14 pages
Français

ARTS N° 570 du 30 mai 1956

-

Obtenez un accès à la bibliothèque pour le consulter en ligne
En savoir plus

Description

Faites un retour en arrière avec le journal intégral de l'édition du magazine "ARTS N° 570" et admirez des années plus tard les grandes actualités importantes de ce jour du 30 mai 1956.
Nous vous proposons de découvrir en une de ce journal datant de 1956, les sujets inoubliables des grands titres à la une de cette l'époque :
-LE 350EME ANNIVERSAIRE DE REMBRANDT EN HOLLANDE
-UN GRAND ECRIVAIN N'A PAS DE SCRUPULES PAR W. FAULKNER.

Sujets

Informations

Publié par
Publié le 30 mai 1956
Nombre de lectures 21
EAN13 3607910116998
Langue Français
Poids de l'ouvrage 25 Mo

eLE 350 ANNIVERSAIRE DE REMBRANDT EN HOLLANDE (page 14}
i
'L Spectacles I
\
140, faubourg Saint-Honoré. - ELY. 21-14 P u 3 0 ma i a u 5 juin 1956 - N° 570 . - Prix : 5 0 francs .
UN GRAND ÉCRIVAIN N'A PAS DE SCRUPULES
par William FAULKNER
Nous publions en exclusivité F. — Aucun de nous n'a réussi F. — La seule responsabilité de faire monte r sa tension et de lui
une grande interview de Wil- à égaler son rêve de perfection. l'écrivain concerne son art. Si donner pendant plus de temps
liam, Faulkner qui parait Aussi nous jugerai-je sur la splen- c'est un bon écrivain, il sera com l'impression qu'il est une victime
d'autre part en langue an- deur de notre échec à réaliser plètement dénué de scrupules. Il injustement traitée. D'après mes
glaise dans « The Paris Re- l'impossible. A mon avis, si je porte un rêve en lui. Ce rêve le observations personnelles, les
choview ». Pour la première fois, pouvais récrire mes ouvrages, je tourmente â tel point qu'il doit ses indispensables dans l'exercice
le grand romancier explique suis convaincu qu'ils seraient s'en débarrasser. Il n'aur a de re- de ma profession sont le papier,
avec une grande sincérité Les meilleurs. C'est là la condition la pos qu'à ce prix. Tout sera jeté le tabac, la nourriture et un peu
conditions qui lui semblent plus saine pour un artiste, c'est par-dessus bord : honneur, fierté, de whisky.
nécessaires à la carrière d'un pour cette raison qu'il ne cesse de décence, sécurité, bonheur, touti
m J. — Du Bourbon, je crois. écrivain. travailler et de se remettre à l'ou- pour que le livre soit écrit jus- c vrage. A chaque fois, il croit réus- qu'au bout. Si un écrivain se voit
Le journaliste. — M. Faulkner, F. — Non. J e ne suis pas si dif-sir pleinement. Evidemment, il obligé de voler sa propre mère, il
vous avez déclaré, il y a quelques ficile que ça. Entre du scotch et n'y parvient pas, c'est pourquoi je n'hésitera pas. L'Ode à une urne
temps que vous n'aimiez pas les rien, je prendrai du scotch. dis que cette condition est favo- grecque vaut bien toutes les
vieilinterviews ? rable. S'il réussissait, s'il égalait les dames du monde. m
l'œuvre à la vision de l'œuvre, il Faulkner. — La raison pour la -
n'aurait plus qu'à se trancher la J. — Alors, l'absence de sécu-quelle je n'aime pas les interviews,
gorge... Je suis un poète raté. Il rité, de bonheur, d'honneur pour-c'est que je parais réagir violem- Un crayon est possible que chaque romancier rait être un facteur important de men t aux questions personnelles.
veuille d'abord écrire de la poésie, la faculté créatrice de l'artiste ? Si ces questions concernent mon
s'aperçoive qu'il ne le peut pas, et travail, je m'efforce d'y répondre.
F. — Non. Us n'ont d'importance s'essaye dans le conte, la forme la Si elles me concernent , j'y ré - et du papier que pour sa paix intérieure et sa plus exigeante après la poésie. Et ponds ou je n'y réponds pas, mais,
satisfaction et l'art ne s'occupe ni échouant également dans le con-dans le premier cas, si vous me de l'une ni de l'autre. te, il finit par écrire des romans. posiez demain la mêm e question, J. — Et l'indépendance
économ a réponse serait peut-être dif- mique ? Est-elle indispensable à J . — Quel serait le meilleur
caférente. l'écrivain ? dre pour un artiste ?
