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Voyage au Japon

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Voyage au Japon

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Ajouté le : 19 mai 2011
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[1] Gouverneur général des îles Philippines
Première partie
Voyage au Japon Don Rodrigo de Vivero y Velasco
Revue des Deux MondesT.1, 1830 Voyage au Japon
Le morceau suivant que nous pouvons donner commeinédit, puisqu’il n’a jamais été traduit, est extrait d’un recueil espagnol, dont il n’a été imprimé que le premier volume et quelques cahiers du second qui n’ont pas même été publiés. Visitant, en 1823, la précieuse bibliothèque de I’Escurial, nous fûmes assez heureux pour obtenir du Père bibliothécaire l’exemplaire sur lequel est faite la traduction que nous offrons aux lecteurs de ce recueil. Nous prîmes en même temps connaissance du manuscritoriginal donné à cet établissement par le lieutenant-colonel d’artillerie D. Diego Panès.
Le Japon est si peu connu que, bien que les renseignemens que contient ce document aient plus de deux siècles de date, quoiqu’ils soient incomplets même sur les matières qui en sont l’objet spécial, nous avons cru faire une chose utile et agréable en le publiant. Nous avons pensé que l’immobilité de la civilisation dans l’Orient, et particulièrement en Chine et au Japon, n’ayant point cessé, il était présumable que l’état intérieur du pays se trouvait encore tel que le dépeint D. Rodrigo de Velasco, auteur de cette relation. Depuis l’époque où elle fut écrite (1608), la difficulté des rapports avec le Japon s’est accrue par l’expulsion des chrétiens qui eut lieu peu de temps après les évènemens racontés par ce voyageur, quiseulpeut-être, a traversé une partie de cet empire, non-seulement avec la permission du gouverneur, mais encore avec toutes marques d’une protection et d’une bienveillance signalées.
Cette relation est empreinte d’une naïveté de style que nous avons désespéré d’imiter, et qui offre de lus une garantie de la bonne foi et de la sincérité du narrateur. Nous y avons surtout distingué la description vraiment remarquable des cérémonies religieuses des Japonais, et celle des hommages funèbres rendue à la mémoire du dernier empereur. Il ne faudrait cependant pas assimiler D. Rodrigo à un voyageur ignorant et crédule ; il est loin de se laisser entraîner à une admiration irréfléchie. Le langage plein de dignité qu’il adressa au premier ministre pour s’affranchir d’un cérémonial avilissant, et la manière énergique avec laquelle il insista sur l’expulsion des Hollandais, montrent assez que, même après son naufrage et son infortune, le brave gouverneur-général des îles Philippines n’oublia jamais qu’il était le représentant du roi d’Espagne.
Nous avons traduit fidèlement le texte que nous avons craint d’abréger quoiqu’on puisse lui reprocher quelques longueurs ; cette lecture nous ayant vivement intéressé, il nous a semblé qu’en faisant des coupures dans l’original, nous déroberions à nos lecteurs [2] une partie du plaisir que nous avons éprouvé nous-mêmes.
Relation que fait Don Rodrigo de Vivero Velasco de ce qui lui arriva à son retour des Philippines, où il était gouverneur et capitaine-général, et de son arrivée au Japon, contenant des choses très intéressantes.
En l’année 1608, le 30 septembre, fête du glorieux saint Jérôme, eût lieu le naufrage du vaisseaule Saint-François, que je montais à mon départ des Philippines, où je servais Sa Majesté en qualité de gouverneur. Les tempêtes et les tourmentes que j’éprouvai jusqu’à ce moment, furent telles que je ne sais s’il s’est jamais passé dans les mers du Nord et du Sud soixante-quinze jours plus affreux. Mais la fin fut encore plus funeste ; car elle fut le commencement de nouvelles disgrâce. Mon navire s’était brisé sur les récifs qui bordent les côtes du Japon par 35 degrés et demi de latitude, tandis que par une erreur très-préjudiciable consignée dans toutes les cartes marines des voyageurs qui jusqu’alors avaient navigué dans ces parages, cette partie du Japon était placée par 33 degrés et demi. Enfin, par ce motif, ou plutôt parce que telle fut la volonté de Dieu, ce galion se perdit avec plus deux millions de marchandises. Depuis dix heures du soir qu’il toucha, jusqu’au lendemain, une demi-heure après le lever du soleil, tous ceux d’entre nous qui échappèrent à la mort restèrent suspendus aux agrès et aux cordes ; les plus intrépides s’attendaient à périr à chaque minute par la fureur des vagues qui nous enlevèrent cinquante hommes. Dieu jeté sur nous un regard de miséricorde, et permit que la plus grande partie de l’équipage se sauvât avec moi, les uns sur des planches, et les autres en s’accrochant à une portion de la poupe qui se conserva entière jusqu’à ce que la mer l’eût poussée à terre.
Cette plage nous était totalement inconnue, à cause de l’erreur des cartes marines que j’ai rapportée, et nous ignorions si nous étions sur un contient ou sur une île, les pilotes soutenant toujours que d’après la latitude où nous nous trouvions, ce ne pouvait être le Japon. J’ordonnai à deux matelots de monter sur le débris de poupe dont j’ai parlé, et de tâcher de reconnaître le pays. Ils descendirent bientôt après tout joyeux en m’annonçant qu’ils avaient aperçu des champs semés de riz. Cette nouvelle assurait notre subsistance, mais non pas notre vie, puisque nous étions sans armes ni sans aucun moyen de défense, si par malheur les habitans de cette terre se fussent trouvé autres que ce qu’ils furent. Dans moins d’un quart d’heure nous les reconnurent pour Japonais ; ce qui nous causé une grande joie, particulièrement à moi, parce que lorsque j’avais pris possession du gouvernement des Philippines, j’avais trouvé dans les prisons royales deux cents Japonais enfermés pour une cause qui ne me parut pas suffisamment prouvée, et non-seulement je leur donnai la liberté, mais je les fis conduire en sûreté dans leur pays, ce dont l’Empereur s’était montré fort reconnaissant à mon égard ; de sorte que je me persuadai que ce prince n’aurait pas oublié ce procédé de ma part, et je conçus une ferme assurance qu’il me témoignerait sa gratitude dans cette circonstance. Je vis depuis que je ne m’étais pas trompé.
Cinq ou six Japonais, de ceux que nous avions vus, s’approchèrent de nous, et parurent avoir pitié du triste état dans lequel ils nous voyaient, et qui était bien misérable en effet ; car les plus heureux d’entre nous avaient à peine sauvé leur chemise. J’avais dans mon équipage un Japonais chrétien, par le moyen duquel je puis leur demander où nous étions. Ils m’apprirent, en peu de mots, que nous nous trouvions dans le Japon, et à une lieue et demie de leur village nomméYu-Bandavers lequel nous nous acheminâmes. Il faisait un froid d’automne que nous trouvions d’autant plus vif que nous étions très-légèrement vêtus. Nous arrivâmes dans un bourg qui,