« La fin des journaux et l'avenir de l'information »

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La fin des journaux
et l'avenir de l'information »
par Bernard Poulet, collection Le Débat, éditions Gallimard, janvier 2009
Introduction
Aux Etats-Unis le thème de la fin des journaux et les interrogations sur la survie du
journalisme d'information font partie du débat public depuis plusieurs années. En France,
on pourrait dire que la question de la disparition de la presse écrite d'information est un
nouveau débat interdit. L'attitude de déni ne concerne pas la seule presse ; on l'a
constatée avec les économistes et les responsables politiques face à la crise financière et
économique. En France, l'octroi de quelques nouvelles aides étatiques n'arrangerait rien
au déclin de la presse écrite. Malgré ces aides qui représentent déjà 10 % du chiffre
d'affaires des quotidiens payants, ceux-ci sont quand même presque tous déficitaires. La
France manque, dit-on, de grands groupes de communication. Mais c'est justement parce
qu'il y a de tels groupes, cotés en Bourse et condamnés à produire de la valeur pour
l'actionnaire, que la presse américaine meurt, soumise à une pression constante pour
l'accroissement de sa rentabilité. En revanche, bien que rencontrant eux aussi de graves
difficultés, les plus grands journaux du monde, le
New York Times
, le
Washington Post
, le
Guardian
ou le
Frankfurter Allgemeine Zeitung
n'appartiennent pas à de grands groupes
de communication multinationaux, ni à des industriels vivant de contrats publics. Les
groupes de presse de la plupart des pays européens sont d'abord nationaux, et les
tentatives d'internationalisation (Berlusconi ou Bertelsmann) n'ont pas toujours réussi.
La confusion entre ce que l'on a pris l'habitude d'appeler des «médias» et les organes
d'information contribue à embrouiller les diagnostics. Si l'on est pas tellement inquiet pour
la survie du
Journal de Mickey
ou de publications
people
, on doit l'être sérieusement pour
la presse et les médias d'information. Ceux-ci vivent une révolution aux origines lointaines
– désaffection et méfiance des lecteurs, concurrence des télévisions, vieillissement du
lectorat, coûts de fabrication élevés, etc – qui, depuis le tournant des années 2000 s'est
brusquement accélérée.
En réalité, trois nouvelles révolutions se produisent presque simultanément :
la généralisation du numérique
la baisse brutale de l'intérêt des jeunes générations pour l'écrit et pour l'information
(en 2008 en France 42,5 % des lecteurs de quotidiens avaient + de 50 ans)
l'abandon de l'information comme support privilégié pour la publicité (ce qui tarit sa
principale source de revenus).
Quand une révolution se produit, tout doit être repensé. Il ne s'agit plus de réformer pour
continuer plus ou moins comme avant, il faut réinventer.
Tous les journaux ne vont pas fermer boutique demain matin, mais on peut dire que nous
sommes entrés dans une période de chaos. Le chaos est la période des expérimentations,
pas celle des illusions. Même le rêve d'un transfert paisible de l'imprimé vers le Web doit
être discuté lorsqu'on réalise que la rentabilité des sites d'information sur le net est
introuvable.
Est-il temps de paniquer ?
Warren Buffet, le «
roi des investisseurs »
constate : «Les journaux font face à la
perspective de revenus en diminution continue. Il est difficile de gagner de l'argent dans un
secteur en déclin permanent. Et ce déclin s'accélère. Les lecteurs de journaux prennent la
P. Magnenat – notes de lecture B. Poulet « La fin des journaux et l'avenir de l'information » éd. Gallimard 2009
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