J. — Parlez-moi de vous en tan t F. — Non, l'écrivain n'a pas be-La formule F. — L'art ne s'occupe pas non qu'écrivain. soin d'indépendance économique.
plus du milieu ; en ce qui me Tout ce qui lui faut, c'est un F. — Si je n'avais pas existé, concerne, la meilleure situation crayon et du papier. A ma con-quelqu'un d'autre aurait écrit qu'on m'ait jamais offerte, c'était du grand naissance, cela n' a jamai s rien me s œuvres, ou celles de Heming- celle de patron de bordel. A mon valu à un écrivain d'accepter une way, de Dostoïevski, de nous tous. avis, c'est le cadre parfai t pour aide pécuniaire. Le bon auteur ne La preuve, c'est qu'il y a au moins un artiste. Il jouit d'une liberté s'adresse jamais à une fondation. trois homme s susceptibles d'avoir économique totale ; il est délivre romancier Il est beaucoup trop occupé a écrit les pièces de Shakespeare. de la peur et de la faim ; il a un écrire. S'il n'est pas,, de premier L'important, c'est que « Hamlet » toit au-dessus de sa tête et rien à J. — Existe-t il une formule qui ordre, il se trompe lui-meme en e t « Le Songe d'une nuit d'été » faire qu'à tenir quelques comptes permette d'être un grand roman - disant qu'il manque de temps ou existent, ce n'est pas de savoir qui faciles e t à aller payer la police cier ? d'indépendance économique. Une f les a écrits. L'artiste n'a aucune locale une fois par mois. Pas de bonne œuvre d'art peut naître importance, c'est ce qu'il crée qui F. — 99 pour cent de talent... bruit pendant la matinée, c'est-à- chez dès voleurs, des bootleggers a de la valeur, puisque tout a été 99 pour cent de discipline... 99 pour diré le momen t où on travaille le ou des maquignons. Les-gens ont dit. Shakespeare, Balzac, Homère cent de travail. Il ne doit jamais mieux. Assez de monde le soir, s'il peur de découvrir le degré de Ont tous traité à peu près les mê- veut s'y mêler, pour ne pas crain être satisfait de ce qu'il fait. Il pauvreté et d'adversité qu'ils sont me s sujets et s'ils avaient vécu fau t toujours viser plus hau t dre l'ennui. Et il a un certain capables de supporter. Ils ont peur mille ou deux mille an s de plus, standing dans la société. Il n'a qu'on ne peut atteindre. Ne cher- de découvrir combien ils sont ca-les éditeurs n'auraient eu besoin chez pas à être simplement meil- rien à faire parce que Madame pables de résister à la souffrance. de personne d'autre qu'eux. tient les livres. Tous lr habitants leur que vos contemporains ou Rien ne peut détruire le bon écri
prédécesseurs — essayez de vous de la maison sont des femmes qui vain. La seule chose susceptible J. — Mais s'il semble que tout surpasser vous-même. Un artiste le respectent et l'appellent Mon de le modifier, c'est la mort. Les ait été dit, la personnalité de l'au- est un être poussé par les démons. sieur. Et tous les bootleggers du bons écrivains n'on t pas le temps teur n'a-t-elle pas son impor- Il ignore pourquoi ils l'ont choisi voisinage l'appellent aussi Mon- de s'occuper de . considérations tance ? sieur. Quant à lui, il appelle les et il a trop à faire pour s'en préoc telles que le succès où la fortune.
policiers par leur prénom. Oui, le cuper. Il est complètement amo-F. — Si, pour lui-même. Tous Le succès est femme. Si vous
ramseul milieu dont l'artiste ait be-ral en ce sens qu'il volera, em-les autres devraient être assez in- pez devant lui. il vous piétinera
pruntera, mendiera afin de me- soin est celui qui lui procure la téressés par son œuvre pour Si vous le menacez du revers de
tranquillité, la solitude et le plai-ner son travail à bien. n'attacher aucune valeur à son in- votre main, alors peut-être ram -
J. — Entendez-vous par. là que sir sans qu'il ait à dépenser trop. dividualité. pera-t-il devant vous.
Le milieu qui- ne lui convient pas l'écrivain doive être
complèteaur a simplement pour effe t de J . — Et vos contemporains ? ment sans scrupules ? Suite en page 7
L'acte II du Lac des Cygnes, tel que nous le verrons dansé par l es Ballets Soviétiques au
