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Dickens nicolas nickleby 1

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Exrait

Charles Dickens VIE ET AVENTURES DE NICOLAS NICKLEBY Tome I (1838 – 1839) Traduction P. Lorain Édition du groupe « Ebooks libres et gratuits » Table des matières CHAPITRE PREMIER. Introduction générale.......................6 CHAPITRE II. M. Ralph Nickleby, son établissement et ses entreprises. Grande compagnie par actions d’une vaste importance nationale............................................................. 14 CHAPITRE III. M. Ralph Nickleby reçoit de mauvaises nouvelles de son frère, mais il soutient noblement cette épreuve. Le lecteur y verra le goût qu’il prit pour Nicolas, qui fait ici sa première apparition, et la bienveillance avec laquelle il lui proposa de faire tout de suite sa fortune......... 31 CHAPITRE IV. Nicolas et son oncle (pour ne pas laisser échapper une si belle occasion) rendent visite à M. Wackford Squeers, maître de pension dans le Yorkshire.50 CHAPITRE V. Nicolas part pour le Yorkshire. Ses adieux. Ses compagnons de voyage, et ce qui leur arrive en route...72 CHAPITRE VI. Où l’accident en question donne occasion à deux messieurs de conter des histoires d’un genre bien différent. .................................................................................89 CHAPITRE VII. M. et Mme Squeers dans leur intérieur. .. 125 CHAPITRE VIII. Administration économique de Dotheboys-Hall.....................................................................140 CHAPITRE IX. Mlle Squeers, Mme Squeers, le jeune Squeers et M. Squeers : différents détails et différentes personnes qui n’intéressent pas moins les Squeers que Nicolas Nickleby. ...................................................................161 CHAPITRE X. Comment M. Ralph Nickleby pourvut aux besoins de sa nièce et de sa belle-sœur. ............................... 187 CHAPITRE XI. Newman Noggs installe Mme et Mlle Nickleby dans leur nouveau domicile de la Cité. ........210 CHAPITRE XII. Où le lecteur sera mis à même de voir se développer l’amour de miss Fanny Squeers et de s’assurer s’il suivit un cours paisible ou non. ...................................... 219 CHAPITRE XIII. Où Nicolas varie la monotonie du séjour de Dotheboys-Hall par un acte de vigueur remarquable dont les conséquences ne sont pas sans importance.......... 238 CHAPITRE XIV. Où malheureusement il n’est question que de petites gens, et qui, par conséquent, ne peut avoir qu’un intérêt médiocre et vulgaire................................................. 261 CHAPITRE XV. Où le lecteur sera mis au fait de la cause originelle de l’interruption décrite dans le chapitre précédent, aussi bien que de quelques autres particularités qu’il lui est nécessaire de connaître. ....................................281 CHAPITRE XVI. Nicolas cherche à se placer dans un nouvel emploi, et, comme il n’y réussit pas, il entre en qualité de professeur particulier dans une famille. ........... 302 CHAPITRE XVII. Suite des mésaventures de Mlle Nickleby. .......................................................................335 – 3 – CHAPITRE XVIII. Mlle Knag, après avoir raffolé de Catherine Nickleby, pendant trois jours entiers, lui voue décidément une haine éternelle. Raisons qui déterminent Mlle Knag à prendre cette résolution. ................................. 351 CHAPITRE XIX. Description d’un dîner chez M. Ralph Nickleby ; amusements auxquels se livre la société avant, pendant et après...................................................................373 CHAPITRE XX. Nicolas se trouve enfin vis-à-vis de son oncle, et lui exprime ses sentiments avec une grande franchise. Sa résolution....................................................... 400 CHAPITRE XXI. Mme Mantalini se trouve dans une position assez difficile, ce qui fait que Mlle Nickleby se trouve n’avoir plus de position du tout................................ 419 CHAPITRE XXII. Nicolas, accompagné de Smike, va chercher fortune. Il fait la rencontre de M. Vincent Crummles, dont on peut voir ici la profession. .................. 