation stylistique qu’ils entreprirent et à leurs résonances dans les écritures fictionnelles
actuelles. Bien sûr, dans un autre ordre d’idées, le mouvement peut être à même d’embrasser les
« mouvements » littéraires envisagés de manière synchronique ou diachronique, leurs empiétements,
leurs délimitations (par exemple, qu’est-ce que « le roman indigéniste ? », de quels héritages littéraires
se prévaut-il, quel est son legs ?).
Au Théâtre, outre les aspects communs avec le récit de fiction déjà mentionnés, le thème du
mouvement implique un regard aigu sur les structures dramaturgiques (par exemple, le découpage en
actes) mais surtout sur la scène (en tant qu’espace fixe et changeant ou métamorphosable à la fois) et la
gestuelle, la mise en scène, la « spectacularisation » au sens le plus large. Comme dans toutes les
fictions, dans le cinéma, le thème du mouvement inclut ce qui est représentation de celui-ci,
déplacements, vitesse. S’intègrent à lui comme au théâtre, la gestuelle versus l’immobilité. On ne
saurait exclure évidemment le « faire » cinématographique à savoir les déplacements de la caméra, et
toutes les procédures techniques et « narratives » propres au septième art. De fait, le mouvement peut
intéresser tous les arts du spectacle a fortiori la danse ou la chorégraphie. En Poésie, il peut être étendu
à tout ce qui relève du vers et de la métrique, de la forme, « romance », sonnet, « silva », ode, vers
libres, etc. ; des problématiques entre contrainte et liberté de création viennent donc se greffer là-dessus.
En Linguistique, il embrasse toutes les évolutions de la langue mais aussi tous les mots qui servent à
rendre compte du mouvement, mais également la prosodie. En Peinture, la représentation du
3
On mentionnera pour mémoire Le journal de bord de Christophe Colomb (1492), les cinq Cartas de relación
envoyées par Hernán Cortés à Charles Quint entre 1519 et 1526, La verdadera historia de la conquista de la Nueva
España de Bernal Díaz del Castillo (1568).
78
mouvement dans les tableaux est tout aussi paradoxale qu’en Sculpture puisque cette représentation du
mouvement va de pair avec une figuration figée par nature encore qu’en sculpture les réalisations
4mobiles de l’art contemporain aient fait voler en éclats le caractère statique de l’ œuvre sculpturale . Le
cas particulier de la BD est des plus intéressants car la succession des vignettes est en soi mouvement et
qu’il s’agit d’une narration hybride alliant texte et image. Quant aux fresques des grands peintres
mexicains du XXe siècle, conçues pour être vues, envisagées et décodées par un spectateur en
mouvement et selon divers angles et perspectives, elles pourraient être revisitées avec profit par la
critique contemporaine et constituer une belle étude. Bien sûr, on ne saurait oublier tout ce qui relève
des «mouvements » picturaux, dans la sculpture, etc.
Au-delà des œuvres de fiction, le mouvement est aussi omniprésent dans les nombreux récits de
voyage ou dans les guides anciens. Ce thème permet donc d’inclure d’autres récits que des récits de
fiction tels des Chroniques et des Mémoires nourris des multiples déplacements des Conquérants,
comme l’extraordinaire périple que Cabeza de Vaca raconte dans ses mémoires intitulées Naufragios au
XVIe siècle, mais également dans la correspondance entre voyageurs, notamment au XIXe, domaine
d’une grande richesse, la lettre étant elle-même mouvement.
On ne peut ignorer par ailleurs les implications métaphoriques tant du mouvement que de la
mouvance. Le concept de mouvement est à la source de puissants motifs qui, depuis l’Antiquité jusqu’à
nos jours, parcourent et structurent nombre d’ œuvres littéraires ou de créations artistiques en associant
5par exemple l’image du fleuve à celle du cours de la vie . Quant à la mouvance, en intégrant l’idée de
variation, de fluctuation, et par voie de conséquence, d’inachèvement, de perpétuelle évolution, elle
délivre certaines clés quant à la compréhension des interférences entre l’Ancien Monde et le Nouveau
Monde, entre l’époque précolombienne et les Amériques d’aujourd’hui, entre les diverses entités
américaines, entre les Amériques et le monde.
