VIOLENCE FAITE A LA FEMME DANS LA LITTERATURE AFRICAINE D ...

-

Documents
15 pages
Obtenez un accès à la bibliothèque pour le consulter en ligne
En savoir plus

Description

  • dissertation
  • leçon - matière potentielle : sur la psychanalyse
VIOLENCE FAITE A LA FEMME DANS LA LITTERATURE AFRICAINE PAR M. OBITABA Eraguonona. James (Ph.D) DELTA STATE UNIVERSITY, ABRAKA, NIGERIA (e-mail ) Résumé Une des vérités criardes de la Littérature africaine c'est la violence perpetrée par les hommes contre les femmes sous formes physiques, verbales et psychologiques. Si au début de notre époque littéraire, les personnages féminins victimes de violence toléraient la situation, d'autres femmes se sentant humiliées, voire blessées, décident dans ces dernières années de relever le défi.
  • nouvelles causes de la prostitution
  • lomé-dakar-abidjan
  • africain polisson
  • al tirmizi
  • al-madinah al-munawwarah
  • africain
  • africaines
  • africains
  • africaine
  • violence
  • violences
  • femmes
  • femme

Sujets

Informations

Publié par
Nombre de visites sur la page 1 256
Langue Français
Signaler un problème

VIOLENCE FAITE A LA FEMME DANS LA LITTERATURE AFRICAINE
PAR M. OBITABA Eraguonona. James (Ph.D)
DELTA STATE UNIVERSITY, ABRAKA, NIGERIA
(e-mail eobitaba@yahoo.com)
Résumé
Une des vérités criardes de la Littérature africaine c’est la violence perpetrée par les hommes
contre les femmes sous formes physiques, verbales et psychologiques. Si au début de notre époque
littéraire, les personnages féminins victimes de violence toléraient la situation, d’autres femmes se
sentant humiliées, voire blessées, décident dans ces dernières années de relever le défi. Non
seulement qu’elles se révoltent, elles se veulent révolutionnaires en luttant contre l’homme, leur
oppresseur.
Nous examinons quelques formes de violence et nous découvrons que la prostitution est le pire
des outrages faits à la femme ; nous essayons d’analyser les causes modernes de ce vice et ses effets
sur les rapports sociaux entre hommes et femmes. Nous conseillons aux hommes de protéger la
femme car lui faire violence c’est dissiper la force dont on pourrait mieux se servir. Notre
méthodologie est donc analytique et exhortatoire.
Mots-clés : violence, femme, homme, victime, besogne, prostitution et développement.
Abstract
One basic truth in African Literature is that men physically, verbally and psychologically do
violence to women. Though women characters, victims of male violence, tended to tolerate it in
earlier works, others in recent writings feel humiliated and psychologically injured. Consequently,
they do not only revolt against male aggression but seem to be revolutionaries as some are prepared
to carry literary or physical arms against man, their oppressor.
We try to analyse a few forms of violence and we discover that prostitution is the worst form
of violence on the woman. We spotlight the recent causes of this vice and its effects on the social
relationship between man and woman. The paper draws some lessons from the analysis and exhorts
man to protect the woman because mishandling her amounts to wasting the vital resources for
development. The methodology here is therefore both analytical and exhortative
1Introduction
Selon BOURGUES Hervé, « parmi tous les systèmes fondés sur la mystification et
l’exploitation des populations intellectuellement défavorisées, le néocolonialisme est véritablement
1celui qui a le plus pressant besoin d’idéologues sophistes » . Ainsi comme tout idéologue, nous
définissons le cadre sémantique du mot-clé, violence. Par « violence », nous entendons dans ce
travail, ce que LE GRAND LAROUSSE ENCYCLOPEDIQUE appelle
contrainte exercée sur une personne en vue de vicier son consentement
et de l’inciter à passer un acte déterminé, le fait d’agir sans le
consentement de la personne intéressée, de briser par la force
la résistance opposée par une chose, une personne y compris
2 l’attentat à la pudeur .
Il découle de cette acception du terme que la violence n’est pas toujours brutale, physique
mais parfois aussi verbale et littéraire. Il est à constater que malgré le fait que la femme peut s’attirer
elle-même de la violence sous forme de l’harcèlement sexuel, c’est l’homme qui dans la plupart des
3cas l’initie. Et cela est à cause de la nature de la femme qualifiée du « sexe faible » .
