La Philo en 10 leçons !

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Laurence Hansen-Løve LA PHILO EN DIX LEÇONS 1 Dans la collection « Les Cahiers du WebPédagogique » Les Bonnes Copies de Philo Les Bonnes Copies de Français Les Bonnes Copies d’Histoire-Géo © Les Éditions du WebPédagogique, 2009. http://lewebpedagogique.com 8 rue La Bruyère, 75009 Paris 2 Sommaire Leçon n° 1 : Peut-on à la fois admettre la liberté de l’homme et l’existence de l’Inconscient ?................................................................................................. 4 Leçon n° 2 : L’art est-il un langage ?.................................................................15 Leçon n° 3 : Vaut-il mieux changer nos désirs plutôt que l’ordre du monde ?.... 25 Leçon n° 4 : La matière et l’esprit s’opposent-ils ? .......................................... 36 Leçon n° 5 : Le refus du travail a-t-il un sens ?.................................................. 45 Leçon n° 6 : Quel rôle joue l’expérience dans la connaissance humaine ? ..... 56 Leçon n° 7 : N’y a-t-il de vrai que le vérifiable ?............................................. 69 Leçon n° 8 : Pouvons-nous nous passer de religion ?........................................80 Leçon n° 9 : L’État... En faut-il plus ? En faut-il moins ? ......................................91 Leçon n° 10 : Justice et inégalité : est-ce compatible ?....................................

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Publié le 11 mai 2010
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Laurence Hansen-Løve
LA PHILO EN DIX LEÇONS
Dans la collection «Les Cahiers du WebPédagogique» Les Bonnes Copies de Philo Les Bonnes Copies de Français Les Bonnes Copies d’Histoire-Géo
© Les Éditions du WebPédagogique, 2009. http://lewebpedagogique.com8 rue La Bruyère, 75009 Paris
Sommaire Leçon n° 1 : Peut-on à la fois admettre lalibertéde l’homme et l’existence de l’Inconscient? ................................................................................................. 4 Leçon n° 2 :L’artest-il unlangage? .................................................................15
Leçon n° 3 : Vaut-il mieux changer nosdésirsplutôt que l’ordre du monde ?.... 25
Leçon n° 4 : Lamatièreetl’esprit36s’opposent-ils ? ..........................................
Leçon n° 5 : Le refus dutravaila-t-il un sens ?.................................................. 45
Leçon n° 6 : Quel rôle jouel’expériencedans laconnaissancehumaine ? .....56
Leçon n° 7 : N’y a-t-il devraique levérifiable? ............................................. 69
Leçon n° 8 : Pouvons-nous nous passer dereligion?........................................ 80
Leçon n° 9 :L’État......................................91... En faut-il plus ? En faut-il moins ?
Leçon n° 10 :Justiceetinégalité: est-ce compatible ?....................................104
Leçon n° 1
Peut-on à la fois admettre lalibertéde l’homme et l’existence de l’Inconscient ?
Laphilosophieest coutumière du fait. Elle pose des questions dont la pertinence ne saute pas aux yeux. Certains diront qu’elle «coupe les cheveux en quatre» ou qu’elle invente des problèmes inexistants. Le débat concernant l’existence del’Inconscientillustre parfaitement cette remarque. Laliberté, en effet, relève d’un sentiment qui est en général d’une telle évidence et d’une telle force qu’il se passe de touteapprobatione théorique. Quant à l’existence del’Inconscient, elle a été établie au début duXIXsiècle par le philosophe et psychanalyste SigmundFreud. Depuis, ce qui n’était qu’une hypothèse, jugée dans un premier temps extrêmement problématique, est devenu une vérité d’une banalité défiant toute discussion. Qui va contester l’existence de l’Inconscientaujourd’hui ? La difficulté ne surgit que si l’on prend la peine de rapprocher ces deux hypothèses : « Nous sommes libres » et « L’Inconscient existe et nous détermine ». Une approche très superficielle de laliberténous révèle pourtant aucune ne incompatibilitéflagrante avec l’hypothèse de l’Inconscient : lorsque je peux satisfaire mes désirs, que ceux-ci soientconscients ounon, je me croislibre eneffet. Pourquoi devrions-nous tenir cette conviction pour uneillusion?