En Civilisation et en Histoire, mouvance et mouvement impliquent l’idée de passage, de
franchissement, de déplacement, d’influences, de circulation des biens et des idées et intègrent ce qui a
trait à la transhumance, aux migrations, à toutes les actions exigeant des itinéraires, des points de départ
et d’arrivée, des haltes, des échanges humains, commerciaux, financiers, etc. Espace ouvert et
perméable, éminemment maritime, la Caraïbe avec la circulation et les multiples échanges dont elle est
le cadre et la source, s’impose en tant qu’objet d’étude. Par ailleurs, les deux concepts renvoient bien
évidemment aux frontières ou aux limites territoriales, à leurs porosités, à leurs mutations, à leurs
chevauchements, à leurs reconfigurations, aux conflits dont ces variations sont la cause ou la
conséquence. Le peuplement des Amériques, fruit de vagues successives, la Découverte et les
découvertes, les invasions, l’esclavage, les échanges de toute nature, la communication entre les
cultures, les déplacements sociaux-culturels, la mondialisation, s’inscrivent donc tout naturellement
dans cette thématique qui traîne dans son sillage la découverte de l’altérité, son refus et ou son
assimilation ou encore sa reconnaissance et en lien avec elle, la notion d’identité. Les « mouvements »
politiques, les mouvements populaires, mouvement sociaux, mouvements ouvriers, féministes, les
mouvances y trouvent aussi leur place.
La division en trois volets ou sous-axes de cette thématique respecte plusieurs logiques : d’une part,
préserver les groupes de travail anciens, dotés d’une identité et d’une mémoire spécifiques, les
regroupements ERSAL, CARHISP et Caraïbe Plurielle, qui cessent toutefois d’être des centres
autonomes, tout en les conciliant avec la nouvelle pratique qui s’impose, à savoir la constitution de
groupes de travail en fonction des projets de recherche engagés. De ce point de vue, l’intégration de la
mémoire des travaux de l’ancien PPF Caraïbes Plurielles ainsi que la participation active de nombre de
ses membres appartenant à d’autres centres de notre université et d’ailleurs et l’intégration du projet de
TEMA dans cet axe le fait bénéficier d’une transversalité aux ramifications étendues. Cependant, la
raison la plus profonde de l’instauration de ces trois volets est le v œu de mener à bien une réflexion sur
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Les œuvres du Nord-américain Alexander Calder, l’inventeur de la sculpture en mouvement (voir Jean-Paul Sartre,
“Les Mobiles de Calder”, Situations, volume 3, Gallimard, 1949), renouvellent la conception même de la sculpture
et ont eu de fécondes résonances sur de nombreux sculpteurs latino-américains contemporains tels que le Chilien
Carlos Ortúzar, les Argentins Julio Le Parc, Gyula Kosice, Federico Brook et bien d’autres.
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On se souvient des vers de Jorge Manrique (1440-1479) dans « Coplas por la muerte de su padre » (« Nuestras
vidas son los ríos/ que van a dar en la mar,/ que es el morir »), reprise d’un motif très ancien revitalisé et amplifié
par exemple par le Péruvien José María Arguedas dans son roman Ríos profundos de 1956, où les fleuves de sang,
devenus sève de la terre, nourrissent celle-ci du passé indien.
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la nature de ces deux entités géopolitiques et culturelles que sont l’Amérique hispanique et la Caraïbe,
elles-mêmes plurielles d’ailleurs: en les séparant et en les associant à la fois, on souhaite donner à voir
ce qui les unit et ce qui fait la spécificité de chacune d’entre elles et procéder à une tentative de
définition de l’aire caribéenne, ensemble composite dont les liens avec l’Amérique hispanique sont
indéniables mais insuffisants à eux seuls à la définir.
VOLET 1 : Écritures et figurations du Mouvement dans les Arts, les Lettres et les
Sociétés de l’Amérique hispanique
Responsable scientifique : Elvire Gomez-Vidal / ERSAL
Membres de l’unité rattachés à ce sous-axe :
Permanents : Fernando Casanueva (PR), Isabelle Tauzin (PR), Elvire Gomez-Vidal (PR), Veruhska
Alvizuri (MCF), Béatrice Chenot (MCF), Valérie Joubert (MCF).
Autres membres : Marisol Abella Betancourth (Doctorante, ATER), Mónica Cárdenas (Doctorante,
Lectrice), David de la Fuente (Doctorant, Agrégé, ATER), Nathalie Lavigne (Doctorante, Agrégée),
Vera Picado (Doctorante Arts Plastiques, direction : Hélène Sorbé, LAPRIL-ARTES), Lise Segas
(Doctorante, Agrégée, ATER), Félix Terrones (Doctorant, ATER).
Membres associées : James Cortés (MCF, Universidad del Valle, Cali, Colombie).
