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The Constant Gardener, Love at any cost de Fernando Meirelles. Ethique et critique morale. « La fin justifie-t-elle les moyens ? »

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Dans le film « The constant gardener », le réalisateur Fernando Meirelles dénonce le scandale des tests médicamenteux réalisés à moindre frais par les grands laboratoires pharmaceutiques dans les pays en développement sur des cobayes insuffisamment informés. Au travers de personnages fictionnels, il amène le spectateur à réflechir à la complexité des questions éthiques. Mais paradoxalement, la cible contre laquelle le film entend mobiliser échappe à ce traitement complexe : tout au long de l'histoire, le secteur pharmaceutique n'apparaît que comme une industrie criminelle et sans scrupule. Il est donc intéressant d'étudier le paradoxe apparent qui réside dans ce film. D'un côté, l'auteur semble vouloir montrer au travers de ses personnages que ces questions éthiques sont complexes, qu'elles ne peuvent être tranchées facilement, et que la perception de ce qui est éthique varie énormément en fonction du point de vue. Mais de l'autre côté, il présente lui-même la position des laboratoires de manière réductrice et partisane en faisant l'économie d'une véritable réflexion sur leur situation. Est-ce le prix à payer pour mobiliser efficacement le public occidental contre ces pratiques ?
HEC Paris, promotion 2008.Etudiante de la Majeure Alternative Management (2007-2008)
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Observatoire du Management Alternatif Alternative Management Observatory __ Article Ethique et critique morale. « La fin justifietelle les moyens ? » The Constant Gardener: Love at any cost
Réalisé par Fernando Meirelles  Sorti le 28 Décembre 2005 Céline Peudenier – Septembre 2007 Majeure Alternative Management – HEC Paris – 20062007 Genèse de l’article:Corporate SocialCet article a été écrit dans le cadre du séminaire « Irresponsibility» animé par David Bevan pour les élèves de la Majeure Alternative Management, spécialité de troisième année du programme Grande Ecole du groupe HEC. Origin of this article:This article was written within the framework of a course on « Corporate Social Irresponsability » taught by David Bevan in the Alternative Management Program, an HEC Grande Ecole third year specialization. Charte Ethique de l'Observatoire du Management Alternatif Les documents de l'Observatoire du Management Alternatif sont publiés sous licence Creative Commons http://creativecommons.org/licenses/by/2.0/fr/ pourpromouvoir l'égalité de partage des ressources intellectuelles et le libre accès aux connaissances. L'exactitude, la fiabilité et la validité des renseignements ou opinions diffusés par l'Observatoire du Management Alternatif relèvent de la responsabilité exclusive de leurs auteurs.  Peudenier C. – Article : « The Constant Gardener, Ethique et critique morale »  Septembre 2007 1
Ethique et critique morale. « La fin justifietelle les moyens ? » Résumé :Dans le film « The constant gardener », le réalisateur Fernando Meirelles dénonce le scandale des tests médicamenteux réalisés à moindre frais par les grands laboratoires pharmaceutiques dans les pays en développement sur des cobayes insuffisamment informés. Au travers de personnages fictionnels, il amène le spectateur à réflechir à la complexité des questions éthiques. Mais paradoxalement, la cible contre laquelle le film entend mobiliser échappe à ce traitement complexe : tout au long de l’histoire, le secteur pharmaceutique n’apparaît que comme une industrie criminelle et sans scrupule. Il est donc intéressant d’étudier le paradoxe apparent qui réside dans ce film. D’un côté, l’auteur semble vouloir montrer au travers de ses personnages que ces questions éthiques sont complexes, qu’elles ne peuvent être tranchées facilement, et que la perception de ce qui est éthique varie énormément en fonction du point de vue. Mais de l’autre côté, il présente luimême la position des laboratoires de manière réductrice et partisane en faisant l’économie d’une véritable réflexion sur leur situation. Estce le prix à payer pour mobiliser efficacement le public occidental contre ces pratiques ? Motsclés : Ethique, Industries Pharmaceutiques, Film Which ethics for moral critics? « Does the end justify the means? » Abstract : In his movie « The Constant Gardener », Fernando Meirelles denounces the scandal of drug trials performed by transnational pharmaceutical companies on uninformed populations in developing countries. Through an exploration of the main characters’ ethical dilemmas, he shows how ethics is a subjective and complex notion. But the situation of “Big Pharma” is paradoxically depicted in a simplistic way. It is interesting to reflect on this obvious inconsistency. On the one hand, he explains us how difficult and deceptive it can be to assess the ethic of a particular position. On the other hand, this is exactly what he does with the very unbalanced description of his “target”. Is this the price for effectively raising awareness and triggering (re)action among the general western public? Key words: Ethics, Big Pharma, Drug Testing  Peudenier C. – Article : « The Constant Gardener, Ethique et critique morale »  Septembre 2007 2