Aujourd’hui, le termed’Inconscient estsur toutes les lèvres. Aucune émission de radio, aucun article de magazine ayant trait à notre vie sexuelle ou amoureuse, aucun reportage sur les traumatismes liés à tel ou tel accident ne faitl’économie d’une référence aumoins implicite àl’Inconscient. Les thèmes del’introspection par l’analysepsychanalytique ou encore de nos rapports avec notre «psy» sont les ressorts d’innombrables comédies,depuis celles de Woody Allen jusqu’àla dernière des séries télévisées. La publicité nous a familiarisés avecl’idéedesmessages«subliminaux», c’est-à-dire dont nous sommesInconscients. Dans un tout autre registre, on peut remarquer que les victimes d’attentats ou d’accidents sont prises en charge par des «cellules psychologiques ». Les procès et les verdictsréparateursont pourfinalité, entre autres, de permettre aux victimes de pouvoir commencer le «travailde deuil » et ainsi de pouvoir 4
envisager de se «reconstruire», ce qui signifie se réconcilier avec sonInconscient. Les avocats des criminels et meurtriers, enfin, dans les crimes passionnels, font largement référencepoids de auxl’Inconscient pourtenter dedisculper partiellement leurs clients: «Soyez indulgent, diront-ils, car les pulsions criminelles de mon client furent largement Inconscientes, c’est-à-dire indépendantes de sa volonté. »
Naturellement, nous admettons tous sans difficulté que des personnes atteintes de pathologies mentales puissent agir en étant «déterminées »par des tendances qui échappent totalement à leurpersonnalitéconsciente. Mais nous croyons aussi que toute personne dite «normale »estlibre, en règle générale, autrement dit maîtresse de ses actes. Pourtant, selonFreud, nous avons tous unInconscientcelui-ci n’est pas et seulement à l’origine de comportements transgressifs ou criminels. Cette hypothèse, comme on va le voir, n’est pas du tout conciliable avec uneconceptiontraditionnelle de laliberté. Être «libre», en effet, pour tous lespenseursclassiques, ce n’est pas seulement agir spontanément, en suivant nos désirs ou nos pulsions, quels qu’ils soient. Laliberté, au contraire, implique la responsabilité. C’est pourquoi seul un être humain en âge de penser est vraiment «libre», car il estconscient dece qu’il fait et de la portée de ses actes. Ni l’animal, qui n’est pas doué de consciencemorale, ni le nourrisson ne sont «libres» lorsqu’ils suivent leur instinct ou leurs simples appétits. L’hypothèse de l’Inconscient, telle qu’elle a été formulée parFreud, est donc bien encontradictionavec une certaine conception de la liberté, qui n’est peut-être pas celle du sens commun. Cettelibertépeut être dite «morale». Elle suppose qu’un adulte sain d’esprit, lorsqu’il agit, peut et doitassumerses propres actes mais aussi être en mesure d’en répondre. Telle est l’idée de la «responsabilité» et c’est cette notion que l’hypothèse de l’Inconscient semble remettre en cause. 5
Origines de l’Inconscient
SigmundFreudcontrairement à une idée reçue, n’a pas (1856-1925),inventé la notiond’Inconscient. De nombreuxphilosophes etécrivains avant lui connaissaient l’existence de ces zones obscures de notre esprit qui rassemblent dessouvenirs, des images, desfantasmes, desreprésentations dontnous n’avons pas conscienceet qui pourtant subsistent en nous, à notreinsu, pouvant même «déterminer» – c’est-à-dire causer – et expliquer certains de nos comportements. Il s’agit de cesactes ouattitudesqui surprennent non seulement notre entourage mais aussi le sujet même qui en est autanttémoin que l’acteur. le Descarteslui-même a admis un jour éprouver des émotions incontrôlables! On diraitlorsqu’il rencontrait des jeunes filles qui louchaient aujourd’hui qu’il nourrissait unfantasmelié à un souvenir enfoui dans sonInconscient, celui d’une jeune fille qui louchait et à laquelle il était très attaché. Toutefois, c’est àFreudque l’on doit la théorisation révolutionnaire et jugée à l’époquescandaleusede l’Inconscient. Celle-ci est apparue alors, aux yeux de sesadversaires, mais aussi de certains de ses collègues et amis, commeincompatible avecune certaineidéetraditionnelle de laliberté.
Dans les années 1880,Freud, jeune médecin viennois, s’est tout d’abord intéressé au problème del’hystérie. Les hystériques sont des malades souffrant desymptômesphysiques parfois extrêmement douloureux, tels que la paralysie, la cécité ou l’aphasie, alors qu’aucune lésion organique ne permetd’expliquertels troubles. À l’époque, le de traitement de ces malades parl’hypnose révèleque lessymptômes peuventdisparaître puis réapparaître dès que le malade revient à l’état de veille. Les observateurs sont alors tentés de conclure que cesmaladessont dessimulateursqui, d’une manière ou d’une autre,inventent unemaladie imaginaire pour échapper à uneréaliténe qu’ils supportent pas.
