Les mots du corps - Par Éric Cobast

Les mots du corps - Par Éric Cobast

Documents
36 pages
Lire
Le téléchargement nécessite un accès à la bibliothèque YouScribe
Tout savoir sur nos offres

Description

Par Eric Cobast PRÉPARER LES GÉNÉRATIONS FUTURES À IMAGINER LE MONDE DE DEMAIN 2 É D I T O G, - ò ¤Lull L , ԧ Dans le monde ultra-connecté d’aujourd’hui, qui privilégie l’immédiateté et l’éphémère, où la forme l’emporte souvent sur le fond, le choix qui a été le vôtre d’intégrer une Classe Préparatoire aux Grandes Ecoles pourrait sembler s’inscrire à rebours de l’évolution de notre société. Et pourtant, choisir d’emprunter le chemin de la rigueur, de la réflexion et de la singularité, c’est croire encore en les vertus du temps long et vouloir les défendre. Ces deux années de « prépa » vous construisent ainsi pas à pas, lentement mais sûrement, car on ne bâtit pas d’édifices solides sur des fondations incertaines. Elles vous amèneront à passer nos concours - et je l’espère à les réussir - mais vous accompagneront bien au-delà : vision à long-terme, capacité d’analyse, goût de la connaissance... toutes ces qualités, développées sous la férule bienveillante de vos professeurs qui feront de vous des étudiants épanouis et des managers éclairés.