Ethique et critique morale. « La fin justifietelle les moyens ? » 1. La complexité du rapport à l’éthique Dans le film « The constant gardener », le réalisateur Fernando Meirelles met en image le roman de John Le Carré publié en 2001. Le film dénonce, au travers de personnages fictionnels, un scandale bien réel : celui des tests médicamenteux réalisés à moindre frais par les grands laboratoires pharmaceutiques dans les pays en développement sur des cobayes insuffisamment informés. Le film met en scène Justin Quayle, diplomate britannique en poste au Kenya, et son épouse Tessa, une jeune femme passionnée par combat contre toutes les formes d’injustice. Ce couple cristallise en son sein la majorité des questions éthiques posées par le film. En effet, les conceptions éthiques de ces deux personnages principaux divergent fondamentalement sans pour autant que l’auteur prenne partie pour l’une ou l’autre. A l’inverse, la cible du film (les grands laboratoires pharmaceutiques) est privée de cette description complexe et impartiale. Tout au long de l’histoire, elle n’apparaît que comme une industrie criminelle et sans scrupule. Il est donc intéressant d’étudier le paradoxe apparent qui réside dans ce film. D’un côté, l’auteur semble vouloir montrer au travers de ses personnages que ces questions éthiques sont complexes, qu’elles ne peuvent être tranchées facilement, et que la perception de ce qui est éthique varie énormément en fonction du point de vue. Mais de l’autre côté, il présente luimême la position des laboratoires de manière réductrice et partisane en faisant l’économie d’une véritable réflexion sur leur situation. Après avoir exposé la position de l’auteur sur la complexité du rapport à l’éthique, nous étudierons en quoi sa description des laboratoires pharmaceutiques et de leurs pratiques échappe à cette présentation complexe. Enfin, nous essaierons de montrer que cette apparente contradiction peut s’expliquer par une conception utilitariste de l’éthique chez l’auteur. 2. Une description réductrice de la question des tests médicamenteux A l’opposé de cette description impartiale et complexe, propice à la réflexion, l’industrie pharmaceutique est présentée comme un monstre avide et sans scrupule, seul coupable des atrocités commises au nom d’un intérêt commercial. Pourtant, nul n’ignore que les tests médicamenteux représentent un problème éthique difficile. Où qu’ils soient pratiqués, ces tests sont dangereux. Pour
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cette raison, les cobayes ont de tout temps été majoritairement recrutés parmi les personnes les plus en détresse. Ces pratiques sont évidemment moralement choquantes, mais une vision objective conduit aussi à reconnaître que ce sont ces tests qui permettent à la médecine d’avancer, et à des millions de personnes de vivre plus longtemps en meilleure santé. Il est intéressant de noter que seule la situation de l’industrie pharmaceutique est traitée de manière si réductrice. Les gouvernements occidentaux, les officiels, les diplomates, pourtant vivement attaqués par le film pour leur coupable complicité, ont malgré tout le droit à une prise en compte du contexte dans lequel ils agissent. En effet, est mentionné dans le film le fait qu’ils « couvrent » les agissements du laboratoire pour sauvegarder des emplois en GrandeBretagne, ce dernier menaçant des’installer en France sinon. 3. Le simplisme : un moyen de parvenir à une fin  Cetteapparente contradiction dans le traitement des laboratoires s’explique probablement par l’objectif de l’auteur. « The Constant Gardener » se veut une fiction militante, destinée à mobiliser ses spectateurs pour que la situation change. Si l’on se réfère à la définition développée par Sheryl 1 Tuttle Ross , ce film remplit les quatre conditions pour pouvoir être considéré comme un message de propagande. Il comporte une volonté de persuader, il cherche à mobiliser pour une cause, il s’adresse à un large groupe de personnes. Enfin, il est «epistemically defective», c’est à dire qu’indépendamment d’une volonté consciente de mentir, il ne décrit pas la réalité de manière vraie et objective. Un traitement « éthique » de cette question aurait dû pousser l’auteur à expliquer que non seulement le sujet est très complexe mais également que chaque individu a sa part de responsabilité dans le fonctionnement actuel. En effet, le public du film bénéficie des avancées médicamenteuses tout en refusant de prendre les risques nécessaires à ces progrès, raison pour laquelle les laboratoires les expérimentent dans des pays moins développés.  