Freud et le cas d’Anna O. En 1880, le médecin JosephBreuer présenteàFreudune jeune fille hystérique du nom de Bertha Pappenheim. C’est elle qui va le mettre sur la voie de la théorie psychanalytique. Cette jeune fille, dont Breuer etFreudont raconté la « guérison » dans lesÉtudes sur l’hystérie(1895) en la nommant «Anna0.», avait accompagné son père en tant qu’aide soignante, assistant à son agonie puis à sa mort. Elle étaitatteintede troubles extrêmementsévères(toux inexpliquée, paralysie, aphasie, etc.). L’année suivant le décès de son père (1881-1882), elle réussit cependant à évoquer chaque soir les événements qui
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s’étaient déroulés l’année précédente devant son médecin JosephBreuer. Celui-ci se contentait essentiellement de lui rendre visite et de l’écouter quotidiennement alors qu’elle restaitalitée. Au cours de cettepsychanalyseimprovisée, elle parvint peu à peu à selibérerde ses symptômes et découvrit alors que la seuleparoleconstitue une sorte d’apaisement, voire deguérison. Bientôt consulté et appelé à la rescousse,Freud, en se fondant sur l’étude du «casAnna O.», complété par plusieurs autres, énonce une hypothèse queledéveloppementultérieursa dethéorie s’emploieraà préciser et à compléter. Premièrement, les hystériques souffrent deréminiscences, autrement dit de la persistance desouvenirsd’événements que laconsciencen’a pu accepter sous l’effet de contraintesmoralesqui sont donc etrefoulés. Deuxièmement, leretourla àconsciencede ces éléments refoulés est la condition de la réduction des symptômes. Ils sont en effet la manifestation déguisée d’un telblocage psychiqueinsupportable. Anna O. appelle ce processus de guérison (par étapes) «ramonage psychique».Freud, reprenant une notion aristotélicienne, la nommeracatharsis, ce qui signifie « purification » ou encore « purge », « purgation ». La théoriepsychanalytiqueest ainsi ébauchée : c’est la paroleconstitue la quiguérison, à condition qu’elle soitspontanée. L’hypothèse de l’Inconscientreste à expliciter et à détailler. Elle connaîtra de multiplespéripétiesjusqu’à la mort deFreud, et bien au-delà. Les deux «topiques» (Conscient-Préconscient-Inconscient et Moi-Ça-Surmoi) seront élaborées par Freud1905successivement en et 1920.
Dans sa premièrereprésentation del’Inconscient,Freudimagine quel’esprit est constitué dedeuxparties séparées par unebarrièrequ’il appelle alors « lacensure».
PREMIÈRE TOPIQUE DEFREUD
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À l’étage supérieur se trouvent à la fois la conscienceet l’ensemble des éléments préconscients, susceptibles de devenirconscients dèsqu’ils sont sollicités. En dessous de ce système «Conscient-Préconscient »se trouvel’Inconscient, qui réunit tous nos souvenirs et tendances ignorées. Ces élémentsrefoulésne sont absolument pas oubliés, contrairement aux apparences. Ils peuvent resurgir inopinément, par exemple à l’occasion d’un lapsus ou d’un acte manqué. Dans ce type de circonstances, tout comme dans nos rêves, certains traits de notrepersonnalitéirruption dans notre vie publique et font consciente, à notreinsu. Ce type decomportements, qui ne concerne pas uniquement les personnes atteintes de pathologies mentales, semble prouver que nous agissons assez souvent sans savoir (ou sans vouloir) ce que nous faisons (« je n’ai pas voulu cela »). Dans ce cas, nous affirmons généralement, après coup, en toute bonne foi, que nous n’étions paslibres. En outre, Freudaccorde une large place à lasexualiténotre vie dans Inconsciente. Il considère même que la sexualité joue un rôle éminent chez le jeune enfant, et même chez le bébé. La sexualité n’est pas ici seulement l’activité génitale. Elle concerne toutes les activités qui nous apportent du plaisir sans que ceplaisirlié à soit l’assouvissement d’unbesoinphysiologique. Le fait de téter pour un bébé est de l’ordre du plaisir érotique. Son attachement à sa mère est d’ordresexuel (maispas de l’ordre de la sexualité adulte), ainsi que sespremiers émois liésau «complexe d’Œdipe» (attachement au parent du sexe opposé). Ces premiers jalons de la théorie freudienne font scandale à Vienne. L’importance queFreudaccorde à lasexualitéinvalide implicitement ladoctrinereligieuselaquelle l’homme doit répondre non pour seulement de sesfautes, mais aussi de sesdésirs. De plus, la théorie psychanalytique efface la frontière entre lenormalet lepathologique: nous avons tous dessymptômesnévrotiquesla source est à chercher dans une part presque inaccessible de notre dont psychisme. Comment pourrions-nous en répondre? D’autre part,Freudconçoit une grande continuité entre la viepsychiquede l’adulte et celle de l’enfant. Notreidentitésemble se dessiner dès les premiers jours de notrevie. Comment pourrions-nous donc êtretenus pourcoupables decertains aspects de notrepersonnalité, tels que des fantasmes,phobies ouhaines irrépressibles,qui ont trouvé leurorigine dansles premiersémoisde notre vie et se sontimpriméspar la suite dans notreInconscientde façonquasiirrémédiable?