Nous comptons discuter le sujet en quatre temps dont le premier, BASE THEORIQUE DE
LA VIOLENCE nous instruit sur l’origine et les diverses conceptions de la violence ; le deuxième,
MANIFESTATION DE LA VIOLENCE, nous détaille quelques exemples des outrages commis
contre la femme dans la littérature africaine en plus de nouvelles causes qui provoquent et
4soutiennent la violence sous forme de « commerce charnel » , le troisième, EXPLOITATION
PHALLOCRATE DE LA GENT FEMININE, nous présente comment l’homme change de statut pour
tirer profit de la femme ; et enfin le quatrième, REACTIONS DE LA FEMME A CE REGIME
MACHISTE, nous informe sur l’évolution non seulement de conscience de l’individu blessé mais
aussi de mesures prises à l’échelon le plus suprême du monde en guise d’améliorer et de changer le
lot des femmes et des filles, ou au moins,d’y attirer attention.
I-BASE THEORIQUE DE LA VIOLENCE
Le rapport biblique de la Genèse sur la création de l’homme et de la femme sur la terre a
marqué à jamais la femme qu’on considère comme un être inférieur. Et cela, à cause de l’opération
chirurgicale par laquelle Dieu a crée la femme de la simple côte de l’homme. Par ailleurs, le
christianisme nous dit que Dieu a considéré la femme (Eve) comme l’ instrument du péché et la punit
en conséquence : «J’augmenterai la souffrance de tes grossesses, tu enfanteras avec douleur et tes
5 désirs se porteront vers ton mari, mais il dominera sur toi».
1Bourgues, Hervé(1975) L’ Orientation des peuples du Tier Monde, Paris, Collin, p.37
2 Le Grand Larousse Encyclopedique (2000)
3Dieu a créé la femme de simple côte de l’homme il est vrai, selon la Genèse (l’évangile de) mais l’homme exagère.
4Terme que nous empruntons de KOUASSI, Goli. La prostitution en Afrique, un cas Abidjan, Lomé-Dakar-Abidjan, Nouvelles Editions Africaines,
1986, p. 249.
5 SECOND, Louis (éd.). La Sainte Bible, Paris/Corée, 2006, l’Evangile selon la Genèse, chap. 3 v.16.
2Ainsi la femme n’agirait point à son gré. Elle dépendrait de la volonté de son mari qui lui est
ainsi supérieur. Cette arrogance de la supériorité du sexe masculin est presque sur tous les plans y
compris celui d’expression ; par exemple, Paul, prescrivant les ordonnances qui devraient régir les
églises, dit :
Que les femmes se taisent dans
Les assemblées, car il ne leur est pas
Permis d’y parler, mais qu’elles soient
6 Soumises selon que le dit aussi la loi.
En Islam et dans le Coran, c’est la même idée de la création qui fait qu’on accorde très peu de
place à la femme. En outre de la polygamie qui semble chosifier les femmes, « An-nisa », c’est aussi
dans le domaine de l’expression que la religion musulmane fait violence à la femme ou fille. Al
Tirmizi cité par Ghassan Ascha, s’oppose à la scolarisation de la femme en s’appuyant sur un hadith
du prophète Mahomet lorsqu’il commente :
Si les femmes maîtrisent l’écriture (...),
Elles en feront un usage nocif(...) Grâce à
L’écriture, la femme est devenue plus rusée
et plus rapide dans la réalisation de ses
visées perfides(…) Avec l’écriture, la femme
est à même de répondre à n’importe
7 quelle demande de façon parfaite et rapide.
Dans les institutions culturelles traditionnelles mandingues, on apprend le mythe selon lequel
Dieu a condamné la femme à la besogne et a promu l’homme respectivement : « Misérable dit-il
puisque tu as le cœur si méchant(…) ta place est au champ et au foyer. Et toi, dit-il, puisque tu es bon
8tu as mérité d’être le maître… »
En outre de la religion et des institutions traditionnelles ou culturelles, des critiques comme
Freud, Beauvoir, Engels, Dubois ont étudié la violence sous forme de suprématie masculine.
Sigmund Freud est d’opinion qu’il est inhérent à la nature de la femme d’être dominée par l’homme
et que c’est une situation irréversible :
Mais je crois que toute réforme légale
ou administrative avortera du fait que
bien avant que l’être humain soit en
âge d’accéder à une position dans
la société, la nature a déterminé
à l’avance la destinée de la femme en
9 termes de beauté, de charme et de douceur.
