Notes sur la végétation au Sahara Soudanais Central - article ; n°261 ; vol.46, pg 270-277

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Annales de Géographie - Année 1937 - Volume 46 - Numéro 261 - Pages 270-277
8 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.

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Publié le 01 janvier 1937
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Langue Français
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Capitaine Y. Urvoy
Notes sur la végétation au Sahara Soudanais Central
In: Annales de Géographie. 1937, t. 46, n°261. pp. 270-277.
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Urvoy Y. Notes sur la végétation au Sahara Soudanais Central . In: Annales de Géographie. 1937, t. 46, n°261. pp. 270-277.
doi : 10.3406/geo.1937.12128
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/geo_0003-4010_1937_num_46_261_12128270
NOTES SUR LA VÉGÉTATION
AU SAHARA SOUDANAIS CENTRAL
(Pl. 1V-VI.)
J'ai décrit dans un article précédent la structure et le relief de
la région envisagée, au Nord de la Nigeria, entre le Tchad et le Niger.
Les observations que j'y ai faites sur la végétation sont résumées ici par
une série de cartons (fig. 1-2), qu'un bref commentaire suffira à éclai
rer. Je rappellerai que les pluies, pour autant qu'on puisse préciser
d'après des séries datant de 1922 en général (et pour quelques postes
de 1927 ou 1931), diminuent du S au N, plus rapidement du côté du
Tchad où N'guigmi ne reçoit que 200 mm., plus lentement à l'Ouest
où Tillabéry (sur le Niger, à la même latitude que N'guigmi) enre
gistre plus du double (500 mm.) (fig. I, A).
Une trentaine de plantes caractéristiques ont été choisies pour en
tracer les limites1. L'habitat de la plupart dépend seulement des
chutes d'eau et dessine des contours très suffisamment nets, les pre
miers individus rencontrés ne font qu'annoncer de quelques dizaines
de km. le gros. La limite a donc pu être tracée en notant sur mes it
inéraires les premiers exemplaires observés en venant de l'extérieur
de la zone, c'est-à-dire du N presque toujours2. Quelques exceptions
seront exposées plus loin.
Certaines plantes, pourtant de première importance, ne sont pas
représentées. C'est que leurs limites N et S ne se trouvent pas dans le
cadre choisi. Ainsi les talhas, Acacia fasciculata (tg. : tamat) et Acacia
set/al (tg. : ajagag) (bloqués tous les deux en haoussa sous le nom de
kandili). Ces deux mimosées se retrouvent aussi loin vers le N qu'une
très légère trace d'humidité leur permet de vivre. La première est essen
tiellement l'arbre saharien ; l'autre, au Soudan central, la suit très
loin au N et ne semble diminuer d'importance (sans disparaître tout à
fait) que vers le 18e parallèle. J'ai également observé partout Callo-
tropis procera (haoussa : lounfaji) (pl. IV, C). Barth le signale égal
ement à Iférouane dans le Nord de l'Aïr ; individus rares sans doute,
mais qui empêchent de fixer une zone d'habitat normal à cette plante.
J'ai négligé intentionnellement les plantes cultivées. La limite
ï. N'étant nullement botaniste, je me suis servi pour les identifier de : Chudeav,
Sahara soudanais, Paris, 1911, et J. M. Dalziel, Л Ilausa botanical vocabulary, sauf
pour les mimosées, pour lesquelles j'ai naturellement suivi la nomenclature de A. Che
valier, Revision des Acacias du nord, de Г ouest et du centre africain (Revue de Botanique
appliquée et d'agriculture coloniale, 1928, janvier et mois suiv.). Pour quelques plantes,
une fiche égarée m'oblige à ne donner que les noms haoussas.
J. Pour la ligne N'guigmi-Bilma, j'ai reçu du Cape 1. С Bouillie, des renseigne
ments précieux ; pour le Ténéré, j'ai utilisé quelques documents d'archives et. pour
l'Aïr Nord, quelques renseignements indigènes recueillis plus au Sud. Annales de Géographie. № 261. Tome XLVI. Pl. IV.
A. AVANCÉE SAHARIENNE AU SUD-EST DE L'AIR (NORD DE TAGUEDOUFAT).
Touffes de Comulaca monocanlha et Penniselum didiolomum,. Un pied d'Acacia fasciculata.
B. « ACACIA SCORPIOIDES ». MARE DE TAZA (ADER NORD).
С « CALLOTROPIS PRO CERA ».
