rendez-vous sous le ginkgo

rendez-vous sous le ginkgo

-

Documents
148 pages
Lire
YouScribe est heureux de vous offrir cette publication

Description

Qu’est-ce qui fait courir Ariane ?
Que fait John, en Chine ?
John, jeune ingénieur américain a quitté sept ans plus tôt Ariane sans la moindre explication… La curiosité de la jeune femme et son quotidien désespérément banal la pousseront à sauter du jour au lendemain dans un avion pour aller rejoindre à Suzhou son ex-grand-amour.
Une étrange affaire va les réunir.
Une aventure qui mêle amour, espionnage, amitié et science nous fait voyager en Chine et en Inde.
« Elle sonna à l’interphone de l’appartement 1257, sans se poser la question de l’heure.
- John ?
- Monte… Je ne te savais pas si matinale… Tu veux un café ?
- Je te réveille ?
- Non… 4 heures du matin, je t'attendais. Alors, Whisky ou café ?
- Café. Je t'accorde cette matinée pour m'expliquer ce qui t'arrive et me convaincre que j'ai eu raison de venir.
- Quelle générosité Sweetie.
- Et cesse de m'appeler Sweetie. »
« Il avait rencontré Luyana un jour où il rentrait voir ses parents. Il l’avait observée alors qu’en vain elle courait en tous sens, essayant de convaincre des foules de femmes illettrées de se rhabiller. Conformément à un ancien rituel ces femmes allaient travailler nues aux champs afin de transformer les nuages en pluie. Luyana ne comprenait pas qu’on puisse encore agir de la sorte. Décidément la place de la femme dans la société, c’était pas gagné pensait-elle, la tête dans les mains, désespérée, quand ce grand jeune homme vint s’asseoir à ses côtés et lui dit en riant que la tradition avait du bon, la couvrant de sa veste alors que l’orage éclatait sans prévenir. »
« - John… John, ils sont là.
- J’arrive Sweetie je suis là moi aussi, arrête-toi au premier étage je t’attends.
Il lui prit la main, sans qu’elle l’ait senti s’approcher, l’emmena vers les escaliers de secours, ils coururent jusqu’au parking, montèrent dans la voiture… Il démarra en trombe.
Ariane avait du mal à reprendre son souffle et ses esprits.
- Je peux pas respirer, j’ai mal au cœur, arrête-toi s’il te plaît, arrête… Vite… Cria-t-elle.
Il tourna dans une petite ruelle, elle descendit précipitamment de la voiture, hurla, les larmes aux yeux. John la prit tendrement par les épaules viens, on rentre. »

Sujets

Informations

Publié par
Publié le 24 avril 2011
Nombre de visites sur la page 1 437
Langue Français
Signaler un problème


















































































Inertie : physique, propriété qu’ont les corps de ne pouvoir,
d’eux-mêmes et sans cause étrangère changer d’état.
Fig., résistance passive à la volonté.

