Dans Cinq leçons sur la psychanalyse, Freud nous fait comprendre que ce n’est pas l’homme qui
10« fait prostituer la femme car l’instinct est intrinsèque à l’humanité y compris même l’enfant. »
6 Ibidem. I Corinthien, chap.14, v.34.
7 ASCHA, Ghassan. Du statut Inférieur de la Femme en Islam, Paris.
Editions, L’Harmattan, 1987, p. 148.
8TCHIKAYA, U-tamsi. Légendes Africaines, Paris, Seghers, 1973, p. 168.
9 FREUD, Sigmund. Trois Essais sur la Théorie de la Sexualité, Paris, Petite Bibliothèque Payot, 1905.
10FREUD, Sigmund. Cinq leçons sur la Psychanalyse. Paris, Petite Bibliothèque Payot, 1905, p. 52.
3Il y a Simone de Beauvoir qui prend le contre-pied de Freud en pensant que la domination et la
marginalisation de la femme par l’homme est une situation historique donc provisoire et, en
conséquence, susceptible de changement. Elle reconnaît l’existence d’un comportement féminin
propre marqué du désir de séduction mais elle est convaincue que si la gent féminine s’avère à un
moment donné inférieure dans certains domaines, c’est à cause de la condition que lui est faite dans
la société. Beauvoir élabore ainsi cette conviction.

L’éternel féminin, c’est l’homologue
de l’âme noire(…)l’une et l’autre
s’émancipe aujourd’hui d’un même
paternalisme et la caste naguère
maîtresse veut les maintenir(…)à
11 la place qu’elle a choisie pour eux…
Cet avis de Beauvoir semble trouver résonance dans la voix de Dubois (ethnologue) qui fait dire à
des femmes malgaches ces paroles de contestation : « je suis femme et c’est en moi (…) que
lentement l’enfant prend forme (…) je le nourris de mon sein. A cause de cela, je suis plus faible que
12l’homme… »
Comme si les affres de l’enfantement ne sont pas assez pour miner la résistance de la femme,
il y a les pratiques traditionnelles affectant la santé des femmes et des enfants. L’exemple le plus
frappant, c’est l’excision. Et selon Auffret, « la femme est supérieure à l’homme, celui-ci est jaloux et
13 voulait toujours créer des situations qui en assurent sa domination ». Ainsi associée à l’excision, il
y a l’infibulation pratiquée en plusieurs pays islamisés du monde.
La pensée radicale ne s’arrête pas sur la question de la violence faite à la personne de la femme.
Néanmoins le matérialisme marxiste sous la figure d’Engels principalement rencontre, sur son
chemin, les femmes et dénonce sans équivoque, leur oppression millénaire : « la femme fut esclave
14 avant que l’esclave fut ». Il est étonnant de constater que malgré le fait que la France prône la
liberté, la fraternité et l’égalité comme l’indique sa devise nationale,
Les français …faisaient fi des dix-sept
Articles proposés par Mme Olympe
de Gouge et constituant sa propre
Déclaration des droits de la femme
15 et de la citoyenne en 1789
11Beauvoir (Simone de). Le deuxième sexe 1949 cité par DESALMAND et PORT, P. Du Plan à la Dissertation, Paris, Hatier, 1977, p. 128.
12 ANDRIANJAFY, N. Danielle rapportant les trouvailles de Dubois in Notre Librairie, Nouvelles écritures Féminines, Juillet –Septembre, 1994, p. 91.
13 AUFFRET, Sévérin. Les couteaux contre les Femmes de l’Excision,
Paris, Editions Les Femmes, 1983, p. 11.
14 ENGELS, F. L’origine de la famille, de la Propriété Privée et de l’Etat cité par AUFFRET, ibidem.
15 NNORUKA, Matiu (Dr.). « Pour un Nouveau Statut de la Femme d’après les écrits de Mariama Bâ » in AGOGO, Vol. I, Nos. 1&2, Janvier-Décembre,
1991, p. 41.
4Toute cette analyse de sexes et de sexualité nous amène à savoir dès le début de notre
discussion que le statut de la femme n’est pas si subalterne que nous l’avons cru mais étant donné
que le sexe masculin abuse les droits à l’autorité que lui a été donnés, celle-ci se mue en domination,
voire en la violence que nous allons illustrer plus amplement maintenant.