Sujets

Informations

Publié par
Ajouté le 05 mars 2018
Nombre de lectures 22
Langue Français
Signaler un problème
Par Eric Cobast
PRÉPARER LES GÉNÉRATIONS FUTURES À IMAGINER LE MONDE DE DEMAIN
2
É D I T O
CHERS PRÉPArATIONNAIRES, Dans le monde ultra-connecté d’aujourd’hui, qui privilégie l’immédiateté et l’éphémère, où la forme l’emporte souvent sur le fond, le choix qui a été le vôtre d’intégrer une Classe Préparatoire aux Grandes Ecoles pourrait sembler s’inscrire à rebours de l’évolution de notre société. Et pourtant, choisir d’emprunter le chemin de la rigueur, de la réflexion et de la singularité, c’est croire encore en les vertus du temps long et vouloir les défendre. Ces deux années de « prépa » vous construisent ainsi pas à pas, lentement mais sûrement, car on ne bâtit pas d’édifices solides sur des fondations incertaines. Elles vous amèneront à passer nos concours - et je l’espère à les réussir - mais vous accompagneront bien au-delà : vision à long-terme, capacité d’analyse, goût de la connaissance... toutes ces qualités, développées sous la férule bienveillante de vos professeurs qui feront de vous des étudiants épanouis et des managers éclairés. Parce que l’INSEEC Business School croit profondément en ces valeurs et en la mission qui est aussi la sienne de préparer les générations futures à imaginer le monde de demain, nous accompagnons depuis de nombreuses années la réussite des préparationnaires en mettant à leur disposition des outils méthodologiques qui, en marge du thème de culture et de sciences humaines retenu pour l’année, leur offre des applications originales de la réflexion menée dans leur salle de classe.
3
Ce lexique, intitulé « Les mots du corps », conçu à votre intention par Éric Cobast, Professeur agrégé, titulaire de la chaire de Philosophie à l’INSEEC Business School, vous permettra d’appréhender différemment et de façon ludique les notions acquises en cours. Ne doutant pas que vous saurez apprécier ce lexique, et souhaitant vivement que vous soyez récompensés des efforts consentis, nous vous donnons rendez-vous au mois de juin prochain sur l’un de nos trois campus.
Bien sincèrement,
Rémy CHALLE, Directeur INSEEC Business SchoolParis, Bordeaux, Lyon
A V A N T . P R O P O S
DéInir, c’est toujours ce par quoi com- correctement les énoncés des sujets pro-mence le Socrate que Platon met en scène posés, cerner avec justesse les enjeux dans ses dialogues. des textes dont la lecture et l’étude sont conseillées, pour argumenter enfin sans Sans délimiter avec précision le sens des craindre l’imprécision. Cela passe néces-mots, comment s’entendre ? Sans débuter sairement par une étude lexicale et no-par cet accord contractuel sur le langage, tionnelle à l’occasion de laquelle on peut comment parvenir à penser ensemble ?déjà suggérer une mise-en-problème, un À dialoguer enfin ? début de questionne-ment, un commence-INCITER Or rien n’est moins ment de réflexion. simple. Circonscrire la surface séman-DÉJÀ À LAC’est dire que cha-tique d’une notion cune des entrées pro-réclame souventRÉFLEXION...posées est conçue à SURPRENDRE bien davantage qu’un la fois comme une simple dictionnaire. définition précise Il faut aller certes àPARFOIS.de la notion citée et l’usage mais aussi à comme un premier la source même de la formation du terme.exercice de problématisation. On trouvera Or si l’étymologie ne dit pas nécessaire- souvent également en appui une citation ment – et contrairement à ce qu’elle an- qui amorce une première argumentation. nonce – la vérité d’un mot, elle en indique la pente, elle en découvrel’arrière-goût L’ambition de ce petit lexique est donc de souvent indispensable à l’appréciation fournir des informations nécessaires mais connotative. aussi d’inciter déjà à la réflexion, d’appor-ter les définitions attendues mais égale-Bref, il est utile de maîtriser le sens des ment de surprendre parfois à l’occasion mots du champ notionnel dans lequel on d’une entrée plus originale. travaille, ne serait-ce que pour analyser
Par Eric CobastProfesseur agrégé de l’Université, Professeur de Philosophie à INSEEC Business School. Directeur Académique du pôle Humanités et Sciences Politiques du groupe INSEEC.
4
5
...cerner avecJUSTESSE...
L E C O R P S… D ’ U N M O T .
Nous vivons dans un monde paradoxal et contradictoire : ce monde où s’exalte la Culture Physique est pourtant un monde sans corps, c’est un monde où la peau s’exhibe d’autant plus qu’elle est recou-verte de tatouages, un monde matéria-liste où tout tend à sa dématérialisation… De quoi rendre perplexe quant à la défini-tion même du corps :
… de même que nous ne savons pas ce que c’est qu’un espri, nous ignorons ce qu’est un corps.
Voltaire,article « Corps » du Dictionnaire Philosophique.
Pourtant la définition est assez simple, de même que l’étymologie : le latincorpus lui-même dérivé du sanskrit,kripia, le ventre. Le corps, lieu de la digestion, symbolise assez clairement les appétits matériels. Mais le corps, ce n’est pas simplement la matière. Cette matière est organisée, elle vit. Le corps est donc à la fois cohérent et vivant, c’est un ensemble dont toutes les parties sont solidaires.
6
Les expressions lexicalisées du typeFaire corps,esprit de corpssont ainsi élo-quentes. Et la métaphore ducorps social fait de la Cité un être vivant. On voit bien comment fonctionne cette métaphore dans le champ politique et social, elle sou-ligne la dimension de la solidarité liée (pas seulement par l’étymon) à celle de la soli-dité. Néanmoins très rapidement la notion se révèle plus complexe :
TOUTDABORDCECORPSESTDOUBLE:
il y a le corps que l’on a et le corps que l’on est. Comme l’écrit Valéry :Je contemple ma main ; j’y suis et je n’y suis pas. Ce que souligne bien Merleau-Ponty :Il y a deux sens seulement du mot exister. On existe comme une chose et on existe comme une conscience. L’existence du corps propre nous révèle un monde d’exis-tence ambigu.
ENSUITE,ILESTINTERMÉDIAIRE:
Le corps propre se révèle être le médiateur entre l’intimité du moi et l’extériorité du monde.
Paul Ricoeur.
ON EXISTE COMME UNE CHOSE ET ON EXISTE COMME UNE CONSCIENCE.
Merleau-Ponty
7
S O M M A I R E
PREMIÈRE PARTIE . Science et connaissance du Corps
DEUXIÈME PARTIE . Philosophies, Arts et religion : le souci du corps
TROISIÈME PARTIE . Figures du Corps
9
PREMIÈRE PARTIE .
Science et connaissance du Corps
10
AFFECT(passion & sentiment) La théorie des affects repose sur la définition de ceux-ci comme interactions du monde extérieur avec le monde intérieur ou pour être plus simple du corps et de l’âme. Elle détermine de quelle manière nous sommes « affectés », c’est-à-dire atteints, altérés par les sensations qu’impriment les objets du monde extérieur. Le corps sensible modifie en quelque sorte l’état de l’âme.
Je le vis: sensation, la vue.Je rougis: impres-sion physique et altération que suscite la sen-sation. Je pâlis à sa vue: intériorisation de l’impres-sion sensible, sentiment de frayeur.Je le vis, je rougis, je pâlis à sa vue: ce célèbre aveu de Phèdre, rythmé (c’est un tétramètre régu-lier) et en même temps que brusquent les asyndètes, illustre parfaitement la rapidité et la surprise. L’héroïne de Racine est saisie par la passion. Le corps agit sur l’âme.
Cette interaction psychosomatique n’est pas toujours parfaitement symétrique. Si tel est le cas, on parle alors de « passion ». En revanche quand la force du somatique l’emporte sur celle de l’âme, on dira alors que l’on est « ému ». A l’émotion, toute « physique » s’oppose ainsi le sentiment, tout entier« psychique ».
11
ANATOMIECe mot qui désigne la Science qui décrit la forme des organes et leur situation dans un organisme est construit sur le bas-latinanatomia, dissection :ana, en remontant ettemnocouper. La morphologie du mot repro-duit le geste du savant qui « ouvre » de bas en haut le tronc humain qu’il examine.
Les connaissances anatomiques sont an-ciennes. Elles furent indispensables aux égyptiens pour élaborer les techniques d’embaumement et jusqu’à ce que l’em-pereur Marc Aurèle interdise la pratique de la dissection, elles ne cessèrent de se perfectionner, notamment grâce à Galie(deuxième siècle après JC) qui disséquait les corps des gladiateurs tombés dans l’arène.
A partir de cet interdit impérial et pour une période de quasiment dix siècles, l’anatomie fut une science souvent prohibée et la dissection une transgression très violemment réprimée.
Mais l’anatomie est une étape essentielle dans l’émergence des sciences : pour la première fois le corps est étudié pour lui-même, du moinssa morphologie. C’est pourquoi d’ailleurs elle se distingue de la physiologie qui étudiele fonctionnement des organes.
C’est l’étude de lamorphologie du corps humain. On la distingue de la physiologie qui étudie le fonctionnement des organes.
Science et connaissance du Corps
PREMIÈRE PARTIE .