Le thème de l’enfermement, étudié par les membres de ce centre durant le quadriennal précédent
(voir le volet bilan) n’est pas sans avoir suscité un intérêt vers ce qui précisément est entravé par lui : la
liberté, qui s’exprime essentiellement par le mouvement, mouvement des corps, des esprits, des
pensées, des choses. C’est pourquoi, au risque de paraître paradoxal, le choix de la thématique
« Écritures et figurations du Mouvement dans les Arts, les Lettres et les Sociétés de l’Amérique
hispanique » entre en résonance directe avec lui et s’inscrit dans une continuité intellectuelle.
Le chevauchement entre ces deux thématiques (l’enfermement et le mouvement) est présent dans le
regard porté sur la ville hispano-américaine, espace urbain privilégié par les écrits de fiction
contemporains au détriment de la jungle ou des espaces ruraux. Quelle a été l’évolution dans la
e ereprésentation de la ville entre le XIX et le XX siècle ? Comment est-on passé de ce lieu de barbarie
ou propice aux épanchements bucoliques qu’est la campagne hispano-américaine à la ville, centre du
progrès, de la modernité, du développement économique, politique et culturel ? Et ensuite, comment
l’image de la ville acquiert-elle une nouvelle complexité en tant que fruit de migrations rurales
massives, favorisant le métissage, l’hybridation culturelle (Mónica Cárdenas : « Représentations de la
ville dans la littérature péruvienne du XIXe siècle : la dynamique entre le centre et la périphérie »)?
Quels sont, dans cette ville devenue labyrinthique et violente, les parcours rendant compte de son
essence ? On songe à mille récits, depuis le Mexico de La región más transparente de Carlos Fuentes
jusqu’au Santiago du Chili des romans policiers de Ramón Díaz Eterovic en passant par la Lima de
Lima la horrible de Salazar Bondy ou de La ciudad y los perros ou de Conversación en La catedral de
Mario Vargas Llosa. Une ville que l’on songe à fuir, afin de reconquérir de nouveaux espaces de liberté
en revenant à des lieux originels où la vraie vie sourdrait à profusion : un certain nombre de romans
sont ainsi structurés par « Le voyage sans retour de la ville vers la jungle » (Elvire Gomez-Vidal) tels
que La Vorágine du Colombien José Eustasio Rivera (1924), Los pasos perdidos du Cubain Alejo
Carpentier (1953) ou El hablador du Péruvien Mario Vargas Llosa (1987). Ce déplacement d’un
enfermement urbain vers une promesse de liberté, vers la rencontre avec les cultures précolombiennes,
avec l’altérité, voyage spatial mais aussi temporel, n’est-il pas illusoire ? Quels sont ses ferments
idéologiques ? Le versant parodique de ce voyage de la ville à la jungle est certainement celui effectué
par le personnage de Pantaleón dans Pantaleón y las visitadoras de Mario Vargas Llosa (1973) où la
maison close « volante » créée par celui-ci parcourt la jungle afin de mettre un terme à la lubricité des
soldats (Felix Terrones : « Le paradoxe de la maison close dans le roman contemporain : un lieu de
circulation et d’échange », en lien avec sa thèse, « Les maisons closes dans les romans du boom » ).
Si l’on considère la matérialité même du voyage, on constate que chaque moyen de transport suscite
une approche originale de l’espace traversé, crée un paysage spécifique et une perception différente du
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temps. On retiendra la magnifique ouverture de Doña Bárbara du Vénézuélien Rómulo Gallegos
(1929), ce difficile périple en pirogue vers les llanos, qui sanctionne la rupture définitive de Santos
Luzardo avec le monde urbain et son passé et qui imprègne tout le roman des significations qu’il
véhicule : l’implacable, patiente et inéluctable conquête par l’homme des éléments déchaînés,
l’instauration optimiste de la Civilisation prenant le pas sur la Barbarie ; ou encore ces « Coplas de
arrieros » qui rythmaient et cadençaient les déplacements des muletiers dans les sentiers argentins
(Béatrice Chenot). À travers diverses œuvres de fiction (Yawar Fiesta -1941-, Los ríos profundos -
1956- du Péruvien José María Arguedas ; El tren pasa primero -2006- de la Mexicaine Elena
e
Poniatowska), mais aussi des documents factuels tels que la correspondance entre voyageurs au XIX
siècle (Correspondance du Péruvien Ricardo Palma -1833-1919-), la presse, les récits de voyage (le
récit de voyage de Clorinda Matto de Turner -1852-1909-) et les guides anciens, on se penchera sur la
perception et la représentation de la réalité environnante, selon le mode de transport utilisé. Le « temps
mort » du voyage, comment les auteurs et narrateurs en tirent-ils parti au plan de la narration ? Ces
haltes que sont les lieux d’hébergements (auberges, hôtels, résidences transitoires, etc.) ne sont-ils pas
edepuis Les contes de Canterbury de Geoffrey Chaucer au XIV siècle, des espaces de sociabilité où
convergent différentes catégories de populations en transit, des carrefours de rencontres ? (Isabelle
Tauzin : « Modes de voyage, temps morts et carrefours »).