II- MANIFESTATION DE LA VIOLENCE DANS LA LITTERATURE AFRICAINE
La littérature africaine abonde en des outrages faits à la femme, on la subjugue à la besogne
domestique, la roue de coups, la chosifie, la vide de ce qu’elle a de plus cher (sa féminité). Nous
allons les voir à tour de rôle.
a) LES TRAVAUX DU FOYER : Les réalités de la vie traditionnelle africaine montrent que la
femme est née pour faire la besogne. C’est la conviction de Lopes lorsqu’il dit : « N’oublie pas que tu
16es femme ; le premier travail d’une femme c’est le travail domestique »
La part de lion que l’ Africain assigne à sa femme en matière des travaux domestiques fait fi de
sa force. Malgré l’aide des enfants à la maison, la condition de la femme n’est guère enviable.
Philombe lamente ce lot de la femme dans cette plainte :
Elle devrait puiser de l’eau…
balayer la grande maison, apprêter un
pâturage… aller au champ et en revenir
vers trois heures affamée, épuisée de fatigue !
17 le corps envahi par mille démangeaisons.
Quand la nature a concédé à l’homme l’autorité sur la femme, elle lui a aussi donné la
responsabilité de la nourrir et la protéger, mais l’homme fait toujours entorse à cette alliance pour
s’imposer à la femme. Paradoxalement c’est elle qui domine le travail ardu de champs alors que
l’homme s’amuse à la maison comme nous le dit Atangana dans le premier tableau de Trois
Prétendant…un mari.
On voit à travers les personnages de Henri Lopes et d’ Oyono-Mbia que l’homme a transformé sa femme
en esclave qui se tue de travail mais ne goûte guère de ses fruits. N’est-ce pas que Engels a bien raison en fonction de ce
qu’il a dit plus haut sur la place de la femme ?
L’expérience coloniale a vu l’institution des corvées et de la prestation dans les anciennes
colonies françaises en Afrique. Bien que c’est tous les colonisés y compris les boys (hommes) qui
étaient violentés, c’est la femme seule qui a été amenée à se séparer de ce qu’elle avait de plus
précieux, à savoir sa féminité.
16 LOPES, Henri. Tribaliques, Yaoundé : CLE, 1971, p. 44.
17 PHILOMBE, René. Sola ma chérie, Yaoundé, CLE, 1967, p. 22.
1
5 Nous ne citons que les chantiers des travaux publics dans L’étrange destin de Wangrin pour prouver
la plainte de la violence à travers les corvées. Doumouna, surveillant des prestataires, se laisse gagner
par les sentiments de mégalomanie et d’orgueil et les défoule sur le dos de ses mains d’œuvres
féminines. Ainsi il prit à part la jeune fille ravissante, Pougoubila, et lui tint ce discours :
Tu t’occuperas de ma nourriture et de mon
campement. Ce sera ton travail. Tu me
masseras les pieds, les bras et le dos chaque fois que
j’en éprouverai le besoin. Je te trouve
trop belle pour aller excaver et transporter de
la terre. Quand tu auras fini ton temps de corvée
18 je te donnerai de beaux habits et de l’argent.

Il en découle que l’Africain polisson veut toujours accumuler des femmes. L’image de poupée pleine
de charmes que présente la femme fait qu’elle attire toujours l’homme soit pour réaliser leur joie
réciproque soit pour lui assigner certains rôles. Néanmoins cela ne l’empêche de la brutaliser.
b) LES CHATIMENTS CORPORELS : Notre littérature tient compte de ce mode de vie où la
grande masse des femmes villageoises africaines se ploient encore sous les rudoiements de leurs
maris. Guy Menga nous restitue la situation tel quel :
Vouata bondit sur sa femme avec la
fougue d’un taureau blessé à mort et la
roua de coups. Loutaya ne broncha pas et ne
cria même pas. Vouata continua de frapper
violemment en jurant à haute voix et ne
s’arrêta que lorsque les voisins alertés par
19 ces imprécations arrivèrent.
Achebe dans Le Monde s’effondre nous garde encore dans les souvenirs des femmes battues
surtout par son personnage central, Okonkwo qui rosse son épouse même dans la semaine dite « sacré
20réservée au maintien de la paix ».
