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Le Petit Chien (Rollinat)

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Maurice Rollinat — Dans les brandes, poèmes et rondelsLE PETIT CHIENCaniche étrange, beau Marquis,Tes poils frisent comme la mousse,Un œil noir aux regards exquisLuit dans ta petite frimousse.Tout fier de ta toison de lin,Toujours ...

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Ajouté le : 22 mai 2011
Lecture(s) : 111
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Maurice RollinatDans les brandes, poèmes et rondels
LE PETIT CHIEN
Caniche étrange, beau Marquis, Tes poils frisent comme la mousse, Un œil noir aux regards exquis Luit dans ta petite frimousse.
Tout fier de ta toison de lin, Toujours vif et jamais morose, Tu vas, tapageur et câlin, Offrant ton museau noir et rose
Ta prunelle parle et sourit Aussi fine que peu traîtresse. Oh ! comme elle est pleine d’esprit Quand tu regardes ta maîtresse !
Ta joie et ton plus cher désir C’est, devant un bon feu qui flambe, De sentir sa main te saisir Quand tu lui grimpes sur la jambe.
Tu te carres svelte et brillant, Et tu fais frétiller ta queue Quand elle te noue en riant Ta petite cravate bleue.
Si tu la vois lire, broder, Ou bien faire la couturière, Tu restes sage sans bouder, L’œil mi-clos et sur ton derrière.
Dans les chambres et dans la cour Tu la suis, compagnon fidèle, Et trottinant quand elle court, Tu ne t’écartes jamais d’elle.
Quand elle veut quitter son toit, Tu la guettes avec alarmes, Et lorsqu’elle s’en va sans toi, Tu gémis, les yeux pleins de larmes.
Mais si tu n’as plus de gaieté Loin de celle dont tu raffoles, Comme son retour est fêté Par tes milles gambades folles !
Sur la table, à tous les repas, Devant ton maître peu sévère, Tu fais ta ronde, à petit pas, Frôlant tout, sans casser un verre.
L’amour ne te fait pas maigrir Près d’une chienne langoureuse ; N’ayant aucun mal pour t’aigrir, Tu trouve l’existence heureuse.
Ton air mignon et goguenard T’obtient tout ce qui t’affriande, Et tu croues unros canard
Après avoir mangé ta viande.
Rien que la patte d’un poulet T’amuse pendant des semaines, Et content d’un joujou si laid, Dans tous les coins tu le promènes.
Bruyant, lorsqu’on te le permet, Calme, lorsqu’on te le commande. Ta turbulence se soumet Sans qu’on use de réprimande.
Aussi ton maître te sourit Avec sa gravité si bonne ; Sa douce femme te chérit. Et tu fais l’amour de la bonne.
Pour moi, que tu reçois toujours Avec des yeux si sympathiques, Je te souhaite de long jours Et de beaux rêves extatiques.
Cher petit chien pur et charmant, De l’amitié vivant emblème, En moi tu flairas un tourment Dès que tu vis ma face blême.
Tes aboiements qui sont des voix M’ont crié : « Courage ! Espérance ! » Et tes caresses m’ont dit : « Vois ! Je m’associe à ta souffrance ! »
Accepte donc ces pauvres vers Que t’offre un poète malade, Et parfois, sur tes coussins verts, Songe à lui comme à ton Pylade.