C’est ridicule. C’est ridicule de vouloir que chaque matin ne ressemble pas au précédent.
C’était un matin comme les autres nourri des mêmes pensées, des mêmes gestes. C’était un
matin comme les autres. Son compagnon et les enfants partis, elle allumerait la radio, étrange
et unique interlocuteur complice de cet immuable quotidien. Longtemps elle avait détesté
l’ordinaire des tâches domestiques. Perte de temps, abrutissement. À présent les gestes
s’exécutaient d’eux-mêmes alors que ses pensées vagabondaient. Elle soutenait même
éprouver une légère sensation d’évasion. Nombre d’idées affluaient sans même qu’elle ait eu
à les convoquer. C’était un matin comme les autres. Elle prêtait une oreille passive aux titres
des informations : chômage en hausse… Quel scoop ! Depuis deux ans qu’elle vivait à Paris,
elle n’avait trouvé que de brefs petits boulots, ce qui l’irritait fortement. Découragée, Ariane
réfléchissait aux deux options qui s’offraient à elle : le viatique du pôle emploi ou l’inertie.
J’opte pour la seconde se dit-elle sans hésitation en s’affalant sur le fauteuil du salon, face aux
baies vitrées à nouveau souillées par le crachin. J’abandonne toute recherche. La vie ne se
réduit pas qu’au travail. Ne peut-on être libre sans travailler ? Elle prétendait ainsi se donner
bonne conscience dans sa démission. Non… Hélas non.
C’était ridicule… C’était ridicule de souhaiter que chaque matin ne ressemblât pas au
précédent. Même la météo, obstinée, ne faisait aucun effort, insignifiante matinée terne de fin
de février. Option inertie. Quand le téléphone sonna elle ne prit surtout pas la peine de se
déplacer, laissa le répondeur faire son boulot. Il n’était pas loin de dix heures quand elle
décida enfin à sortir de sa léthargie. Bonjour. Vous avez… Un… Nouveau message.
Régulièrement quand elle écoutait le répondeur, elle imaginait une tête sans corps qui
s’ingéniait malicieusement à laisser un temps d’arrêt avant d’annoncer le nombre de messages
enregistrés, ménageant ainsi la surprise ; Message… Un : Bonjour…
Silence…
C’est un message pour Ariane…
Silence…
eAriane, peux-tu passer chez moi, 11 rue des Peupliers dans le 13 .
Silence…
Passe please, c’est important.
Fin des nouveaux messages. Son cœur se mit à battre si fort qu'elle faillit s'évanouir. Elle s’appuya dos au mur ; lentement
glissa jusqu’au sol. Instinctivement sa main caressa sa nuque. Elle ferma les yeux quelques
secondes, le temps de reprendre son souffle. Il n'y avait qu'une personne qui prononçait ainsi
son prénom. Tapez trois si vous voulez enregistrer le message… Tremblante, elle laissa
tomber le combiné.
Elle ne savait que faire de cet appel déconcertant. Une foule de pensées se bousculaient,
provoquant une tempête incontrôlable, des souvenirs qu’elle avait résolument chassés de sa
mémoire lui revenaient à l’esprit. Ariane, bouleversée, succomba à des bouffées de chaleur
suivies d’une grande mélancolie qui à son tour fit place au questionnement. Pourquoi l'avait-il
appelée ? Voilà bientôt sept ans qu'elle n’avait pas eu de ses nouvelles, qu’elle ne l'avait pas
revu… Ils s'étaient rencontrés en Asie, lui John l'américain et elle Ariane, une Française.
Sa liste de course dans son sac, elle démarra. Elle repensait à John quand brusquement elle
ebifurqua. Bien qu’agitée elle trouva sans problème l’adresse dans le 13 arrondissement.
C’était un petit pavillon dans une rue tranquille de la Butte aux Cailles. Quand elle avait
rencontré John en Chine il travaillait comme ingénieur pour une firme américaine.
Chanceuse, elle se gara juste devant chez lui, passa le portillon qui grinça fortement. Elle
traversa le jardinet et frappa à la porte.
- John… John… ?
C'est bien la peine de me demander de passer, il n'est même pas là.
- John ?
Personne… Bon allez ma vielle va faire tes petites courses.
- John ?
Ariane tourna machinalement la poignée de la porte qui s'ouvrit. Timidement elle passa la
tête…
- John ?
Puis se décida à entrer… Personne… Quel bordel ! Et dire que j'aurais pu vivre avec cet
homme.