Clichés Y. Urvov. LA VÉGÉTATION AU SAHARA SOUDANAIS CENTRAL 271
N des champs de petit mil (culture par excellence de ces régions)
coïncide avec celle des plantes sahéliennes, bien que cette graminée
puisse pousser bien plus au N (j'ai vu, dans l'Azaouac, par 18° N, de
beaux pieds de mil poussés après quelques bonnes pluies d'après des
grains tombés des sacs de nomades).
C'est à l'intervention humaine que sont dus les Ficus et Tama-
rindus indica, très recherchés sur les places de villages pour l'ombre
dense qu'ils donnent aux flâneries des vieillards, et qui pour cette
raison ont été souvent plantés au Nord de leur habitat naturel ; de
même le fromager, Eriodendron orientale (haoussa : rimi), propagé
souvent par l'Européen.
Pour le baobab, dont je donne cependant une limite approchée
(fig. 2, E), il me semble que l'homme a aussi joué un grand rôle. Sauf
dans quelques coins du Dallol Maouri, de la vallée de la Sirba, près
de Konni, etc., on n'en trouve que des individus isolés, et générale
ment très vieux. Beaucoup se trouvent dans des villages ; les autres
me semblent marquer d'anciennes agglomérations abandonnées.
Dans la vallée de la Mekrou, totalement déserte depuis des siècles à
cause des tsés-tsés, ces arbres m'ont souvent servi à découvrir de loin
dans la brousse des emplacements d'anciens villages, que des scories
de forgerons et d'abondants débris de poteries confirmaient toujours
surplace. Dans les vallées de la Sirba, du Dibi-béri (Pays gourma), etc.,
il en a été très souvent de même. Je pense donc qu'il faut attribuer
dans la plupart des cas à l'intervention humaine les pieds de baobabs
qu'on trouve vers la limite N.
Graminées sahariennes et graminées soudanaises (fig. 1, В). — Le
had, Cornulaca monocantha (tg. : tazoura), et Shouwia arabica (tg. :
allouât) sont deux plantes sahariennes très caractéristiques. Leurs
limites méridionales sont très nettes, surtout pour le had, plus r
épandu. Le retour de cette plante au Sud-Est de l'Aïr est intéressant
et souligne vivement l'inflexion des limites de végétation, suivant
celle des isohyètes, vers le Tchad (pi. IV, A).
Je n'ai pu donner la limite d'une graminée saharienne très répan
due : Pennisetum dichotomum (ar. : Bourekba ; tg. : afazo), qui domine
sur une bande de 200 km. au Sud de la limite du had, mais se retrouve
encore, mêlée aux graminées soudanaises, jusqu'au 15e parallèle, et
parfois plus au S sans qu'il soit possible de définir les contours de son
habitat.
Comme graminées de la steppe soudanaise, j'ai choisi le cram-
cram et le gamba (ha.), Andropogon guyan. L'intérêt du premier,
prédominant dans la steppe et bien connu des voyageurs pour ses
graines armées de crochets aigus, est que sa limite N double à très
peu près le contour S de l'habitat du had et dessine ainsi avec 200 300 Кг Iférouane 100
Bilma (22)
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200 300 Km. Iférouane
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I NIGER I A
Fig. 1. — Sahara soudanais central : courbes de pluviosité (A) et extension
DES GRAMINÉES SAHARIENNES ET SOUDANAISES (B) ET DES ARBRES CARACTÉRIS
TIQUES de la steppe soudanaise (C). — Échelle, 1:15 000 000.
A. Hauteurs de pluie, en mm. — B. 1, Limite S de Shouwia arabica (allouât) ;
2, limite S de Cornulaca monocantha (had) ; 3, limite N du cram-cram ; 4, limite N
û'Andropogon guyan. ; 5, Euphorbia balsaminifera ; 6, Leptadenia spartum ; 7, fron
tière du Soudan. — C. Limites N des espèces suivantes : 1, Zizyphus lotus (magaria) ;
2, Balani es aegyptiaca (teboraq) ; 3, Acacia scorpioides ; 4, A. Senegal (verek) ;
5, A. verugera ; 6, A. albida (gao) ; — 7, frontière du Soudan. z O /y £ SAHELIENNE Tillabery
Fig. 2. — - Sahara soudanais central : extension d'arbres et arbustes a peu
plement DENSE (D) ET D'ESPÈCES A PEUPLEMENT PLUS LACHE (E), ET GRANDES
zones végétales (F). — Échelle, 1 : 15 000 000.