Théâtre du Châtelet, du 12 juin au 12 juillet. HENRI DE RÉGNIER
ET MA JEUNESS E Bonjour M. PICASSO
par Roger PEYREFITTE
par Jacques LAURENT
« Traité de style », qui avait pour nage, mais il brûla l'étape et la rénées, appelée Saint-Christau — OUTE notre vie tient à un
auteur Mgr Grente, aujourd'hui cousinerie. petit nombre de rencontres charmante localité que je revois
cardinal et académicien. De plus, T et celles de notre prime encore, avec son minuscule casino Le collège ne m'avait fait con- J'y repensais devant le Picasso A semaine dernière, Mme F.-notre intelligent professeur de tions apparentes du pari, per-et un étang où voguaient des-cy-jeunesse sont les plus décisives. A naître que le poète : il me restait M. Albérès, a soutenu en de Clouzot. Si ce film démontre françai s nous lisait parfois des e sonne n'y- croit vraiment ». l'âge où mes petits succès en com gnes, au pied de montagnes ver- à découvrir le romancier. Le XVII L Sorbonne une thèse sur Le quelque chose, c'est que le cinéma extraits de poètes modernes qui position française me donnaient doyantes. A l'hôtel, un personna- et le XVIII' siècles étan t alors mes Naturel chez Stendhal (Editions n'arrive guère à donner une le- Bien sûr. Il n'est plus question ne figuraient pas dans les « Mor-l'espoir, comme à tout collégien ge attira mon attention "a r son amours, j'en trouvai un écho fi- Nizet). Elle y montre cette passion çon de naturel à l'expression artis de croire vraiment à ce que le ci-ceaux Choisis » de l'abbé Desgran-dan s ce cas, de devenir homm e de grand air, son monocle, ses mous- : dèle dans ses roAians : Les Ren- illimitée de Stendhal et aussi tique. On s'est moqué du Bonjour néma ou la photographie nous ges, et j'avais été séduit par lea taches gauloises, son chapeau de lettres, le fait d'avoir rencontré contres de M. de Bréot m'attirè- cette• passion du. détail qui carac M. Courbet, ori a tort de ne pas se présentent comme des témoigna-beaux vers mystérieux des Jeux Henri de Régnier affermit certai- paille, d'une élégance inconnue rent, comme si elles avaient térisent les beylistes. moquer, quelque admiration qu'on ges. On invoque pour nous inté-rustiques et divins et par la ravis-nemen t ma future vocation. dans nos provinces. Je crus dé- quelque chose à voir avec notre ait pour les deux protagonistes, resser le vrai, le naturel, il n'est sante odelette : faillir, quand on me dit que rencontre ; La Double maîtresse Ce sujet s'imposait. Nul écrivain L'été de mes quinze anSyj'ac - de ce Comment allez-vous M. Pi- question que de sophistiquer. Mais c'était « M..Henri de Régnier, de Un petit roseau m'a suff i me fit rêver à « Galandot le Ro- n'a donné au naturel la place que compagnai mon père qui allait casso ? Et vous-même, M. Clou- de sophistiquer à travers des ap-l'Académie française ». main » ; La Pécheresse, au jeune iui a donnée Stendhal fet avec faire une saison dan s une petite Pour faire frémir l'herbe haute... zot ? pareils mécaniques qui sont
senPalamède d'Escandot, plus qu'à lui Saint-Simon et Proust). Ils ne J'avais appris son nom -'ans un station thermal e des Basses-Py- sés ne pouvoir mentir. Maintenant, c'est le poète lui- Mme de Séguiran ; \Le Bon plai- l'entendaient pas au sens de ce
même qui était devant moi, vi- sir, bon plaisir. qui revient au galop ni dans l'ac- Il n'est pas plus question d t vante incarnation de la poésie, de ception de Rousseau et Mme F.-M. croire au Picasso de Clouzot, qu'à la gloire, du monde parisien, de Entre temps, j'avais quitté les Albérès recherche autan t chez les' l'accident de montagne du docu-Le trioi cette Académie française pour la- bons pères — je veux dire qu'ils philosophes du XVIII' siècle que mentaire sur le mont Blanc, qu'à quelle tout élève des bons pères m'avaient prié de les quitter — et Conseil de Rédaction dans la vie privée de l'auteur les la photo de la star qui a été « sur-est pénétré de respect. je faisais ma philosophie au lycée sources de cet engouement. C'était prise » en train de faire elle même de