*

Il l'avait prise dans ses bras, serrée si fort qu'elle avait cru qu'il voulait l'étouffer. Puis,
délicatement il l'avait reposée et quand ses pieds avaient touché terre, elle fut prise d'un
vertige qui dura deux ans, huit mois et seize jours. Son sourire la renversait et des frissons courraient sur tout son corps quand il la regardait. Leur premier baiser fut timide et tendre…
Nous étions si jeunes.
- John… Tu es là ?
Bon, décidément, drôle de matinée. Elle avançait bruyamment dans le salon, la chambre…
Son lit… Elle ferma les yeux ; respira profondément ; apprécia la caresse des dernières
particules d’un parfum en suspension. Son regard indiscret se posa sur une statuette qui
éveilla aussitôt d’étranges sentiments mêlant tendresse, ivresse, amour, haine et douleur. Elle
se souvint… Do you want to marry me ? Quoi ?
Sept ans plus tôt, elle n'avait pu répondre autre chose que ce stupide « quoi ? ». Le lendemain
de cette inattendue demande en mariage, elle offrait à John cette statuette à l’intérieur de
laquelle elle avait glissé un mot pour s’excuser et lui donner un rendez-vous trois semaines
plus tard, à son retour de France où elle devait se rendre pour passer son diplôme. Il ne trouva
pas le mot… Ou trop tard, beaucoup trop tard…
La statuette dans son insolente et éternelle jeunesse était là, dans la chambre, spectatrice du
temps, contemplant de ces vingt-deux centimètres la séparation. Ariane la prit, délicatement,
se mordilla la lèvre inférieure, ferma les yeux et se laissa quelques secondes emporter dans le
tourbillon de la mémoire. Elle l’avait trouvée chez un antiquaire chinois, à Shanghai. La digne
courtisane, regard hautain et sourire narquois l’avait immédiatement attirée et séduite. Son
prix comme à l’habitude fut très durement négocié. L’antiquaire, monsieur d’un certain âge,
cheveux teints, certifiait l’authenticité de cette statuette de l’époque Song. Ariane, arguait que
si il s’agissait réellement d’une antiquité elle ne prendrait pas le risque de l’acheter. La
négociation s’animait et le ton montait, attirant comme à l’accoutumée les curieux, passants et
autres commerçants, chacun prenant parti. Ariane adorait ses joutes. À ce stade de la
négociation, il fallait trouver le fragile équilibre dans lequel vendeur comme acheteur ne
perdait pas la face et ainsi que chacun put s’estimer satisfait.