Lasimplification exagérée et le choix d’un ennemi unique sont des techniques classiques de propagande, qui s’ajoutent à d’autres comme l’appel à l’émotivité du spectateur en montrant à l’écran la souffrance des enfants. L’auteur nous fournit donc sa vision de l’éthique non par ses personnages mais plutôt par le traitement qu’il fait de la question centrale des tests médicamenteux. Celleci semble relever d’une forme d’ «utilitarime conséquentialiste» :le film est moralement juste dans la mesure où ses conséquences souhaitées (une mobilisation du public occidental contre ces pratiques) sont bonnes d’un point de vue moral pour un maximum de personnes. 1 Ross, Sheryl Tuttle. "Understanding Propaganda: The Epistemic Merit Model and Its Application to Art."Journal of Aesthetic Education, 2002,Vol. 36, No.1. pp. 1630  Peudenier C. – Article : « The Constant Gardener, Ethique et critique morale »  Septembre 2007 4
Finalement, ce film pose la question de la possibilité d’être soimême éthique dans une lutte efficace contre des pratiques jugées non éthiques. Dans leur ouvrage « For Business Ethics », Jones, 2 Parker and ten Bosdénoncent cette contradiction chez les «Business Ethicists» :alors qu’ils revendiquent leur volonté de rendre les entreprises plus éthiques, leur détermination à proposer des solutions «concrètes »à l’intérieur du système les conduit à considérer l’éthique de manière restreinte et réductrice, peu ambitieuse d’un point de vue éthique, justement.  4.Audelà des business ethics
Au delà des Business Ethics, c’est un dilemme moral central dans l’action des ONGs, des hommes politiques ou de toute personne qui cherche à se battre contre un système dans sa globalité. D’un côté, toute critique qui rejette intégralement le système et ses pratiques ne peut se développer qu’à l’extérieur de ce système, de manière parallèle. Par conséquent, elle est condamnée à rester marginale, dans la mesure où elle ne parvient pas à entrer en interaction avec les membres de ce système, qui continue à exister sans être ébranlé. C’est encore plus vrai pour les critiques qui au lieu de promouvoir une alternative de manière frontale, se différencient du système dominant en admettant les limites des solutions qu’elles proposent. C’est le cas de nombreux mouvements de commerce équitable, qui favorisent la critique au sein de leur propre système. Il est intéressant de constater que ces mouvements sont restés marginaux. Le refus de se compromettre moralement conduit donc à une incapacité à agir sur ce système. De l’autre côté, justifier l’utilisation des pratiques du système (dénoncées par ailleurs) en expliquant qu’elles sont seules capables de « faire bouger les choses» revient non seulement à se compromettre moralement mais à admettre publiquement les mérites d’un système «efficient ».Pour reprendre l’exemple du commerce équitable, les réseaux qui ont fait surgir le débat auprès du grand public sont ceux qui ont accepté de distribuer leurs produits en grande distribution, campagnes marketing à l’appui. Certains dénoncent une dérive à l’opposé des idéaux fondateurs, une capitulation devant un système injuste, d’autres se satisfont du nombre croissant de petits producteurs à travers le monde qui profitent de cette croissance du commerce équitable. Toute décision doit probablement relever d’un subtil équilibre entre une nécessaire compromission avec le système pour en faire réagir les membres et une nécessité que les pratiques utilisées pour avancer vers une fin jugée plus éthique ne décrédibilisent pas la cause.
2 Jones, Parker, ten Bos“For Business Ethics, a critical approach”, 2005
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Références Campbell Jones, Martin Parker and René ten Bos,For Business Ethics, a critical approach, first published 2005 by Routledge, Oxon, UK Ross, Sheryl Tuttle. "Understanding Propaganda: The Epistemic Merit Model and Its Application to Art."Journal of Aesthetic Education, 2002, Vol. 36, No.1. pp. 1630 Wikipedia,http://en.wikipedia.org/wiki/The_Constant_Gardener_(film)
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