Le macho sadique, représenté par Saif dans Le devoir de violence(Le devoir...) lui fait
commettre des atrocités hallucinantes auprès des femmes et des jeunes filles. Les tueries abondent ;
par exemple, Ouologuem qualifie les hommes de Saif de « gens cruels…tueurs féroces…
21s’accouplant avec la première femme qu’ils trouvent ». Un peu plus loin (p. 22), l’auteur s’indigne
devant la violence affreuse de la royauté des Saif : La moelle du crâne ainsi que le sexe des femmes,
parts réservées, sont mangés par les hommes éminents :
18 HAMPATE BÂ, Amadou. L’Etrange Destin de Wangrin, Paris, Union Générale d’Editions, 1973, p. 156.
19MENGA , Guy. La Palabre Stérile, Yaoudé, CLE, 1976, p. 32.
20 ACHEBE, Chinua. Le Monde s’Effondre, Paris, Présence Africaine, 1973, p. 28.
21 OUOLOGUEM, Yambo Le devoir de violence, Paris, Seuil, 1968, p.19.
6c) LA CHOSIFICATION :
C’est à travers la perversion sexuelle et la prostitution que l’homme réussit à transformer la
femme en un objet. C’est l’avis de Ndiaye Marie par le biais même du titre de son premier roman,
La femme transformée en bûche(LFTB). Il s’agit de la situation où bien des hommes courtisent une
jeune fille et même réussissent à en jouir pour la délaisser aussitôt.
Ce que cette écrivain féministe sénégalaise dit à haute voix, le romancier malien, Ouologuem le
passe sous silence bien que la femme soit importante (dans son roman) comme objet à approprier. Le
narrateur de Le Devoir…ne se fatigue pas de nous débiter cette partie du récit :
De son côté, Saif s’était allié notables,
serviteurs voire même tirailleurs et interprètes
au service des "Flencessi" en proclamant
un droit coutumier qui faisait
définitivement de la femme, l’outil
22 des hommes.
Avec cet outrage-ci, Ouologuem qualifie les femmes ainsi prostituées de « filles de joie » (p. 21),
« compagnes de caresses » (p. 67) et « portière d’amour » (p. 161).
Dans Les soleils des indépendances (Les soleils...), Abdoulaye, le guérisseur agissant en garant de
la tradition, abuse de sa position patriachale pour violer la femme stérile tout en lui comptant ces
boniments : « Le mari ne fécondera pas ! Approche…pourquoi hésiter ? Elle s’essoufflait. Dehors
23donnaient le vent et la pluie. Rien ne pouvait surprendre. Approche. Cette forme de violence qui
consiste à ne pas considérer la femme comme un être humain avilit celle-ci. A l’époque coloniale, les
maîtres exerçaient le droit de cuissage dans l’ensemble de leurs territoires. Ceci illustre un des
exemples de la violence prostitutionnelle que les colonisateurs ont perpétrée sur les colonisées
africaines. Saif se grise tant de ce droit dont il rêve ainsi :
Je me lève. Sud. Le Sud. Mon corps flotte un ange me
Parle(… )les oiseaux font la musique pour le plaisir
de mes sens. J’ai à mes pieds(…) des femmes, à
demi vêtues, couvertes de châles de soie qui
24cachent leurs cuisses(…) je les possède toutes.
Le plus outrageant dans ce comportement de l’homme c’est qu’il s’enorgueillit du vice, de
l’opprobre de la femme. L’exercice du droit de cuissage semble disculper la femme jusqu’ici inculpée
du crime de la prostitution. C’est ce qu’exprime une des femmes prostituées que Parent-Duchatelet a
25une fois interrogée : « le mâle c’est toujours légal » .
22 Ibidem. p. 62.
23 KOUROUMA, Ahmadou, Les Soleils des indépendances, Paris, Seuil, 1970, p.78 .
24 OUOLOGUEM, op cit, p.120
25PARENT-DU CHATELET in LOMBROSO. La Femme criminelle et la Prostituée, Grénoble, Editions Jérôme Millon, 1991, p. 338.
7C’est aussi à la femme qu’on impute le crime de la sorcellerie comme dans les personnages de Bitebi
(mari) et Mpadu (femme) dans la première nouvelle de Longue est la nuit(LLN) du congolais,
Tchitchelle Tchivéla.