La statuette… Le lit… John. Elle sentit un malaise l’affliger. Sa vie lui sautait brutalement au
visage, l’égratignait. Vie de merde, conformiste, servile, liberticide, comment avait-elle pu en
arriver là ? Elle savait ces pensées excessives, mais aussi stimulantes !
Soudain le portail du jardin grinça… Ariane se dirigea instinctivement vers la fenêtre du
salon, resta une seconde désemparée. Elle chancela… Il ne fallait surtout pas défaillir en le
voyant.
Deux hommes passaient furtivement la porte du jardin. Elle les considéra rapidement. Grands,
baraqués, costumes sombres, cravates vulgaires, chemises blanches et lunettes noires, mine inquiétante, la trentaine. Elle ne savait pas pourquoi, mais elle avait un mauvais feeling. La
statuette en main, elle se dirigea vers la cuisine, ouvrit silencieusement la porte de derrière et
courut dans l’impasse étroite ne sachant ni comment ni quand retourner vers l'avant pour
reprendre sa voiture. Essoufflée, le visage rouge, les yeux gonflés, elle avait eu peur. Et voilà
qu'en plus elle devait aller aux toilettes. Elle reprit son souffle, essaya de se calmer, mit
machinalement la statuette dans son sac. Elle fit le tour du pâté de maison, se dirigea vers le
café qui se trouvait juste en face du pavillon et de sa voiture.
Elle essayait de paraître dans un état normal, commanda un café… Courut aux toilettes. Un
peu d'eau sur le visage, son cerveau se remit peu à peu en marche, elle se demandait pourquoi
cette peur, cette fuite. Après tout il lui avait demandé de passer. Elle se sentait un peu stupide
de s’être ainsi dérobée. Une fois remise de ses émotions, elle prit place derrière la baie vitrée
qui donnait sur la rue, observait attentivement le pavillon. Les deux hommes étaient depuis un
bon moment dans la maison… Que pouvaient-ils bien faire ?
- Vous voulez commander à manger ?
- Pardon ? Quelle heure est-il ?
- 13 heures 30.
- Oh ! Déjà… Non merci… Combien je vous dois ?
- 3 cafés, 6 euros s'il vous plaît.
Un costumé sortit du pavillon et tourna en rond dans le jardin, son téléphone portable à
l'oreille. Mais qu'est-ce qu'ils font ?… Et l'autre où est-il ? Et John que fait-il ? Où est-il ?
- Monsieur… Vous avez des croque-monsieur ?
- Oui.
- En fin de compte je vais en prendre un.
- Comme vous voulez lui répondit le patron du bar avec un fort accent corse.
Elle ne partirait pas tant qu’ils seraient là, sa voiture était garée devant le portillon, la peur
reprenait le dessus et la paralysait.
- Voilà un croque… Ça va la petite dame ? S’inquiéta le patron avec un air bourru.
- Heu… Oui… Merci. Ariane ne savait que répondre elle aurait voulu lui dire : « J’ai
l'impression d'être une actrice de mauvaise série TV. Les flics vont arriver et les loubards
costumés qui visitent la maison d’en face vont s'enfuir… Ensuite on aura les pubs pour faire
retomber la tension, et moi je pourrai tranquillement aller reprendre ma voiture ». Mais
aurait-il compris ? Elle lui sourit pour le rassurer. Il grimaça. Elle considéra ce disgracieux pli
de la bouche comme un signe d’acquiescement. Ce monsieur ne tenait pas à ce que son bar
fasse l’objet d’un quelconque trouble. D’ailleurs, si elle avait prêté une attention plus grande, Ariane aurait pu noter les allées et venues d’ombres qui se faufilaient au fond du bar et
disparaissaient par une porte brune à peine visible. Elle ne remarqua rien de tout cela, elle, à
qui d’ordinaire peu de chose échappait, était trop préoccupée par sa peur et le manège des
intrus dans la maison de John pour repérer le suspect ballet des ombres en fond de salle. Je
suis coincée dans ce bar avec tout ce que j'ai à faire… Oui… Bon, en fait pas grand-chose de
très important. Mais qu'est ce que je fous là ? Même pas le droit d'allumer une cigarette,
même pas capable de réfléchir… À croire que la peur nuit gravement au cerveau. Merde John
si tu n'arrives pas dans les cinq minutes qui suivent je ne veux plus jamais te revoir… Je te
hais… Pourquoi m'avoir appelée ce matin… Pourquoi moi ? Tu dois bien connaître d'autres
personnes que moi, je ne savais même pas que tu vivais à Paris.
Un claquement brutal de portes, des crissements de pneus interrompirent les réflexions
d'Ariane. À bord d'une grosse Peugeot noire, les deux men in black venaient de partir. Elle
sentit sa mâchoire se desserrer et reprit ses esprits. Son croque-monsieur froid sur la table, elle
paya au comptoir, s'enfuit.
L’intérieur sécurisant de sa voiture retrouvé, la musique à fond, elle essayait vainement de se
rassurer.
Arrivée chez elle, toujours furieuse, elle claqua la porte, posa son sac, se précipita sur le
téléphone espérant un semblant d’explication de la part de celui qui avait perturbé sa journée.
Stupide musique toujours trop longue puis : Bonjour, vous n’avez aucun nouveau message.
Menu principal… Elle raccrocha brutalement. Intriguée, elle s'abandonna sur le canapé. Un
bon bain, voilà ce qu'il me faut.
Le tic-tac de son vieux réveil plastique made in China placé sur le lavabo l’hypnotisait et la
précipitait en d’autres lieux. Elle aurait voulu consacrer ce moment de détente au milieu de
l’étrange journée à reconsidérer les événements. Pour cela il aurait fallu garder la tête froide et
ne pas s’égarer mais les souvenirs que le temps n’avait su effacer la submergeaient, aidés par
les vapeurs d’eau chaude qui envahissaient l’espace et sa mémoire. Elle ne put se concentrer.
L’option inertie n’avait pas tenu bien longtemps ! Pour le coup ce matin-là était loin d’être
comme les autres !
Oups… Seize heures il fallait se dépêcher, la routine reprenait le dessus. Les enfants allaient
arriver. Elle enfila un jean, un tee-shirt et sortit du congélateur un plat tout prêt.
Il lui semblait impossible de raconter cette histoire rocambolesque à Olivier, elle se sentait
ridicule. Ridicule d’avoir fui. Sa réaction n'avait-elle pas été un peu excessive ? C'était
vraiment une histoire de dingue ! Quentin et Ethan, arrivèrent en même temps et d'un coup la maison s'emplit de joie, de
discussions diverses, avant de râler pour le principe en allant dans leur chambre faire leurs
devoirs, écouter de la musique et chatter avec leurs copains… Enfin tout cela en ordre
croissant d'importance ! Fils d’Olivier, ils avaient débarqué à Paris et dans la vie d’Ariane en
même temps que ses valises à son retour d’Inde. Bien sûr elle avait consenti à ce qu’ils
habitent avec eux, mais avait-elle eu vraiment le choix ? Leur mère avait épousé une fortune
Russe, « Oh ! Une vie de fou, impossible d’imposer ça aux enfants ». Ils iraient donc habiter à
Paris avec leur père. Et voilà ! Sans l’avoir seulement envisagé, elle dut plus ou moins
s’occuper des deux adolescents.