440 CHAPITRE XXIII. Où l’on fait connaître au lecteur la troupe de M. Vincent Crummles, et ses affaires domestiques et théâtrales.....................................................466 CHAPITRE XXIV. Grande représentation au bénéfice de Mlle Snevellicci. Premiers débuts de Nicolas sur la scène. 488 CHAPITRE XXV. Concernant une demoiselle qui vient de Londres rejoindre la compagnie avec un vieil amateur qu’elle traîne à sa suite : cérémonie touchante qui s’ensuit.515 CHAPITRE XXVI. Danger réel qui menace le repos de Mlle Nickleby. .......................................................................537 – 4 – CHAPITRE XXVII. Mme Nickleby fait la connaissance de MM. Pike et Pluck, qui lui montrent un intérêt et une affection inimaginables........................................................554 CHAPITRE XXVIII. Miss Nickleby, poussée au désespoir par la poursuite de sir Mulberry Hawk, ne trouve d’autre ressource pour faire face aux difficultés et aux ennuis qui l’assiègent que d’en appeler à la protection de son oncle. ..578 CHAPITRE XXIX. Nous retournons à Nicolas : divisions intérieures qui éclatent dans la troupe de M. Vincent Crummles............................................................................. 605 CHAPITRE XXX. Fêtes données en l’honneur de Nicolas, qui se sépare tout à coup de la société de M. Vincent Crummles et de ses camarades de théâtre. ........................ 620 CHAPITRE XXXI. De Ralph Nickleby et de Newman Noggs, ainsi que de quelques précautions sages dont on verra plus tard le bon ou le mauvais succès. ......................646 CHAPITRE XXXII. Ayant trait principalement à une conversation intéressante, et aux résultats intéressants de cette conversation.................................................................658 À propos de cette édition électronique.................................675 – 5 – CHAPITRE PREMIER. Introduction générale. Il y avait une fois, dans un coin du Devonshire, un digne gentleman du nom de Godefroy Nickleby, qui avait attendu un peu tard pour se décider à se marier. Comme il n’était ni assez jeune ni assez riche pour aspirer à la main de quelque héritière, il avait épousé, par pure affection, une vieille inclination. La dame, en le prenant, n’avait pas eu non plus d’autre motif. Ce n’est pas la première fois que l’on voit deux personnes, qui ne peuvent pas se permettre de jouer de l’argent, prendre néanmoins les cartes et se faire vis-à-vis pour jouer tranquillement ensemble une partie de pur agrément. Peut-être des esprits chagrins, qui se plaisent à tourner en ridicule la vie matrimoniale, me reprocheront-ils de n’avoir pas plutôt comparé ce couple modeste à deux champions de nos boxes anglaises qui, voyant les fonds bas et les souteneurs rares, aiment mieux, par un goût chevaleresque pour leur art, se mesurer ensemble, pour le seul plaisir de s’entretenir la main. Et je ne puis disconvenir que, sous un certain rapport, la comparaison ne s’appliquerait pas mal ici. Car, de même que les deux héros de la boxe font circuler, après la lutte, un chapeau à la ronde pour recevoir de la générosité des spectateurs le moyen d’aller se régaler ensemble, de même M. et Mme Godefroy Nickleby, une fois la lune de miel disparue, jetèrent autour d’eux un regard soucieux sur le monde, pour envisager les chances qu’il pourrait leur offrir d’ajouter quelque chose à leurs ressources, le revenu de M. Nickleby, au moment de son mariage, flottant entre quinze cents et deux mille francs de rente au plus. – 6 – Il y a bien assez de monde sur la terre, bon Dieu ! Et particulièrement à Londres, où M. Nickleby faisait alors sa résidence, on n’entend guère se plaindre du défaut de population. Eh bien ! on ne saurait croire combien on peut regarder longtemps dans toute cette foule, sans y découvrir le visage d’un ami. Ce n’est pourtant que trop