Une « poétique du mouvement » ne pourra manquer de se dégager de la mise en regard du
mouvement, du temps, du rythme et de l’équilibre dans la sculpture et la peinture hispano-américaine
contemporaine (Vera Picado : « La quête du mouvement » en lien avec sa thèse sous la direction
d’Hélène Sorbé, d’Arts Plastiques). Cette « poétique du mouvement » pourrait inclure en son sein une
autre dimension, la réception de l’ œuvre d’art, et dans le cas des romans, de l’exercice de la lecture,
mouvement aussi, mouvement contraint, mouvement vectorisé par l’avancée du texte écrit tel qu’il est
donné à lire. De ce point de vue, Rayuela de l’Argentin Julio Cortázar (1963) est bien « l’antiroman »
par excellence selon les termes même de l’écrivain, en ce qu’il place le lecteur en situation de
6« complice, de compagnon de route » de l’auteur puisque le roman propose plusieurs itinéraires de
lectures possibles nettement précisés par le narrateur qui donnent lieu à des intrigues différentes à
dénouement variable. Œuvre paroxystique où le cheminement habituel de la lecture est profondément
altéré, le texte devenant dédale organisé à parcourir, Rayuela déclare constitutivement, structurellement,
7le caractère fictionnel de l’écriture romanesque en instaurant « la lecture comme jeu » (Elvire Gomez-
Vidal : « Lecture de voyages : Rayuela de Julio Cortázar »).
Le mouvement, c’est aussi la porosité et l’influence réciproque entre genres littéraires différents, le
flou des frontières entre récits fictionnels et récits factuels particulièrement exacerbé autour de la figure
d’un « héros » (Marisol Abella Bétancourth : « Représentation des sicaires colombiens : va-et-vient
entre fictions et témoignages » en lien direct avec sa thèse « Le roman « sicaresque » en Colombie »).
En contrepoint, le roman indigéniste, nettement répertorié en tant que « genre » ou « sous-genre »
littéraire, codifié, quasiment momifié, « mort » même selon la formule célèbre de Salazar Bondy, ne
cesse pourtant de se renouveler depuis les années 80 dans les romans péruviens de tendance néo-
8 9indigéniste et de susciter nombre de travaux critiques . Dans le cours de cette évolution, la
représentation de la figure féminine ne serait-elle pas un paramètre majeur, et l’on songe en particulier
au roman Rosa Cuchillo d’Oscar Colchado Lucio (1996) et au personnage éponyme, en pèlerinage entre
deux mondes ? C’est ce que Nathalie Lavigne se propose de démontrer, en revenant quant à elle à la
source du roman indigéniste, le roman indianiste antérieur: « La figure féminine dans le roman
indianiste et indigéniste : entre statisme et mouvement » en lien avec sa thèse « Du roman indianiste au
roman indigéniste à travers le prisme de la figure féminine ») ? Sans quitter le monde « indigène », mais
nous transportant vers une autre aire et en l’envisageant maintenant sous l’angle de l’histoire, on
s’intéressera aux mouvements politiques et sociaux au Guatemala, dans une société où 60% de la
6
“Posibilidad tercera: la de hacer del lector un cómplice, un camarada de camino”, Cortázar, Julio, Rayuela,
Buenos Aires, Sudamericana, 1963, p. 453.
7 Picard, Michel, La lecture comme jeu, Paris, Les Editions de Minuit, 1986.
8
Citons les noms d’auteurs péruviens tels que Marcos Yauri Montero, Edgardo Rivera Martínez, Oscar Colchado,
Víctor Zabala Cataño, Félix Huamán Cabrera, Dante Castro, etc.
9
-Escajadillo, Tomás, La narrativa indigenista peruana, Lima, Amaru Editores, 1994.
-Vargas Llosa, Mario, La utopía arcaica, José María Arguedas y las ficciones del indigenismo, México, Fondo de
Cultura Económica, 1996.
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