Ariane écoutait la radio passivement, s'appliquant aux tâches qu'elle n'avait pas voulu
effectuer le matin… Au dîner, chacun y allait de sa journée.
- Et toi Ariane, ta journée ?
Cette matinée inattendue, si riche en émotion semblait à présent surréaliste.
- Super, comme d'habitude, trépidante… Les courses… Elle ne savait comment expliquer qu'à
partir d'un coup de téléphone elle s'était retrouvée premier rôle d'un très mauvais polar. Elle
sourit en pensant heureusement que c'était pas du X !
- Tu as pensé à m'acheter une clef USB ?
- J'ai oublié, désolée… En fait, j’ai pas vraiment eu le temps… Prête à partager son aventure,
Ariane perdit instantanément la parole, prestement coupée par Olivier.
- Demain, je rentrerai tard, je suis invité à une conférence sur…
Voilà, ils discutent entre eux, moi, je n'ai même pas fini de décrire ma journée, de toute façon
ça fait bien longtemps qu'ils font semblant de m'écouter.
Elle n’était pas autrement surprise par leur attitude. Ariane depuis son retour à Paris se sentait
un peu à l’écart. Elle pourrait leur dire que son amant lui avait fait faux bond aujourd'hui
qu'ils compatiraient à son triste sort ! Enfin pour une fois ce comportement l'arrangeait bien,
elle les laissait parler politique, actualité, réchauffement climatique. Sujets de société qu'ils
aimaient bien aborder.
Après son départ de Chine pour Paris, Ariane avait occupé un petit appartement en colocation
edans le 18 arrondissement. Elle travaillait pour une agence de communication qui lui avait
proposé de partir quelques mois pour une mission de consultante à São Paulo auprès d’une
marque qui désirait s’implanter au Brésil… Elle était célibataire, parlait anglais couramment,
assez bien portugais et quittait une colocataire qui entre autres fautes de goût n’appréciait pas
la bossa-nova. A son arrivée au Brésil, elle avait revu Olivier par hasard lors d’une réception d’ambassade à Rio de Janeiro. Il travaillait depuis plus de six mois au sud de Campinas à
l’installation d’une usine de papier.
Elle aima beaucoup le Brésil et aussi Olivier. Il sut l’apprivoiser, elle se sentait bien à ses
côtés. Elle accepta de démissionner pour partager un bout de vie avec lui à Patiala, en Inde.
De retour à Paris, elle n'avait bien sûr plus sa place dans l’agence quittée trois ans auparavant
et elle expérimentait le goût amer de la recherche d’emploi. Pas facile en ces douloureux
temps de crise où mieux valait contenir ses prétentions. Elle avait donc jusque-là accepté
plusieurs petits boulots cependant elle sentait bien son courage et sa motivation décroître.

