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Dans leur village Yatou, ils n'avaient besoin de rien. Le Bureau des fournitures fournissait tout. Donnant-donnant, eux, ils entretenaient les machines de la Centrale géante. Centrale qui leur fabriquait tout. Aujourd'hui, le ciel était creux sur les habitants de Yatou. Les lumières d'ologrammes projetées dessus n'estompaient guère le poids que portait la bâche. Queren leva les yeux et sut qu'il pleuvait. Il ne sentait pas la pluie, certes. Y'a longtemps que le Bureau de l'eau douce avait bâché le ciel pour la récupérer, la stocker et la redistribuer. Une armée décérébrée s'était vu confier cette tâche. Elle répartissait les rations d'eau comme autrefois l'avait été le carburant. Chaque habitant recevait juste la quantité jugée nécessaire à le maintenir en vie.Une fois par lune, le distributeur intégré à chaque cellule de sommeil crachait le jeton de douche mensuel. Chacun avait alors quelques cadrans pour dévirusser sa combinaison respirante, étanche aux bactéries, aux radiations, aux champignons. Queren n'avaient rien oublié. Il savait. Sa mémoire n'avait pas enterré les fleurs ni leur parfum, le jus des fruits, le goût du vin, la poussière, les insectes en liberté, les caresses du vent, ses gifles aussi les jours de pluie, les figues sucrées autour des lèvres, la sueur, le corps des femmes et les saisons. La plupart des habitants avient occulté ces perceptions. Elles s'étaient diluées dans un passé si lointain qu'ils n'en rêvaient même pas.

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Publié le 28 novembre 2013
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Langue Français
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Dans leur village Yatou, ils n'avaient besoin de rien. Le Bureau des fournitures fournissait tout. Donnant-donnant, eux, ils entretenaient les machines de la Centrale géante. Centrale qui leur fabriquait tout.
Aujourd'hui, le ciel était creux sur les habitants de Yatou. Les lumières d'ologrammes projetées dessus n'estompaient guère le poids que portait la bâche. Queren leva les yeux et sut qu'il pleuvait. Il ne sentait pas la pluie, certes. Y'a longtemps que le Bureau de l'eau douce avait bâché le ciel pour la récupérer, la stocker et la redistribuer. Une armée décérébrée s'était vu confier cette tâche. Elle répartissait les rations d'eau comme autrefois l'avait été le carburant.
Chaque habitant recevait juste la quantité jugée nécessaire à le maintenir en vie.Une fois par lune, le distributeur intégré à chaque cellule de sommeil crachait le jeton de douche mensuel. Chacun avait alors quelques cadrans pour dévirusser sa combinaison respirante, étanche aux bactéries, aux radiations, aux champignons.
Queren n'avaient rien oublié. Il savait. Sa mémoire n'avait pas enterré les fleurs ni leur parfum, le jus des fruits, le goût du vin, la poussière, les insectes en liberté, les caresses du vent, ses gifles aussi les jours de pluie, les figues sucrées autour des lèvres, la sueur, le corps des femmes et les saisons.
La plupart des habitants avient occulté ces perceptions. Elles s'étaient diluées dans un passé si lointain qu'ils n'en rêvaient même pas. Le Bureau de ressource de personne produisait tout, tout en pilules à l'unité et en éprouvette aseptisée. Passées les odeurs, les saveurs, les
consistances. Terminées les galipettes. Finis le gaspillage et ses déchets engendrés.
Aller et venir dans l'espace du village avait longtemps été une découverte amusée pour Queren. Pas une herbe, pas un mégot, pas un panneau, pas une auto. Parfois, à l'arrêt du tram magnétique, quelqu'un restait fixé à la borne près du portique d'accès. "SLONG". La borne clignotait. Le mec était là, immobilisé par une jambe. Le compteur de la borne déroulait un compte à rebours : celui de la durée de sa fixation.Passé le délai, les électro-aimants libéraient le mec, il était prévenu.
Queren aimait marcher. Dans sa tête, il plantait un arbre à chaque pas. Une image mentale l'arrêta net et le fit bander. Son sexe, relevé comme une corne lui criait sa puissance. Il voyait l'écorce dans laquelle, avant, il avait patiemment gravé un cœur. C'était près d'un lac. A la surface, des lotus s'épanouissaient. " la perfection, cette fleur, sensuelle" l'avait dit. "souveraine, elle s'enracine dans la merde pourtant" l'avait ajouté. Ensemble, ils avaient ri.
Il se dirigeait vers le bureau de ressource de personne. Il demanda à servir aux antennes. L'emploi était dangereux mais considéré. Il avait trois jours pour assimiler les consignes de sécurité. Il rassembla les trois objets personnels qu'il avait eu le droit de conserver : un livre imprimé sur du papier, un couteau pliant, une pochette de sable. Elle lui avait servi à écrire avec le doigt, pour ne pas oublier.Il n'en aurait pas besoin.
Queren partit pour l'entretien des antennes, c'était le matin. Le ciel bâché s'éclairait de rayons orangés vifs et doux à la fois, d'un seul côté. Dans le reste de l'espace encore sombre l'ologramme de la Lune était posé comme un hamac. La connection magnétique l'entraîna rapidement en haut de l'antenne. Delà, il prit une passerelle de raccordement aux tuyauteries. Il sortit de sa manche, son couteau à lame en céramique. Il s'apprêtait à le lancer avec force quand les détecteurs d'actes interdits le repérèrent et l'éjectèrent comme une flèche. Il s'écrasa sur la bâche, l'arme en mains, fermement tenue au-dessus du dernier chakra. La bâche percée s'ouvrit. Noyé de vie, de semence et d'eau. Il riait.
Pas tous ! Certains savaient. Ils se taisaient. Ils craignaient trop la souffrance. Inexorablement, ils occultaient leurs perceptions enfouies.
Leur mémoire avait enterré les fleurs et leur parfum, le jus des fruits, et les insectes en liberté. Terminé, les figues sucrées autour des lèvres. Passé Toutes les reproductions avaient lieu en éprouvette. Finies les galipettes In-vitro pour tout : sentir, goûter, éprouver avait autant de sens qu'un arc-en-ciel pour un aveugle.
L'usage des télécommandes et des écrans miniaturisés rétrécissaient leur champ de vision. La dernière génération portait une évidente atrophie des doigts, des orteils, de la bouche et des organes génitaux. Tout tendait à devenir lisse, uniforme et propret.