Lapremièrethéorie deFreud(premièretopique) le laisseinsatisfait. Il ne comprend pas comment unebarrièreinerte (la«censure») peut départagerintelligemment les représentationsavouableset celles qui sont susceptibles dechoquernotreentourageet de nousheurternous-mêmes ou qui sont effectivementinadmissibles, comme le fait
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de vouloirépouser sonpère pour une fille, par exemple. Il propose donc une seconde théorie (deuxième topique). Notrepsychismenon plusinstances »,trois « comporte statiques, comme deslieuxdes ouzones de l’esprit, maisdynamiques, comme des champs de forces.
SECONDE TOPIQUE DEFREUD
LeÇaest le « réservoir de lalibido», c’est-à-dire le carrefour de toutes nospulsions, de tous nos appétits, alors qu’ils ignorent encore tout interdit ou discipline. Le nouveau-né est d’abord envahi par sonÇaprincipe de, gouverné par le seul «plaisir» (il veut tout, tout de suite et sans condition). Très vite se forme dans son esprit une autre instance relativement autonome et qui va contrarier les ambitions duÇa.Freudle nomme le Surmoi. Il incarne et représente les interdits parentaux et sociaux, la Loi. LeSurmoiconstitue une sorte de gendarme intérieur dans notre proprepsychisme. Le psychisme est à ce stade douloureusement partagé entre deux instances opposées. LeMoi estla troisième part de notre esprit. Son rôle sera celui d’un médiateur. Il tentera deconcilierlesexigencesduÇa(nos appétits et désirs incompressibles), celles de la réalité, incarnées notamment par notre entourage familial et ses exigences, et celles duSurmoi,qui coïncide à peu près avec ce que l’on nomme la «morale» (nécessité de prendre en considération la volonté des autres, de se soumettre aux règles, etc.). Telle est la nouvelle représentation del’esprit quel’on doit à Freudet qui sera reprise et confirmée par l’ensemble de ses disciples. Cette théorie est très précieuse etéclairanterendre pour compte des comportements humains en général. Elle permet aussi de comprendre nos rêves, nos actes manqués et nombre de nos attitudes apparemment irrationnelles. Mais elle bouleverse totalement la représentationphilosophique traditionnelledel’esprit et, par conséquent, de laliberté.
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Pour la philosophie rationaliste classique, dont le plus éminent représentant est Descartes, l’homme se définit par la pensée consciente. La pensée, selon Descartes et Pascal (« l’homme est un roseau pensant »), constitue notre spécificité et notre grandeur.
L’homme a conscience d’exister car il a conscience depenserJe pense donc je: « suis »,écrit Descartes dans sesMéditations métaphysiques(1641). Un tela priori apour corrélat l’exclusion de toute forme depsychismeInconscient. La conscienceest l’« attributessentiel »de lapensée, ce qui signifie que l’une ne peut se concevoir sans l’autre : « La raison pour laquelle je pense que l’âme pense toujours est lamême qui me fait croire que la lumière luit toujours, bien qu’il n’y ait point d’yeux qui la regardent et, généralement, que ce qui constitue la nature d’une chose est toujours en elle pendant qu’elle existe» («Lettre au Père Gibieuf», 1642). Pour Descartes,comme pour tous les philosophesrationalistes, notamment croyants tels que Malebranche ou Kant, la grandeur de l’homme, ou encore sa «dignité», tiennent au fait qu’ilpense, qu’il peut dire «Je» et se représenter lui-même comme unsujet, autrement dit unsujetpensant: « Posséder le “Je” dans sa représentation, ce pouvoir élève l’homme infiniment au-dessus de tous les êtres vivants sur la terre. Par là, il est une personne…», écrit Kant dans l’Anthropologie du point de vue pragmatique (1798).Or il est clair que la théorie deFreudsemble bousculer totalement ces approches morales de laconsciencecomme de laliberté. Si mesactes etpenséeslargement explicables par des dispositions sont psychologiques quirelèvent de ma petiteenfance etn’ont donc pas été commandés par mavolonté, puis-je encore être tenu pourresponsablede mes actes ? En un certain sens, tous les hommes sont à un moment ou à un autre les spectateurs d’une sorte de drame quise joue dans leurintimité,qui n’en échappe pas moins totalement au mais contrôlede leurvolontéconsciente: leMoin’est plus le souverain omnipotent qu’il prétendait être sous le règne de la philosophiecartésienne. Notreconscience, qui ne
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