D. 1, Limite N et, 2, peuplements denses de Balsamodendron africanum ; 3, peu
plements denses d'Acacia seyal ; 4, peuplements denses d'Hyphaena thebdica (palmier
doum) (1, 2, 3 : Goulbis n'Maradi, n'Kaba du Sud et n'Kaba du Nord) ; 5, Zone à Sal
vadora persica ; 6, hyphènes isolés ; 7, Salvadora persica isolés ; 8, frontière du Sou
dan. — E, Limites des espèces suivantes : 1, Zirka ; 2, Bauhinia reticulata ; 3, Combu-
tum raimbauli ; 4, Baobab ; 5, Caïlcedrat ; 6, Kapokier ; 7, Karité ; 8, Rônier ; 9, Pal
mier ban ; — 10, frontière du Soudan.
ANN. DE GEOG. XLVIe ANNEE. 18 274 ANNALES DE GÉOGRAPHIE
précision la frontière des zones végétales saharienne et sahélienne.
Pennisetum dichotomum, graminée saharienne, déborde largement
(400 à 500 km.) sur la zone à cram-cram.
Mimosées. — Ce sont, comme on sait, les arbres caractéristiques
de la steppe soudanaise. La figure 1, C, représente les limites de
presque toutes les espèces dans la colonie du Niger, excepté Acacia
fasciculata et Acacia seyal pour la raison donnée plus haut.
Acacia Senegal (tg. : tazéy ; ha. : dokwora) a, lui, une limite N assez
nette. Autant que j'ai pu l'observer, cet arbre se trouve très rar
ement sur sol sablonneux, mais recherche les terres argileuses, soit
les surfaces des grès argileux dénudés, soit les fonds de cuvettes. Bien
qu'assez dense quelquefois (Sud-Ouest de Tillabéry, Nord de Filingué,
Sud-Ouest de Bagam, Sud de Tillia, Nord-Ouest du Koutouss, etc.),
il ne forme jamais de peuplements homogènes compacts comme
A. seyal par exemple.
A. albida (ha. : gawo ; tg. : ateuss) est plus méridional encore. II
ne recherche pas les endroits humides, mais, dès son apparition, se
montre isolément sur les plateaux et les dunes fixées.
A. verugera (ha. : fara-n-kaya, « épine blanche ») a, à peu près,
la même limite, mais c'est nettement un arbre des fonds très humides.
Dans toute l'aire qu'il occupe entre le 13e et le 15e parallèle, il marque
toujours des mares d'hivernage. Une autre observation est à faire à
son propos : il est éminemment calcicole. Je ne l'ai observé qu'au
Sud-Est des marnes de l'Azaouac (région d'Efeinateuss), dans les
calcaires de l'Ader, entre Zinder et Gouré dans des terrains primaires
(gneiss et granites) et dans la vallée du Niger, aux endroits où le subs
trat primaire, partiellement calcaire, apparaît. Je ne l'ai, au con
traire, jamais rencontré dans les grès argileux acides, soit du Tegama,
soit du Moyen-Niger. Pour ceux-ci, la chose est particulièrement frap
pante. Il suffit de suivre la route Tillabéry- Niamey-Dosso-Konni,
pour le voir disparaître à Sorbo-Haoussa, quand on monte sur le pla
teau des grès tertiaires, et ne le retrouver qu'à l'Ouest de Bazaga, à
25 km. avant Konni, où il forme de très beaux bosquets denses et
fournis, exactement à l'endroit où l'on quitte les terrains du Moyen-
Niger pour les calcaires de l'Ader.
A. scorpioïdes (ha. : bagaraoua ; tg. : tiggert) recherche aussi, mais
moins rigoureusement, les fonds humides. La limite N en est assez in
décise, car des exemplaires isolés peuvent se trouver assez loin de ce
qu'on peut considérer comme les peuplements normaux. Get arbre,
comme l'ont noté souvent les voyageurs, donne à toutes les mares
d'hivernage leur aspect caractéristique. La planche IV, B, en donne
un bon exemple courant. La limite portée sur la carte est donc approxi
mative. Au SE, il ne se trouve (mais en peuplements assez denses) Annales de Géographie. № 261. Tome XLVI. Pl. V.
Л. — - BROUSSE A « BALSAMO DENDRON AFRIČANŮM ». TEGAMA CENTRAL.
Saison humilie.
BROUSSE A « ACACIA SEYAL » TEGAMA OUEST. GRAND TODESS.
Touffes espacées de Pennisetum dichotomiím.
Clichés Y. Vrvoy.