vrai. M. Nickleby en fit l’expérience. Il eut beau regarder, regarder tant, que ses yeux en devinrent aussi tristes que son cœur, pas un ami n’apparut, et lorsque, fatigué de chercher, il ramena ses regards sur son intérieur, il n’y trouva pas grande consolation à ses recherches infructueuses. Un peintre, qui a trop longtemps fixé la vue sur des couleurs éblouissantes, a la ressource de rafraîchir ses yeux troublés en les reportant sur quelque teinte plus foncée et plus sombre, mais, pour M. Nickleby, tous les objets qui s’offraient à ses regards étaient d’un noir si lugubre qu’il aurait été charmé d’y trouver plutôt, au risque d’en être ébloui, quelque contraste éclatant. Enfin, au bout de cinq ans, lorsque Mme Nickleby eut fait présent de deux fils à son époux, et que ce gentleman dans l’embarras, préoccupé de la nécessité de pourvoir à la subsistance de sa famille, songeait sérieusement à aller prendre une assurance sur la vie pour le premier trimestre, et puis à se laisser choir après cela par accident du haut de la fameuse colonne, il reçut un matin par la poste une lette bordée de noir qui l’informait que son oncle, M. Ralph Nickleby, venait de mourir, et lui avait laissé en totalité son petit avoir, montant à la somme de cent vingt-cinq mille francs. Jusque là le défunt n’avait guère donné signe de vie à son neveu. Une fois cependant il lui avait envoyé pour son fils aîné, que, par une prévoyance utile, le père avait décoré du nom de baptême de son grand-oncle, une cuiller d’argent, dans un étui de maroquin. Comme l’enfant n’avait pas grand’chose à manger avec la cuiller, cela pouvait passer pour une moquerie détestable – 7 – de ce qu’il était né sans avoir seulement, à l’usage de sa bouche affamée, cette pièce d’argenterie intéressante. Aussi M. Nickleby, qui n’avait pas été gâté par la générosité du cher oncle, en pouvait croire à peine ses yeux quand il lut la lettre funèbre qui lui annonçait cette consolante nouvelle. Cependant ses informations ne firent que la confirmer avec exactitude. Le bon vieux gentleman avait eu d’abord, à ce qu’il paraît, l’intention de laisser tout son bien à la Société royale d’humanité ; il avait même fait un testament à cet effet. Mais cette institution charitable ayant eu le malheur, quelques mois avant, de sauver la vie à un pauvre parent des Nickleby, auquel il servait une rente de dix-sept francs quarante centimes par mois, il avait, dans un accès d’exaspération bien naturelle, révoqué, dans un codicille, le legs fait à la Société, en faveur de M. Godefroy Nickleby, et il n’avait pas manqué d’y faire une mention spéciale de son indignation, non-seulement contre la Société, qui avait eu la maladresse de sauver la vie à ce malheureux, mais contre le malheureux lui-même qui s’était permis de se laisser sauver la vie par la Société d’humanité. M. Godefroy Nickleby employa une partie de cet héritage à l’acquisition d’une petite ferme près de Dawlish, dans le Devonshire, et s’y retira avec sa femme et ses deux enfants pour y vivre à la fois de l’intérêt le plus élevé que pourrait lui rapporter le reste de son argent, et du petit produit qu’il pourrait tirer de son domaine. Il y réussit si bien qu’à sa mort, quelque quinze ans après cette époque, quelque cinq ans après la perte de sa femme, il put laisser à son fils aîné Ralph soixante-quinze mille francs écus, et à Nicola, son cadet, vingt- cinq mille francs en sus de la ferme, qui constituait une terre domaniale aussi petite qu’on pût le souhaiter. Ces deux frères avaient été élevés ensemble dans une pension d’Exeter. Et, pendant leur sortie de chaque semaine, ils avaient souvent recueilli, des lèvres de leur mère, le long récit des souffrances qu’avait endurées leur père dans ses jours de – 8 – pauvreté, et de l’importance dont avait joui feu leur oncle dans ses jours d’opulence. Ces souvenirs produisirent sur eux des impressions très différentes. Pendant que le plus jeune, qui était d’un esprit timide et contemplatif, n’y trouvait