Une autre forme de violence subie par la femme, fille colonisée était la chosification sous
prétexte de « mariages coloniaux » : c’est du mariage forcé où selon Hampâté Bâ, la femme ainsi
mariée au Commandant n’avait pas le droit au titre de «Madame », titre apanage des femmes
françaises. Si le mariage est l’aspiration ultime de toute célibataire, il ne faut pas perdre de vue
qu’elle couve de divorce et de prostitution car selon Kouassi, « lorsque l’hypocrisie dans les rapports
24sexuels du couple laisse les partenaires sur leur faim, ceux-ci auront tendance à la prostitution » .
Les agressions de l’homme ne se sont pas arrêtées à s’acharner sur la femme avec les
indépendances. Nous allons analyser d’autres exemples à l’ époque postcoloniale.
d) LE NEOCOLONIALISME ET LA VIOLENCE PROSTITUTIONNELLE :
On constate que le néocolonialisme qui s’en suit des indépendances des pays africains
transforme la femme en prostituée qui, à son tour, fait violence à l’homme par le racolage dans les
grandes villes. Pire encore, la société se trouve mise devant le fait accompli avec la prostitution qui
s’infiltre dans tous les milieux : écoles ou campus (le personnage d’Apolline dans Tribaliques ;
bureaux (le personnage de Nathalie, la Secrétaire particulière dans la pièce du même titre) ;
matrimonie (les adultères de Nouria et de Raho, femmes prostituées dans Splendeur éphémère de
Daher) et même la présidence ( le personnage de la femme de Yeli Boso qui offre son bas-ventre à
27Abwey-Tsa ) dans LLN sans oublier la demi-douzaine des filles dont Baba Toura se fait servir dans
Perpétue.
Les indépendances africaines ont par le biais du néocolonialisme crée de nouvelles causes de la
prostitution, à savoir le pouvoir dégradant de l’argent que brandissent les ploutocrates (toujours
hommes), l’arrivisme ou la manie de fare semblant aux yeux de l’autre, l’abus du machisme et des
droits de l’homme en outre de la nouvelle tendance qui consiste en la reception (repos) des grandes
28personnalités y compris « le tourisme sexuel qui semble internationnaliser le phénomène ».
Ce dernier est aussi le sujet du roman, Les clandestins de l’éthiopien, Simon Njamir où Haila se
cache dans un navire en partance pour les Etats Unis et se laisse prendre par Tom.
26 KOUASSI, Goli. La Prostitution en Afrique, Un cas : Abidjan. Dakar-Abidjan-Lomé, Les Nouvelles Editions Africaines, 1986, p. 218.
27 TCHIVELA op. cit. p.81
28 DONGALA, Emmanuel. Jazz et Vin de Palme, Paris, Hatier, 1984, p. 67.
8 Le pouvoir dégradant de l’argent qu’exerςent les hommes chosifie aussi la femme en attisant le
feu de la prostitution. Si celle-ci est nécessairement une profession à base de l’argent dès l’origine,
les dirigeants néocoloniaux africains semblent encourager cette condition misérable de la gent
féminine pour s’assurer de sa soumission et son exploitation. L’emprise qu’a de l’argent sur la
mentalité des nouveaux-riches et des arrivistes les fait commettre la violence. Par exemple,il y a
Monsieur Thôgôgnini qui moleste la sœur de Nzekou dans Monsieur Thôgôgnini. Et c’est l’existence
d’un tel pouvoir pécuniaire qui sert de demande de la prostitution par les personnages masculins
comme Onuma dans Ma mercédés est plus grosse que la tienne( Ma mercédés...) èt Monsieur
Thôgôgnini qui courtise Yagba, fille de joie.
Pour les arrivistes, élites africaines, les indépendances ont fait voir qu’il faut agir en idéologue
sophiste pour réussir sur le dos des autres. C’est l’avènement de la nouvelle élite plus habile dans la
consommation des produits de l’Occident qu’à la production de quoique ce soit.
Songue nous explique ainsi la part de cette philosophie dans la création des prostituées.
Au niveau de semi-prostituées, c’est aux premières années de
l’indépendance qu’il faudra remonter… dans les pays d’Afrique
noire une certaine élite va naître, de nouveaux emplois sont créés.
Ces métiers dits de ‘Blanc’ vont contraindre l’indigène à
adopter… les valeurs culturelles de celui qu’il a remplacé...
à engager de dépenses ostentatoires dans l’achat de biens
29d’équipement et de luxe.