*

Elle se leva, comme à son habitude en même temps que son compagnon qui préparait
gentiment le petit-déjeuner. Le matin on ne demandait rien à Ariane, elle ne desserrait les
mâchoires qu'après avoir bu deux grandes tasses de café.
Les enfants finissaient de prendre leur douche alors que la radio déversait son contenu
d'information. Tous les jours, Ethan, le plus jeune des garçons lui demandait pourquoi elle
s'acharnait à écouter ce qu'il considérait être de la désinformation. Elle ne savait plus quoi lui
répondre, à bout d'argument auquel elle ne croyait plus trop de toute façon.
Elle commença son ordinaire, le rangement. Tout le monde parti, elle alluma une cigarette,
reprit tranquillement un café. Sa journée de la veille lui revenait tel un boomerang en pleine
tête. Elle décida de retourner voir John.
Son sac cogna la porte. La statuette… Oubliée… Cassée. Elle la sortit délicatement afin de lui
laisser une chance au collage. À l’intérieur, le mot. Quel conservateur, il l'a gardé… Ou il ne
l'a jamais trouvé, pensa-t-elle.
Rendez-vous sous le Ginkgo, je t'attendrai tous les jours à 13 heures pendant une semaine.
Please come.
C'est quoi cette histoire ? Ce n'est pas le mot que j'ai écrit.

*

Afin d’expliquer son déconcertant « quoi ? » comme réponse à une inopinée proposition de
mariage, elle lui avait écrit un petit message, confié à la statuette : rendez-vous à mon retour
de Paris, dans trois semaines dans le jardin de Confucius sous le Ginkgo, c'était à Suzhou en
Chine, à présent ils habitaient à Paris. Il n'a pas osé… Non, me donner un rendez-vous en Chine ? Impossible. Et le visa, il faut déjà quinze jours pour l'obtenir… Bon au moins
vingtquatre heures… D’accord, peut-être moins quand on sait y faire. Et le billet d'avion, il y a
pensé au billet d'avion ? Et puis je ne peux pas partir comme ça… Qu'est-ce que je vais
raconter ?
Alors que les questions se pressaient, ses doigts zélés s'activaient sur le clavier de l'ordinateur
pour trouver un billet pour Shanghai. Elle ne savait pas pourquoi mais elle avait le même
sentiment que lorsqu'elle avait pris la fuite à la vue des men in black et ce please come à la fin
du message l'inquiétait. Elle ne s'était même pas demandée si ce message lui était
effectivement adressé. Pour elle, il n'y avait là aucun doute.
Décidément l’option inertie avait fait long feu. Cependant bien qu’elle ait par dépit choisi
cette option par un jour de déprime, cela faisait quelque temps qu'elle désirait également ne
plus être réduite à une simple spectatrice de sa vie. Une vie où elle ne se reconnaissait plus,
une vie qui passait à suivre Olivier, à laisser de côté ses aspirations, sa liberté, son
indépendance ou la simple ébauche d’une carrière. Elle se sentait fragile au cœur de ces jours
jumeaux à l’infini qui ne faisaient que passer et où il ne se passait rien à force de les subir.
Elle voulait éliminer les craintes et angoisses qui rôdaient au-dessus de ses doutes et
incertitudes. N'était-ce pas le moment de recommencer ? Elle avait peut-être là, avec la
réapparition mystérieuse de John, une occasion unique de faire autre chose, elle ne laisserait
pas le temps à la réflexion de prendre le dessus. D'ailleurs question temps, elle n’en avait pas !

*

18 heures aéroport de Roissy. Olivier avait insisté pour l'y conduire… Elle avait refusé,
malgré tout un peu gênée de les délaisser et partir sans trop donner d'explications, sur un
simple coup de fil. Elle refusa néanmoins qu'il l'accompagne à l'enregistrement. Elle était
toujours très nerveuse à l’idée de prendre l’avion et elle trouvait les adieux toujours trop
déchirants. Olivier l'avait embrassée et rassurée. J'ai beaucoup de chance… Oui, c'est
vraiment l'homme idéal… Elle avait fini par l’admettre tant elle voyait ses copines se pâmer et
rougir d’envie lorsqu’elles le voyaient si prévenant…
Ce n’était pas la peur de prendre l’avion qui la contrariait mais l’idée de devoir passer le
fallacieux portique de sécurité, trompe l’oeil anti-terroriste. Elle trouvait importun de se
soumettre, docile sous peine d’une fouille plus poussée, au passage sur son corps de la
capricieuse machine. Elle n’appréciait pas cet excès d’intimité. Elle prenait pourtant grand
soin de ne rien avoir dans ses poches. Son aversion pour l’avion ne s’arrêtait pas à la sortie de