Foix, où l'un de mes cousins la pour Stendhal un idéal où il mêle • Nou s tenon s ô précise r qu e le télégramm e attribu é pa r Françoi s Truffau t son café ou de pleurer à la lecture Fort de m a jeune admiration, du faux-vrai professait. J'avais un an de plus la grâce, le bonheur d'expression à Mauric e Lehmann . (voi r Art s n ' 568 ' étai t puremen t imaginaire , Fronçoj s je liai connaissance. L'accueil fut de son prochain scénario. et, partant, plu? d'audace. J'avais et d'attitude, une parfaite adapta-Truffau t s'étai t livré là à un e plaisanteri e regrettabl e Qu e M . Mauric e courtois, mais un peu distant. Le aussi plus de lioirtr, Je l'employai tion à la vie sociale, mais aussi Alors puisque les techniques de Lehman n veuill e bie n nou s excuser . grand homm e était là pour se re- à renouer, c • loin, avec celui qui Certains critiques, en dépit de une aisance à se dépasser et lais la véracité ne rêvent que du men-poser. Si je ne me souviens vas • Arts , sou s le patronag e duque l étai t placé e la Nui t d e la Poési e donné e figurait, encore que d'une ma- leur délire approbateur, ont été ser aller certaines impulsions pas- songe. revenons donc paisiblement de ce qu'il put me dire, j'ai gardé le lund i 2 8 a u théâtr e Sarah-Bernhard t pou r dote r u n pri x destin é à u n nière fugitive, à la. tête de mon sensibles au manque de naturel de sionnées. à 1 art qui ne ment, lui, que parce le quatrain qu'il me donna comme jeun e poète , n e peut , cett e semaine , donne r u n compt e rend u d e cett e palmarès intellectuel et social. ce film. M. André Bazin, lui-même, qu'il traduit, et ne traduit que autographe et qui débutait ainsi : manifestation . En effet , lé journa l étai t sou s press e alor s qu'ell e s e déroulait . « Cher monsieur, m'écrivait il. (ce Si Stendhal a pris parti pour a observé : « Par exemple, a parce qu'il veut durer. Et de ce Le vrai sage est celui qui fonde « Cher monsieur » au jouvenceau les romantiques (dont il était si • Un e grand e intervie w exclusiv e d e Willia m Faulkne r (pag e I) . cause du côté exercice de virtuo- pas je vais à la Nuit de la poésie. sur le sable... de seize ans que j'étais, me rem- loin) contre les classiques ce fu t sité. performance du peintre, qu'il Parinaud a eu l'idée d'associer la • Patric e d e L a Tou r d u Pi n pass e d e la poési e o u théâtr e (pag e 3) .
Je ne sentis pas le léger ridl plissait d'orgueil), j'ai reçu votre un peu parce que le classicisme, est loisible de trouver indécent ou poésie à la chanson. Et c'est, en • L'oratori o d e Jolive t pou r le 500 " anniversair e d u procè s d e réhabili - cule de cette citation destinée à charmante lettre et votre aima - ce qu'il était devenu au début du anecdotique ». Et M. Robert Be- effet, une évidence que la chan -tatio n d e Jeann e d'Ar c (pag e 41 . un petit jeune homme qui songe ble envoi qui me fait grand plai- XIX' siècle, lui semblait le premier nayoun. après avoir relaté les sus- son d'aujourd'hui se substitue a
• Me s Histoire s d u pôle , pa r Paul-Emil e Victo r (pag e 6) . à fonder sa propre existence. J'es- sir. Je garderai avec soin cette ennemi de ce naturel. Sans doute penses du film, où le metteur en ia poésie dans la mesure où elle
pérais qu'en regagnant Paris, image de mon jeune et sympathi- aurait-il été intéressé par le dé- scène s'ingénie pour cause de pel-• Suit e d e l'enquêt e d e Gilber t Gann e : Qu'as-t u fai t de ta jeuness e ? aime le naturel, Pourquoi
aimel'académicien s'arrêterait à Alet, que lecteur ». veloppement de la photographie licules ou de témps, à tirer de Pi Cett e semoin e : Les Intellectuel s antifasciste s (pag e 81 . t-elle le naturel ? Parce que
comoù nous habitions. Il avait de» et du cinéma comme form*" casso un tableau en cinq minutes, • 350 " anniversair e d e la naissanc e d e Rembrand t (pag e 14) . me Stendhal elle s'adresse à des
cousins Hérédia dans notre voisi- Suite en page 7 • d'expression du naturel. reconnaît : « Quant aux condi- âmes sensibles.