Voilà le germe des problèmes de la jeune femme/fille africaine urbaine qu’Achebe a dépeint
dans Femmes en guerre(FG) et Kenneth Little dans The Sociology of Urban Women’s Image in
African Literature(The Sociology of...) . Si elle travaille, elle goûtera au commerce des charmes de
façon clandestine pour pouvoir assurer les dépenses nécessaires et celles de luxe qu’elle s’est
imposées comme l’exemple du personnage de la Secrétaire particulière qui fait le culte du beau pour
plaire dans la pièce citée de Jean Pliya. Si elle n’exerce encore aucune activité économique, elle
entrera de deux pieds dans la prostitution. Malgré les affres de cette forme de violence et les causes
de la prostitution imposée à la femme, personne n’ose en dire mot. On se demande pourquoi ce
silence ? La réponse pourrait se trouver dans la section suivante.
IV- EXPLOITATION PHALLOCRATE DE LA FEMME/FILLE :
Il est paradoxal de noter que l’homme noir monnaie sa libération par une subjugation, celle de
sa femme : Ironie du sort : l’homme noir, le souffre-douleur de la communauté internationale, tout en
luttant pour sa propre libération, subjugue malheureusement sa femme et pratique sur elle la loi du
plus fort en s’appuyant tantôt sur le mythe de la création tantôt sur une pratique sociale que seule sa
30culture soit capable d’expliquer
29 SONGUE, Paulette. Prostitution en Afrique, L’exemple de Yaoudé, Paris, L’Harmattan, 1986, pp. 137 – 138.
30 NNORUKA, Matiu. op. cit p. 41.
9 Ainsi, il lui impose des préjugés et lui fait souffrir des privations pour pouvoir s’assurer de sa
soumission. De cette manière, la femme est souvent privée du droit à l’éducation. dans le cinquiéme
roman de Mongo Beti. L’ aspect venimeux de cette privation chez le personnage de Perpétue c’est
que la société dominée par les hommes sensibilise la mère de cette fille à rester nonchalante envers
son éducation. Au contraire, elle l’ arrachée à l’école.
Cette privation à part, c’est dans le domaine de la sexualité que la violence anti-féminine
s’amplifie. Le macho tire profit de la femme de double façon : à titre de partenaire et à celui de
proxénète.
i. A TITRE DE PARTENAIRE :
L’homme (croyant) s’empare des dogmes traditionnels ou religieux pour affirmer sa suprématie
sur la femme. Ainsi l’ordonnance centrale sur le mariage selon le Coran, c’est qu’il est « permis
d’épouser deux, trois, quatre parmi les femmes qui vous plaisent mais si vous craignez de n’être pas
31juste avec celles-ci alors, une seule ou des esclaves que vous possédez ». (C’est nous qui
soulignons).
Cette prescription du prophète de l’Islam, donne trop de privilèges à l’homme (croyant) parce
qu’elle lui offre la possibilité du choix qualitatif (“qui vous plaisent”) et quantitatif (“deux, trois,
quatre”). La violence prostitutionnelle se trouve justifiée par l’habileté de l’homme à convaincre la
femme. L’homme a toujours l’astuce en idéologue sophiste de sensibiliser la femme à la prostitution,
à l’amener à accepter à se donner à lui pour satisfaire sa libido. Selon Songue, <<La prostitution
féminine s’adapte mieux au tempérament et à l’image de la femme même dans ses cotés négatifs.
32Elle a toujours été celle qui envoûte par ses charmes >>
Pour arracher à la femme le droit de sexualité, certaines communautés africaines pratiquent
l’infibulation comme dans Le devoir… (pp. 61-62). Celle-ci est de la violence criarde qui menace la
vie même de la victime. Car elle lui fait beaucoup mal lors qu’elle urine et endommage sa santé en
cas de pourriture et infection de ficelles utilisées.
Une nouvelle vague de l’exploitation de la femme se fait jour avec la tendance parmi les
hommes, surtout les machos, qui consiste à attribuer des rôles positifs à ce commerce de sexe.
Songue dit par exemple, qu on « établit des bordels publics où soldats, marins et autres hommes
pourraient assouvir leurs désirs sans inquiéter les autres femmes/filles normales de la
33communauté » .
31 LE SAINT CORAN ET LA TRADUCTION EN FRANÇAIS DU SENS DE SES VERSETS, Al-Madinah Al-Munawwarah, Presses du complexe du Roi
Fadh, Arabie Séoudite en l’an 1410 de l’Hégire, Sourate 4, v.3.
32 SONGUE op. cit. p. 138.
33 Idem, ibidem
10