qu’un avertissement sérieux de fuir le grand monde et de s’attacher plus que jamais à la routine paisible de la vie des champs, Ralph, l’aîné, raisonnant sur ces contes d’autrefois si souvent répétés, en tirait la conséquence qu’il n’y a pas d’autre source de bonheur et de puissance que la richesse, et que tous les moyens sont bons pour l’acquérir, pourvu qu’ils ne soient pas précisément criminels. « Ainsi, se disait Ralph en lui-même, si l’argent de mon oncle n’a pas absolument produit grand bien pendant sa vie, il en a produit beaucoup après sa mort ; car c’est mon père qui en profite maintenant et qui me le garde pour plus tard ; n’est-ce pas un but très vertueux ? Et, pour en revenir au vieil oncle, il en a aussi tiré un grand bien, puisqu’il a eu le plaisir d’y penser toute sa vie et d’être un objet d’envie et de déférences respectueuses pour tout le reste de la famille. » Et Ralph ne manquait jamais de terminer ces soliloques intérieurs par cette conclusion qu’il n’est rien tel que l’argent. Trop conséquent pour s’en tenir à la théorie ou pour laisser ses facultés se rouiller, même à un âge si tendre, dans de pures abstractions d’esprit, ce garçon plein d’avenir commença dès l’école le métier d’usurier sur une échelle limitée, plaçant d’abord à gros intérêt un petit capital de crayons d’ardoise et de billes, puis étendant graduellement ses opérations financières, si bien qu’elles finirent par comprendre la monnaie de billon du royaume de la Grande-Bretagne, sur laquelle il spécula avec un profit considérable. Et n’allez pas croire qu’il embarrassât l’esprit de ses débiteurs par des calculs fastidieux en chiffres, ou des concordances avec des tables de Barème. Sa règle d’intérêt était bien simple, elle se résumait dans cette maxime qui valait son pesant d’or : Quatre sols pour deux liards. C’était un adage précieux pour simplifier les comptes, et sa forme familière le rendait plus propre encore à se graver dans la mémoire que – 9 – toutes les règles de l’arithmétique. Aussi nous ne saurions trop le recommander à l’attention des capitalistes, petits ou grands, et plus particulièrement à celle des courtiers de change et des escompteurs de billets. Au reste, il faut rendre justice à ces messieurs, il y a déjà bon nombre d’entre eux qui n’ont pas cessé d’en faire un usage quotidien, avec un succès remarquable. Le jeune Ralph, par le même principe, et pour éviter tous ces calculs minutieux et subtils de décompte et d’appoint, toujours embarrassants pour ceux qui supputent rigoureusement le nombre des jours d’intérêt, avait établi en règle générale que toute somme, principal et intérêt, serait payée le jour où on donne la semaine, c’est-à-dire le samedi, et que pour tout prêt, contracté soit le lundi, soit le vendredi, le montant de l’intérêt serait toujours le même. En effet, il disait, et avec une grande apparence de raison, qu’on doit prendre un peu plus cher pour un jour que pour cinq, d’autant plus qu’il y a de fortes présomptions que l’emprunteur, dans le premier cas, est dans une extrémité plus pressante, autrement il n’emprunterait pas avec de telles chances contre lui. Ce dernier trait a cela d’intéressant qu’il met dans tout son jour le lien secret et la mystérieuse sympathie qui unissent toujours les grands esprits. Quoique maître Ralph Nickleby ne fût pas d’âge encore à avoir pu étudier les règles de l’art, il avait déjà deviné par la force de son génie les procédés des honorables prêteurs dont nous parlions tout à l’heure, qui ne manquent pas de faire servir le même principe de base à toutes leurs transactions. D’après ce que nous avons dit de ce jeune gentleman et l’admiration bien naturelle que le lecteur ne peut manquer de concevoir immédiatement pour son caractère, on pourrait supposer que c’est lui qui sera le héros du livre que nous présentons au public. Pour éviter tout malentendu à cet égard, nous nous empressons de le détromper une fois pour toutes et de passer vite au récit des faits. – 10 –